PRÉFACE
Sans être philosophe le moins du inonde, sans même en accepter le nom, le savant a le besoin impérieux d’examiner les méthodes par lesquelles il acquiert ou étend ses connaissances. Pour y arriver le plus directement possible, il doit considérer, avec attention, raccroissement des connaissances humaines dans son domaine spécial et dans les domaines voisins; il doit surtout rechercher les motifs particuliers qui guident le chercheur. U faut bien que ces motifs lui apparaissent plus facilement qu’à tout autre, à lui qui connaît bien
l’anxiété qui accompagne la recherche et la satis-
faction qu’apporte la solution. Le savant pourra se déclarer satisfait s'il reconnaît que l'activité psychique consciente du chercheur est une modification méthodiquement expliquée , aiguisée et affinée de V activité instinctive des animaux et des hommes , activité qui intervient journellement dans da vie à létat de nature et dans la civilisation .
Nous n’avons pas le droit de dédaigner le travail de schématisation et de classement des connais-
sances méthodologiques, même s’il ne s’est pas fait au stade convenable du développement de la science, même s’il est insuffisant. Mais il faut dire bien haut que, si elle peut être acquise dune manière générale, l'habitude de la recherche se trouve stimulée bien davantage par des exemples particuliers et vivants que par des formules abstraites, auxquelles des exemples peuvent seuls redonner quejque contenu intelligible et concret.
Voilà pourquoi ce sont surtout des savants comme Copernic, Gilbert, Kepler, Galilée, Huyghens, Newtonet, plus près de nous, J. F. W. llerschel, Faraday, Whewell, Maxwell, Jevons et d’autres, qui ont par leurs exemples rendu de réels services aux disciples de la science.
Pendant l’hiver 1895-1896, j’ai fait sur la psychologie et la logique de la recherche scientifique un cours où j’ai essayé de ramener autant que possible la psychologie de la recherche scientifique à des pensées autochtones des sciences. Les pages de ce livre contiennent, remanié librement, un extrait de la matière traitée dans ce cour«*. J’espère par là pousser les jeunes physiciens à élargir le cercle de leurs idées et, en même temps, leur signaler des sciences voisines peu étudiées par eux, et dont l’examen leur offrirait pourtant des éclaircissements sur la pensée en elle-même.
L’exécutiou de ce plan sera naturellement entachée de bien des défauts. J’ai toujours éprouvé un vif intérêt pour les sciences voisines de la mienne et pour la philosophie; mais je n’ai pu naturel-,