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U est l’initiale du mot allemand Umgrenzung, limite

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et plus avancée que celle des relations qui sont à cheval sur cette limite. Nous pouvons, en conséquence, supposer que ces dernières relations sont de même ordre, de même espèce que les premières; nous le voyons avec une sûreté qui croit de jour en jour, à mesure que progresse l’étude du corps de l’homme et des animaux. La physiologie, qui, au fur et à mesure qu’etle se développe, s’appuie de plus en plus sur la physique, peut expliquer les conditions subjectives d’une perception.

On ne peut plus admettre aujourd’hui ee subjectivisme naïf qui, pour les opposer à une prétendue réalité constante, considérerait comme des apparences les perceptions différentes d’une même personne dans des circonstances différentes, et celles de différentes personnes dans différents cas. Nous Be nous attachons qu’à la connaissance, complète des conditions d’une perception; le reste n’a pour nous aucun intérêt, ni pratique, ni théorique.

Je puis ramener l’ensemble de mes perceptions physiques à des éléments qui actuellement ne sont plus décomposables : couleurs, sons, pressions, odeurs* espaces, temps, etc. Ces élér „ menls dépendent de circonstances extérieures à mon corps, et de circonstances intérieures à mon corps : ce sont des sensations. Les sensations de mon voisin ne, me sont pas connues immédiatejnent, mes sensations ne sont pas immédiatement connues de mon voisin, et je suis autorisé à regarder ces éléments dans lesquels j’ai décomposé le physique, comme étant aussi les éléments du psy-

chique. Le physique et le psychique contiennent donc des éléments communs et ne sont pas l’un en face de Fautre en opposition absolue, comme on le croit généralement. Gela deviendra plus clair encore si nous montrons que souvenirs, représentations, sentiments, volontéset concepts sont formés de traces laissées par les sensations, et qu’ils peuvent dès lors être comparés aux sensations.

Il n’y a pas de savant isolé : tous ont des buts pratiques, tous apprennent quelque chose des autres, tous travaillent à l’orientation des autres.

Nos perceptions physiques nous exposent à nombre d’erreurs ou d'illusions. Un bâton plongé obliquement dans l’eau est vu brisé, et un observateur, qui ne serait pas au courant, pourrait croire qu’au toucher aussi ce bâton paraîtrait brisé. Un miroir concave donne une image qui nous paraît saisissable. Un objet vivement éclairé nous paraît blanc, et nous sommes étonnés de le trouver noir à un éclairage moins vif. La silhouette d’un tronc d’arbre dans l’obscurité nous rappelle la forme d’un homme, et nous croyons avoir cet homme devant nous. Toutes les illusions de ce genre sont dues à ce que nous ignorons les circonstances dans lesquelles une perception se produit; ou que nous n’y faisons pas attention, ou que nous les supposons autres qu’elles ne sont réellement. Notre imagination complète ce que nous fournit l’expérience de la façon qui nous est la plus habituelle, et fausse quelquefois, par eela même, nos; perceptions. Ainsi ce qui conduit à

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opposer l’apparence à la réalité, le phénomène et la chose, c’est la confusion des perceptions produites par les circonstances les plus différentes avec des perceptions produites par des circonstances parfaitement déterminées „ L'insuffisance de la pensée vulgaire a engendré l'antagonisme entre le phénomène et la chose ; cette conception s’est introduite en philosophie et la philosophie a du mal à s'en débarrasser. La monstrueuse et inconnaissable chose en soi, cachée derrière leè phénomènes, est la sœur jumelle de la chose vulgaire. On a méconnu la limite U, on a étiqueté comme apparence le contenu total du moi; mais alors en quoi peut nous intéresser quelque chose d’inconnaissable, situé en dehors des limites du moi, que nous ne pourrons jamais franchir ?

Considérons les éléments rouge, vert, chaud, froid, etc. : quel que soit leur nom, ils sont immédiatement donnés. Ils dépendent d’éléments extérieurs à U (éléments physiques) et d’éléments intérieurs à U (éléments psychiques) ; mais, dans les deux cas, ils sont toujours les mêmes , ce sont toujours des données immédiates. Les choses étant ainsi posées simplement, la question de l’apparence et de la réalité n’a plus de sens. Nous avons devant nous à la fois les éléments du monde réel et les éléments du moi. La seule chose qui puisse nous intéresser, en dehors de cela, c’est la dépendance fonctionnelle (au sens mathématique) de ces éléments entre eux . On peut toujours appeler cette dépendance des éléments une chose , mais ce n’est

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pas une chose inconnaissable . Toute observation nouvelle, toute proposition scientifique nous fait avancer dans la connaissance de cette chose.

Si nous' considérons sans préjugé le moi étroit, il apparaîl lui aussi comme une dépendance fonctionnelle des éléments ; seulement, par sa forme , cette dépendance diffère de celles que nous sommes habitués à rencontrer dans le domaine du physique; Les représentations ne se comportent pas comfbe les éléments du physique, elles sont liées les unes aux autres par des associations, etc. Nous n’éprouvons pas le besoin d’avoir derrière ce mécanisme quelque chose d'inconnu et d’inconnaissable qui ne nous aiderait en rien à la mieux comprendre. Derrière le moi, il y a toujours quelque chose de presque inexploré : c’est notre corps. Mais toute nouvelle observation psychologique ou physiologique nous fait mieux connaître le moi. Nous devons déjà d’importants renseignements à la psychologie introspective, à la psychologie expérimentale, à l’anatomie du cerveau, et à la psychopathologie, qui vont à la rencontre de la physique (au sens le plus large) pour se compléter avec elle en une connaissance plus pénétrante du monde. Nous pouvons espérer que tous les problèmes rationnels deviendront de plus en plus susceptibles de recevoir une réponse.

On cherche la relation réciproque des représentations changeantes dans l’espoir de saisir les phénomènes psychiques, les événements et les actes de sa propre vie. Mais celui qui, au bout de son

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étude, à encore besoin d’uil sujet agissant et pensant, ne remarque pas qu’il eût pu épargner toute sa peine, car il est\ revenu à son point de départ. La situation rappelle l'histoire du paysan qui se faisait expliquer les machines à vapeur d’une fabrique et finissait par demander où étaient les chevaux par lesquels ces machines étaient mises en mouvement. Il n’y a pas longtemps qu’on commence à se familiariser avec une psychologie sans âme.

Nous poussons l’analyse de ce que nous percevons jusqu’aux éléments que nous ne pouvons provisoirement pas dépasser. Cela a surtout l’avantage de mettre sous la forme la plus simple et la plus transparente les deux problèmes de la chose insondable, et du moi également impénétrable, et de les faire par là-méme reconnaître comme de pseudo-problèmes. Si nous excluons ce dont la recherche n’a aucun sens, nous n’en verrons apparaître que plus nettement ce que nous pouvons réellement atteindre par les sciences particulières : foutes les relations , et lés différents modes de relations des éléments entre eux .

Des groqpes de tels éléments peuvent toujours être désignés comme choses (comme corps); mais on voit bien qu’à proprement parler, il n’existe pas de chose isolée. Seulement, si nous considérons les liaisons les plus frappantes et les plus fortes, en négligeant les autres, nous acceptons en commençant, pour une étude provisoire, la fiction des choses isolées. C’est aussi sur une différence de

degrés des dépendances que repose l’opposition du monde et du moi, H n’existe pas plus de moi isolé que de chose isolée. Chose et moi sont des fictions provisoires de même espèce.

Nos considérations n’apportent au philosophe * que peu de chose ou rien. Elles ne se proposent pas de résoudre une ou sept ou neuf énigmes de V Univers, Elles conduisent seulement le savant à écarter les pseudo-problèmes qui le troublent, et elles laissent le reste à la recherche positive. Ce que nous offrons immédiatement n’est qu’une règle négative pour la recherche scientifique, règle dont n’a pas à se préoccuper le philosophe, qui déjà connaît ou croit connaître des bases sûres pour une conception du monde. L’exposé que nous faisons doit être jugé d’abord au point de vue scientifique; mais pourtant le philosophe peut y appliquer sa critique et modifier nos idées selon ses besoins ou les rejeter complètement. 11 est sans importance, pour le savant, que ses représentations s’accordent ou non avec tel ou tel système philosophique; l’essentiel est qu’il puisse les prendre avec avantage comme point de départ de ses recherches.

La façon de penser et de travailler du savant est, en effet, très différente de celle du philosophe. N’ayant pas la bonne fortune de posséder d’inébranlables axiomes, le savant s’est habitué à considérer comme provisoires ses idées et ses principes les plus sûrs et les mieux fondés, et il est toujours prêt à les modifier à la suite de nouvelles

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expériences. En fait, cette attitude peut seule rendre possibles les progrès sérieux et les grandes découvertes.

Nos réflexions ne peuvent indiquer au chercheur qu’tin idèaly dont la réalisation approchée et progressive reste réservée à l'avènir. La découverte des relations directes des éléments entre eux est une tâche tellement complexe qu'elle ne peut être accomplie en une fois : elle doit avancer pas à pas. Àu début, il était beaucoup plus facile de rechercher à peu près et en gros la dépendance réciproque de complexes entiers d'éléments (de corps). Dans ce travail, le hasard, les besoins pratiques, les connaissances déjà acquises* ont joué un grand rôle : ils ont rendu certains éléments plus importants et ont dirigé l'attention sur eux, tandis que d'autres éléments restaient, au contraire, dans l'ombre. Chaque savant, pris isolément, est toujours en plein développement ; il doit rattacher les connaissances qu'il a acquises aux connaissances moins étendues de ses devanciers; mais il ne peut les compléter et les corriger que selon son idéal. Il applique avec reconnaissance à ses propres recherches les . aides et les indications que contiennent les travaux antérieurs. 11 ajoute souvent aussi, et, sans le remarquer, les erreurs de ses prédécesseurs „ et de ses contemporains aux siennes propres.

En revenant, si c’élait possible, au point de vue tout à fait naïf, en s’affranchissant totalement des idées des contemporains, on éprouverait à la fois

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l'avantage et l’inconvénient qu’il y a à supprimer les hypothèses : on serait embarrassé par la complication de la tâche et on ne pourrait commencer une élude. Aujourd’hui, nous sembions revenir à un point de vue primitif \ pour donner à la recherche une nouvelle orientation sur des voies meilleures; mais c’est une naïveté artificielle^ qui ne supprime pas les avantages acquis.au cours d’une longue civilisation et qui, au contraire, applique des vues supposant des pensées très mûries en physique, en physiologie et en psychologie. /

C'est seulement ainsi qu’on peut imaginer la

réduction aux éléments. Il s’agit d’un retour aux *

points de départ de la recherche avec des aperçus plus profonds et plus riches. Il faut avoir atteint un certain développement psychique avant de pouvoir commencer l’étude scientifique. Mais aucune science ne peut employer dans leur confusion les concepts vulgaires. La science doit remonter à leurs sources, à leurs origines, pour les former ensuite d’une manière mieux déterminée et plus correcte. Cela ne devait-il être interdit qu’à la psychologie et à la théorie de la connaissance?

Pour étudier une multiplicité d’éléments dépendant les uns des autres d’une façon compliquée, nous n’avons à notre disposition qu 'une seule méthode : la méthode des variations . Elle consiste à étudier pour chaque élément la variation, qui se- trouve liée à la variation de chacun des autres éléments. 11. importe assez, peu que ces variations

se produisent d’elles-mêmes, ou que nous les introduisions volontairement; les relations seront découvertes par ï observation et par l’ expérimentation . Même dans le cas où les éléments ne .dépendraient les uns des autres que deux à deux, l’étude systématique de leurs relations serait déjà une lâche très ardue. Des considérations mathématiques montrent que, pour les combinaisons des objets trois à trois, quatre à quatre, etc., la recherche méthodique des relations deviendrait rapidement si difficile qu’elle serait pratiquement impossible.

En négligeant provisoirement les relations moins frappantes, en s’occupant d'abord des relations les plus frappantes, on rendra le travail beaucoup plus facile. Ces deux façons d’alléger la tâche ont été trouvées instinctivemènt, sous l’influence immédiate des besoins pratiques de l'homme et de son organisation psychique. Ce n’est que plus lard que les savants les ont employées consciemment, avec habileté et méthode . Sans ces simplifications, qu’on peut toujours considérer comme des imperfections, la science n’aurait certainement pas pu s’accroître et se constituer. C’est un fil très embrouillé, que l’on dévide, et, pour ce labeur, un heureux hasard a presque autant d’importance que l'habileté et l’acuité d’observation. Le travail du chercheur est - aussi passionnant que peut l’être, pour le chasseur, la poursuite d’un gibier peu connu dans des circonstances difficiles.

Pour étudier la dépendance de certains » élé-

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ments, il convient de tenir aussi constants que possible certains autres éléments dont l'influence n’est pas douteuse, mais qui seraient pour la recherche une cause de trouble. Le travail se trouve ainsi grandement facilité. La connaissance de la double dépendance de chaque élément à l’égard des éléments extérieurs et intérieurs à la limite U du Moi étroit conduit à étudier immédia- . tement les rapports réciproques des éléments extérieurs à U et à laisser aussi constants que possible ceux qui sont intérieurs à U, c'est-à-dire que le sujet ou les différents sujets, prenant part à l’observation, étudient dans des circonstances aussi constantes pour eux que possible la relation entre l’éclairement d'un corps, sa température, ses mouvements, etc. : de la sorte, dans la mesure du possible, nous affranchissons de l'influence de notre propre corps la connaissance du physique.

Pour compléter ce travail, il faut chercher les relations physiologiques et psychologiques qui franchissent la limite U et lui sont intérieures : la chose est facilitée par les études de physique déjà effectuées.

Cette division du travail s’est produite instinctivement, et il ne s’agit plus que de la fixer méthodiquement, en prenant conscience de ses avantages. La science offre de nombreux exemples de division du travail pour des recherches faites dans des champs plus restreints.

Après ces remarques préliminaires, nous allons examiner de plus près les motifs directeurs de la

recherche scientifique. Nous n’avons nullement la prétention d’être complet. Nous nous garderons, surtout, de la philosophie et de la systématisation prématurées. Nous parcourrons en promeneur attentif le domaine de la science, et nous observerons, dans ses caractères particuliers, la conduite du savant. Nous chercherons par quels moyens la connaissance de la nature a réellement progressé jusqu’à présent et comment elle a la perspective de progresser désormais. L’activité pratique et la pensée populaire ont préparé instinctivement la façon d’agir du savant. Celui-ci n’a fait que les transporter dans le domaine scientifique, où elles ont fini par mûrir en une méthodologie consciente. Nous n’avons nul besoin, pour être satisfait, de sortir de ce qui nous est empiriquement donné. Il nous suffira dé ramener les caractères de la conduite du savant à des caractères que nous pouvons observer en fait et retrouver dans la vie ordinaire, et de prouver que cette . conduite présente des avantages réellement pratiques. Une étude générale de notre vie physique et psychique sera la base naturelle de notre tâche.

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