C. Le pied
L'anatomie étudie sous ce titre d'ensemble, chez l'homme, et , par imitation , chez les animaux , toute la partie inférieure des membres, y compris le genou et le jarret. Un peu arbitraire dans les quadrupèdes, cette dénomination est plus justifiée pour l'homme, dont la main et le pied proprement dit réunissent en une seule région ce que l'étude de la conformation extérieure du cheval est forcée de diviser. Au surplus, il n'y a point de réel inconvénient à cela dès que l'on est bien convenu des faits, et, puisque tout est affaire de convention, nous avons pensé que nous pourrions, sans encourir aucun blâme mérité, donner le nom générique de pied aux divers rayons qui terminent les membres, et qui se ressemblent à tel point dans leur conformation ët dans leurs usages, qu'il n'y a pas possibilité de les séparer dans l'étude extérieure, sous peine de longueur inutile. Mais ce titre d'ensemble appelle plusieurs subdivisions, et nous allons examiner successivement : 1° le canon et le tendon, 2° le boulet, le fanon et l'ergot, 3° le paturon , 4° la couronne, et 5° le pied.
1° Le canon. — Si toutes les régions des membres n'avaient en quelque sorte une même importance par suite d'un
degré d'utilité relativement le même pour l'accomplissement régulier de Faction dévolue à chacune , on se persuaderait volontiers que le canon est la plus essentielle pour la solidité des attitudes , la sûreté de la marche et la durée prolongée des aptitudes locomotrices.
Intermédiaire au boulet et au genou ou au jarret, le canon a pour base des os, dont le principal porte le même nom , et un appareil tendineux double , l'un qui vient des muscles extenseurs de l'avant-bras, court sur sa face antérieure, et contribue à l'extension du membre; l'autre qui descend de la même région sur sa face postérieure, et qui a pour mission de concourir à la flexion du pied quand les muscles d'où ils émanent entrent en contraction. Celui-ci, très-volumineux, remplit un rôle considérable dans l'action locomotrice , c'est particulièrement à lui que se rapporte ce que nous venons de dire de l'importance de la région. Tout contre la face postérieure de l'os principal se trouve en outre un gros ligament appelé suspenseur du boulet, dénomination tirée de ses usages. Il a pour fonction de prévenir la flexion anormale des phalanges, et de contribuer ainsi au soutien du poids du corps avec les tendons fléchisseurs qu'il accompagne dans toute la longueur du rayon.
Nous dirons bientôt quelle direction doit suivre le canon ; nous dirons aussi, en traitant des allures, quels avantages ou quels inconvénients résultent soit de sa longueur, soit de sa brièveté ; nous réservons ces deux points très-essentiels, mais d'autres considérations doivent trouver place ici.
Vue de face ou par derrière, cette partie doit se montrer un peu plus large à ses extrémités, c'est-à-dire vers les articulations du genou et du boulet que dans son milieu; mais, examinée de profil , elle doit présenter la même largeur dans toute son étendue; or cette largeur, indice irrécusable de force et de résistance, ne sera jamais trop considérable; bien plus souvent ce sera le contraire, une trop réelle insuffisance. On juge un peu du développement de la charpente osseuse, chez les animaux en général et chez le cheval en particulier, par le plus ou moins de volume des os du boulet ; c'est conclure du tout par la partie, mais l'expérience ne trompe jamais sur ce
point. (Test donc avec raison que Ton recherche, chez l'animal qui doit fatiguer beaucoup, une grande largeur des canons, ensemble os et tendons.
Nous ne connaissons qu'un hippologue à qui cette condition ait été indifférente : «Nous ne trouvons aucun inconvénient, dit M. Richard, à ce que le canon soit mince. » Nous en trouvons beaucoup, au contraire, et, avec tous les écrivains quelconques, avec tous les hommes de sens, de science et de pratique, nous dirons : « De larges et vigoureux tendons ne peuvent pas s'appliquer sur de petits os. » Or la gracilité du tendon est un défaut capital.
Plus la région sera longue et plus elle aura besoin d'être développée ; presque toujours c'est l'inverse qui a lieu ; elle devient grêle en raison même de son élongation ; courte, au contraire, on la voit presque constamment épaisse, dense et compacte : on dirait que la même quantité de matière est seulement employée dans les deux cas à la formation du rayon; étirée, elle offre moins de volume que lorsqu'elle n'a pas à suffire aux exigences d'une dimension disproportionnée.
Quoi qu'il en soit, le canon sera beau et fort, qui restera court et large, en dehors même de la qualité de l'os dont le grain est fin, serré, dur, chez les races supérieures, et grossier ou poreux et léger chez les animaux d'une nature molle ou commune. A volume égal, la densité, la pesanteur spécifique, sont bien différentes alors, et le degré de résistance se mesure sur elles avec certitude; mais cela n'empêche pas qu'en les comparant dans l'ordre auquel ils appartiennent , les chevaux de sang , par exemple, ne se montrent avec des canons trop étroits ou trop légers, avec des tendons trop grêles, ou bien avec ces parties bien conformées et convenablement développées*
Ainsi la largeur du canon est la beauté essentielle à rechercher, non-seulement dans tous les chevaux, mais dans tous les animaux qui peinent, dans le mulet , dans le chien , voire dans le bœuf de trait.
Chez les races élevées, chez le cheval de sang, la peau qui recouvre cette région est fine et porte des poils courts ; ce sont
des caractères de race : la grosse espèce a les extrémités recouvertes d'une peau épaisse et de poils nombreux et grossiers, mais protecteurs quand les animaux doivent travailler dans des boues âcres ou hanter des chemins défoncés, raboteux, durs ou caillouteux. Les races intermédiaires tiennent, sous ce rapport, le milieu entre ces extrêmes. Les animaux originaires de lieux bas et marécageux ont les canons revêtus d'une peau doublée par une couche épaisse de tissu cellulaire, infiltré de sérosité. Il en résulte une sorte d'empâtement qui n'est pas seulement une imperfection pour l'œil, mais la preuve trop évidente de la prédominance du tempérament lymphatique et de la prédisposition du sujet à toutes les affections locales ou générales qui en sont le triste apanage.
C'est la seconde fois que cette région des membres nous donne des indications précieuses sur la nature et la valeur des animaux et du cheval principalement.
Qu'on nous permette donc d'insister sur ces conditions essentielles : la sécheresse des formes et le développement des tendons qui glissent à la face postérieure du canon. Il en est ainsi quand la peau se moule exactement sur les parties qu'elle recouvre, de manière à en dessiner parfaitement les contours, et lorsque les deux cordes tendineuses des muscles fléchisseurs, fortement prononcées et distinctes sous la peau, se détachent d'une manière nette en arrière de l'os dont elles doivent paraître aussi éloignées que possible. Cette disposition, due aux belles proportions et à la solide structure des articulations entre lesquelles est située la région du canon, favorise singulièrement son jeu dans l'action des membres ; elle tient du développement des os qui servent en quelque sorte de poulies de renvoi aux cordes tendineuses dont l'effet utile se trouve alors considérablement accru.
En donnant la raison même des conditions qui déterminent la beauté du canon, cette courte explication démontre eu même temps à quel point est défectueuse cette partie du membre lorsqu'elle est étroite et grêle, quand ses tendons se montrent peu développés, peu distincts, ou bien encore faillis, suivant l'expression consacrée. Le tendon est ainsi qualifié lorsqu'au lieu de descendre perpendiculairement du genou , il s'applique
brusquement contre l'os du canon de manière à laisser une dépression , une sorte de vide dans la ligne droite et régulière qu'il doit dessiner; il en résulte comme un étranglement qui nuit à son action en décomposant les forces qu'il est chargé de transmettre. Le volume insuffisant du tendon, sa mauvaise direction ou sa nature molle et peu résistante constituent des défauts essentiels et retirent beaucoup de sa valeur même au cheval qui, par ailleurs, se montre le mieux doué. Les marchands cherchent à pallier la gravité de celui qui porte le nom de tendon failli, en laissant dans toute leur longueur les poils sur la partie déprimée, c'est-à-dire au-dessous du pli du genou et en faisant artistement raccourcir, au contraire, ceux de la partie inférieure de la région.
On dit les jambes en fuseaux , quand les canons, os et tendons, sont minces ou grêles en réalité.
Le canon, très-exposé aux coups, aux heurts de toutes sortes, est souvent déshonoré par ce qu'on nomme des suros. Ces tumeurs dures, osseuses, ne constituent des tares qu'autant qu'elles sont placées de manière à gêner le libre glissement des tendons; elles provoquent alors prématurément la fatigue, et bientôt la claudication. Les suros sont appelés chevillés quand ils se correspondent sur l'un et l'autre côté de la région : on a donné le nom de fusée à une série de petits suros disposés à la file les uns des autres. Il y a donc lieu de désirer que les canons se présentent lisses dans toute leur longueur, lisses et exempts de ces bosselures irrégulières que nous venons de qualifier.
La partie inférieure de la région peut encore offrir des tumeurs molles, pâteuses et indolentes; ce sont des molettes. Dans un point quelconque de son étendue et plus particulièrement vers son milieu , le tendon peut être diversement affecté et malade. Il devient alors noueux , ce qui implique la condition de le rechercher d'un volume égal dans toute sa longueur et lisse sous le doigt autant que le rayon osseux. Au toucher, on doit le trouver ferme, uni, résistant, sans chaleur et sans manifestation douloureuse de la partie explorée.
L'épaississement et le durcissement de la peau de la face antérieure de la région pourraient annoncer un engorgement
du tendon extenseur du pied dont les mouvements seraient alors moins libres et plus ou moins difficiles.
Que de causes de dépréciation ne trouvons-nous pas sur cette région , et quelle importance ne faut-il pas attacher à son examen quand il s'agit déjuger un cheval dans les services qu'on peut en attendre !
Le canon du membre postérieur est plus long que l'autre ; il se montre aussi plus cylindrique dans sa forme ; il présente, enfin , à sa face interne et supérieure , la châtaigne toujours plus petite que celle de l'avant-bras.
La châtaigne n'a réellement aucune importance et ne donne lieu à aucune autre observation que celle-ci : la plaque cornée qui la constitue est d'autant plus grosse que l'animal est de race plus commune.
Quant aux molettes, ce sont des tumeurs molles de la même nature que celles dont nous avons déjà parlé sous le nom de vessigons. Elles naissent de circonstances absolument semblables et s'établissent le plus ordinairement entre l'extrémité inférieure du canon et du tendon ; on en remarque aussi quelquefois à la partie inférieure du boulet. Leur volume, très-variable, grossit et déshonore les extrémités. Lorsqu'elles sont très-anciennes , leurs parois s'épaississent, durcissent par l'exhalation de lymphe plastique , s'infiltrent de matière calcaire et sont dites endurées; mais longtemps avant cet état , elles résistent déjà à la pression au moment de l'appui. En grossissant et en prenant un certain degré de consistance, les molettes entraînent une déviation progressive des rayons articulaires ; de là un mal que nous étudierons plus loin, sous le nom de bouleture; dans leur plus grand développement, elles déterminent la boiterie.
2° Le boulet. — Entre le canon et le paturon, on distingue en extérieur une région qui a reçu, à raison de sa forme renflée, la dénomination de boulet. Elle a pour base les abouts articulaires des os qui la composent , ces autres petits os appelés sésamoïdes, et les tendons ou ligaments qui enveloppent, pour la solidifier, cette importante articulation du membre antérieur et du membre postérieur.
A partir du boulet, le poids du corps cesse de tendre verti-
calement vers le sol , reporté qu'il est en avant par l'obliquité du paturon qu'on sait être immédiatement au-dessous, admirable disposition qui amortit le choc en décomposant les forces. Mais si Faction est adoucie pour le pied , elle n'est que plus véhémente pour le boulet. Cette jointure, ayant à résister à de violents efforts, doit présenter un grand développement et une même solidité. Petite et mince, elle accuse de sa faiblesse et succombe rapidement à la fatigue ; elle s'use prématurément, se déforme , sort de la ligne des aplombs , et retire à l'animal, si brillant qu'il se montre d'ailleurs, une grande partie de son prix. Est bien près de la non-valeur, en effet , le cheval qui ne doit pas supporter longtemps la somme de travail résultant de la nature même des services à laquelle il paraît propre.
Les conditions de beauté du boulet , inséparables de sa solidité, résident surtout dans son développement. Examiné par devant, son diamètre présente moins de surface que n'en doivent avoir ses faces latérales. Celles-ci ne seront jamais trop étendues; mais il ne faut pas que le volume général de la région tienne, soit à l'épaisseur, soit à l'épaississement de la peau qui le recouvre ; sa cause doit être dans les fortes proportions des renflements articulaires qui le composent et dans les grandes dimensions des sésamoïdes. L'induration cutanée , les infiltrations du tissu cellulaire , grossissent la partie sans la fortifier et sont plutôt des indices de faiblesse ou d'usure. Le boulet bien conformé, c'est-à-dire bien disposé pour remplir les fonctions qui lui sont dévolues, comme appareil d'amortissement des réactions ou comme organe d'impulsion, a pour base des parties osseuses larges, grosses dans tous les sens, donnant de solides points d'attache à de gros ligaments et à de volumineux tendons. Ceci est la perfection. Malheureusement elle est rare, et plus particulièrement encore dans les races qui en retireraient le plus d'avantage. Le cheval de pur sang qu'on fatigue outre mesure dans les exercices mal combinés d'un entraînement excessif, pèche trop souvent dans cette partie, et , quand il la possède étroite et mince, il la transmet sans force ni résistance à ses descendants. De là tous ces produits que le moindre travail met sur les
boulets, défaut d'autant plus grave que rien ne saurait en arrêter les progrès. Le cheval de demi-sang, faible dans cette région, ne promet qu'un pauvre serviteur, et il tient cette promesse avec une certitude et une promptitude desespérantes.
Après la forme, ou plutôt parallèlement à celle-ci, il y a la position qu'affecte cette partie du membre. Mais sa direction est tellement liée à celle du paturon qu'on ne peut en parler séparément : nous y reviendrons bientôt.
L'articulation du boulet doit se montrer parfaitement nette et saine , exempte de ces tumeurs molles appelées molettes, ou de ces osselets dont la présence est toujours une gêne, et quelquefois un obstacle à l'étendue des mouvements. Quand elle porte à sa face interne des traces de blessures, il faut savoir en reconnaître la cause. Accidentelles, elles n'ont aucune signification fâcheuse ; mais elles résultent bien plus fréquemment d'un vice de conformation, de faiblesse, ou d'un défaut d'aplomb, plus ou moins difficiles à atténuer ou à faire disparaître.
En arrière , le boulet présente une touffe de poils plus ou moins longs, grossiers et nombreux : c'est le fanon. D'autant moins marqué que le cheval a plus de race, le fanon ne porte qu'un petit bouquet de poils rares , courts et presque soyeux dans les chevaux de pur sang; mais il se prononce beaucoup dans les variétés communes et dans l'espèce de trait, chez lesquelles il s'étend sur les côtés du boulet et remonte , le long du canon , plus ou moins haut et parfois jusqu'au genou. Les races distinguées, qu'on élève sur des pâturages bas ou marécageux, portent aux extrémités de longs poils qui garnissent les membres de la grosse espèce , mais elles s'en débarrassent vite au sortir de la vie errante, tandis qu'ils ne tombent pas, qu'ils persistent chez les chevaux communs. On dit de ceux qui les gardent exceptionnellement qu'ils ont du Un aux jambes. Cette grande abondance de poils devient un caractère de race très-prononcé chez le baudet , âne-étalon du Poitou , qu'on veut^bien mousjtachè, c'est-à-dire trèspoilu aux extrémités. Elle^a d'ailleurs une réelle utilité chez les chevaux qui doivent travailler dans l'humidité, dans des terres fortes, au milieu de boues âcres ; elle protège la peau,
elle la préserve d'irritations maladives qui ont leur inconvénient, qui s'établissent presque à demeure et deviennent une cause de dépréciation des animaux.
Au centre du fanon existe Y ergot , production cornée dont le développement suit en général les proportions du fanon qui le recouvre.
Nous avons déjà nommé le vice de forme et le défaut d'aplomb qu'on désigne sous le nom de bouleture: entrons à présent dans les développements que comporte l'examen de cet état particulier.
Ce mot est nouveau , non pas précisément dans la langue parlée, mais dans la langue écrite : puisqu'il manquait, il a bien fallu le fabriquer, dût l'Académie en faire la grimace. N'est-ce point ainsi, d'ailleurs x que lui viennent les richesses sans qu'elle s'en doute? Un jour ou l'autre, elle légitimera une foule de nouveau-nés qui ont l'irrévérence de se passer tout d'abord de son ministère. La littérature est un peu l'esclave de la docte compagnie; elle a peut-être raison de renier et les enfants trouvés et ceux que les académiciens n'ont pas encore tenus sur les fonts ; mais les sciences et les arts n'auraient pas marché si, depuis longtemps, ils ne s'étaient hardiment émancipés. Nous usons, croyons - nous , d'un droit incontestable en introduisant dans cet ouvrage tous les termes adoptés, soit par la zootechnie, soit par l'agriculture pratique, qui n'ont point encore été enregistrés par l'Académie française. Qui sait, d'ailleurs, si cette œuvre toute spéciale n'est pas appelée, dans un avenir plus ou moins prochain , à faire autorité auprès des conservateurs de la langue , auteurs-nés de son Dictionnaire universel , quand l'heure de la naturalisation aura enfin sonné pour tous ceux qui aspirent au droit de bourgeoisie?
Quoi qu'il en soit, a on donne le nom de bouleture, dit M. H. Bouley, au redressement et à la déviation en avant des rayons osseux qui forment l'articulation du boulet; et l'on appelle bouletés les chevaux sur lesquels cette déviation se fait observer. » L'Académie a très-anciennement accepté ce terme ; pourquoi repousserait>-elle l'autre?
Les fonctions dévolues à l'articulation du boulet ne sont complètes et parfaites qu'autant qu'il se montre bien conformé,
qu'autant que sa direction est normale ; hors de ces conditions il est défectueux , et l'animal ne jouit plus du bénéfice qui résulte de la bonne disposition des parties osseuses qui le constituent. Dans sa position régulière, le boulet n'attire aucunement l'attention; simple détail, il se confond avec l'ensemble dont rien ne le détache ; on n'en parle pas. Il en est autrement lorsqu'il rompt l'harmonie générale par l'imperfection de sa forme ou par les vices de direction qu'il affecte : il prend alors plus d'importance ; il devient chose essentielle, exerçant une influence marquée, non-seulement sur les autres régions du membre, mais sur la qualité, sur le mérite de l'animal pris en masse. Dès lors cette imperfection, nommée bouleture, qualifie ce dernier, qu'on dit bouleté. A la rigueur, tous les animaux pourraient être dits bouletés, puisque tous ont des boulets; mais ceux-là seulement sont affectés de bouleture dont les boulets n'ont plus une conformation normale.
Rarement la bouleture n'est qu'une imperfection; tout au moins dégénère-t-elle rapidement en défaut, puis en vice, voire en difformité. En diminuant la souplesse des mouvements, en limitant l'étendue de l'action, elle réduit la force musculaire; elle ôte à l'animal sa sûreté de jambes. Celui-ci en est moins propre au service, et perd de sa valeur marchande en raison de la gravité du redressement des rayons articulaires et du degré de déviation de l'aplomb.
Les causes de la bouleture sont assez nombreuses ; toutes agissent néanmoins de la même manière en provoquant la rétractilité des cordes tendineuses, improprement appelées nerfs , qui descendent en arrière des rayons osseux, à partir du genou ou du jarret. Quand les aplombs sont réguliers, le poids du corps, réparti en proportion voulue sur l'ensemble des extrémités — os et tendons, — contre-balance la puissance de rétractilité de ces derniers qui trouvent en elle la condition même de leur ténacité ; mais la force de rétractilité , qui est le propre des tendons, l'emporte dès que, par une cause quelconque , la répartition du poids cesse d'être régulièrement partagée et porte en plus grande quantité sur les rayons osseux : dans ce cas , les cordes tendineuses, en partie rendues
à elles-mêmes, se raccourcissent et entraînent dans leur mouvement de retrait les points des os auxquels elles sont attachées,^ les forcent à se fléchir en sens inverse de leur direction normale.
Tel est , dit avec raison M. H. Bouley, le mécanisme de la déviation du boulet.
Au premier degré de la bouleture, le canon , le boulet , la couronne et le pied se trouvent sur la même ligne , le membre s'est redressé par suite de la rétraction des tendons, et Tanimal est dit droit sur ses membres. Au second degré, le boulet sort de la ligne droite et se porte plus ou moins fortement en avant; l'appui ne peut plus s'effectuer que sur la pince : les rayons inférieurs du membre sont à demi fléchis , le boulet fait saillie en avant; l'animal est dit bouleté ou bouté. A un point plus avancé, nous arrivons au pied bot.
Toute cause de souffrance, d'où qu'elle vienne, et qui a pour effet de modifier l'appui régulier du membre sur le sol , de diminuer ou de détruire la répartition normale du corps entre les parties tendineuses et les rayons osseux, provoque la bouleture par cela seul que la rétractilité des tendons n'a plus de contre-poids suffisant. Ces quelques mots renferment toute l'étiologie de la bouleture et nous dispensent d'une énumération détaillée.
Toutefois les causes sont accidentelles ou innées, si nous pouvons nous exprimer ainsi ; élles résultent d'actions extérieures, de prédispositions inhérentes à la conformation , ou de l'abus des forces, du travail excessif.
Les causes extérieures viennent de violences quelconques ou des vices de la ferrure ; les causes innées tiennent à des défauts de structure ; on les trouve dans les chevaux courtjointés ou long-jointés, dans ceux qui ont les canons grêles , les boulets peu développés, les tendons minces, collés à l'os ou faillis, etc. : enfin, dans le mode d'utilisation des animaux, on trouve les efforts violents de traction au pas, ou l'extrême rapidité des allures. Ce champ est vaste ; à tout instant, à chaque pas, on sent en quelque sorte grandir et s'accumuler les causes de ruine dont la bouleture est le résultat. Avec quelle puissance agit, en effet, sur l'arc du boulet la masse pesante du
cheval lourd qui traîne un pesant fardeau, ou celle d'un cheval léger lancé à toute vitesse !
Nous l'avons déjà dit , la bouleture à ses différents degrés influe nécessairement sur la solidité des attitudes, sur la liberté, l'étendue et la régularité des mouvements.
Le cheval qui est sur ses boulets, ou droit sur ses membres, bronche, fait des faux pas, est sujet à tomber, parce que les phalanges n'offrent plus au canon qu'une base incertaine : à plus forte raison, le cheval boule té.
« Les chevaux bouletés se fatiguent vite ; ils sont forcés à de plus grands efforts pour se maintenir en équilibre et pour vaincre les résistances qu'ils doivent déplacer ; enfin ils souffrent d'une manière permanente. Quand la bouleture existe aux deux membres antérieurs à la fois, les animaux ont de la peine à se maintenir longtemps debout ; ils affectent de préférence la position décubitale et la conservent d'une manière obstinée. C'est contre leur gré qu'ils se lèvent, même pour manger, et, une fois l'appétit satisfait, ils se hâtent de se coucher de nouveau, tant sont pénibles les pressions transmises, par la station verticale, àleurs membres déformés.» (H. Bouley.)
On ne guérit pas la bouleture , nous sommes même tenté d'ajouter qu'on ne la prévient pas ; mais on peut retarder de beaucoup l'époque de son apparition. On peut atténuer le degré de gravité qu'elle acquiert si rapidement quand on précipite l'action des causes favorables à son développement. On ne guérit pas, on ne prévient pas la vieillesse, mais on en recule les effets : et de même, croyons-nous, de la bouleture. Les chevaux sont nés pour le travail, nous les façonnons à nos besoins ; ils subissent les conséquences du rôle qu'ils sont appelés à jouer dans l'état général de la civilisation, mais l'intérêt bien entendu commande de les traiter de telle façon qu'ils nous rendent les meilleurs services et les services les plus durables.
Il ne s'agit pas de mettre dans des boîtes à coton tous les chevaux qui peuvent se bouleter, mais on prévient l'usure et la ruine prématurées qui accompagnent la bouleture, en utilisant chaque conformation suivant ses aptitudes propres et en entourant tout animal, dont on exige des travaux excessifs, des
soins qui en combattent les effets de la manière la plus efficace.
Il est quelquefois très-facile de soustraire les tendons aux distensions extrêmes qui provoquent la douleur dans leur tissu et conduisent à une répartition anormale du poids du corps sur les diverses parties des membres. Dans ce cas, il y a une sorte de traitement préventif à opposer à la bouleture qui menace, et ce traitement est fort simple, car il est tout entier dans l'application d'une ferrure méthodique. Quand le levier phalangien a trop de longueur, la somme des pressions supportées par les cordes tendineuses est trop considérable. On rétablit l'équilibre, en partie d'abord, et plus tard en totalité , en raccourcissant le plus possible le sabot, surtout en pince, et en appliquant un fer nourri en éponge ou muni de crampons. Mieux on fera à cet égard, plus les phalangës tendront à prendre sous le canon une direction se rapprochant de la verticale et favorable aux tendons dont le bras de levier reste invariable. «C'est une chose remarquable, dit M. H. Bouley, que la rapidité avec laquelle les chevaux qui commencent à souïfrir des tendons , se trouvent soulagés sous l'influence d'une ferrure conçue et exécutée d'après ces principes. Ceux même qui sont comme perdus par la souffrance, lorsque les tendons sont déjà altérés, récupèrent par ce mode de ferrure une certaine liberté d'action, conservent plus longtemps l'attitude debout et témoignent par toute leur attitude extérieure de l'état de mieux-être dans lequel ils se trouvent. »
L'indication de cette ferrure est plus fréquente qu'on ne le soupçonne généralement ; en ne la suivant pas , on pousse hâtivement aux progrès de la bouleture
Quand l'altération des cordes tendineuses se manifeste par un engorgement douloureux , on la traite ordinairement par des applications vésicantes répétées coup sur coup, autant du moins que le permet l'état de la peau. Quand l'engorgement est ancien, dur et résistant, on dirige contre lui la cautérisation ; quand le mal enfin est porté à son plus haut degré , on \ conseille une opération chirurgicale qui retient le nom de ténotomie. C'est, dit M. H. Bouley, une solution de la difficulté à la manière du nœud gordien.
Mais avant que la bouleture atteigne une pareille gravité, alors qu'elle commence ou qu'elle est seulement imminente , il y a quelques soins d'hygiène bien simples à employer pour en retarder les effets. Méconnus en France , ces moyens sont usités en Angleterre, où on les appelle « fomentation des jambes. » On les applique après une journée de travail excessif, pour réprimer ou pour empêcher la tuméfaction des jointures et des tendons. Ils consistent en véritables bains de jambes aussi chauds que l'animal peut les supporter. On place le pied dans un seau rempli, et, à l'aide d'une grosse éponge dans chaque main, on baigne, ou lotionne pendant vingt à trente minutes , à partir du genou ou du jarret, en ayant soin de réchauffer l'eau si elle se refroidit trop promptement. On ne se fait pas l'idée du bien-être qu'un cheval très-fatigué éprouve de ce bain, appuyé du massage. Au sortir de l'eau, on applique des bandages secs ou imprégnés d'eau si l'on croit nécessaire de prolonger l'action du bain. On ajoute quelquefois des substances toniques ou astringentes à la fomentation ; nous préférons l'eau pure.
Un autre moyen très-efficace aussi pour reposer les membres et prévenir les suites douloureuses de la fatigue est dans l'habitation. Le cheval qui vit librement en box se conserve plus longtemps sain de membres que celui qu'on tient attaché à la mangeoire. Quand nous aurons plus de sollicitude pour les animaux qui nous servent le mieux, nous lésinerons moins sur les moyens de prolonger leur durée tout en obtenant d'eux une somme de services plus complète. L'intérêt raisonné mènera droit à ce bon résultat et convaincra de cette vérité si peu pratique encore en hygiène, à savoir : toute dépense bien faite est productive , toute économie mal entendue est ruineuse.
3° Le paturon a pour base le premier phalangien et les tendons qui l'entourent; posé obliquement, d'arrière en avant, entre le boulet et la couronne, il brise la ligne droite formée par l'avant-bras et le canon dans le membre antérieur, et par cette dernière région seulement quand il s'agit du membre abdominal. Sa bonne ou mauvaise conformation résulte de ses dimensions et de sa direction. On veut que celle-ci forme, avec la verticale, un angle de 40 de-
grés au moins, ou de 45 degrés au plus. Moins inclinée , la région ne Test point assez, et l'animal est dit droit sur ses membres. Mais d'autres dénominations découlent de la direction du rayon, dont la longueur et le volume restent avec elle dans une dépendance étroite. Ainsi le paturon court est généralement fort et droit, alors le cheval est court- jointé , mais solide dans cette partie du membre ; seulement les réactions y sont dures, et l'extrémité devient plus sujette à se bouleter. Trop de longueur du paturon conduit à d'autres résultats ; elle permet une inclinaison trop grande et fait que le boulet se rapproche trop du sol. Dans ce cas, le cheval est long-jointé, la région est plus flexible, les réactions sont beaucoup plus douces. Quand on observe de la modération et dans l'inclinaison et dans la longueur, c'est à peu près la perfection ; car alors le paturon se montre en même temps volumineux et fort ; il devient faible, au contraire, avec cette structure quand il est mince ou étroit. Il peut enfin être court et néanmoins se rapprocher beaucoup de la ligne horizontale. Cette conformation est ce qu'on appelle bas-jointé et n'accuse qu'un degré de force assez limité.
On le voit, la direction et la longueur de la première phalange ont, au point de vue de la mécanique, dans la station et les mouvements de locomotion, une importance vraiment capitale. On le comprendra facilement si l'on veut bien remarquer que l'articulation du boulet est le centre d'appui et de mouvement d'un levier dont la puissance est représentée par les tendons qui aboutissent aux grands sésamoîdes ou passent à leur surface, et qui ont pour bras de levier toute la droite menée de la coulisse sésamoïdienne au centre du pied ; plus les phalanges sont inclinées en arrière, plus les puissances du levier ont à supporter du poids du corps ; un paturon droit et court rejette ce poids sur les phalanges.
Ce n'est point assez que la direction du paturon soit bonne, que ses heureuses proportions y ajoutent les conditions favorables qu'elles déterminent : il faut encore que la région soit exempte de tares et saine. Elle est souvent déshonorée, empêchée dans le rôle important qui lui est dévolu, par l'existence d'exostoses, d'un volume variable et très-gênantes pour leglis-
sèment des tendons, pour le jeu des ligaments articulaires. Il y a, dans ce fait, des causes nombreuses de boiteries à peu près incurables, dont le siège reste souvent obscur, et dont la persistance ôte au cheval une très-notable partie de sa valeur intrinsèque. Le pli de cette région, c'est-à-dire sa face postérieure, qui devrait toujours être nette et parfaitement évidée, porte souvent, au contraire, des traces de blessures anciennes qui ont épaissi et durci la peau; il devient, lui aussi, le siège de maux divers qui déprécient beaucoup l'animal. Il est bien sans aucun doute d'attacher une certaine attention à la direction, à la longueur et à l'épaisseur du paturon ; mais il est mieux encore de le vouloir, et de le conserver complètement exempt de tares. Il y est naturellement fort exposé. Cependant on n'a point jugé que ce fût assez, et l'on y ajoute en beaucoup d'endroits toutes les occasions imaginables d'en altérer la pureté. Il en est ainsi partout où l'on attache les chevaux par le pied aux pâturages ou à la pâture ; de là même, selon toute apparence, est venu le nom donné à cette région.
L'usage d'envoyer paître les chevaux au hasard commence à se perdre. On ne le pratique plus guère que pour des animaux un peu déshérités qu'on empêtre de son mieux pour empêcher qu'ils aillent, comme l'âne de la fable, «manger l'herbe d'autrui! » Ces pauvres diables payent cher la pénurie du maître; n'ayant ni sou, ni maille, ni feu, ni lieu, ils cherchent misérablement une misérable vie, grossièrement, mais diversement garrottés. Les procédés abondent, tous sont un peu plus ou moins barbares. En voici deux qui sont comme les types du genre.
Le premier lie l'un à l'autre, par des entraves en fer, les deux membres antérieurs (fig. 34 A, p. 46 de Y Atlas). Inutile de faire ressortir toute la gêne qu'éprouve le cheval empêtré de la sorte. Le moindre mouvement est une fatigue. La chaîne est courte nécessairement , forcément, sous peine de ne pas remplir le but qui l'a fait appliquer, lequel est d'enlever à la malheureuse bête toute possibilité de jouir de la liberté qu'on n'a pas entendu lui donner en la livrant à elle-même. C'est ainsi qu'on cloue sur place l'animal, ou à peu près. Le peu d'espace qu'il pourra explorer, en tentant d'arracher des herbes absentes,
ne sera parcouru que par une succession de sauts, raccourcis et pénibles. Les membres de devant se déforment et s'usent vite sous l'influence d'un pareil mode de dépaissance ; les boulets et les paturons montrent bientôt les stigmates indélébiles d'un procédé aussi grossier.
Ailleurs c'est un bipède latéral qu'on unit au moyen d'un entravon placé autour du paturon gauche de devant et d'une corde qui vient se fixer au-dessus du jarret du même côté (fig. 34 B, p. 46 de Y Atlas). Le cheval, ainsi retenu, n'a pas beaucoup plus de liberté que l'autre, mais il souffre peutêtre moins en avançant, bien que sa position ne soit pas trèsenviable non plus. De pareils systèmes on ne saurait attendre que la dégradation physique, si voisine de la dégradation morale. Ces forçats d'une nouvelle espèce ne sont-ils pas à plaindre ?
Cependant il n'est pas toujours possible de laisser paître en toute liberté le cheval ou le poulain, animaux d'une nature très-vagabonde, et qu'il devient souvent nécessaire de préserver dès mille et un inconvénients d'une liberté absolue. Dans ce cas, il faut bien recourir à un mode d'attache quelconque. Il en est deux qui méritent d'être connus, et qu'on se trouverait bien de généraliser. Déjà, nous les avons fait connaître ailleurs ; mais ils seront bien à leur place ici. Or voici en quels termes nous les avons décrits en 1 856 dans le Journal d? agriculture pratique :
a Dans les contrées riches, là où l'agriculture fournit d'abondantes pâtures et des fourrages verts très-substantiels, d'autres idées portent à ne les livrer sur place que partiellement aux animaux de prix qu'ils doivent développer ou engraisser. Ici encore le cheval est privé de sa liberté, mais on ne l'entrave plus aussi court : on lui donne de la longe en suffisance ; il n'a point à souffrir dans la marche, il n'éprouve aucune gêne. S'il est retenu, il n'est pas contraint; il est prisonnier, il n'est pas aux galères. Deux nouvelles figures nous dispenseront d'une description diffuse et confuse des deux procédés usités pour mettre des chevaux au piquet.
« Le premier, représenté sous la tig. 33, p. 48 de Y Atlas, est particulièrement adopté dans les cantons producteurs du Pas-
de-Calais, siège de la forte race boulonnaise. Huit à dix jours après la mise bas, les poulinières sont envoyées et tenues dans des pâturages entourés de haies vives. Les poulains les y accompagnent, cela va de soi. Pour que le produit de la prairie soit consommé avec ordre et suivant les règles d'une économie bien entendue, on fiche en terre un piquet (a) en fer à mailles tournantes, et portant des chaînes en fer également (£), au nombre de 6 à 10, selon que la surface a plus d'étendue ou que le nombre des juments est plus considérable. Les chaînes, longues de 3 mètres, sont assez pesantes pour n'être jamais tendues, pour reposer toujours sur le sol; elles sont pourvues de tourillons qui les maintiennent isolées, et qui en empêchent tout mélange. La chaîne se continue par une corde de 8 mètres, terminée par une entrave en cuir (d). Celle-ci est fixée au paturon postérieur gauche de la poulinière. Tout en laissant une certaine liberté aux animaux qu'on y soumet, ce mode d'attache ne leur permet pas d'aller au delà d'un certain rayon ; mais il est mobile et se déplace suivant les besoins, quand l'espace pâturé n'offre plus rien à la dépaissance des mères. L'expérience l'a consacré par cette considération très-déterminante assurément que les accidents sont à peu près nuls, bien que les juments et leurs nourrissons demeurent là nuit et jour, à moins que le gros temps ne force à les rentrer pour la nuit.
« Cette manière de tenir le cheval au piquet a été modifiée dans la plaine de Caen, où l'on y met le jeune cheval entier de race destiné à devenir étalon. Des poulains entiers, fortement nourris et pleins de vigueur, se seraient mal trouvés d'un rapprochement aussi facile. Il y avait nécessité de les séparer et d'empêcher qu'ils pussent s'atteindre pour se quereller. Les fig. 36 et 36', p. 50 de Y Atlas, montrent le système.
« 11 consiste en un piquet en bois (a) long de 30 à 35 centimètres, en une tignette ou anneau oblong {b) ou carré (c) en fer, dans lequel passent deux clous tournants (dd) formant anneaux en dehors de ce qu'on a appelé tignette ; à chacun de ces derniers anneaux vient s'attacher une corde : l'une d'elles («) va se fixer au piquet, l'autre (/) au licol dont la tête du cheval est coiffée. Celle-ci peut être remplacée par une petite chaîne légère en fer. Grâce aux clous qui tournent librement
dans la tignette, les cordes ne sauraient jamais ni s/3 tordre ni se mêler, si multipliées que soient d'ailleurs les marches et contre-marches de l'animal piqué^ comme on dit en Normandie. Mais on a une garantie de plus contre la torsion de la corde ou de la chaîne si on la fixe au licol à un clou tournant [g) et par son autre extrémité à un autre anneau en fer, tournant aussi, et placé au-dessus de la tête du piquet (h). Dans ce système, on le voit, toutes les parties de l'attache obéissent, pour les suivre , aux moindres mouvements de l'animal.
« Le piquet de bois a été adopté parce qu'il tient mieux en terre que le piquet de fer. Il y a aussi moins de risques, s'il venait à l'arracher, que le cheval ne se blesse ou ne blesse ses compagnons, en le traînant au bout de sa corde.
« Du reste, les chevaux prennent très-promptement l'habitude du piquet; ils deviennent même fort adroits à éviter la gêne, les embarras que pourrait leur occasionner la corde. La physionomie des chevaux tenus au piquet n'accuse aucune tristesse.
« Dans toute sa longueur, l'attache mesure de 6 à 7 mètres. De la sorte, chaque cheval se tenant au bout de sa longe a un cercle de 13 mètres de diamètre environ à parcourir quand il sent le besoin de se donner de l'air et du mouvement, de prendre un exercice salutaire.
« On ne laisse pourtant pas toujours à l'attache toute son étendue ; il y aurait alors trop de fourrages gaspillés : au moyen de nœuds faits à la corde, on la raccourcit au contraire, à volonté. De cette manière on fait consommer l'herbe dans un rayon moins allongé d'abord,* plus étendu ensuite en donnant plus de longe, et successivement jusqu'à ce qu'on lui ait restitué toute sa longueur. On ne change les piquets de place que lorsque les animaux ont dépouillé toute la surface à laquelle il leur a été permis de demander leur nourriture. Deux ou trois coups frappés de côté, avec un maillet, sur la tête du piquet, suffisent pour l'arracher aisément.
« Chaque cheval a sa petite auge en bois, dans laquelle on donne, suivant l'occurrence, de l'eau ou de l'avoine.
« Quand on a mis sur le même terrain un certain nombre de chevaux au piquet, un gardien trouve un abri nocturne
dans une cabane roulante qu'on tient assez près pour que la surveillance puisse être générale et facile, pour que tous les soins nécessaires, s'il y a lieu, puissent être donnés avec promptitude. »
4° La couronne ne se distingue guère extérieurement du paturon, mais anatomiquement elle a pour base la partie supérieure du second phalangien, qui est située en dehors du sabot, et la portion des deux fibro-cartilages ou latéraux de l'os du pied, qui n'est pas recouverte par la corne. Ainsi que l'a très-bien dit M. Lecoq, elle couronne le bord de l'angle supérieur de l'ongle. Sa largeur et la parfaite égalité de sa surface font les conditions de sa beauté. Mais exposée qu'elle est à des violences de toutes sortes, elle devient le siège de maladies, de blessures diverses et surtout de tares osseuses qui prennent le nom particuUer de formes.
Pour bien faire connaître ces tumeurs dont la fréquence et la gravité sont grandes, nous reviendrons au Mémoire de M. Gillet, auquel nous avons déjà emprunté des études importantes. De la sorte, le lecteur profitera pour la plus grande partie du meilleur travail qui ait encore été publié sur ce sujet.
Voici comment s'exprime M. Gillet : —
« Sur les os du paturon, de la couronne et du pied, des membres antérieurs surtout, il apparaît aussi des tumeurs osseuses qui, se développant sur le premier, le deuxième ou le troisième phalangien, ou même sur deux ou trois de ces os à la fois , ont reçu le nom de formes.
« Si, ne nous arrêtant point à ce qu'ont dit les auteurs sur le siège et la fréquence de ces sortes d'exostoses, nous nous basons sur ce que nous avons vu dans notre pratique, nous dirons que les formes, loin d'être une affection , comme on l'a répété sans cesse, particulière à l'os de la couronne, se montrent aussi souvent, si ce n'est plus, sur celui du paturon, dont les parties latérales de l'extrémité inférieure sont parfois tellement exubérantes, que le vide qui existe sur les côtés entre le boulet et le pied s'efface, pour ainsi dire, complètement, comblé qu'il est alors par une exostose atteignant quelquefois la grosseur d'un œuf.
« Placées , dans ce dernier cas, c'est-à-dire lorsqu'elles appartiennent principalement au premier phalangien, entre les tendons des muscles extenseurs et fléchisseurs du pied, et soulevant et refoulant en haut et en avant le ligament qui, venant des grands sésamoïdes, descend obliquement et gagne, selon que c'est un membre de devant ou de derrière, le tendon du fémoro ou de l'épitrochlo-préphalangien qu'il sert à affermir, on conçoit que ces tumeurs molles dans le principe, mais par la suite dures et osseuses, ne peuvent par leur présence qu'apporter de la gêne dans les mouvements de cette région.
« Nous avons cependant vu de ces exostoses qui n'occasionnaient aucune souffrance : mais nous avouons que ces cas sont excessivement rares et que le plus ordinairement les formes dont il s'agit déterminent une claudication d'autant plus forte que leur développement est plus grand et qu'elles se portent davantage en avant, sous le passage du tendon, élargi de l'extenseur du pied, ou en arrière, sous le ligament postérieur de l'articulation de la première avec la deuxième phalange et les tendons fléchisseurs, toujours alors plus ou moins douloureux.
« La gravité de cette tare est encore augmentée par le rapprochement de la tumeur de l'articulation des deux premières phalanges entre elles et surtout par son prolongement sur l'os de la couronne : car alors aux inconvénients précédents elle réunit encore celui de se trouver dans le voisinage d'une articulation à la mobilité de laquelle elle ne manque jamais de mettre un grand obstacle. Enfin on comprendra facilement, par l'étude anatomique des parties qui peuvent être lésées, de quel danger elle sera quand, au lieu de n'exister que d'un seul côté, elle entourera toute l'extrémité inférieure du paturon et une portion plus ou moins grande de l'os de la couronne. Occupant alors le pourtour de la première articulation interphalangienne dont la solidité si nécessaire est due à un fort appareil ligamenteux et tendineux qui l'enveloppe de toutes parts ; se développant surtout aux points d'attache des ligaments latéraux dont l'usage est d'empêcher tout mouvement de côté capable de compromettre la sûreté de l'appui ; se prolongeant souvent aussi en avant sous l'épanouissement du tendon de l'extenseur du troisième phalangien et en arrière sous
l'insertion du ligament postérieur et des branches de la corde tendineuse du fémoro-phalangien, on concevra en effet que le résultat de tous ces déplacements, de tous ces soulèvements et tiraillements, ainsi que des inflammations plus ou moins vives auxquelles ils donneront naissance, devra être terrible et empêcher assez le jeu de cette articulation pour rendre les allures de Tanimal sinon impossibles, du moins on ne peut plus difficiles.
« Enfin, ces accidents ne s' arrêtant pas toujours là, il arrive assez souvent qu'à toutes les lésions dont nous venons de parler viennent encore s'en ajouter d'autres non moins graves et qui, bien que fréquemment la conséquence des altérations précédentes, peuvent cependant aussi exister sans ces dernières. Nous voulons parler des affections osseuses du troisième phalangien, lesquelles consistent tantôt dans une exostose plus ou moins forte développée en avant sur le bord supérieur de cet os, à l'endroit même où s'insère l'extenseur antérieur du pied, et tantôt et principalement dans l'ossification d'un ou des deux fibro-cartilages qui complètent sur les côtés la dernière phalange. Dans l'un comme dans l'autre cas, ces éminences osseuses occasionnent des boiteries plus ou moins fortes, soit par la compression continuelle que la muraille exerce sur elles, soit par la gêne qu'elles apportent à l'action de l'extenseur de cette région, à celle des ligaments latéraux, ainsi que par la perte plus ou moins grande de l'élasticité du. pied, perte qui est à peu près complète lorsque , par exemple , les fibro-cartilages entièrement ossifiés font, comme cela a lieu assez fréquemment, corps avec l'os du pied.
« Autant toutes ces tares sont faciles à reconnaître sur les chevaux d'espèce dont les membres sont secs et dégarnis, pour ainsi dire, cle crins, autant au contraire il est difficile de les apercevoir sur les animaux communs, cachées qu'elles sont par l'empâtement ordinaire des extrémités et l'abondance des crins grossiers dont elles sont garnies dans cette partie. Aussi, dans ces derniers cas, ne pourra-t-on les découvrir qu'au moyen du toucher, tandis que dans les premiers l'œil suffira toujours pour s'assurer de leur présence.
« Le paturon et la couronne doivent, dans l'état normal, être
à peu près unis. Libres de bosselures autres que celles à peine sensibles qui résultent de la réunion du premier avec le deuxième phalangien, ils seront exempts surtout de ces inégalités ou tumeurs auxquelles on a donné le nom de formes et qui, commençant toujours par une inflammation , s'ossifient plus ou moins promptement et peuvent acquérir un volume assez considérable pour déterminer l'atrophie du sabot et une boiterie incurable.
« Lorsque ces tumeurs, toujours libres de toute adhérence avec la peau, existeront , on les reconnaîtra facilement à une grosseur rendue on ne peut plus sensible par la saillie qu'elle fait sur le côté ou sur les côtés du paturon, saillie qui, lorsque ce dernier est seul atteint, se détache encore assez delà couronne et qui, dans le cas contraire, se confond complètement avec cette dernière en pénétrant dans le sabot, dont le diamètre supérieur est quelquefois alors singulièrement augmenté. On s'en apercevra encore par la comparaison des paturons entre eux, car il arrive rarement qu'ils soient tous malades ou du moins qu'ils le soient tous également.
« Quand l'exostose se portera sous le tendon du muscle extenseur du pied, on la reconnaîtra aisément à l'éminence qu'on remarquera sur la face antérieure du paturon, laquelle, au lieu d'être droite du boulet au pied, décrira alors une courbe plus ou moins marquée selon le développement plus ou moins fort de la tumeur.
« Enfin on devra ne jamais oublier que les formes les plus dangereuses sont celles qui, dues à l'affection de l'os de la couronne et à l'ossification des fibro-cartilages plus ou moins épaissis, se développent en partie dans l'intérieur du sabot; qu'après elles viennent les formes qui se prolongent sur la face antérieure de la première et de la deuxième phalange, et que les moins à craindre sont celles des parties latérales du paturon, mais que, dans tous les cas, tous ces accidents, sans exception, doivent être considérés comme très-nuisibles, puisque tous, quoiqu'on ait quelques preuves du contraire , occasionnent des boiteries dont il n'est guère possible d'obtenir la guérison.
« Causes* Elles sont, à peu de chose près, celles de toutes
les tumeurs osseuses que nous avons déjà vues. Ces exostoses sont donc souvent le résultat d'un accident et se montrent à la suite d'un coup , d'une atteinte ou d'une piqûre qui , après avoir déterminé la carie des cartilages latéraux du • pied, en ont amené l'ossification. Souvent encore, n'ayant pas de causes connues et apparaissant sur des poulains , ou misérables, ou dont les père et mère sont plus ou moins entachés de ce vice, elles sont attribuées à une cause occulte qui a fait considérer, et je crois avec raison, ces tumeurs comme héréditaires. »
Les poils de la couronne doivent être régulièrement rabattus sur le sabot dont ils recouvrent le bord supérieur. Lorsqu'ils se montrent rebroussés ou réunis en mèches, on doit croire à une affection particulière du bulbe et à l'apparition prochaine d'une maladie désagréable et difficilement guérissable, vulgairement appelée eaux aux jambes ; les poils ont la même apparence lorsque la maladie a été plus ou moins palliée par un traitement ad hoc. Au surplus, elle ne se limite pas à la couronne, elle envahit les régions supérieures qu'elle tuméfie et salit par un suintement affreux et d'odeur repoussante. On donne le nom de peigne au redressement pur et simple des poils de la couronne. On nomme crapaudine une sorte d'ulcère qui s'établit à la partie extérieure de la couronne, et dont la persistance nuit à la régularité du développement du sabot.
Les plaies contuses de cette région reçoivent le nom (L'atteintes, et nous les étudierons un peu plus loin. Aucune, si légère soit-elle, ne doit être négligée ; car toutes peuvent revêtir un caractère d'extrême gravité. Les plaies qui se présentent avec perte de substance ou une altération de forme de la couronne*, déterminent une altération dans l'accroissement de la corne de la paroi, et amènent une déformation de l'ongle.
5° Le pied proprement dit est l'extrême région du membre. C'est par lui que la masse du corps porte sur le sol dans la station debout et pendant la marche. Il est le soutien de l'animal ; s'il n'était pas solide, l'édifice croulerait bientôt ; les lois physiques ne s'abrogent pas : Incerta basis, instabile œdificium.
C'est une machine admirablement entendue que le pied dans ses diverses parties constituantes et dans son mécanisme ; mais l'étude approfondie de celui-ci et de celles-là nous ferait • sortir du cercle dans lequel nous avons voulu nous renfermer par cette considération qui a son prix et que nous ne voulons pas oublier, à savoir : notre livre est exclusivement destiné aux hommes de la grande pratique. En parlant de la vue, nous n'avons pas étudié l'œil anatomiquement ; nous faisons de même en ce qui regarde le pied , et nous résistons à tout l'intérêt que nous aurions trouvé nous-même à nous écarter.
Toujours en contact avec des corps durs qu'il a mission de fouler, et contre lesquels il ne peut éviter de se heurter fréquemment, la nature a dû recouvrir les parties sensibles de cette région d'un tissu moins vivant et plus résistant, capable de les protéger contre tous les chocs et toutes les violences extrêmes. C'est ainsi qu'elle a enfermé le cerveau et la moelle, qu'elle a façonné la cage du thorax pour abriter des viscères délicats. C'est une boîte aussi qu'elle a placée à l'extrémité libre des membres, et dans laquelle sont arrangés et soigneusement enveloppés tous les tissus qui auraient eu à souffrir d'un contact trop immédiat avec le sol et ses diverses aspérités.
Partout ailleurs, il a suffi de recouvrir l'os de tissus mous et de peau pour le protéger lui-même ; ici l'enveloppe cutanée, pure et simple, n'eût point offert assez de résistance, il a fallu trouver autre chose; cette autre chose est la corne du sabot. Mais la boîte cornée elle-même devait être, quant à sa forme et quant à ses usages, diversement composée et contournée, si bien qu'elle présente, à vrai dire, trois modifications essentielles très-caractérisées et très-distinctes dans la paroi qui forme le pourtour du sabot, toute sa partie visible lorsque le pied est à l'appui; dans la sole qui constitue à la surface plantaire du pied une plaque façonnée en voûte et fermant la boîte en dessous ; dans la fourchette enfin , espèce de coin formant un relief pyramidal à la face plantaire entre ce qu'on appelle les arcs-boutants, les barres et les branches de la sole. N'allons pas plus loin; car nous serions bien vite entraîné. Revenons donc sur nos pas, afin de rester fidèle à notre cadre.
Le pied du cheval a pour base la troisième phalange, l'os du pied , surmontée de deux fibro-cartilages qui la complètent et la prolongent en arrière. Par sa forme, il «se rapproche de celle d'un cylindre, obliquement coupé de haut en bas et d'avant en arrière, de façon que sa hauteur en arrière n'est que la moitié ou le tiers de sa hauteur en avant. — Caractère du pied normal. Surface extérieure lisse et comme vernissée ; surface intérieure concave, ne reposant sur le sol que par sa circonférence. Fourchette bien dessinée ; talons arrondis et ouverts; lacunes creuses ; courbe du côté externe, plus accusée que celle du côté interne; corne grise ou noire, résistante et élastique, suffisamment épaisse pour servir de plastron protecteur aux tissus qu'elle revêt. — Inclinaison de la paroi, formant avec le sol un angle de 45° environ . — Volume de l'ensemble proportionné à la masse du corps qu'il supporte. — Le pied du cheval peut présenter une série de défectuosités dépendantes de son volume, des dimensions relatives de ses parties, de sa forme, des qualités de sa substance et de sa direction, — d'où les qualifications suivantes. — Pied grand: volume trop considérable, relativement à celui du corps; les allures sont moins légères. "Pied petit: défaut inverse; il prédispose aux claudications en raison de l'étroitesse de la boite cornée. Pied étroit, à talons serrés, encastelés: le diamètre transversal du sabot est plus petit que le diamètre antéro-postérieur : d'où la compression des parties vives et la claudication ; ■— dans le pied encastelé, cette compression est plus forte, parce que le sabot est presque aussi élevé en talons qu'en pince ; défectuosité extrêmement grave. — Pied h talons bas: il est exposé aux bleimes par les pressions plus fortes accumulées sur les parties postérieures. — Pied plat : la sole est plane et exposée aux foulures. — Pied comble : la sole forme une saillie qui dépasse le bord plantaire de la paroi ; défectuosité extrême qui nuit considérablement à l'utilisation de l'animal. — Pied cerclé: la surface externe de la paroi présente, échelonnés, des sillons et des saillies circulaires qui témoignent des congestions intermittentes de la matrice de l'ongle. Ce caractère se remarque d'ordinaire sur les pieds qui souffrent ou qui ont souffert; mais il peut être le signe de changements survenus
dans F alimentation , à l'époque du printemps notamment. — Pied massif: la corne est trop épaisse ; elle est exposée à se fendre et à se resserrer ; d'où des compressions douloureuses. — Pied maigre : la corne est trop mince ; elle se sèche, éclate et se fend facilement. — Pied dérobé : sa corne est rendue irrégulière, au bord plantaire, par les éclats qu'elle a subis. L'attache du fer est difficile. Ce peut être un accident passager ou la suite de la maigreur de l'ongle. Dans ce cas, il est grave. — Pied mou ou gras: la corne manque de ténacité; les fers s'en détachent facilement. — Pied cagneux : la pince est tournée en dedans et les talons en dehors. — Pied panard: défaut inverse. Le cheval ainsi conformé est exposé à se couper, — Pied bot : la paroi a une direction verticale ou oblique en sens inverse de l'état normal , par suite de la rétraction des tendons. — Pied pinçard ou rampin : l'appui ne se fait qu'en pince; les talons ne touchent pas le sol. — Pied de travers : l'un des côtés est plus haut que l'autre ; d'où un défaut d'aplomb. »
Cette étude en raccourci, et pourtant complète, est extraite du Nouveau Dictionnaire des sciences médicales et vétérinaires; mais elle est simplement descriptive. C'est un peu la manière française. Les Anglais vont plus loin : appréciant bien l'importance du pied quand il s'agit d'une large utilisation du cheval , ils négligent un peu les détails scientifiques au profit des recommandations que fait l'expérience, et ils s'appliquent à donner aux pieds les soins qui les conservent en bon état, ou qui retardent leur détérioration plus ou moins prochaine et profonde. Cette méthode a bien son prix; et nous avons pour elle un penchant très-marqué. Faisons donc une excursion rapide sur ce terrain encore peu exploré par les hippologues français.
Disons-le, nous aussi, les pieds réclament une attention particulière et très-généralement négligée. Outre les accidents de toutes sortes qui les menacent, ils sont exposés à nombre de maladies dont plusieurs seraient facilement évitées par quelques soins bien entendus.
a. Nettoyer les pieds au sortir du travail est chose aussi rarement faite que facile et nécessaire à exécuter. « Très-sou-
vent une pierre est engagée entre le fer et la fourchette, dit John Stewart; l'y laisser jusqu'au lendemain ou seulement pendant quelques heures suffit pour meurtrir le pied et faire boiter te cheval. Cet accident arrive rarement aux pieds de derrière ; mais les pieds de devant de tous les chevaux devraient être examinés en rentrant, afin de s'assurer s'il ne s'y trouve pas de clou , de pierre, d'éclat de bois, ou de verre cassé enfoncé dans la sole. La boue ou la terre glaise sera grattée ou lavée, et l'intérieur des pieds sera visité avec soin. Cet examen d'un moment pourra souvent prévenir des boiteries de plusieurs mois. Tous les chevaux qui ont les soles plates, les talons bas et faibles, sont facilement blessés par le sable et le gravier qui s'accumulent entre la sole et le fer. Chaque fois que le cheval revienderadu travail, ces matières étrangères seront enlevées en passant le cure-pied tout autour du fer. Les pieds de derrière n'ont pas besoin du cure-pied. Les chevaux de charrette, aux pieds forts, ne requièrent pas ces soins; mais, dans une écurie de maître, ils sont exigés pour la propreté, que les pieds soient faibles ou forts.
b. a Tamponner les pieds est une opération qui se pratique aux pieds de devant; souvent tout à fait négligée, on » l'exagère souvent aussi. Elle consiste à appliquer quelque matière humide à la sole, afin de la conserver douce et élastique.
a La terre glaise et la bouse de vache, employées ensemble ou séparément, sont les ingrédients les plus usités. La terre glaise est sujette à devenir trop vite sèche ; elle acquiert la dureté de la pierre, si elle n'est pas enlevée dans les vingtquatre heures, et, si le cheval est mis en course avec un de ces emplâtres durci dans les pieds, la sole est meurtrie avant que la terre soit déplacée. Elle convient cependant très-bien pour les lourds chevaux de trait , vu la lenteur de leur allure et les hauts crampons qui séparent leur talon du sol. On la mouille quelquefois d'eau salée ou de saumure de hareng, mais j'estime que l'eau pure est tout aussi bonne. La bouse de vache renferme beaucoup plus d'humidité que la terre glaise, adoucit la sole en moins de temps, et ne devient jamais ni si dure, ni si sèche. Pour des pieds ordinaires, c'est-à-dire ceux
qui n'ont jamais trop ni trop peu de corne, un mélange de bouse de vache et de terre glaise forme le meilleur enduit. On pourrait y ajouter un peu de sel pour empêcher la bouse de pourrir. Les hacJcs, chevaux de chasse et de course, sont souvent tamponnés avec des étoupes ou de la mousse. C'est plus propre, et Ton peut varier la dose d'humidité suivant la condition des pieds. L'étoupe ou la mousse est mise à sec dans le pied et l'on y verse de l'eau une ou deux fois par jour. Pour les chevaux qui ont la fourchette pourrie ou une tendance à ce mal, la terre glaise et la bouse de vache sont en quelque sorte trop humides ; l'étoupe convient beaucoup mieux. On en remplira la sole à fleur du fer, sous lequel on en glissera une partie pour fixer le tampon. La mousse s'adapte de la môme manière et est tout aussi bonne.
«M. Cherry, de Londres, a inventé un tampon de feutre destiné à remplacer le tamponnage ordinaire par l'humidité qu'il peut absorber, et à supporter la sole par la résistance qu'il procure. Il y en a de toutes grandeurs ; ils couvrent toute la partie exposée de la sole et la fourchette. L'inventeur fait ressortir avec vérité que la sole était destinée à recevoir quelque pression de la terre, ce qui ne peut avoir lieu quand le cheval est ferré et mené sur des routes dures. Il ne saurait tra- • vailler avec ces pelotes, et tel n'est pas leur but , mais il en retirera peut-être quelque bien dans l'écurie. Elles peuvent être utiles pour les pieds qui ont de la tendance à devenir plats. On doit prendre soin de les choisir de grandeur convenable, car, trop petites, elles tombent et sont perdues, et, trop minces, elles ne supportent pas la sole. Ce ne sont que les soles minces et plates qui exigent quelque rapport : elles ont en général peu besoin d'humidité, cependant la pelote est ordinairement plongée dans l'eau avant d'être placée. Cette invention n'est pas applicable aux pieds concaves, les soles de ceux-ci demandant plutôt l'humidité que le support : les étoupes humides ou mouillées leur conviennent mieux. Nimrod parle d'une jument aux pieds encastelés dont les pelotes de Cherry ont augmenté l'inflammation des pieds et produit de grandes souffrances ; il doit avoir été trompé : les pelotes n'ont pas ce pouvoir.
a Le moment de tamponner varie suivant l'état du pied. Tous les chevaux, sauf ceux qui ont les soles minces et plates, devront être tamponnés le soir qui précède le jour du ferrage. Sauf pour ce motif, les chevaux de ferme requièrent rarement le tamponnage ; leurs pieds reçoivent assez d'humidité des champs, et, si peu que ce puisse être, ils n'en ont guère besoin de plus. Les chevaux de charrette, employés .dans les villes, devraient être tamponnés le samedi soir jusqu'au lundi matin. Les chevaux de vitesse en ont besoin l'hiver une fois par semaine ou davantage, et tous les deux jours dans les chaudes semaines d'été. Les chevaux à pieds encastelés, tous ceux qui ont les talons hauts , les soles concaves ou chaudes et tendres et une exubérance de corne, doivent être tamponnés presque chaque soir. Si on néglige ce soin, surtout en temps sec, la sole devient dure et rigide, et le cheval boite davantage ou devient boiteux.
« Certains pieds ne devront pas être tamponnés. — Quand la sole est plate et mince, moins elle recevra d'humidité , mieux ce sera ; l'humidité rend la sole trop flexible ; sous la pression du poids superposé , elle deviendra souvent convexe au lieu de maintenir sa concavité primitive. Le tampon seul ne fera pas descendre la sole , mais y aidera lorsqu'elle y a déjà une tendance. Les soles plates sont presque invariablement minces ; on ne peut les parer. Étant adoucies, elles céderont non-seulement sous le poids du cheval, mais même en touchant à une pierre. Sur une route nouvellement empierrée, le cheval est estropié et sa sole facilement coupée de part en part; ces sortes de soles sont suffisamment élastiques sans l'aide de l'humidité.
« Un tamponnage continuel rendra trop douce même une sole épaisse ; lorsque la sole est si douce ou si mince qu'elle cède à tout degré de pression du pouce , il ne faudra pas de tamponnage humide. Si elle était rendue plus flexible, soit par le tampon ou en parant le pied, le cheval, en parcourant une route dure, aurait bientôt les pieds meurtris. Je n'ignore pas qu'une grande autorité recommande de tenir les soles aussi élastiques que possible; mais ce n'est pas ici le lieu de discuter sur ce point. Le fait est tel que je le constate : l'expérience
me met à môme de déclarer que la sole qui cède rendra boiteux le cheval le plus sain qui ait jamais marché.
c. La fourchette échauffée. — C'est dans l'origine un léger suintement dans le vide de cette protubérance. Il provient de l'humidité fréquente, prolongée ou excessive. Un état pléthorique du corps peut y prédisposer, mais l'humidité en est la cause immédiate. On peut produire cette maladie à volonté en tamponnant le pied avec un tampon humide ou en laissant continuellement le cheval dans le fumier. Si elle est négligée, elle s'étendra, envahissant, en grande partie ou en totalité, la fourchette, les talons et même la sole. La corne devient raboteuse et irrégulière dans sa pousse ; la fourchette perd de son volume et le pied se contracte. Le cheval est parfois disposé à marcher sur ses pinces , afin de pouvoir tenir en l'air la partie postérieure du pied; mais, en général, il ne boite pas, si ce n'est quand la fourchette vient en contact avec une pierre, ou se trouve pressée par un sol rude ou défoncé. Arrivée à un degré plus sérieux, la maladie devra être confiée à un vétérinaire. Au commencement, presque tout le monde pourra la guérir : le vide de la fourchette et les crevasses suintantes seront d'abord nettoyés entièrement; on les remplira ensuite de compresses d'étoupes trempées dans du goudron chaud. Ce simple remède, répété chaque jour, obtiendra souvent la guérison. Les fourchettes défectueuses pourront être grandement améliorées en adaptant au fer des semelles de cuir.
Pour prévenir réchauffement dans les pieds, qui y sont déjà disposés, les fourchettes devront être tenues sèches. Si la sole nécessite l'humidité, le tamponnage ne devra pas être appliqué à la fourchette. On pourra protéger cette partie par une couche de poix, ou borner le tamponnage à la sole.
d. « Graisser la muraille du sabot. — C'est une pratique commune parmi les grooms et les cochers d'appliquer de l'huile ou quelque mélange graisseux à la muraille , ou , comme on l'appelle parfois , à la croûte, c'est-à-dire toute la portion du sabot qui est visible quand le cheval est droit. Ils supposent que le graissage pénètre la corne et l'adoucit ; mais il y a là un peu d'erreur, car la profondeur à laquelle l'enduit parvient est très-insignifiante. Si le graissage contribue à l'élasticité du
sabot, ce n'est qu'en y maintenant l'humidité ; comme une sorte de vernis, il garantit la corne contre les effets desséchants de l'atmosphère. Le graissage du sabot exclut l'humidité externe et conserve l'humidité interne; il y a des pieds qui l'exigent pour y renfermer l'humidité, d'autres pour l'en écarter. L'eau pure s'introduit très-facilement par les pores de la corne et la rend douce et flexible ; or beaucoup de chevaux, ceux de trait surtout, ont les pieds faibles, la corne mince, la sole plate et les talons bas ; la croûte est à peine assez forte pour soutenir le poids du cheval. Étant adoucie, elle cède, la sole descend et le pied tout entier devient pire qu'il n'était auparavant. De tels pieds devront rarement être ramollis à dessein par l'application de l'eau ; on leur fournira assez d'humidité pour empêcher la corne de devenir cassante , mais rien de plus. Quand le cheval devra travailler souvent et longtemps dans des terres basses et humides, le graissage garantira d'une trop grande absorption d'eau. Si ces pieds ou d'autres deviennent cassants , on les plongera dans l'eau, et immédiatement après on les recouvrira d'un enduit graisseux pour y conserver l'humidité. J'ai observé les effets de l'eau sur les sabots de chevaux employés pendant plusieurs jours au charriage du sable du lit dune rivière : la corne devint excessivement douce, les clous perdirent prise, la sole , spécialement dans les pieds faibles, s'enfonça un peu, et la muraille devint oblique. Plus tard, quand ces chevaux reprirent leur travail ordinaire sur le . pavé, la corne devint cassante au point qu'on n'y pouvait fixer un clou. La surface du sabot est naturellement recouverte d'un vernis qui la protège contre l'air; mais, après que . ce vernis a été détruit par le sable mouillé , par les bottes à éponge, ou par lalime du maréchal, l'eau pénètre très-promptement et quitte aussi rapidement la corne, emportant avec elle l'humidité que le vernis y avait jusque-là conservée.
«Ainsi, pour rendre élastique un pied rigide et fort, la corne devra être saturée d'eau ; mâis, pour maintenir cette élasticité, le graissage sera appliqué avant que l'eau ait pu s'évaporer. Et pour conserver un pied mince et faible aussi dur et résistant que possible sans le rendre cassant, on emploiera l'enduit onctueux pour empêcher l'absorption de l'eau.
« Le moment du graissage varie suivant l'état du pied et des chemins. En temps humide, le sabot mince sera huilé avant la sortie, et le sabot fort et épais après la rentrée. Quand l'atmosphère est chaude et sèche et la route basse et sablonneuse, le graissage doit généralement être renouvelé tous les deux jours.
« On emploie le plus souvent l'huile de poisson pour graisser le sabot. L'enduit le meilleur et le plus durable est un mélange par portions égales de goudron, de saindoux, d'huile et de cire vierge. La poix appliquée chaude dure plus longtemps, mais n'a pas bon aspect; on peut l'utiliser quand le cheval va au vert. Les pieds de derrière sont souvent graissés , mais c'est rarement nécessaire. Les sabots des chevaux de charrette sont habituellement enduits de goudron après le ferrage, et, s'ils ont besoin de graissage, c'est le moment de l'appliquer.
e. « Rendre la muraille humide non- seulement adoucit la corne, mais influe considérablement sur sa croissance. Chez certains chevaux, la corne pousse très-lentement ; chez d'autres, très-rapidement. La croissance lente est commune parmi les lourds chevaux de trait, ce qui est souvent un sérieux inconvénient. H n'y a que deux manières de l'accélérer : l'une consiste à poser un vésicatoire une ou deux fois sur le pourtour de la couronne ; l'autre, à tenir le pied constamment saturé d'eau. Dans les deux cas, le cheval devra être tenu au repos. L'humidité peut être procurée à tout degré dans l'écurie et cependant le cheval maintenu au travail; mais alors la corne cède tellement que le remède crée un mal plus grand que celui qu'il éloigne, car la corne croît en plus grande abondance , mais la sole s'enfonce jusqu'à ce que le pied soit presque ou totalement ruiné. Ceci n'arrive cependant qu'aux chevaux d'un grand poids. Il est par conséquent nécessaire , en appliquant beaucoup d'humidité aux pieds de ces chevaux, de les placer, pendant deux ou trois mois, dans une prairie marécageuse. Le pied y recevra assez d'humidité pour activer sa croissance, et la sole un support suffisant pour empêcher sa descente. Ces deux objets, humidité et support, ne peuvent jamais être entièrement atteints pendant que le cheval continue à travailler. Une
stalle garnie de terre glaise peut assez bien remplacer le marécage.
« Lorsque la sécrétion de la corne est insuffisante dans des chevaux de moindre poids, dont les soles ne sont pas si plates, il y a moyen de procurer de l'humidité au sabot sans nuire au travail du cheval. Les bottes à éponges, c'est-à-dire les bottes munies d'épongés à l'intérieur et ferrées par le bas, sont trop coûteuses, car elles sont bientôt détruites. Toute botte quelconque suffira, étant remplie de son mouillé, qu'on renouvelle chaque fois que la botte est employée. L'humidité ne doit jamais être appliquée assez longtemps pour rendre les pieds très-tendres ; cependant il ne faut pas qu'on laisse la corne devenir trop sèche. La botte ne sera jamais posée plus de trois ou quatre heures sur vingt-quatre, et l'on graissera à l'intérieur et à l'extérieur chaque fois qu'on la retirera. Une manière usitée et simple d'obtenir l'humidité est d'appliquer une pièce de drap ou d'étoffe de laine pliée en double ou en triple et découpée en croissant, que l'on attache solidement autour du sommet du sabot, de sorte qu'il en soit tout à fait couvert. Cette pièce doit être tenue constamment mouillée ; comme elle sèche rapidement , elle demande plus d'attention que la botte ; mais elle offre l'avantage de communiquer l'humidité^ au sabot sans attendrir la sole ou la fourchette.
/. m La stalle à terre glaise. — Dans certains établissements, la moitié antérieure de la stalle ou un coin de box est recouvert de terre glaise. Le cheval dont les pieds de devant sont tendres, contractés ou cassants, y est placé chaque jour pendant une heure ou deux. Quelquefois le pavement d'une box est entièrement couvert de terre glaise mouillée, et le cheval y est placé toute la journée, étant reconduit à l'écurie pour la nuit, afin de pouvoir coucher à sec. La stalle glaisée est avantageuse pour certains pieds et mauvaise pour d'autres ; on s'en sert généralement avec trop peu de discernement. Quand la terre glaise est très-mouillée, l'humidité adoucit la corne, accélère sa croissance, élargit le sabot et descend la sole ; elle rafraîchit aussi le pied et détruit l'inflammation. Quand le cheval est léger, ses pieds forts , contractés , plus ou moins enflammés et les talons hauts, l'argile peut être complètement
imbibée d'eau; le pied du cheval s'en détache mieux, et il peut y rester toute la journée pendant huit à dix jours successifs, s'il n'est pas à l'ouvrage. Dans le cas contraire , une heure ou deux chaque jour suffiront. Quand la croûte et la sole sont plutôt minces et faibles , cette dernière étant inclinée à descendre, et la croissance de corne insuffisante, la glaise doit être plus dure, sans eau surnageante, et on y exposerait le cheval deux heures par jour en lui laissant ses fers. Dans le premier cas, la sole a besoin d'être abaissée, le pied élargi et refroidi ; dans le second cas, la croissance de la corne a besoin d'être stimulée et la sole supportée. La corne pousserait plus vite s'il y avait plus d'humidité, mais alors l'argile ne présenterait pas assez de support. On pourrait fournir un surcroît d'humidité à la croûte au moyen du drap imbibé. La stalle glaisée ne convient pas quand la fourchette est échauffée , à moins de la protéger par une couche de poix ou tout autre enduit imperméable, ce qui peut se faire sans inconvénient quand l'affection n'est que légère.
g. « Ferrure. — Beaucoup d'hommes d'écurie, surtout ceux employés dans les établissements où l'on prend des chevaux en pension, sont très-insouciants sur l'état des pieds du cheval et de ses fers. Ceux-ci sont parfois portés jusqu'à ce qu'ils tombent au / milieu d'un voyage, d'une promenade , et il en résulte une perte de temps, des dégradations aux pieds et même des boiteries. Cette négligence a encore d'autres inconvénients : si le cheval travaille peu ou n'use pas beaucoup ses fers, ils se maintiendront trop longtemps. Les chevaux de vitesse doivent toujours avoir les pieds parés une fois par mois; si leurs fers sont encore bons, on les replacera. Lorsque la corne a le temps de s'accumuler, l'action du cheval est entravée ; il ne peut allonger le pas, ne saurait poser les pieds fermement et est très-sujet aux cors. S'il n'était pas ferré, la corne serait plus promptement usée que renouvelée ; mais le fer empêche, pour ainsi dire, toute usure et n'arrête pas la croissance; d'où il suit que la corne superflue doit être enlevée de temps à autre, ordinairement tous les mois. Certains chevaux chez lesquels la corne pousse lentement peuvent aller cinq semaines ou plus, tandis que d'autres qui usent leurs fers très-
vite en exigent de nouveaux toutes les trois semaines. Les chevaux de ferme portent parfois les mômes fers pendant six à huit semaines ; si leurs talons sont forts, ils n'en seront pas endommagés, la nature de leur travail et de leurs pieds n'exige pas plus de soins. Quand les talons sont faibles ou affligés de cors, il faut déplacer les fers toutes les trois semaines.
« La construction des fers et la manière de les appliquer diffèrent suivant le poids et le degré d'activité du cheval, la situation des pieds, la vitesse exigée, l'état de la route et la nature du travail. Pour ferrer un cheval convenablement, il faut tenir compte de toutes ces circonstances ou de la plupart; mais ce n'est pas le moment de décrire les différentes espèces de fers et la manière de les poser. En général, c'est au maréchal à décider sur ces deux points ; il est peu au courant de son métier s'il doit recevoir des instructions de celui qui l'emploie. Les maréchaux des grandes villes, qui ont la vogue, connaissent tous les livres où l'on a puisé ce qu'on voudrait leur enseigner.
« Les fers seront examinés quand le cheval revient du travail et encore lorsqu'il y retourne ; si un clou est brisé ou vacillant, ou une rivure relevée, ou si le cheval se coupe, qu'on appelle à l'instant le maréchal.
> h. « Les pieds non ferrés des poulains sont souvent négli- / gés. Il en est qui contractent réchauffement de la fourchette s avant d'être mis à l'écurie. Si l'on n'examine pas ces pieds de | temps à autre, il pourra résulter beaucoup d'inconvénients de cette incommodité avant que le hasard l'ait fait découvrir. On j ne devrait pas négliger ce soin un seul jour. D'autres poulains, surtout ceux qui ne se posent pas bien sur leurs jambes, usent souvent le sabot plus à l'intérieur qu'à l'extérieur, au point que le membre en devient de plus en plus oblique, et finit par conserver ce défaut. Les pieds* des poulains devraient être dressés toutes les cinq ou six semaines.
t. « Les chevaux tenus en box, comme les étalons, les chevaux de chasse et les coursiers, sont souvent déferrés durant plusieurs semaines. C'est rarement bon, mais .le pavement de la boxe a surtout de l'influence; si c'est un pavé et que la litière ne le couvre pas complètement, les pieds nus seront
certainement blessés. Des fragments de cornes se cassent, ou la pince s'use par les frappements et les grattements du pied, à quoi les chevaux oisifs sont fort enclins. Si le cheval restait dans cette situation pendant une année entière, ses pieds deviendraient plus durs et plus solides dans cet espace de temps ; mais, dans les trois ou quatre premiers mois, ils se détériorent plutôt que de s'améliorer, et l'on a besoin du cheval avant que le durcissement ait commencé. Si le pied est contracté, il pourra s'étendre un peu étant déferré ; dans ce cas il faut veiller à ce que le pavement soit doux et humide ou mou. Si la sole est mince et plate, quoique assez forte pour supporter le poids du cheval, elle recevra plus de support quand le fer est retiré et sera moins en danger de descendre davantage ; mais le terrain devrait être tel qu'il opère une pression sur toutes les parties de la sole; si le pavement glaisé ne convenait pas, on se servirait de tan. La sciure de bois en quantité suffisante et constamment renouvelée convient très-bien pour une sole mince, et le sable fin a été employé dans le même but. Une litière courte et douce pourra cependant remplacer l'un et l'autre; ce qui est essentiel, c'est une pression douce et uniforme. Un pied contracté peut exiger de l'humidité, qu'on lui fournira à part dans la stalle glaisée ou par des pièces de drap humectées.
« Dans la prairie, un pied plat souffre parfois de l'excès d'humidité, et y gagne toujours des pustules à la fourchette. Quand les chevaux qui ont de tels pieds sont mis au vert, on doit d'abord recouvrir la surface plantaire d'une pièce de cuir repliée tout autour et formant un bourrelet sur lequel on cloue le fer. Pour préserver de la boue et de l'humidité, la sole sera tamponnée d'étoupe et d'une sorte d'enduit composé de goudron et de résine, mêlés et coulés à chaud. Un tamponnage gras n'est jamais aussi bon. »
j. Les recommandations de nos voisins sont minutieuses sur tous les points ; nous sommes loin, en France, de nous astreindre à de pareilles pratiques. Le luxe de soins adoptés en Angleterre nous est à peu près inconnu ; mais nous péchons par le défaut contraire. Soit que nous usions moins largement du cheval, soit que nos chevaux résistent mieux à la fatigue, tou-
jours est-il que le même besoin d'attentions particulières est moins impérieux chez nous que de l'autre côté de la Manche. Ce n'est pas à dire qu'en traitant mieux nos serviteurs de l'espèce, qu'en prenant de leurs pieds et des extrémités des membres des soins mieux entendus, nous n'en tirerions pas un service et meilleur et plus durable.
i.Qu'on nous permette alors de dire un mot sur les bandages dont l'usage, importé d'Angleterre, commence à se répandre parmi nous. Du reste, nous ne voyous que des avantages à le généraliser.
En effet, c'est un moyen de prévenir des accidents ou des maux de diverses sortes, de conserver aux rayons inférieurs des membres toute leur intégrité, et de prolonger, par conséquent, la durée des services d'animaux d'un prix ordinairement élevé.
Les bandes qu'on applique aux jambes sont composées de morceaux de flanelle de 4 à 6 mètres de longueur sur 0m,i0 à 0m,15 de largeur, munis d'attaches à uue extrémité. On les prend roulées, le bout garni de liens au centre, on les déroule à mesure que la partie est entourée. On commence par le bas, deux plis autour du paturon contre le sabot, le reste est contourné en spirale autour du membre en montant. Chaque nouveau pli doit recouvrir le bord du précédent jusqu'au genou ou jusqu'au jarret, sans dépasser ces parties, dont les mouvements seraient empêchés ou tout au moins gênés si le bandage les enveloppait. La pression moyenne exercée par la bande doit être égale dans toute l'étendue de la surface recouverte ; elle sera convenable si Ton peut passer le doigt entre la flanelle et la peau ; la bande est fixée sous l'articulation du genou ou du jarret au moyen des attaches dont nous avons parlé.
Les bandes s'appliquent sèches ou mouillées.
On les met à l'état sec quand les jambes sont humides ou froides, ou lorsqu'on peut redouter le froid aux extrémités. Elles ont alors pour effet d'absorber l'humidité et de conserver la chaleur naturelle. On les enlève dès qu'elles ont rempli leur office et l'on fait avec les mains une friction salutaire sur les parties. Il est des chevaux qui ne se couchent pas quand ils ont les flanelles aux jambes ; il y a dès lors indication à le8
leur enlever avant la nuit ou à ne pas les leur appliquer. Dans ce cas, les extrémités seraient séchées et réchauffées par des frictions manuelles assez prolongées pour atteindre le même but.
Les bandes sèches ne doivent être serrées qu autant qu'il est nécessaire pour les maintenir en place ; plus serrées, elles retiennent moins le calorique.
Les flanelles sont plus rarement appliquées mouillées ; cependant les Anglais leur accordent souvent la préférence. Elles conservent, disent-ils, la chaleur, réduisent ou préviennent les engorgements, et combattent avec efficacité les symptômes d'irritation ou d'inflammation qui se manifestent après de grandes fatigues. Elles sont donc très-indiquées à la suite d'un travail violent chez les chevaux sujets à souffrir des parties tendineuses et ligamenteuses des extrémités, elles peuvent néanmoins être suppléées par des fomentations bien faites.
On plonge dans l'eau chaude les bandes de flanelle qu'on doit appliquer, mouillées, et on en serre les plis plus qu'à l'état sec. La chaleur et l'humidité se maintiennent assez longtemps pour calmer ou prévenir la souffrance des membres. On peut employer des décoctions émollientes, et remplacer ainsi jusqu'à un certain point l'effet d'un cataplasme. Les chevaux qui ne répugnent point à se coucher lorsqu'ils ont les extrémités ainsi entourées, doivent conserver les flanelles pendant la nuit, mais il y a nécessité « qu'elles restent humides, soit qu'au moment de fermer l'écurie on plonge les jambes dans un seau d'eau chaude, soit qu'on ait des bandages suffisamment longs et épais, pour conserver l'humidité jusqu'à ce qu'il soit temps de les retirer. Un bandage sec, sur une jambe en inflammation, fera plus de mal que de bien, car il maintient la chaleur sans provoquer la transpiration qui enlève l'inflammation. Les jambes de derrière ont rarement besoin de bandages mouillés (1). »
L'explication physiologique n'est peut-être pas inattaquable, mais la pratique est sanctionnée par l'expérience. A la rigueur, les hommes de pratique peuvent se contenter des faits ; ici la théorie n'a qu'une très-mince importance.
(i) John Stewart, Économie de l'écurie.
Quelques mots encore sur les membres, vaste sujet * que nous effleurons à peine, car on pourrait bien lui consacrer un volume.
Si quelqu'un a pu écrire : Ce n'est pas avec les jambes qu'un cheval marche, tout le monde au moins a pu dire : Les jambes sont des colonnes de soutien. La solidité de l'édifice est donc là Quel travail pourraitron imposer au cheval qui ne tiendrait pas sur ses membres? Une cinquième roue n'a jamais été utile à un carrosse, mais quatre roues, bien conditionnées, ont toujours été regardées comme absolument indispensables à sa destination. Sont très-certainement fort habiles ceux qui parviennent à remonter leurs écuries à bas prix en cherchant, parmi les mal bâtis, les défectueux et les tarés, que la majorité repousse , les chevaux capables de rendre encore quelques services. Ils dépensent peu à la fois et satisfont leur goût de brocanteurs. Os • rencontrent, par-ci par-là, des non-valeurs commerciales qui remplacent plus ou moins avantageusement des animaux d'un prix élevé ; elles leur font moins d'honneur, mais elles portent parfois un certain profit. Alors on se félicite volontiers de la bonne aubaine; on dit tout haut, trop haut ses succès, mais on tait soigneusement ses mécomptes. Ni les uns ni les autres ne constituent un bagage très-enviable, et d'ailleurs ceci n'est point l'affaire de l'éleveur à qui les moins exigeants ne demandent jamais que la perfection. Il n'y a point à redouter de la dépasser ; on peut y viser sans cesse et ne l'atteindre que rarement ; mais en se la proposant pour but, on se rapprochera plus aisément de la somme des qualités qui donnent du prix aux chevaux en les faisant rechercher par ceux dont toute l'ambition ne s'arrête pas à ce qu'on nomme, en termes de métier, un bon reste de cheval. Efforcez- vous donc de faire des animaux à forte structure, aux membres larges, aux articulations nettes et bien accusées, aux aplombs réguliers; vous les placerez toujours plus facilement et plus avantageusement que ceux qui se présentent dans les conditions opposées. D'ailleurs, si l'on peut pardonner beaucoup à des chevaux qui ont atteint l'âge de raison, on doit se montrer plus sévère et plus difficile pour les jeunes que rien encore ne recommande à l'attention de Véleveur.
C'est quand les jambes font défaut, pour une cause ou pour une autre, que l'animal bronche, butte et s'abat. Ceci concerne tout particulièrement la pratique et rentre dans notre sujet.
2. Broncher , c'est faire un faux pas. Tout cheval qu'on abandonne trop, qu'on ne soutient pas de manière à ce qu'il sente toujours la main, si légèrement que ce soit, qu'il porte un cavalier, qu'il tire une voiture, ou qu'il suive son conducteur, finit par se négliger et s'oublier. Dès lors il fait ce qu'on nomme une faute, un faux pas ; il bronche, il butte. Les chevaux fatigués par une longue marche, ceux qui rasent le tapis, sont très-sujets à commettre de ces sortes de fautes au sortir de l'écurie ou à la fin du travail. Il faut donc être plus attentif avec eux lorsqu'on les mène : la prudence veut d'ailleurs qu'on , le soit avec tous et toujours. « Il n'y a si bon cheval qui ne bronche. » Ce dicton s'élève à la hauteur d'un sage conseil : n'oubliez pas son utile recommandation.
Quand la marche est lente, le faux pas n'a aucune suite désagréable ; il avertit à la fois le cheval et le conducteur. Aux vives allures il entraîne souvent la chute et occasionne des lésions d'une certaine gravité ou tout au moins d'une telle nature qu'il en résulte parfois une très-notable dépréciation de l'animal. Ces lésions arrivent aux genoux et se trahissent par des excoriations ou par des cicatrices, ou simplement par l'absence des poils, emportés dans la chute par le frottement de l'articulation contre le sol dur de la route. Toute blessure ou apparence de blessure au genou fait dire que le cheval est couronné. Cette sorte de couronne est une tare ; elle ôte à celui qui la porte une grande partie de sa valeur, parce qu'on la regarde comme une preuve de faiblesse générale ou de mauvaise construction des membres antérieurs. Il y a du vrai dans cette opinion, surtout lorsque les deux genoux sont atteints; elle est tout à fait certaine quand leur surface est déshonorée par des callosités qui témoignent de l'ancienneté et de la répétition de l'accident.
Cependant le cheval peut se couronner par cas fortuit sans qu'il y ait chez lui ni faiblesse ni usure ; il en est aussi qui, impatients à l'écurie, s'excorient les genoux en donnant de cette
partie contre une mangeoire trop basse. Un cheval très-énergique et très-solide peut s'oublier aussi, et se couronner trèsgravement par une seule chute dans une course très-rapide ou sur un chemin difficile. Il y a donc lieu d'y regarder de près afin de juger sainement. On est d'ailleurs moins absolu à cet égard qu'on ne Tétait autrefois. Les meilleurs chevaux de service ne sont pas toujours exempts de ces petites misères qui ne sauraient atteindre ceux qui vivent en chanoine, et qui n'ont jamais donné aucune preuve de valeur. Les vieux routiers, ceux qui ont vu le feu, qu'on nous passe le mot, bien que marqués par-ci, tarés par-là, méritent en général plus que ces beaux fainéants qui n'ont encore rien fait et qui ne se montrent guère capables de faire.
3. A côté de ces chutes, il y en a d'autres qui ont une certaine gravité et qui font dire que ranimai s'abat.
Un cheval peut s'abattre sans que sa conformation exclue ou diminue sa solidité en aucune manière. Les causes qui déterminent alors cet accident peuvent être très-diverses ; les plus ordinaires néanmoins sont : la vitesse des allures, l'état glissant du sol, des obstacles quelquefois légers que peuvent rencontrer les pieds en mouvement, la poussée de la voiture par suite de la vitesse acquise , la mauvaise répartition du poids dont cette voiture peut être chargée, la répartition vicieuse du poids du cavalier sur les membres du cheval monté, la nonchalance que certains sujets , d'ailleurs très-solides , mettent dans leur marche à certains moments, l'emploi à faux de certaines aides par un cavalier inexpérimenté, etc.
Parmi les conformations irrégulières qui prédisposent un cheval à tomber, il faut ranger la trop grande longueur des membres qui diminue la stabilité du corps ; la disposition bas du devant, dans laquelle le garrot est mal sorti et les membres antérieurs se trouvent surchargés d'un trop grand poids ; l'action de forger ou de s'atteindre, pendant les allures, les membres antérieurs avec les pieds postérieurs ; les vices d'aplomb des membres antérieurs, qui exposent l'animal à se couper, soit avec la pince [chevaux cagneux), soit avec l'éponge des fers (chevaux panards) ; le cheval sous lui du devant, que cette conformation soit naturelle ou acquise.
Les maladies qui amènent la même prédisposition que les défauts précédents sont toutes celles qui affaiblissent temporairement ou d'une manière persistante la force musculaire ou qui pervertissent le jeu de quelque partie des membres. Dans les premières il faut ranger l'excès de fatigue, l'inanition, etc. Les secondes sont ordinairement circonscrites dans quelques points des membres; telles sont les boiteries dont le siège peut être rapporté à l'épaule , au pied ou à quelque autre endroit , que la lésion organique qui les produit soit visible ou non ; les maladies des articulations , des os, des capsules et des gaines synoviales connues sous le nom à'exostoses , de formes, de suros, de vessigons, de molettes. Les maladies des tendons, des ligaments, qui amènent la disposition arquée du membre antérieur et le redressement de la région digitée sur le canon, sont, entre toutes, celles qui prédisposent le plus le cheval à s'abattre en lui enlevant toute solidité.
Les cicatrices les plus fréquentes qui accusent le peu de solidité d'un cheval sont celles que l'on rencontre à la face antérieure du genou; elles peuvent consister en une simple divarication du poil sur un point circonscrit de cette partie, ou dans la présence d'une petite plaque de poils blancs. Quand les chutes ont déterminé une excoriation profonde, c'est-àdire la destruction de la peau sur une certaine étendue , la cicatrice qui en résulte est ordinairement dépourvue de poils. Le cheval qui porte ces traces de chute, petites ou grandes, est dit couronné.
4. Voyons maintenant la conduite à tenir quand un cheval s'est abattu.
Les chevaux tombent parfois sur le côté , sur la tête , ou se renversent sur les hanches, mais le plus souvent sur les genoux. L'animal monté a rarement besoin d'aide pour se relever, à moins qu'il soit très-vieux et roide, fatigué à l'excès, ou que sa chute ait eu lieu sur un sol couvert de verglas ou sur la glace. Dans cette situation, peu de personnes savent comment il faut agir pour que leur intervention devienne utile et secourante. Pour se remettre sur ses jambes, le premier mouvement que fait un cheval tombé c'est de soulever la tête et de dégager les membres antérieurs plus ou moins repliés sous le
corps ; par un second effort , tout l'avant-train est soudainement relevé, et bientôt la machine se retrouve sur les quatre pieds. Si les obstacles sont supérieurs à ses forces, l'on suppléera d'autant plus efficacement à l'insuffisance de ces dernières que les secours apportés seront dirigés en ce sens. On cherchera donc à rendre aux extrémités antérieures engagées leur pleine liberté en les ramenant en avant ; puis, se plaçant , soi-même du côté opposé à celui où elles se présentent, on soulèvera la tête en saisissant d'une main les rênes tout près de la bouche, afin d'offrir un point résistant pour les muscles dans leur action énergique et soudaine pour replacer le corps debout. De l'autre main, appliquée au garrot ou à l'épaule, on pousse le cheval devant soi comme pour le tourner sur ses jambes. Cette manœuvre demande un peu d'adresse, sans quoi le cheval peut retomber plusieurs fois et se blesser ayant de réussir à se relever complètement.
Le cheval attelé, qui tombe, a moins de facilité à se relever, empêché qu'il est par les brancards du véhicule et les liens qui l'y retiennent attaché. Dans les rues de nos villes, la foule accourt autour d'un cheval tombé, et le nombre est grand des officieux qui s'arrêtent pour donner des conseils intempestifs ou pour commettre quelque maladresse. En général, on se hâte trop de couper les harnais à tort et à travers : si le conducteur ne sait se multiplier et s'interposer, les traits, la dossière, l'avaloire sont en pièces en un clin d'ceil. Son embarras est grand ensuite. La première précaution à prendre, c'est de faire tenir la tête de l'animal de façon à prévenir toute tentative prématurée pour se relever, et tout mouvement brusque qui n'aurait d'autre résultat que de déterminer de douloureuses blessures. Cela fait, on détache toute la partie du harnachement qui soutient la charge de la voiture. Quand le cheval est accouplé, il suffit généralement de déboucler la courroie qui fixe le collier et les traits à la flèche. En reculant ensuite la voiture de quelques pas, on rend libre l'espace nécessaire à l'animal pour se relever et on l'aide dans son action comme nous l'avons dit plus haut. Si la chute avait placé les membres sous la flèche, il y aurait lieu , au préalable, à dételer le compagnon de travail. Une fois debout, le cheval doit
être caressé et rassuré; on lui laisse le temps de se calmer; on examine les parties qui ont pu être blessées; on se rend compte de l'état actuel de la ferrure, puis on porte l'animal en avant pour reconnaître à quel point il est susceptible encore de reprendre immédiatement la tâche interrompue. On ne peut la lui imposer qu'autant qu'aucune bles- # sure grave n'apparaît.