‹ La Connaissance générale du cheval... par les auteurs de l'Encyclopédie pratique de l'agriculteurChapitre 12 sur 29 · LES ALLURES · texte numérisé non relu

LES ALLURES

On désigne sous ce nom les divers modes de locomotion des animaux quadrupèdes, et plus particulièrement du cheval , type auquel on rapporte volontiers toutes les études du genre, point de départ assez sûr des connaissances zootechniques.

C'est par les actions successives ou combinées de leurs membres que les quadrupèdes parviennent à se transporter d'un point à un autre. Pour opérer ce déplacement, les membres, qui représentent une série de leviers articulés bout à bout et susceptibles de se mouvoir en des sens alternativement inverses ou semblables , se fléchissent et se plient sous l'influence de la force musculaire, toujours active ou prête à l'action , puis s'étendent pour se fléchir et s'étendre encore avec plus ou moins d'énergie, de précipitation et de régularité.

Le mouvement qui dérive de la détente de tous ces ressorts se développe de bas en haut, et se transmet, sans rien perdre de son intensité, à ce qu'on appelle le rachis, à la colonne ver-

tébrale. Le rachis cède instantanément et le corps est projeté en avant. Cette succession de déplacements, qui se communiquent d'une partie à l'autre, se passe avec une telle rapidité qu'elle peut être considérée comme simultanée et saisissable seulement par la pensée. En se répétant, ces mouvements déterminent la progression. Les membres en sont les intermédiaires ou plutôt les agents, les organes générateurs : ils s'allongent sur le terrain qu'ils foulent et occupent par degrés successifs en se portant en avant.

Plus spécialement préposés au soutien du corps, les membres antérieurs forment, en se prolongeant du tronc, deux espèces de piliers droits et solidement établis pour l'office qu'ils ont à remplir. Leurs rayons supérieurs , plus ou moins inclinés et simplement attachés au thorax par des parties molles, réunissent toutes les conditions propres à transmettre les mouvements imprimés de bas en haut et à modérer les réactions. Les épaules surtout offrent la disposition la plus favorable pour la sûreté des mouvements et pour la solidité des membres. Les deux scapulums, unis l'un à l'autre par le garrot, forment une espèce de voûte, à la face interne de laquelle s'insèrent les principaux muscles qui maintiennent ces os à leur place naturelle. Il en résulte que, plus le poids du tronc embrassé par cette voûte est considérable , plus les extrémités supérieures de la voûte tendent à se rapprocher ou à raffermir les épaules.

Par leur situation, par la disposition et l'arrangement de leurs divers rayons, et aussi par leur mode d'union au bassin, les membres postérieurs sont plus favorablement agencés pour l'action impulsive , et ils la transmettent intégralement au tronc.

Organes actifs de la locomotion , les quatre membres des quadrupèdes concourent donc à l'exécution complète de cette fonction. Mais, ainsi que l'a si bien démontré M. H. Bouley, leur rôle n'est pas tout à fait le même dans la génération du * mouvement. Le bipède antérieur tire à lui le corps et l'entraîne en le précédant ; le bipède postérieur, au contraire , pousse la masse devant lui avec toute l'intensité dont il est capable. L'autre fait moins que celui-ci pour le déplacement

du corps, parce qu'il a la double fonctiou de soutenir la masse et de l'aider à progresser, mais il contribue énergiquement à l'acte même de la progression.

Nous ne pousserons pas plus loin cette étude sur le mécanisme des allures. Elle serait de peu d'utilité pour la pratique, et nous aurons dit assez sur ce point lorsque nous aurons répété avec M. H. Bouley que la faculté d'aller en avant résulte des mouvements successifs des membres antérieurs et postérieurs, lesquels, alternativement , un à un , ou deux à deux, ou un à deux et deux à un, suivant les allures, se soulèvent de terre, embrassent le terrain et reviennent à l'appui, pour se relever de nouveau, se porter en avant et reprendre terre , et toujours ainsi tant que dure l'incitation de la volonté qui commande le mouvement; en sorte que, pour emprunter à Richerand une comparaison ingénieuse, chaque membre vient tour à tour soutenir le corps, comme les différents rayons des roues le char qu'elles supportent.

On distingue les allures naturelles ou instinctives et les allures artificielles ou acquises. La signification de ces mots est précise, et rend la définition des unes et des autres fort simple. Les premières sont inhérentes à la nature môme des animaux qui les prennent d'instinct, sans qu'on les leur ait jamais apprises ; les autres viennent de l'éducation , et sont le fait des besoins ou tout au moins de l'intervention de l'homme. Ces dernières, quelles qu'elles soient, peuvent être fixées par hérédité et passer des générations aux générations avec autant de certitude que les premières. Cela tient-il à une disposition particulière des rayons osseux des membres , contractée sous l'influence de l'habitude chez les ascendants? ou bien l'aptitude de ces allures, nouvelle en quelque sorte pour l'espèce, n'est -elle que la conséquence de la première éducation des produits, de celle que les mères donnent à leurs nourrissons? Le rossignol prend des leçons de chant avant de nous charmer ; l'hirondelle, qui est tout ailes, pour ainsi dire, apprend à voler avant de se lancer en toute sécurité dans les airs.

Pleine de sollicitude pour ses élèves, la chatte leur montre avec art comment on guette et comment on happe les souris.

La poulinière qui vit en liberté force son poulain à s'ébattre à ses côtés et à prendre du champ; elle se fait suivre aux allures qui lui sont familières à elle-même. Cette observation, contre laquelle nul ne viendra s'inscrire , enlève beaucoup d'importance aux distinctions qu'on a voulu établir dans les allures; car tous ceux qui ont étudié le cheval savent que, près des chevaux de course, chez qui le galop à deux temps est naturel, héréditaire, et qu'on ne voit presque jamais trotter spontanément ou volontairement, on voit le hunter irlandais qui se distingue par ses aptitudes à sauter en s'y prenant d'une façon toute spéciale , tout autre que ceUe du cheval de pur sang élevé en Angleterre. Plus loin, on trouve des familles de trotteurs exclusivement, puis des races de chevaux qui marchent naturellement Y amble; il en est d'autres qui n'ont qu'une seule manière de progresser, celle dite de haut pas ou pas relevé. Le cheval de trait au pas, enfin, ne chemine jamais différemment qu'à cette allure particulière ; lui demander plus est le sortir de sa sphère et lui imposer l'impossible.

Considérée en elle-même, chacune de ces allures, quelques autres encore que nous n'avons pas nommées, peut être lente, modérée ou rapide , réglée, brillante ou défectueuse : il en est aussi qui ne méritent que cette dernière qualification. Cellesci résultent toujours de l'usure de l'animal ; elles trahissent une insuffisance actuelle des forces musculaires , et se montrent sur des chevaux mal conformés autant que misérables* Un mot encore avant de passer outre.

La progression s'effectue à la faveur des mouvements articulaires qui se combinent et s'exécutent avec un art digne d'attention ; car en laissant admirer le mécanisme des rouages qui font mouvoir les animaux, il met à même d'en apprécier les qualités fondamentales et l'utilité pratique. Le fait ressortira mieux si nous opposons l'une à l'autre chaque articulation correspondante dans les membres antérieurs et postérieurs. Bien que leurs actions soient contraires cm inverses, elles tendent néanmoins au même but , le déplacement , le transport de l'animal.

Ainsi, tandis que les épaules exécutent un mouvement oscillatoire ou de pendule sur les parties latérales de la poitrine^

mouvement qui leur permet de recevoir ou de repousser la masse qui est dardée sur elles, les hanches, ou plutôt les os des cuisses dont les têtes arrondies roulent dans les cavités profondes du bassin, agissent comme un levier puissant qui soulève rarrière-main et la lance sur les parties antérieures du corps. L'impulsion violente que celles-ci reçoivent ne tarderait pas à les ébranler et à en provoquer la ruine, si le mode d'union des épaules au tronc n'avait été combiné de façon à tempérer, à amortir la force des réactions. La même disposition eût été essentiellement vicieuse dans les parties correspondantes de l'arrière ; aussi les os du bassin sont-ils directement soulevés par les fémurs, et la masse du corps, qui doit être projetée . en avant, se trouve de la sorte lancée avec plus d'énergie.

Le compas du grasset , formé par la cuisse et par l'os de la jambe, qui se plie sous le fémur, se ferme en avant, tandis que le bras et l'avant-bras, dont l'angle est ouvert en avant , ferment le compas du coude en arrière.

Ainsi , les membres antérieurs et postérieurs, que la nature a fait contraster pour rendre la locomotion possible et facile, offrent des angles rentrants et saillants directement opposés les uns aux autres pour que leur action réciproque, parfaitement balancée et concourant au même résultat , effectue librement la progression.

Tous les ressorts se tendent de l'avant à l'arrière pour que leur détente en sens inverse porte la machine en avant : admirable mécanisme où tous les rouages sont si bien disposés que la puissance à laquelle obéit chaque articulation a d'autant plus d'intensité qu'elle est chargée d'opérer une plus grande somme de mouvement.

Mais ces études s'éloignent du domaine de la pratique à laquelle nous nous hâtons de revenir pour n'en plus sortir.

A. Du pas. — Il n'y a pas deux manières de définir le pas. Il résulte des mouvements auxquels se livre un animal pour marcher. C'est la plus lente des allures des quadrupèdes. Il met particulièrement en action les muscles extenseurs et fléchisseurs des membres, un grand nombre de ceux du tronc et plus ou moins ceux de l'encolure , suivant la rapidité de la marche.

Le cheval qui marche bien à l'allure du pas se montre d'abord régulier dans ses aplombs : « De la bonne ou méchante manière de se situer étant arrêtez, a ditSolleysel, dépend non entièrement, mais en partie, la bonne ou méchante allure ou démarche. » Cette nécessité, d'ailleurs, est commune à la régularité et à la perfection de toutes les allures. Les vices d'aplomb sont une cause très-prochaine de trouble dans les mouvements à la faveur desquels la progression a lieu. L'animal qui chemine librement au pas est aisé dans toutes ses parties. Il porte légèrement la tête et n'éprouve aucune contrainte pour la maintenir à un degré d'élévation moyen. L'action de ses membres est si juste que chaque extrémité fait entendre sa battue très-distinctement et qu'en prêtant l'oreille on compte très-facilement une-deux-trois-quatré, une-deux-trois-quatre, avec une précision harmonique qui frappe et qu'on sait apprécier quand on est réellement homme de cheval. En même temps, le pied postérieur vient, au moment même qu'il l'abandonne, couvrir la place occupée par le pied antérieur correspondant, sans qu'il y ait jamais de rencontre, parce que le lever de l'un précède toujours et dans une juste mesure le poser de l'autre.

Le port des membres en avant s'opère dans un champ rectiligne de telle sorte que le membre postérieur couvre l'antérieur et réciproquement, sans déviation en dehors ou en dedans, comme sans exagération dans la flexion des divers rayons les uns sur les autres. L'appui de chaque pied sur le sol a lieu avec franchise par toute l'étendue de la face plantaire au point même où le poser s'est fait, et le boulet alors se porte en arrière avec une certaine souplesse qui témoigne en faveur de la liberté du jeu de cette articulation spécialement préposée à l'amortissement du choc, surtout dans le membre postérieur.

Tout ce qui sort de ces caractères éloigne l'allure de la perfection et. de la régularité désirables. Mais, comme toutes les perfections, celle-ci est rare, et mille causes diverses peuvent lui enlever à un degré variable quelque chose de son type sans que l'animal cesse pour cela d'être bien conformé. Et, par exemple, s'il gravit une montée ou s'il traîne une lourde

charge, le lever des extrémités est nécessairement retardé et le temps qui sépare les battues cesse d'être égal. Si le pas s'accélère au lieu de rester soutenu, les pieds postérieurs viennent prendre leur appui en avant du point qu'ont occupé les antérieurs, et le fait est d'autant plus marqué que l'allure est plus allongée. Par contre, c'est l'inverse qui se remarque lorsque le pas est ralenti ; alors la trace des pieds postérieurs n'atteint pas celle des pieds antérieurs, et l'écartement varie en raison même du degré de raccourcissement de l'allure.

Chez quelques animaux, les pieds postérieurs viennent à l'appui avant le lever des antérieurs et les heurtent plus ou moins fortement. lien résulte une percussion des fers et l'on dit que le cheval forge. Ce défaut, très-supportable et peu sensible au pas, s'exagère en raison de la vivacité des allures et nuit beaucoup parfois à la liberté et à l'étendue des mouvements.

Par suite de certaine défectuosité de l'articulation des genoux, il arrive que les rayons inférieurs des membres, au lieu d'être fléchis parallèlement à l'axe de l'avant-bras, sont déjetés plus ou moins fortement en dehors. On dit alors que le cheval billarde. Il y a perte de force et de vitesse, par conséquent plus de fatigue pour un moindre espace parcouru dans un temps donné. La disposition inverse des surfaces articulaires présente néanmoins plus de gravité. En effet, la déviation en dedans des rayons inférieurs des membres détermine une sorte d'entrecroisement de ces régions qui expose l'animal à s'atteindre et à faire des chutes. Cette défectuosité peut provenir aussi de faiblesse, chez les jeunes sujets dont le développement a été précoce ou dont l'alimentation n'a pas été assez substantielle. Dans ce cas, elle est légère et on la combat victorieusement par un régime abondant et tonique.

Les chevaux dont l'épaule est courte ont naturellement les allures peu étendues. Cette région étant très-bornée dans ses mouvements, le pas est forcément raccourci. Cette conformation force l'animal à se bercer du devant et même à trottiner pour suivre ceux qu'il est obligé d'accompagner.

Quand les rayons supérieurs des membres ont peu de longueur et quand les rayons inférieurs en ont trop, les chevaux

marchent en levant trop haut les membres. Il en résulte un grand travail, des actions excessives, mais l'effet utile n'est pas en raison directe des fatigues supportées. On dit alors que le cheval retrousse, qu'il bataille.

Celui qui progresse d'une manière inverse par suite de beaucoup de longueur dans les parties supérieures des membres et d'une grande brièveté dans les rayons placés sous le genou, rase le tapis. Il prend beaucoup de terrain , fait de longues enjambées ; mais, s'il se néglige ou dès qu'il se fatigue, il est exposé à butter et à se mettre à genoux; il bronche bien plus vite qu'un autre, alors même qu'il est réputé bon et vaillant. Toutefois, cette conformation est préférable. On la recherche avec raison parce qu'elle est riche de promesses, et, mieux que cela, de véritable utilité. Le premier point à considérer, même dans le jeu du membre antérieur, c'est la direction rectiligne suivant laquelle son action s'effectue ; car cette direction implique la parfaite régularité des attaches et la rectitude des aplombs.

Le membre antérieur manque de solidité lorsque le pied, en arrivant à l'appui, se pose trop fortement sur la pince. Le pas alors est court, et l'allure ne peut être ni très-vive, ni rapide. Quand, au contraire, l'appui se fait avec exagération sur les talons, il y a souffrance dans les parties internes du pied et altération irrémédiable de son enveloppe, du sabot.

Indépendamment de ce que nous avons déjà dit à cet égard, les pieds postérieurs se portent au delà ou restent en deçà de la piste des antérieurs, lorsque l'articulation du jarret est bornée dans ses mouvements par usure ou présence de certaines tares d'une grande gravité ; lorsque la flexion de la cuisse sur le bassin est gênée par l'insuffisance d'obliquité du fémur en dehors ; lorsque la flexion des jarrets est excessive ; lorsque, an moment de l'appui, les jarrets se contournent en dehors et flageolent, et, ce qui est un indice irrécusable de faiblesse, lorsque l'appui s'effectue exclusivement en pince, comme dans les chevaux pinçards ou rampins...

De ce que le pas est la moins rapide des allures, on en a conclu qu'elle était de toutes la moins fatigante. Cette assertion n'est pas exacte à l'état de domesticité où vivent nos animaux.

Il en est qui peinent extrêmement, bien qu'on ne les soumette jamais à un autre mode de progression.

Fournie, soutenue sur des terrains accidentés, la marche au pas exerce sur l'économie une influence plus considérable que lorsqu'elle a lieu sur un sol plan. Dans la montée, l'effort s'opère dans un sens directement opposé à la tendance générale des corps graves ; l'action des muscles est considérable ; la circulation et la respiration sont bientôt accélérées par la violence des contractions musculaires. Dans la descente, au contraire, l'effort consiste à retesir le corps qui tend à obéir aux lois de la gravitation, et c'est pour modérer la propension qu'il éprouve à projeter en avant sou centre de gravité que le tronc est porté en arrière, que les muscles du cou sont fortement contractés, les jarrets demi-fléchis, et les pas beaucoup plus courts.

La marche modérée exerce la meilleure influence sur toutes les fonctions : elle se trouve indispensablement liée chez tous les individus à l'exercice d'un ou de plusieurs sens externes; elle attire davantage les fluides dans les parties éloignées du centre de la circulation ; elle donne plus de force au système musculaire et notamment aux membres dont elle développe l'ampleur.

Le pas est le mouvement le plus calme, la moins élevée et la plus douce de toutes les allures. Néanmoins l'éducation, l'habitude, les circonstances, le modifient ou le façonnent, et il devient petit, ordinaire, accéléré, allongé ou relevé, indépendamment de la conformation des agents de la locomotion.

Le petit pas est une allure défectueuse que l'éducation peut corriger en partie. Il indique une extrême paresse, de la lourdeur. Des coups de fouet appliqués à propos, des appels intelligents de la main et de la voix, font passer, dans le jeune âge, pendant la période du dressage, cette disposition à la nonchalance. Il ne faut toutefois user que modérément .de ces divers genres de sollicitations. Le plus souvent l'animal n'y répond que pour un instant , et revient bientôt après à tout ce qui caractérise en lui la paresse : peu à peu il s'accoutume à ces aides trop fréquemment employées, et s'endurcit au point que son insensibilité s'accroît jusqu'à priver le conducteur de tous

moyens d'action. Il faut avant tout s'attacher à reconnaître si l'organisation de l'individu autorise à lui demander des mouvements plus prompts, un travail plus pressé.

Le pas ordinaire est celui qui convient le plus aux animaux qui tirent ou qui portent un fardeau ; à ceux qui ont une tâche quotidienne à remplir, soit aux champs, soit sur les routes; c'est l'allure la plus naturelle au gros cheval, et il la soutient sans trop de fatigue apparente.

Le pas accéléré, que l'habitude et l'éducation donnent aux chevaux de selle, est plus naturel à l'âne, surtout quand il est fortement chargé. Cette allure dépasse en général les forces que nécessite la marche, et fatigue beaucoup si on exige qu'elle soit durable. Cependant elle monte les muscles à un diapason plus élevé, et, à ce titre, elle devient l'allure la plus avantageuse sur un terrain difficile et pour gravir une rampe un peu roide. L'usage général dans lequel sont les charretiers de mettre l'attelage au pas accéléré, en pareille occurrence, a donc été commandé par l'expérience, fille de l'observation.

Il ne faut pas confondre le pas accéléré avec la vivacité de la marche, avec le pas pressé de quelques jeunes chevaux trop ardents que l'on cherche à familiariser avec le travail. Il y a lieu alors de modérer leur action pour éviter la fatigue et une usure prématurée. En général, on est trop disposé à abuser d'une bonne volonté qui a toute sorte d'inconvénients et qui se traduit presque toujours en pertes ; car, trompée dans ses vues, la nature ne suffit plus à l'entier développement de ces produits, qui restent flétris des stigmates d'une vieillesse anticipée. Un pareil abus des forces altère les formes et jusqu'à la constitution ; il conduit de proche en proche à l'avilissement des races, et il a été, il est, il sera encore la cause de l'inutilité de milliers d'individus qu'il a faits et qu'il fera impropres à la somme de rendement ou de travail qu'ils eussent donnée si on les avait traités avec plus de ménagement et d'entente. C'est une qualité dans le cheval que de travailler sagement et sans trop d'ardeur. Celui qui a trop de feu, qui se précipite dans sa marche et laisse derrière lui des animaux moins pressés et bien allants, exécute en somme moins de travail journalier et arrive plus vite au terme de sa carrière.

Bien qu'il puisse être le résultat de l'éducation , le pas allongé est néanmoins plutôt encore une conséquence de l'organisation. C'est l'allure naturelle des familles de chevaux créées en vue de l'hippodrome. Elle répond à la très-grande inclinaison des épaules et à l'horizontalité de la croupe, directions si favorables à l'étendue des mouvements, et à la longueur de l'avant-bras et de la jambe en même temps que la région du canon est fort courte.

Le pas relevé résulte, ainsi que nous l'avons déjà dit, de conditions tout autres. On recherchait cette conformation dans les anciens bidets de poste , parce qu'elle rendait fort rare l'action de butter; mais elle devient facilement défectueuse.

Le pas a un caractère particulier ; c'est la précision, la régularité qu'il exige dans les mouvements de l'animal. Par le résultat de l'habitude , la progression paraît même s'exécuter à l'insu de sa volonté qui cependant y préside toujours ; mais il ne semble guère avoir la conscience de son intervention que dans le cas où les mouvements s'effectuent avec des difficultés inaccoutumées, comme il arrive, par exemple, sur un terrain glissant, ou lorsque la neige, se pelotonnant sous les pieds, rompt l'équilibre et rend la chute facile ; ou bien encore lorsque, cheminant sur un sentier étroit et scabreux, l'animal voit un précipice de chaque côté et se rend compte des réels dangers qu'il court. Dans ce cas, la progression ne s'opère plus automatiquement, machinalement; chaque mouvement est. ordonné, le résultat d'une volonté expresse, d'une attention réfléchie. 11 faut alors de la part des animaux une contention incessante pour les maintenir en équilibre dans toutes les positions instables par lesquelles ils passent et entre lesquelles ils flottent.

La marche est aussi plus difficile et plus pénible pendant la nuit que durant le jour. L'absence de la lumière oblige les animaux à une attention constante pour la sûreté de leurs mouvements. Les yeux et les oreilles , continuellement attentifs, trahissent le travail moral et la préoccupation incessante.

Un dernier mot. On a voulu évaluer l'étendue d'un pas complet dans cette allure et en prendre la mesure dans les

proportions mêmes de l'animal. On a échoué, et il serait oiseux d'en déduire les raisons. Les défauts d'aplomb et de proportions, l'âge et la force des sujets, leur état d'usure, l'habitude contractée d'un genre de travail, la liberté plus ou moins grande de l'épaule, mille autres causes encore feraient mentir la règle qu'on aurait essayé de poser à cet égard. Il y a des choses qu'on ne réglemente pas, quoi qu'on fasse ; il est des faits qui repoussent l'absolu. Mais ici il y a un précédent, et notre assertion ne se produira pas dans le vide.

« L'ordonnance de cavalerie a établi, en moyenne, qu'un cheval embrasse à chaque pas 83 centimètres, et que l'espace parcouru dans une minute était de 100 mètres.

«M. R. Raade, après des expériences qu'il a faites'lui-même, constate que les allures ont plus de vitesse que n'en indique l'ordonnance de cavalerie. Cela tient évidemment à ce que, depuis 1829, les chevaux ont acquis une construction plus complète et des qualités qu'ils ne possédaient pas alors.

« Ainsi, d'après les données nouvelles (comme nous l'avons observé nous-même), le cheval parcourt, dans un pas complet, lm,80, dont la moitié, 90 centimètres, est de 7 centimètres plus longue que le pas de r ordonnance (83 centimètres).

« Quant à la vitesse du pas, elle est portée actuellement à une moyenne de 115 à 120 mètres par minute, un peu moins de 9 minutes pour le kilomètre, 34 à 35 minutes pour la lieue (1). »

B. Du trot. — Cette allure, à peu près inconnue au cheval qui vit à l'état libre, dans la condition si improprement appelée l'état de nature, est, au contraire, l'allure la plus usuelle en l'état de domesticité. L'homme y a donc astreint les races de ce quadrupède façonnées à ses besoins les plus variés. Cette préférence est fondée sur ce fait qu'elle permet à un plus haut degré qu'une autre le développement continu de l'action mus- « culaire pour la production du mouvement rapide.

Le trot, d'un mot grec qui signifie : aller vite, est une allure à deux temps dans laquelle les extrémités se suivent en diagonale avec un ensemble parfait. Pour l'oreille, la percus-

(1) Méthode (Téquitation et de dressage, par Daodel ; 1857.

sion des pieds sur le sol ne marque que cette mesure : une, deux, une, deux.

L'aljure du trot, fort simple dans ses mouvements, s'exécute par la détente simultanée des extrémités réunies, associées en paires diagonales. Chez le cheval qui trotte régulièrement, les extensions et les flexions sont vivement répétées, et, à chaque pas complet de l'allure, le corps se trouve, pour un instant, détaché du sol et comme suspendu en l'air- A Y allure du pas, dont la combinaison est très-compliquée , l'animal a toujours trois points d'appui sur le terrain qu'il parcourt. Aussi la masse des organes est-elle agitée, sous l'influence du trot, par de forts et continuels ébranlements qui se succèdent avec rapidité. Quelques fonctions sont bientôt portées au delà de leur rhythme habituel : la circulation s'accélère, la respiration devient plus fréquente, et l'exhalation cutanée est abondamment produite...

Le trot bien dirigé développe chez les jeunes sujets le système musculaire et fortifie les membres à un degré plus élevé que le pas. 11 est lié de la manière la plus intime à l'exercice des organes de la respiration, sur le développement desquels il exerce une influence très-marquée. Nous voudrions que cette vérité pénétrât tous les éleveurs de chevaux qui ne savent pas, en France, tirer avantage des exercices raisonnés pour parfaire leurs produits. Il y a nécessité, du reste, ce que nous venons de dire l'indique assez, il y a nécessité de procéder avec ménagement. Si, dès les premières fois qu'on livre d'une manière suivie à ce travail de jeunes animaux, on les y soumettait d'une façon trop vive et pour une trop grande durée, il pourrait, indépendamment de la fatigue , en résulter de fâcheuses atteintes pour les organes de l'appareil respiratoire.

Quant à ses effets physiologiques, comme ceux qui sont dus à une marche soutenue, ils varient en raison de l'état et de la nature du terrain parcouru. Il ne faut pas trop précipiter cette allure chez les chevaux qui viennent de prendre leur repas.

Plusieurs des observations consignées dans notre précédente étude sont également applicables à celles-ci. Dans le trot soutenu, par exemple, les pieds postérieurs viennent prendre la place des antérieurs, et les membres ne laissent sur le sol que

deux empreintes. Lorsque l'allure s'exécute avec une grande vitesse, quand elle est rapide comme le vol de l'oiseau, flyingtroty selon l'expression anglaise, les membres laissent quatre foulées sur le sol, parce qu'au lieu de recouvrir la piste du pied de devant, la foulée du derrière la dépasse de beaucoup. Dans le trot raccourci, qui est le fait d'une mauvaise conformation ou d'un manque d'énergie, les membres laissent aussi quatre empreintes ; mais, au lieu de dépasser la piste du pied antérieur, le pied de derrière reste en deçà. Il n'est pas besoin de l'œil pour reconnaître et constater ce dernier mode de progression; l'oreille suffît. Elle perçoit un bruit moins net; car les deux battues ont quelque chose de traîné qui répond à merveille à la mollesse du mouvement et à ce qu'il y a d'incomplet dans son exécution.

L'allure du trot est si usuelle aujourd'hui, qu'elle est en quelque sorte le propre de tous les services qu'on exige du cheval à notre époque. Il en résulte que son degré de perfection donne un peu la mesure d'utilité de l'animal, et que celui-ci vaut à la vente en raison des qualités que son essai au trot, promet à l'acheteur. Celui-là donc qui dirigerait son élevage vers cette aptitude, et qui viserait surtout à faire de grands trotteurs, ne produirait que de beaux chevaux dans la forme, et que de bons chevaux quant au fond.

On nous pardonnera dès lors de nous arrêter quelque peu sur les conditions générales de structure qu'un cheval doit réunir pour exceller dans cette allure , laquelle emprunte tout à la fois à l'hérédité et à l'éducation son principe et son développement le plus brillant.

Pour l'éleveur, le problème à résoudre est celui-ci : réaliser une conformation telle que la plus grande somme à" effets soit produite par la contraction musculaire, sans qu'il y ait déperdition de force et de temps dans des mouvements inutiles,

A l'étranger on trouve des races de trotteurs remarquables, très-recherchées par les consommateurs et d'un très-haut prix, faveur due à la somme considérable de travail qu'on en retire. En France, nous ne cultivons pas de races spéciales du môme ordre, bien que la spéculation puisse être utilement et

fructueusement tentée ; car les trotteurs capables sont fort estimés, et, d'autre part, ils ne manquent pas dans notre population chevaline; seulement on ne les y découvre qu'à l'état d'exceptions ou d'individualités brillantes trop clairsemées.

Et d'abord il n'y a de grands trotteurs que dans les natures énergiques. Ceux donc qui montrent tout à la fois rapidité et durée ont nécessairement, comme disent les hommes spéciaux, une certaine dose de sang. Toutefois cet élément entre dans la perfection de l'allure pour une proportion moindre qu'un élevage judicieux et un dressage intelligent venant à la suite du choix raisonné de l'individu lui-môme , eu égard à ces deux points : bonne conformation individuelle et qualités chez les ascendants.

Dans son ensemble, le cheval apte à devenir bon trotteur est ample et compacte : sa poitrine est large, haute et profonde ; il a le corps plein ; il n'est donc ni levretté ni ventru ; la région du dos et celle des reins sont droites, rigides dans leur ligne, larges et bien musclées; elles ne pèchent ni par trop de longueur, ce qui implique la faiblesse, ni par trop de brièveté, ce qui nuit un peu à l'extension du mouvement ; la croupe est puissante, droite et charnue ; les hanches sont longues et larges; l'épaule, longue et inclinée, répond aux grandes proportions de la poitrine, elle est libre et étendue dans son jeu ; les jarrets sont larges, exempts de tares osseuses, et bien évidés, souples et forts. Les autres régions sont moins importantes; mais il est rare qu'elles laissent beaucoup à désirer quand celles-ci se rapprochent de la perfection. Nous accorderons toutefois une mention particulière au pied, lequel fatigue beaucoup à l'allure du trot et ne résiste au travail qu'elle lui impose que lorsqu'il est dans les meilleures conditions de structure et d'ailleurs protégé par des soins toujours renouvelés. Pas de pied, pas de cheval, a dit avec raison un vieil hippiàtre; et, en effet, il n'y a pas de bon cheval avec de mauvais pieds.

Le cheval qui trotte bellement, qui, attaquant franchement la note, s'en va hardiment en s'abaissant sous le harnais, en se faisant petit pour travailler terre à terre, et qui cherche avec

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autant d'élégance que d'énergie le terrain de l'épaule, ce cheval est vraiment beau, et forcément on l'admire ; car c'est une image de la force et de la puissance.

« Ce qui caractérise essentiellement le bon et rapide trotteur en action, a écrit M. H. Bouley (1), c'est la manière dont il déploie ses membres dans les limites les plus étendues possibles, alternativement en avant et en arrière de leurs lignes d'aplomb, sans les enlever à une trop grande hauteur et sans raser trop de près le terrain ; et cela dans une si juste mesure que, malgré la rapidité extrême avec laquelle ils se succèdent et se poursuivent, pour ainsi dire, jamais ils ne s'atteignent ni se heurtent. Résultat remarquable, qui ne peut être produit qu'autant que la disposition régulière des surfaces articulaires assure la flexion et l'extension des jointures dans le sens eiact de Taxe du membre ; que la fermeté des muscles s'oppose à toute oscillation de ces membres en dehors ou en dedans du champ rectiligne dans lequel ils doivent se mouvoir ; qu'enfin l'exacte proportion entre toutes les parties de la machine et l'équilibre des forces qui les animent font qu'elles se correspondent avec autant de justesse dans le mouvement que pendant le repos. »

Mais ceci est la perfection, et nous avons déjà constaté que la perfection est rare. Il faut viser à celle-ci bien moins pour la posséder que pour s'en approcher le plus possible.

Les défectuosités que nous avons signalées en étudiant l'allure du pas se retrouvent toutes dans celle du trot, mais d'uue manière plus prononcée; car plus d'étendue et de rapidité dans l'action ne peut que les exagérer.

Du reste, la grande rapidité au trot, et surtout la régularité de cette allure longtemps soutenue à toute vitesse, sont une faculté, une perfection d'adulte. Plus tôt, dans le jeune âge, le trot permet de juger la liberté des épaules et la vigueur du jarret en montrant dans l'avenir le degré d'aptitude auquel parviendra l'animal; mais tout ce qu'exige de force et d'action cette allure n'est guère dans les moyens actuels d'un cheval de quatre ans. Nous aurons ailleurs l'occasion de revenir sur ce

i) Nouv. Dict. prat. de médecine, de chirurgie et d'hygiène vétérinaire*.

point et d'indiquer les règles à suivre puur développer, chez le jeune produit, son aptitude spéciale à trotter.

L'espace parcouru pendant un pas complet au trot est nécessairement très-variable. Il peut être le double de ce qu'il est dans le pas, et mesurer une longueur de 2m,20 à 2m,90 seulement; mais on cite des carrières fournies au trot avec une étonnante vitesse, qui laisserait bien loin en arrière ces chiffres. Ainsi Ripton, cheval anglais hongre, a franchi, en 1842, étant attelé, l'espace de 2 milles, soit 3,218 mètres, en 5 minutes 7 secondes, ce qui répondrait à 9 lieues 1/3 à l'heure.

L'ordonnance de cavalerie a fixé à lm,2Ô l'étendue du terrain qu'un cheval peut parcourir à l'allure du trot, et la vitesse à raison de 240 mètres par minute.

« Nous ferons remarquer, dit M. Daudel, que les dimensions et la vitesse sont plus grandes chez les chevaux de notre époque. La vitesse du trot de manœuvre et de route est portée à peu près à 333 mètres par minute, 12 minutes pour une lieue, le cheval embrassant à chaque pas complet de trot soutenu 2m,60 à 2"\70. Mais encore ces dimensions et cette vitesse setrouvent-elles plus ou moins modifiées suivant le terrain et i' espèce de chevaux, etc., etc.

« On voit de grands trotteurs qui font la lieue en 8 minutes, 500 mètres par minute, et dont le pas complet couvre 3m,25 à 3m,30, près de trois longueurs de la base de sustentation. »

Nous venons de noter que les dimensions maximum peuvent être beaucoup plus considérables.

Le trot poussé outre mesure perd presque toujours sa régularité et le cheval se détraque. Alors, au lieu du tra-tra du trot régulier, l'oreille entend le tara-tara du trot détraqué.

Les trotteurs se détraquent, ou se décousent, ou se désunissent, quand, trop jeunes pour la rapidité qu'on leur inflige, ils ne sont pas encore bien assagis ou suffisamment confirmés dans leur allure, ou bien lorsque, après avoir exigé au-dessus de leur aptitude et en avoir abusé, ils arrivent à l'usure.

Dans Y amble, l'une des allures qu'on impose au cheval, la succession des. actions des membres s'opère latéralement. Cette succession, avons-nous vu, est en diagonale dans le trot. C est d'ailleurs la seule différence qu'il y ait entre les deux allures,

si ce n'est pourtant qu'il n'existe pas de temps de suspension de l'animal, et que le cavalier est plus doucement porté par le cheval ambleur que par le trotteur.

Cette allure devient de jour en jour moins usuelle dans l'emploi du cheval. On la cultivait davantage quand le cheval entrait pour une plus grande part dans les moyens de transport de l'homme. La nécessité des longues courses et des voyages renouvelés faisait rechercher les animaux aux allures les plus douces. Or telle est surtout la spécialité de l'amble, la plus basse des diverses manières de progresser, la plus basse et la moins détachée de terre ; à cause de cela précisément, on ne dressait à l'amble que des chevaux très-vigoureusement constitués. Il fallait qu'ils pussent fournir à de grandes fatigues sans exposer les cavaliers à aucun accident.

Cette allure a des exigences excessives au point de vue des actions musculaires, et limite d'ordinaire à une durée plus courte la carrière du cheval qui la subit. Elle est quelquefois contractée par des poulains trop faibles pour prendre le trot régulier et allongé qu'on exige d'eux trop précipitamment; elle devient aussi le partage des grands trotteurs au déclin de leurs forces.

Nous avons déjà constaté qu'on la fixait aisément dans les générations par voie d'hérédité, et nous devons ajouter qu'elle est naturelle au chameau et à la girafe. Ceux-ci la prennent quand on les presse ; c'est leur manière de trotter, et ils cheminent alors avec une très-grande rapidité.

Les chevaux qui vont le mieux à l'amble sont ceux qui, par leur conformation, se rapprochent un peu des proportions des animaux auxquels cette allure est naturelle. Ils ont l'avantmain plus forte et plus pesante que l'arrière; toutes les parties postérieures sont généralement grêles et manquent de poids.

Dans certaines parties de l'Afrique on dresse des ânes à marcher l'amble, et l'on assure qu'ils deviennent si vites alors que les chevaux ne parviennent à les suivre qu'en se mettant au galop. Dans la même contrée, les mules réservées aux femmes des familles nobles sont également dressées à cette allure, qui leur permet de faire de longs trajets rapidement et sans fatigue.

Le traquenard esi une sorte de pas très - accéléré et se rapprochant de l'amble. Cette allure irrégulière, assez rare heureusement , est encore appelée amble rompu. Ce peut être une seconde défectuosité entée sur une première, comme elle peut être contractée de prime saut par des animaux surmenés et armant à la ruine, sinon déjà complètement usés.

Dans le principe, le traquenard n est pas continu, mais intermittent. Il se manifeste quand la lassitude est extrême, à un moment plus ou moins avancé de la tâche de chaque jour. Plus tard, un moindre travail le renouvelle, et il apparaît plus marqué. Les choses vont ainsi en augmentant en raison de l'affaiblissement toujours plus prononcé de l'animal. De là la nécessité de bien observer les serviteurs qu'on emploie, afin de ne leur demander que ce qu'ils peuvent raisonnablement donner de travail, et de changer la nature de celui-ci, dès qu'il les conduit à une ruine prématurée.

Le pas relevé, ou mieux Y entrepôt, est une allure particu- « iière à une ancienne race française dont il n'y a plus que de rares représentants. On la trouvait en pleine Normandie, dans le Bessin; c'était la race des bidets d'allure. En progressant, le bidet d'allure faisait entendre quatre battues comme dans le pas ordinaire ; mais ces quatre battues étaient tellement rapprochées en diagonale qu'elles paraissaient liées entre elles et souvent confondues à la manière du tara-tara du trot détraqué, avec cette différence que le pied postérieur arrive le dernier sur le sol. Il y a moins de vitesse que dans le trot détraqué, mais bien plus de durée et beaucoup de douceur, avantage' inappréciable pour les longues routes.

L'entrepas, si défectueux qu'il ait pu paraître aux écuyers, était une allure naturelle à la race normande que nous avons nommée : elle avait sa raison d'être à une autre époque; mais cette raison d'être n'existant plus, l'allure a disparu ou dbparaît avec la sorte de chevaux à laquelle elle était particulière, et dont la conformation , chez les sujets d'élite, était celle du bon cheval de route.

Parmi les bidets d'allure, il en était de défectueux qui retenaient l'appellation de patineurs. On ne les aimait pas,

parce qu'ils fatiguaient plus le cavalier que les chevaux de pas relevé ordinaire.

C. Du galop. — Nous voici en présence de l'allure du cheval la plus rapide, et par conséquent la plus fatigante, non- seulement à cause de la diligence des mouvements qui exigent le plus grand déploiement des actions musculaires, mais aussi à cause du mode de succession des extrémités pendant l'acte de la progression.

Le galop consiste dans une sorte de saut ou d'élancement ea avant, lequel s'exécute avec beaucoup de puissance et de précipitation. La détente des membres se produit autrement que dans les allures que nous avons étudiées jusqu'ici : elle se produit par paires antérieures et postérieures, et non plus par paires diagonales ou latérales. Le corps est très-rapidement déplacé et transporté avec une vitesse qui varie pourtant suivant qu'il est raccourci, allongé, à toutes jambes.

Ces degrés dans la rapidité de l'allure en ont fait distinguer trois variétés : le galop ordinaire ou à trois temps; le galop <k manège, encore dit à quatre temps, et le galop de course qu'on a qualifié de galop à deux temps.

La définition de ces trois modes d'une, môme allure n'a pas un grand intérêt pour de simples éleveurs qui ne sont point en mesure de pousser aussi loin l'éducation de leurs produits. Nous nous bornerons à une description sommaire du galop ordinaire, type du genre.

« Pendant un pas complet, dit M. Lecoq, le cheval qui galope a le corps : 1° supporté par un pied postérieur ; 2° par un bipède diagonal ; 3° par un pied antérieur ; 4° complètement en lair ; et cette succession des extrémités a lieu de telle sorte que toujours la piste d'un bipède latéral dépasse sur le terrain la piste du bipède latéral opposé. On dit que l'animal galope à droite ou à gauche, suivant que c'est le bipède latéral droit ou le gauche qui marque sa piste plus en avant (i). »

Dans les mouvements rapides du galop, tous les ressorts de la machine animale sont tendus au plus haut degré ; si aucun ne se rompt sous les vibrations répétées qu'il éprouve, c'est

U) Traité de l'extérieur du cheval, 3« éditiou.

qu'ils jouissent tous de la plus grande solidité, d'une grande force vitale, et que la perfection de leur jeu permet cette motilité extraordinaire, bien faite pour briser des organes moins robustes.

Tous les animaux ne seraient donc pas impunément soumis aux exigences, à la violence du galop. Un petit nombre seulement peut braver à tout propos les causes de destruction qui, dans cette allure, les étreignent. Quelques races de chevaux privilégiées et celle du chien semblent être, parmi nos espèces domestiques, les seules aptes à l'exécution de ces mouvements précipités, impétueux , dans lesquels les forces vitales et organiques offrent un développement tout à fait extraordinaire, conséquence heureuse d'une organisation d'élite.

La plus complète, sous ce rapport, est incontestablement celle du cheval de pur sang anglais, que l'abus des courses de vitesse a fini par façonner exclusivement pour les exercices violents de l'hippodrome. Elle est comme le type extrême d'une structure qui ne saurait être dépassée, comme la violence excessive des mouvements qu'elle engendre et qu'elle supporte est le point extrême, est l'exagération même de la vitesse. C'est la perfection du genre en ce qu'il serait impossible d'aller au delà; dans la pratique, il est de beaucoup préférable de rester en deçà. La véritable utilité est donc une organisation moins avancée, dans une structure moyenne, moins faite pour la violence excessive, mieux entendue et mieux agencée pour la durée.

Quoi qu'il en soit, un auteur anglais, M. Percivall, a eu raison de dire qu'aucun cheval n'est aussi parfait que le race-horse (cheval de course anglais) pour le galop à deux temps. « Avec sa manière de lancer ses membres en avant comme des traits ; de les lever de terre, juste seulement à la hauteur voulue pour en éviter les obstacles ; de fléchir son dos et ses lombes, puis de les étendre au dernier degré de leur longueur ; avec les grands élans que dans cette position il imprime à tout son corps, le cheval de course l'emporte en vitesse sur tous les autres animaux ; et il laisse bien loin derrière lui tous ceux de son espèce qui ne sont pas des chevaux de sang. »

Cette aptitude supérieure du race-horse n'existerait pas saus

une condition de structure toute spéciale. « Cette condition, poursuit le même hippologue, est la longueur : longueur de l'encolure, du dos et des reins ; longueur de l'épaule, de l'avant-bras, des cuisses et du paturon. C'est la conformation de tout cheval de course bien fait, et qu'il faut rechercher dans l'animal que l'on destine à l'usage du galop rapide. »

Le galop raccourci du manège veut une autre conformation. Le modèle le plus parfait de cette autre conformation est offert par toutes les races orientales, dont le cheval arabe est la plus haute et la plus noble expression, et dont l'ancienne race andalouse a été une autre exagération en son temps. A notre époque, l'exagération anglaise répond mieux à nos besoins ; mais le cheval andalous a été pendant huit siècles le cheval de toutes les exigences de la civilisation du temps, et il a disparu avec elle. Le cheval pur et noble d'Arabie a survécu par cela seul qu'il est le prototype de l'espèce, et qu'il contient en lui le germe de toutes les aptitudes et de toutes les qualités que l'homme a successivement l'occasion de développer dans les races dont il se sert suivant les temps et les lieux.

La conformation la meilleure pour le galop ordinaire, que nous appellerons usuel, se trouve dans des conditions de structure moins exagérées, dans la conformation moyenne, mais riche et puissante, du cheval de chasse anglais, de ce hunter fameux que toutes les imaginations rêvent et caressent. Elle tient le milieu entre les deux extrêmes que nous venons de nommer, entre le race-horse et l'andalous ; elle n'est autre que le modèle convenablement développé du cheval arabe le mieux choisi. Ici est bien certainement la perfection , eu égard aux besoins de l'époque actuelle. Pourquoi les efforts de la production et de l'élevage ne sont-ils pas en majeure partie dirigés vers la multiplication bien comprise de cette nature de chevaux? Là est l'utilité, là seraient les avantages et les profits.

La vitesse du galop étudié dans chacune de ses variétés est loin d'être uniforme; elle dépend beaucoup aussi delà toille, de la puissance propre à chaque individu , de l'état du terrain, etc. Elle peut même être moindre qu'à une autre

allure. Ainsi le galop ordinaire de manœuvre est moins rapide que le trot allongé. L'ordonnance fixe sa vitesse à raison de 300 mètres par minute, et l'espace couvert , à chaque pas, à 3" ,25.

« Les expériences du capitaine Raabe constatent cependant que l'espace embrassé, à chaque pas complet du galop, est actuellement de 3B,60. Sa vitesse est d'environ 390 mètres par minute, 10 minutes pour la lieue.

« A mesure que l'allure devient plus rapide, les extrémités embrassent plus de terrain à chaque pas complet; la projection est plus forte, et la trajectoire parcourue plus longue et moins courbée ; les temps de galop se répètent plus souvent dan* un temps donné, de sorte qu'arrivé au maximum de vitesse du galop, la course, l'espace embrassé est double, 7 mètres et quelques centimètres, et la vitesse environ huit fois plus grande, 863 mètres par minute, 14m,39 par seconde (Aguila, 1853) (1). »

L'extension du galop, l'espace parcouru à chaque bond, peuvent être bien plus considérables : Flying^Childers^ le soleil du turf, comme on l'a appelé en Angleterre, a fourni jusqu'à 1 ,596 mètres à la minute en couvrant 26Œ,60 dans chacune de ses enjambées.

L'action est plus puissante encore dans le saut que le galop précède : nous n'en citerons qu'un exemple, mais bien frappant. Un cheval non tracé, fils de Lottery, et portant le même nom , vainqueur d'un grand steeple-chase couru en février 1839, dans les environs de Liverpool, a franchi le dernier obstacle de la course en un bond qui mesurait 33 pieds anglais de long.

Le saut est très-fatigant, surtout pour les membres postérieurs. Le galop ruine promptement les chevaux ardents qu'on ne sait pas ménager. Ce sont des exercices extrêmes desquels on peut user, mais dont on n'abuse pas longtemps sans impunité.

Le galop fatigue et use d'autant plus encore qu'il s'exécute moins régulièrement, qu'il est faux, désuni. C'est au cavalier

(1) M. Daudel, loco jam citato.

à s'opposer à une défectuosité qui ne se remarque pas quand il oblige le cheval à entamer et à mener convenablement l'allure.

Nous n'avons plus à parler que de Yauàin, allure essentiellement défectueuse, qui se place entre le trot et le galop en leur empruntant à l'un et à l'autre la moitié de leur action. Le cheval qui marche à cette allure tantôt galope du devant, tandis qu'il trotte du derrière, et tantôt procède à l'inverse, trottant du devant et galopant du derrière. Ce, dernier cas est le plus rare. L'aubin est un signe certain que les forces musculaires ne répondent plus à l'incitation de la volonté. C'est l'allure habituelle des chevaux usés à des services rapides dont les exigences sont supérieures à leurs moyens.

On ferait aisément contracter cette allure à de jeunes animaux qui n'ont pas encore assez de force dans les hanches pour chasser et accompagner l'avant-main. C'est au dresseur à prévenir la fatigue et à s'arrêter en temps opportun dans les leçons qu'il donne aux produits.

La même défectuosité peut s'établir dans l'allure des chevaux dont on veut obtenir au trot plus de vitesse que n'en comporte leur conformation. Ils cherchent alors à galoper pour répondre aux sollicitations intempestives qu'on leur adresse; le conducteur, au moyen des guides, les contient pour qu'ils ne quittent pas le trot. La contrainte agit sur l'avant-main, qui recommence à progresser au trot; mais elle est sans effet sur les membres postérieurs, qui se mettent au galop. En ralentissant l'allure, on revient à la régularité du trot; en s'oubliant sur ce point, on laisse aux animaux le temps de contracter à toujours la défectuosité.

Quand il n'y a que faiblesse, le temps et un bon régime remédient sûrement à cette fausse manière de progresser. Le mal est sans remède quand il est né de l'usure.

Une dernière observation.

Dans toute allure un peu rapide le mouvement est accéléré, c'est-à-dire que le corps, une fois lancé dans l'espace par suite d'un premier effort dépendant uniquement de l'énergie musculaire, ne dépense pas en totalité la force qui le porte en avant. Il en conserve, au contraire, une certaine partie, laquelle, s'ajoutant à une action nouvelle, accroît d'autant

la vitesse primitive imprimée à la machine. Si donc l'addition des forces va toujours croissant* et se répète à chaque contraction musculaire qui succède à la précédente, on conçoit comment le mouvement peut être accéléré. On comprend aussi que cette accélération ne puisse être uniforme.

Si la course a lieu sur un plan incliné, à cette cause d'accélération celle qui résulte de la pesanteur vient encore s'ajouter. Voilà pourquoi nous nous trouvons alors nous-mêmes entraînés par un mouvement rapide que la volonté ne parvient pas toujours à maîtriser instantanément.

L'expérience est d'accord avec le raisonnement sur ce point. Les animaux libres au pré, par exemple, qui se livrent brusquement à une course rapide, éprouvent toute impossibilité à s'arrêter court , malgré la volonté qu'ils ont de le faire, lors même qu'ils se trouvent sur un plan horizontal. Ils ne réussissent que quelque temps après l'avoir voulu et tenté. S'ils n'étaient mus que par les contractions actuelles, ils s'arrêteraient aussitôt, car la contraction musculaire est sous l'empire de la volonté. Pour exécuter le saut, les animaux ne partent guère de pied ferme sur l'obstacle; ils commencent par une course plus ou moins rapide et prolongée, dont le but manifeste est d'accumuler, de mettre en réserve dans sa fibre, ainsi montée dans son action, une force plus considérable de mouvement, épargne faite en quelque sorte sur toutes les contractions antérieures; puis ils arrivent et s'élancent en un bond puissant dans lequel ils dépensent toutes les forces accumulées qu'ils ont jugées nécessaires à la consommation d'un acte difficile et violent.

Ces explications seraient stériles si nous n'en faisions application à la pratique. Rien n'est mauvais et ne cause un ébranlement plus préjudiciable aux articulations des membres que l'habitude vicieuse prise par beaucoup de gens d'employer toute leur force à arrêter brusquement et par à coup, sur place et court, selon l'expression usitée, les animaux qu'ils conduisent et qu'ils ont lancés à une allure plus ou moins vive. Le mode d'organisation de la machine et les causes physiques sous l'empire desquelles se trouvent alors les moteurs font une loi expresse à ceux qui les dirigent de les

prévenir à l'avance, de leur faire comprendre qu'ils doivent ralentir leurs mouvements et s'arrêter avant peu. Faut-il ajouter que le moment où l'action devra cesser entièrement sera d'autant plus éloigné de celui où l'allure aura commencé à devenir moins diligente, que le train aura été plus précipité et rapide à ce point pendant un temps plus long?

D. Les bot ter tes. Toute irrégularité dans la marche prend le nom de boiterie, expression si usuelle qu'il n'est pas besoin de la définir. Cependant le dictionnaire de la langue demeure si étranger au langage propre des sciences, qu'il n'admet ce mot que pour dire : « Il est inusité, » et pour renvoyer à boitement, que bien peu connaissent, que personne n'emploie. Pour être dans le vrai , le dictionnaire n'aura qu'à retourner ses indications inexactes. Le terme claudication, parfait synonyme du mot boiterie, a été laissé aux savants. Selon toute apparence, ceux-ci conserveront le monopole. Le dernier a fait fortune auprès de tout le monde, et c'est à ce titre qu'il figure à son rang dans cet ouvrage.

L'animal qui boite témoigne de la douleur que lui font ressentir l'action, le mouvement : la boiterie résulte de l'impuissance où il est de marcher droit , c'est-à-dire d'exécuter également les divers actes de la locomotion ; elle n'est qu'une manifestation d'un mal dont le siège , la nature , la gravité, restent à déterminer : c'est, comme la toux, comme la tristesse, l'inappétence, etc., un symptôme caractéristique qui a sa valeur, rien de plus : on n'en saurait faire une maladie.

La part que chaque membre prend à la progression , aux allures qui la déterminent, se décompose en quatre temps distincts :

1° Le lever, instant où le pied quitte le sol;

2° Le soutien, instant où il avance à peu près sans monter ni descendre;

3° Le poser, instant où il revient sur le sol;

4° Uappui, moment où, posé à terre, il supporte une partie du poids du corps jusqu'à un nouveau lever. Ces quatre temps sont égaux dans le cheval qui a toute sa liberté d'action ; ils sont inégaux chez le cheval boiteux pour celui ou pour ceux des membres dont il boite. En effet , le membre empêché

par la douleur fait son lever le plus vite, son soutien le plus prolongé , son poser le plus tardif et son appui le plus court possible. Par contre, le membre correspondant à celui-ci fait son appui le plus long et les autres temps aussi rapides que possible, afin de venir au secours de son congénère.

Voilà la boiterie. Quand elle est fortement prononcée, rien n'est plus aisé que de distinguer celui des quatre membres dont Faction est irrégulière ; quand elle est peu accusée, la constatation offre parfois de très-réelles difficultés. L'observation a néanmoins recueilli des données précieuses et fixé plusieurs points qui aident au diagnostic dans les cas obscurs , les seuls qui doivent nous occuper, puisque les autres se révèlent d'emblée et ne demandent plus de recherche que pour déterminer le siège et la nature du mal qui cause la claudication.

Les attitudes au repos donnent peu d'indications quand la boiterie est légère , et lorsqu'il n'existe dans toute l'étendue des membres aucune trace apparente d'un mal susceptible de troubler la succession harmonique des extrémités pendant la marche. Il faut alors mettre en mouvement l'animal à examiner. L'allure du pas éclairerait difficilement la situation ; il y a lieu d'imposer celle du trot, qui, exagérant la raison de la boiterie , rend cette dernière plus apparente et plus appréciable. On découvre alors une gêne plus ou moins marquée , un empêchement plus ou moins complet des fonctions du membre qui souffre , gêne et empêchement accusés de la manière que nous venons de dire en décomposant les quatre temps propres à l'action de chacun des membres. C'est le poser surtout qui révèle l'irrégularité de la façon la plus décisive; car il n'est pas seulement hésité ou tardif , il provoque une percussion moins ferme , moins sonore qu'on ne l'entend pour les autres membres, et notamment pour le membre sain appelé à secourir le malade. Cette inégalité d'action est si réelle qu'une oreille exercée reconnaît la boiterie sans que l'œil la dénonce, et que certains observateurs vont jusqu'à diagnostiquer par l'ouïe le pied dont l'animal boite.

Le cheval qu'on soupçonne boiteux doit être trotté en ligne droite sur un terrain solide, pavé autant que possible, et l'homme qui l'accompagne doit lui laisser assez de longe pour

que sa tête demeure libre de toute contrainte. Les difficultés du terrain à fouler et la liberté d'action concourent au même résultat, celle-ci en permettant de constater les attitudes particulières que prendront les diverses parties du corps rapidement déplacé, celles-là en augmentant l'intensité des secousses dont le retentissement doit accroître la douleur et conséquemment la boiterie qui l'exprime .

L'observateur examine en se plaçant différemment et jusqu'à ce que son opinion ait pu se fixer, en arrière quand le cheval s'éloigne de lui , en avant quand il revient au point de départ, ou sur les côtés quand il a besoin de le voir passer et repasser à diverses reprises. Après un coup d'œil d'ensemble , l'attention doit se concentrer alternativement sur chaque bipède, afin d'en bien saisir les actions.

Si l'exercice en ligne droite ne donnait pas le résultat cherché, il y aurait lieu de faire trotter en cercle ; il est rare que le membre souffrant ne se trahisse pas quand l'animal tourne ; il faut donc l'observer de près à ce moment et le faire tourner alternativement sur l'un et l'autre membre. Enfin, on peut ajouter le poids d'un cavalier qui augmentera les difficultés du transport de l'animal : mais, pour éviter l'action des rênes ou des jambes, on lui recommandera de demeurer inerte; on continuera de faire trotter à la main en laissant toute liberté à la tête.

Cette dernière recommandation a sa raison d'être. En effet, l'examen du cheval boiteux ne doit pas s'arrêter à l'action des membres; l'œil doit suivre les diverses oscillations du corps. Les mouvements alternatifs d'élévation et d'abaissement de la tête, par exemple, trahissent très -exactement le degré d'inégalité des actions des membres antérieurs. Ainsi elle s'abaisse d'une manière très-sensible lorsque le membre sain vient à l'appui ; elle se relève, au contraire, lorsque c'est au membre malade à exécuter son action : elle attire de la sorte sur le premier une partie du poids qui fatiguerait l'autre outre mesure. Ces mouvements se trouvent, quoique dans des limites plus restreintes, dans les boiteries du bipède postérieur : seulement ils se prononcent en sens inverse, « Le coup de tète caractéristique des claudications, dit M. H. Bou-

ley, s'effectue du côté du membre boiteux dans les boiteries postérieures, tandis qu'il a lieu en sens inverse dans les boiteries antérieures. . . ; il coïncide toujours avec l'appui du bipède diagonal sain. »

Le balancement de la croupe ajoute aux indications précédentes. Chez l'animal droit , cette région éprouve à chaque pas une vacillation régulière que l'attention éclairée par l'expérience sait bien constater : elle s'abaisse au moment où le membre postérieur s'engage sous le corps pour entamer le terrain, elle se redresse lorsque la détente de ce membre opère l'extension simultanée de tous ses rayons. Chez l'animal boiteux , ces vacillations ne sont plus égales ; l'abaissement est plus marqué quand le membre sain vient au poser, tandis qu'il est presque imperceptible lorsque l'autre touche à terre. Cette règle, pourtant , n'est pas sans exception ; elle ne se produit que dans des cas de boiterie intense ; le diagnostic ne donne lieu à aucune difficulté.

Les mouvements de la croupe répondent aux oscillations de la tête, « en sorte que, dit M. H. Bouley, étant donnée une boiterie antérieure droite, on voit simultanément la tête et la croupe s'élever au moment du poser de la paire diagonale droite , et inversement dans le cas de boiterie postérieure droite, la tête s'abaisse avec la croupe à l'instant du poser de la paire diagonale droite. »

Ces diverses attitudes sont logiques ; elles ont un but facile à saisir : soulager le membre qui souffre en rejetant sur le congénère, qui est sain, une partie du poids qui naturellement lui incombe.

A ces caractères généraux qui s'appliquent à la détermination du membre boiteux, s'en ajoutent d'autres qui aident à reconnaître la région du membre d'où partent la douleur et la boiterie.

99 fois sur 100, a dit un vieil hippiatre, la cause de la claudication est dans le pied. Pour peu qu'il y ait doute sur le siège du mal, c'est dans cette partie qu'il faut aller le chercher. La chaleur du sabot , l'appui plus spécial du membre sur la pince pendant la marche, sont de grandes présomptions. Le cheval boiteux qu'on forcerait à trotter sur un fumier

épais et pailleux, boiterait d'une manière d'autant plus prononcée que l'altération qui la détermine siégerait ailleurs que dans le pied.

Dans les boiteries de l'épaule, le membre s'élève à peine pour se porter en avant , et décrit une courbe en dehors , ce qui fait dire qu'il fauche.

Les boiteries du genou sont toujours accompagnées de symptômes locaux qui les trahissent , l'enflure et la douleur au toucher.

* Celles dont la cause réside dans les tendons se trahissent par les mêmes signes, la chaleur, la douleur et l'engorgement, puis l'attitude particulière du membre qui s'appuie sur la pince et relève les talons afin de tenir la partie malade dans le relâchement.

Les efforts de boulet se reconnaissent aussi facilement que ceux du genou quand le mal est aigu ; ils sont plus incertains lorsqu'ils ont passé à l'état chronique , et lorsqu'ils ne déterminent plus que des douleurs sourdes.

Dans un membre postérieur, l'action de faucher caractérise presque toujours un effort de la hanche, suivant l'expression vulgaire, ou un état maladif du jarret. L'épreuve sur une couche épaisse de paille ou sur un lit de fumier frais aide encore ici à la constatation de la région malade.

Un effort du grasset rend extrêmement pénible le lever du membre qui se traîne en heurtant le sol avec la pince.

Un effort du jarret met obstacle à toute flexion de la partie qui s'enfle, devient chaude, douloureuse.

On le voit, la découverte du siège d'une claudication n'offre aucune difficulté à l'état violent : le diagnostic n'est obscur que dans les boiteries anciennes et chez les animaux dont la sensibilité est peu développée. Mais cette proposition est bien plus applicable aux boiteries dont le siège est dans les parties constituantes du pied , cachées à l'œil , recouvertes d'une enveloppe plus ou moins épaisse et vivante. Il faut se livrer alors à une exploration attentive et méthodique qui commence par le déferrage du pied, qu'on nous passe ce mot qui n'est pas plus barbare qu'un autre, bien qu'il ne soit pas au dictionnaire. Pendant cette opération , qui nécessite di-

verses manœuvres plus ou moins brusques ou violentes, on observe les mouvements de l'animal qui peuvent indiquer à certains égards la souffrance et montrer le point d'où elle part.

Le fer détaché, on procède comme nous l'avons dit, et on recherche , à l'aide de la douleur accusée , à reconnaître le siège, la nature et la gravité du mal que nous n'ayons point à étudier spécialement ici.

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