II. De la structure nnatomlqiie du cheval
Bien merveilleuse est la machine animale. Quiconque la considère attentivement à l'extérieur, sous le rapport physique, comprend très-vite la nécessité de pénétrer sous la peau et de faire connaissauce avec l'admirable arrangement qu'on peut soupçonner à l'intérieur. Cet animal vit , mais pour cela il travaille sans relâche : il se nourrit et par l'appareil digestif et par l'appareil respiratoire, fonctionnellement liés l'un à l'autre par un autre appareil , celui de la circulation ; il absorbe et rejette sans s'arrêter jamais ; il reçoit et donne ; il assimile et perd une à une toutes les molécules de son organisation ; il marche ; il crée des forces et les dépense pour en créer de nouvelles ; il fabrique lui-même, à l'aide des instruments qui lui sont propres, tout ce qui est utile ou nécessaire à son existence, du sang, de la chair, de la graisse, des os, etc., à la condition qu'on lui en fournisse les éléments, les matières premières, dans une alimentation convenable ; il va plus loin encore , car il transforme ces matières en produits divers, lait, beurre, fromage , poil, etc., quand on les lui donne en quantité supérieure à ses besoins... Quelques-unes des fonctions qui s'accomplissent en lui restent soumises à sa volonté ; mais les plus essentielles, indépendantes de cette volonté, s'exécutent plus sûrement et plus complètement à son insu. C'est qu'il y a audessus de tout cela un commandant en chef, un appareil dominant, celui de l'innervation, dont l'influence s'exerce ou s'impose par les nerfs, la moelle épinière et le cerveau. Ce dernier, centre et foyer, préside à tous les actes de la vie.
Le producteur et l'éleveur ne peuvent plus rester complètement étrangers à la connaissance de ces grands phénomènes. Les notions qui vont suivre ne leur en donneront qu'une idée
générale, mais suffisante pour la pratique. Après s'être si longtemps occupée obscurément et infructueusement de l'animal extérieur, cette dernière ne comprend que mieux aujourd'hui l'utilité d'une connaissance plus intime, d'une recherche plus exacte. On ne trouve la lumière que là où elle est réellement. L'appréciation des qualités physiques n'offre de certitude que par l'alliance intelligente de la pratique et de la théorie. Dans les arts mécaniques, on ne confierait pas la direction des mouvements d'une machine à un homme qui n'en connaîtrait pas bien tous les rouages ; à plus forte raison ne lui laisserait-on pas le soin de la confectionner. Chacun ici comprendrait son impuissance et son abstention. On est moins timoré quandil s'agit de produire et d'utiliser les animaux parce qu'on trouve dans les lois immuables de la nature , ou simplement dans leurs instincts, un secours qui ne fait point défaut. On ne saurait disconvenir pourtant que le producteur et l'éleveur, que le cavalier ou le charretier tireraient, les uns et les autres, un parti d'autant plus complet et plus profitable des animaux qu'ils connaîtraient mieux et les instruments de la vie organique et les lois en vertu desquelles chaque groupe d'organes fonctionne.