DES APPAREILS DE LA VIE
On a donné le nom d'appareil ù un ensemble d'organes de nature souvent très-différente, et concourant à la même fonction. Nous dirons quelques mots de chacun d'eux; leur réunion forme la machine animale , ce qu'on appelle encore l'économie vivante.
A. Appareil de la locomotion.
Tous les organes préposés aux mouvements volontaires composent l'appareil de la locomotion. Celui-ci a, chez les animaux dont on utilise les forces, chez le cheval entre tous, une importance capitale. Constitué par les os, qui en sont les instruments passifs , et par les muscles, qui en sont les puissauces actives , il sert de fondement à la machine animée ,
prête un appui solide à toutes ses parties, détermine ses dimensions, ses proportions, sa forme, ses attitudes, et jusqu'à un certain point ses aptitudes. C'est par lui que l'animal se déplace, se transporte d'un lieu dans un autre, exécute les actions qui lui sont utiles et accomplit la tâche qu'on lui impose, c'est-à-dire le travail.
L'ensemble des os forme le squelette, ce qu'on appelle la charpente animale; les os sont unis entre eux par les articulations; l'ensemble des muscles, puissances chargées de les mouvoir, constitue le système musculaire.
Étudions rapidement chacune de ces trois divisions de l'appareil locomoteur.
i . Le squelette, nous venons de le dire, forme la charpente intérieure du corps (fig. 4 , p. 4 et 5 de Y Atlas) dont il consolide tout l'édifice et détermine la forme. Dans ses cavités il loge les organes les plus délicats, il les enveloppe et les protège contre les violences extérieures qui en auraient à tout propos troublé les fonctions.
A cet effet , comme pour offrir aux muscles qui les font agir l'appui nécessaire aux mouvements, les os sont composés d'une substance dure et résistante ; ils prennent et conservent la forme la plus propre à leur destination spéciale, à leurs usages particuliers. On les voit courts et épais, garnis de tubérosités nombreuses, là où les mouvements doivent jouir d'une grande liberté, comme à l'encolure , au genou , au jarret, etc. Alors -les points articulaires se rapprochent et se multiplient de façon que, si bornée que soit pour chacun l'étendue des mouvements, la somme totale en est pourtant considérable. Ailleurs ils sont plats ou aplatis et forment des boîtes, des cloisons protectrices pour le cerveau, par exemple, pour les organes de l'odorat, du goût, de l'ouïe, etc. Symétriquement rangés et contournés, ils constituent la cage de la poitrine pour offrir aux principaux organes de la circulation et de la respiration un lieu sûr et abrité, le vaste espace nécessaire au plein et entier accomplissement des importantes fonctions * qui leur sont dévolues ; ou bien ils s'épanouissent , comme à l'épaule , pour donner de larges surfaces d'implantation aux
muscles volumineux que les besoins de la machine ont accumulés en certaines régions. Nous les voyons autres encore quand ils doivent servir de colonnes de support ou d'organes de progression ; alors ils sont longs comme ceux des rayons supérieurs des membres.
L'animal est son propre fabricant d'os, déjà nous l'avons fait remarquer, mais il ne peut les fabriquer qu'avec les matériaux mis à sa disposition. L'éleveur exerce donc sur la formation des os une influence indéniable. A volonté, dit judicieusement M. le docteur Auzoux, il « peut produire des os longs ou courts, gros ou minces, spongieux ou compactes. Ainsi , selon la taille du père et de la mère , on a de grandes chances d'avoir de grandes ou de petites charpentes , à la condition que le régime n'entravera pas la marche de la nature.
« C'est dans le jeune âge que les os croissent en longueur; c'est dans le cartilage qui unit le corps de l'os aux extrémités que se fait cet allongement. Lorsque les extrémités osseuses, appelées épiphyscs, qui se changent en apophyses par les progrès de l'ossification, sont soudées au reste de l'os, l'accroissement en longueur n'est plus possible.
« Nous avons remarqué, sur les os des jeunes animaux qu'on sert sur nos tables (os de jeune poulet, pieds de veau , pieds de cochon) , qu'ils sont composés de plusieurs pièces, que ces pièces sont réunies par un tissu mou qui se fond presque entièrement par une cuisson prolongée : c'est ce que nous appelons cartilage, » Dans ce tissu, des expériences directes l'ont manifestement démontré , viennent se déposer les sels calcaires qui doivent concourir à l'allongement de l'os, c'est-à-dire à l'accroissement des diverses dimensions du corps. C'est donc dans la première période de la vie , c'est-à-dire dans le jeune âge, que l'homme peut modifier la charpente par une nourriture abondante appropriée et un exercice convenable. Si alors la nourriture est insuffisante , si elle ne renferme pas assez de sels calcaires, si l'élève n'est pas convenablement exercé , ou si , par suite de mauvaises digestions , la nutrition se fait mal , le développement en longueur sera incomplet ; au lieu d'avoir un produit de grande taille, on n'aura qu'un animal rabougri.
a Mais ce n'est pas seulement la nourriture et l'exercice qui influent sur le développement des os : les animaux élevés dans les lieux humides, mal aérés, ont les os grosf mous, spongieux, si peu chargés de sels calcaires que, souvent, ne pouvant supporter le poids du corps, ils se courbent, se contournent et forment des squelettes défectueux... »
Nous aurons plus d'une fois l'occasion de revenir sur cet important sujet, qui ouvre de nouveaux horizons à l'élevage en lui faisant toucher du doigt l'une des causes les plus fréquentes et les plus essentielles des insuccès dont il est menacé et qui le frappent à coups redoublés. En effet, elle exerce sa puissance et par elle-même et par droit d'hérédité, étreignant ainsi la vie par toutes les voies.
Pour faciliter l'étude du squelette , on le divise en tronc et en membres, et cette division est si simple qu'on la conserve dans l'étude de la conformation extérieure. Chacune d'elles, d'ailleurs, est diversement subdivisée en régions très-distinctes qui devront nous arrêter quelques moments.
La ligne médiane et supérieure du tronc prend les noms de rachis ou colonne vertébrale, tige flexueuse qui mesure toute la longueur du corps et qu'on trouve, en examiuant la figure 1 , composée d'une série d'os épais et courts, articulés à la suite les uns des autres. Antérieurement, cette tige supporte la tête, merveilleux assemblage de vingt-huit pièces osseuses, à la suite duquel on compte les sept vertèbres cervicales. Eu arrière de celles-ci viennent les vertèbres du dos, donnant, de chaque côté du rachis, attache à dix-huit arcs osseux qui circonscrivent la cavité du thorax, pour former la poitrine, et qui s'appuyent ou aboutissent au-dessous à un os unique appelé sternum : ce sont les côtes. En arrière encore sont les vertèbres lombaires, puis le sacrum, au-dessous duquel est formée la cavité du bassin ; en arrière du sacrum enfin sont les os de la queue ou coccygiens.
Chaque membre comprend quatre régions principales : Y épaule, appliquée à la partie supérieure du thorax, et, au-dessous, le bras, V avant-bras et le pied pour le membre antérieur; pour l'autre, la hanche, qui est articulée avec la partie postérieure du rachis, la cuisse, la jambe et le pied de derrière.
L'examen de la tête ne nous offre, quant à présent, aucun
sujet de remarque particulière ; elle est disposée de manière à contenir la masse du cerveau dans sa cavité supérieure, appelée crâne ; elle est chargée de la fabrication des dents ; elle porte les organes du goût, de l'odorat, de la vue , l'appareil auditif; elle renferme enfin les premières voies respiratoires et digestives, toutes choses qui seront étudiées plus loin. Les mâchoires sont très-allongées pour suppléer à l'absence des mains et rendre plus facile la préhension des aliments. Par son sommet, elle est unie, solidement articulée à la colonne vertébrale.
Celle-ci, uous l'avons dit, est une longue tige solide et flexible ; elle est creuse et renferme dans son canal la moelle épinière , prolongement ou continuation du cerveau , portion très-importante des centres nerveux d'où s'échappent, par des trous latéraux, des nerfs qui se rendent en se ramifiant dans toutes les parties du corps. Elle présente cinq divisions distinctes qui correspondent à ce qu'on nomme, en extérieur: l'encolure, le garrot et le dos, le rein ou les lombes, la croupe, la queue.
Indépendamment de l'importante fonction de contenir, en la protégeant, la moelle épinière, foyer des nerfs de la vie animale , le rachis remplit chez le cheval des usages particuliers.
Dans sa région centrale, il constitue un long bras de levier qui supporte la tête , grosse et lourde pyramide qui serait mal soutenue si les vertèbres du cou manquaient d'épaisseur ou de force , si leurs éminences n'étaient pas nombreuses et développées en raison des points d'attache, multipliés et solides* qu'elles doivent offrir aux masses musculaires énergiques qui les enveloppent et deviennent l'encolure.
Dans la région dorsale, nous trouvons une autre forme. Cela devait être puisque les vertèbres du dos jouent un autre rôle dans l'économie. «Ici, dit très-judicieusement M. Richard, ce n'est plus la tête qui doit être supportée : c'est une longue clef de voûte qu'il faut aux côtes pour les lixer et former la cage de la poitrine qui doit contenir et protéger les poumons, le cœur et ses dépendances. Il faut de plus, à la partie antérieure et supérieure du dos, des leviers pour aider aux puissances musculaires, partant des parties postérieures du corps,
à enlever les antérieures pour la progression, le saut, etc. Eh bien î les vertèbres dorsales remplissent Tune et l'autre de ces fonctions.
« Les premières eûtes qui se fixent au sternum servent de colonnes de support plus ou moins direct aux premières vertèbres dorsales ; celles-ci forment la clef de voûte de la poitrine, et cette même clef de voûte, supportée à la partie antérieure du dos, soutient à son tour, en arrière, les fausses côtes qui lui sont suspendues. De la disposition des organes qui forment la voûte de la poitrine résulte une admirable combinaison de solidarité, qui n'a pas d'exemple dans les arts. Cette disposition était essentielle à la colonne dorsale pour lui donner l'élasticité indispensable, afin de prévenir les déchirements des viscères importants qu'elle tient suspendus. Leurs lésions, conséquences des mouvements brusques, auraient été mortelles si la flexibilité, ingénieusement combinée avec la solidité du dos, ne les avait pas empêchées.
« Le corps des vertèbres dorsales est surmonté d'un long levier, qu'on nomme apophyses épineuses. Les vertèbres cervicales en sont dépourvues ou n'en ont que de faibles rudiments. Ces leviers, plus longs vers les premières vertèbres qu'aux postérieures, forment la base du garrot. Nous reviendrons avec détail, en décrivant cette région du corps, sur les avantages offerts à la mécanique animale par cette disposition osseuse.
« Le» vertèbres lombaires, au nombre de six, diffèrent de celles du dos, en ce qu'elles ne sont plus des clefs de voûte de la poitrine. Au lieu de côtes, elles sont pourvues latéralement de longues apophyses transverses, servant de support et de point d'attache à des puissances musculaires qui concourent à communiquer l'action des régions postérieures du corps aux antérieures. Sous ce rapport, ces prolongements osseux aplatis continuent l'office de côtes sur lesquelles reposent aussi ces puissances musculaires. Elles protègent les organes qui sont placés sous eux, et préviennent FafFaissement brusque qui aurait nécessairement eu lieu aux flancs, si elles n'avaient point écarté les parois supérieures de l'abdomen. Sans cette précaution de la nature, la masse intestinale eût été re-
foulée en avant par le poids des muscles et de la peau, et aurait troublé la respiration en comprimant les poumons.
«< Les régions dorsale et lombaire de la colonne vertébrale ont pour fonctions non-seulement de supporter les organes contenus dans la poitrine et l'abdomen, mais encore le poids dont on charge les animaux. Il fallait donc une grande solidité à cette tige, qui doit être en même temps flexible, pour neutraliser les réactions des mouvements brusques. En traitant du dos et des reins du cheval, nous développerons les raisons de condition de beauté et de puissance de ces importantes parties du corps.
« La quatrième région du rachis est représentée par le sacrum. Cet os a été formé par quatre ou cinq petites vertèbres, toujours soudées ensemble dans l'âge adulte. Il reçoit dans son canal l'extrémité de la moelle épinière, qui fournit les nerfs aux masses musculaires de la croupe et des membres postérieurs.
« Les fonctions du sacrum sont très-importantes. Nonseulement il protège la fin de l'expansion cérébrale qui commence au crâne, mais il sert de moyen d'union entre le train postérieur et le reste du corps. Il forme aussi la clef de voûte du bassin, en même temps que sa paroi supérieure. Cet -os triangulaire offre cinq moyens puissants d'articulation. Sur les côtés, il adhère par de larges surfaces articulaires aux coxaux. En avant, il s'unit au corps de la dernière vertèbre lombaire par son centre et à ses apophyses transverses par ses branches latérales. Enfin, son extrémité postérieure, terminée en pointe, sert de base articulaire aux coccigiens qui forment la charpente de la queue.
« Si nous jetons un coup d'œil sur l'ensemble de la longue tige flexible formée par la réunion de toutes les vertèbres, nous verrons sa forme modifiée suivant l'usage de chaque région. Celle de l'encolure nous présente des os beaucoup plus gros que toutes les autres. Ils sont hérissés d'éminences nombreuses, latérales, pour que les muscles qui les supportent puissent s'y fixer convenablement et faire opérer tous les mouvements nécessaires au balancier qu'ils forment. Ce long bras de levier est très-utile à l'animal pour les déplacements de son centre de gravité, suivant les besoins.
« Du reste, ces apophyses osseuses sont disposées de manière à ne pas gêner les divers mouvements exécutés par l'encolure.
« Les vertèbres du dos et des lombes diffèrent beaucoup de celles de l'encolure. Leur corps est moins volumineux, et n'offre pas ces appareils d'apophyses latérales qui ne sont qu'une succession de petits leviers sur lesquels agissent les muscles du cou pour ses flexions variées.
« Les fonctions de ces régions, sans exiger moins de solidité par les moyens d'union des os qui les forment, n'avaient pas besoin du même degré de flexibilité pour bien remplir leur but; mais, si leur jeu a peu d'étendue, la nature a largement établi le système de compensation exigé. Nous en trouvons la preuve dans la solidité donnée à la tige vertébrale qui devait porter un grand poids, et dans l'élasticité nécessaire à ses fonctions.
« Du reste, toutes les apophyses des vertèbres servant de leviers, leur plus graud développement sera toujours le premier caractère de leur bonne condition de conformation.
« Les apophyses épineuses des vertèbres dorsales, lombaires et sacrées, outre leur différence de longueur respective, ont des directions particulières qu'il n'est pas inutile de signaler ici. Les plus longues, celles qui servent de base au garrot, sont dirigées en arrière, tandis que celles des lombes sont penchées en avant; au sacrum, elles sont inclinées en arrière. 11 est facile de comprendre les avantages offerts par ces dispositions. Le poids de l'encolure et de la tête est une puissance permanente qui tend sans cesse à entraîner les premières vertèbres du dos en avant, par le ligament cervical et les muscles qui s'y fixent. Leur direction en arrière favorise la résistance qu'elles doivent opposer à ce contre-poids.
« Le milieu de la tige dorso-lombaire est le point le plus flexible, comme le plus faible, parce qu'il est le plus éloigné des appuis offerts par les membres. La hauteur des apophyses des premières dorsales, et la direction en avant des lombaires, tendent, autant que possible, à obvier à cet inconvénient, au moyen des points fixes offerts par le sacrum en arrière et le garrot en avant. Eu effet, toutes les apophyses épineuses, dor-
sales et lombaires, sont liées les unes aux autres par des ligaments inter-épineux qui s'attachent à leurs bords, et par leurs sommets au moyen des ligaments sus-épineux. Ceux-ci, fixés à l'épine sacrée, dirigée en arrière, en s'étendant sur les sommets de l'épine lombaire, dirigée en avant, la maintiennent du côté de la croupe, tandis que, descendant du point fixe du garrot, les mêmes ligaments soutiennent le milieu du dos. Il en résulte l'effet d'une corde qui, fixée à ses deux extrémités, supporte un poids suspendu à son milieu. C'est absolument le môme principe qui préside à la confection des ponts suspendus. »
Frappées au coin de la vérité, ces remarques méritent d'être méditées aussi bien que les suivantes, dues au même écrivain et extraites du même livre, de la Confomiation du cheval ; elles ont trait aux côtes, os aplatis, allongés et plus ou moins recourbés pour constituer la cavité thoracique. « L'édifice qu'elles forment, continue M. Richard, est bien la conception la plus ingénieuse, l'exécution la plus parfaite que l'on puisse admirer dans la nature. Chez l'homme, l'unique but des côtes est de protéger les organes pectoraux, et de concourir à la respiration en se soulevant et s'abaissant. Dans le cheval elles ont, avec ce même travail, d'autres fonctions qui ne sont pas moins importantes. Les animaux dont la position du corps est horizontale ont dû avoir un système de support solide et élastique pour soutenir le rachis qui contient la moelle épinière. Eh bien ! cet admirable système de suspension est formé par des côtes destinées a cet effet, le sternum, dont nous nous occuperons plus bas, et les sangles élastiques qui le suspendent aux colonnes formées par les membres antérieurs.
« Quand on étudie les côtes sur le squelette du cheval, on voit qu'elles diffèrent de longueur, de courbure, de force et de résistance autant que de mode d'articulation aux vertèbres et au sternum. On peut les classer en trois groupes bien différents de fonctions. Les unes sont immobiles et ne servent pas ii la respiration, pour être uniquement employées comme colonnes ; les autres ont des fonctions mixtes, c'est-à-dire qu'elles servent à la respiration en même temps qu'elles concourent
au support de la tige vertébrale ; enfin les troisièmes sont exclusivement utilisées pour la respiration ou la dilatation de la poitrine. Les deux premières côtes sont courtes, droites et plus grosses ; elles sont beaucoup plus fortes que les autres, et leur défaut de courbure bien marqué fait qu'elles sont presque parallèles l'une à l'autre. Cette disposition était indispensable à leurs fonctions.
« En effet , elles forment les deux premières colonnes sur lesquelles repose le rachis au point où il a le plus de pesanteur. C'est ce point qui est chargé de tout le poids de l'encolure et de la tête, poids énorme quand l'animal s'en sert pour faire basculer le train postérieur, ou lorsqu'il franchit un obstacle élevé. Tout le corps alors est supporté par les membres antérieurs. Ce sont les deux premières côtes qui reçoivent, avec une partie du poids de la masse, la plus grande quantité du contre-poids de l'encolure et de la tête. Il fallait donc que ces deux premiers barreaux de la cage pectorale eussent une grande solidité comme colonnes.
« Leur mode d'articulation aux vertèbres et au sternum n'est pas moins bien en harmonie avec la nécessité commandée par leurs fonctions. Les premières vertèbres dorsales, qui leur servent en quelque sorte de chapiteau, sont pourvues de chaque côté de deux fortes apophyses transverses qui reposent sur leurs sommets ; leurs têtes, bien différentes de celles des côtes1 qui les suivent, s'engagent sous ces prolongements osseux. Ce mode d'articulation était essentiel au but proposé : une colonne doit toujours être placée sous le corps qu'elle supporte.
« Le genre d'articulation des premières côtes avec le sternum diffère aussi de celui des suivantes ; leur cartilage de prolongement n'est qu'une espèce de coussinet intermédiaire, sans mouvement.
« Les deuxièmes côtes, dont les fonctions comme colonnes sont plus indirectes, commencent à devenir mixtes: légèrement courbées, elles s'allongent et s'aplatissent davantage. Leurs têtes s'engagent moins sous le corps des vertèbres, et leurs tubérosités articulaires tendent à se dégager de dessous l'apophyse transverse qui les reçoit. Leurs cartilages de pro-
longement s'allongent, et forment déjà un petit angle mobile, quelque borné que soit son jeu.
« Les caractères que nous venons de décrire pour les deuxièmes côtes sont encore plus tranchés dans les troisièmes, et ainsi de suite graduellement, jusqu'aux dernières, qui s'articulent avec le sternum. Leurs cartilages de prolongement sont d'autant plus longs qu'ils sont placés plus postérieurement ; leur jeu est très-étendu et permet un grand écartement aux barreaux de la cage pectorale. Ceux-ci , du reste, contribuent encore au soutien de la colonne vertébrale en raison inverse de l'étendue de leurs mouvements.
« Les côtes asternales, ou fausses côtes, suivent les sternales. Leurs courbures sont plus marquées ; elles s'articulent sur les côtés des corps des vertèbres, et ne servent plus qu'à la respiration. Du reste, elles sont fixées les unes aux autres vers leurs extrémités, au moyen de leurs prolongements cartilagineux très-élastiques, lesquels, unis par du tissu cellulaire, forment une espèce de cerceau très-flexible qu'on a appelé le cercle cartilagineux des côtes.
« On voit donc que les côtes du cheval offrent des différences bien marquées, suivant leurs fonctions mixtes ou simples. L'intérêt qu'elles présentent est d'autant plus grand pour nous qu'elles nous serviront à apprécier les conditions de bonne conformation de la poitrine, sur laquelle on a commis bien des erreurs. Or il est d'autant plus essentiel de savoir bien juger des bonnes qualités de cette région du cheval qu'elle contient le foyer de vie de sa machine, la véritable chaudière de la locomotive. »
La disposition des rayons osseux qui forment la base des membres appelle à son tour notre attention ; elle en fait des colonnes brisées, fortement, articulées les unes aux autres, et destinées tout à la fois à soutenir le tronc et à le transporter dans tous les mouvements auxquels se livre l'animal.
Plus rapprochés du centre de gravité que leurs congénères, et devant supporter une plus grande partie du poids du corps, les membres antérieurs sont particulièrement construits en vue de leur destination essentielle, qui est d'être des colonnes de soutien. « En effet, dit M. Chauveau, les quatre rayons
principaux qui composent chacun d'eux, quoique fléchis ou disposés à se fléchir en sens inverse les uns des autres, opposent à la pression du poids du tronc, qui tend incessamment à les affaisser, des obstacles purement mécaniques , et d'une telle énergie qu'on peut comprendre encore la station sur les membres antérieurs en supposant anéanties, à l'exception d'une seule, les masses musculaires qui entourent les rayons osseux. » Mais ils sont aussi agents de transport. A cet effet, quand le bipède postérieur communique au corps l'impulsion en avant, ils soulèvent le tronc par la détente de leurs rayons, et, entamant le terrain parla projection de leur extrémité libre, ils donnent aux puissances musculaires des membres postérieurs le moyen de produire un effet utile. Alors, continue M. Chameau, « le bras se coude en arrière sur l'épaule , l'avant-bras se ploie en avant sur le bras, et les différentes sections du pied se fléchissent toutes en arrière sur les os de l'avant-bras. C'est grâce à cette opposition que le membre de devant peut soulever la partie antérieure du tronc quand la machine animale est en mouvement. »
Par opposition forcée encore, les membres postérieurs, moins favorablement disposés pour remplir l'office de colonnes de soutien, le sont plus avantageusement, au contraire, pour l'autre destination, et ils deviennent les agents essentiels de la locomotion ; ce sont eux qui poussent le corps en avant. L'impulsion qu'ils lui communiquent est de même le résultat de la détente des rayons osseux, mais cette détente produit surtout son effet d'arrière en avant, tandis qu'elle s'exerce principalement de bas en haut dans l'action du membre antérieur. Il en est ainsi parce que, au moment où l'effet a lieu, où la détente s'effectue, la direction générale du membre est fortement obliquée en arrière et en bas.
A raison de leur destination principale de colonnes de soutien et d'agents impulsifs dans les actes locomoteurs, on a comparé le jeu des membres antérieurs « à celui des rayons d'une roue de voiture, lesquels supportent successivement le poids du véhicule en venant se placer tour à tour dans l'axe vertical de la roue ; tandis qu'on a regardé l'action des membres de derrière comme produisant un effet analogue à l'effort
d'un homme qui, placé entre les deux brancards de la voiture, la ferait marcher à reculons en la plaçant devant lui. »
Cette différence établie, nous devons nous occuper à présent des analogies qui se présentent entre certaines régions des membres comparés dans celui de devant et dans celui de derrière.
L'os de l'épaule, qu'on nomme aussi scapulum et omoplate (voy. la fig. 1), présente à sa face externe deux fosses séparées par une crête très-élevée qui sépare les muscles fléchisseurs des muscles extenseurs du bras ; on retrouve la môme disposition, l'équivalent, dans la fosse iliale, c'est-à-dire dans la large surface concave du coxal, os de la hanche et du bassin, que recouvrent les muscles fessiers. Ces deux os affectent cependant une position opposée : celui de l'épaule est couché d'arrière en avant sur les côtes; l'autre s'incline d'avant en arrière pour aller offrir au fémur, os de la cuisse , sa cavité inférieure dans laquelle est reçue la téte du fémur, comme la tête de Y humérus est reçue dans la cavité inférieure de l'omoplate.
La même analogie se présente dans les os que nous venons de nommer comme servant de base, l'un au bras, l'autre à" la cuisse. Chacun d'eux s'incline sur l'os précédent, mais en sens opposé, de manière à former avec lui un angle très-accentué, angle de flexion pour le membre antérieur, angle d'extension pour le membre postérieur. L'un et l'autre sont couverts d'éminences osseuses, véritables leviers offerts aux muscles qui s'y fixent pour leur faire exécuter les divers mouvements dont ils sont susceptibles.
Dans les rayons qui suivent, la ressemblance frappe moins peut-être, mais elle est tout aussi grande. Le radius et le cubitus, os du bras, correspondent au tibia , l'os de la jambe ; l'un et l'autre, par leur extrémité inférieure, reposent sur les assises des os du genou et du jarret. Ce qu'on nomme olécrâne, os du coude, dans le membre antérieur, a son analogue dans la rotule ou os du grasset : tous deux sont en dedans du membre, si l'on peut dire ainsi, le coude en arrière du membre antérieur et la rotule en avant du membre postérieur. Cette opposition apparente n'existe qu'à raison du membre
lui-même, dont l'un est devant et l'autre derrière; mais ces os remplissent la même destination ; ils servent de bras de levier puissants aux muscles importants qui viennent s'y insérer; seulement, dans le membre antérieur ce sont des muscles fléchisseurs, et dans l'autre des muscles extenseurs.
Quant à la région du pied , commençant au genou et au jarret, l'analogie est si complète , elle devient si facilement saisissable, qu'il est à peine besoin de la signaler. Les os du genou sont bien au membre antérieur ce que les os du jarret sont au membre postérieur. Les rayons inférieurs se ressemblent si exactement qu'il est difficile de les distinguer entre eux ; nous en ferons une étude plus profitable sur l'animal extérieur.
— Avant de passer outre , disons quelque chose des cartilages , le tissu le plus dur après l'os. Pour que l'organisation des animaux put prendre et conserver une forme et une consistance appropriées h ses vues , le Créateur a , des mêmes éléments, composé des matières très-diverses dont les propriétés particulières répondent toutes aux usages spéciaux qu'ils ont à remplir dans l'économie. Tantôt ces matières devaient être solides et rigides sans flexion : c'est l'os; tantôt elles devaient être molles et contractiles : c'est le muscle ou la chair ; tantôt il fallait des intermédiaires : on les trouve partout où ils étaient nécessaires.
Le cartilage est parmi ces derniers. A la fois ferme et flexible , il remplit son office dans toutes les parties de l'organisme, et on le voit toujours où il était besoin d'une substance moins compacte que l'os et plus résistante que la chair, offrant un merveilleux exemple de la solution de ce difficile problème : l'union de la souplesse et de la mobilité à la solidité. Ses usages dans l'économie animale sont exclusivement mécaniques.
Toutefois, le squelette de certains poissons est entièrement cartilagineux, et, dans les commencements de la vie de tous les vertébrés, la charpente est aussi exclusivement cartilagineuse. Mais cette forme ne sera que temporaire chez ces derniers; l'os apparaîtra partout où il devra exister; le cartilage
ne se fera permanent que dans les parties où il restera un besoin de l'organisation.
Cette première donnée a conduit à l'explication de ce fait très-remarquable , à savoir : la machine animale est d'autant plus souple, elle cède d'autant plus facilement aux impressions vitales ou physiques, Que le sujet est moins avancé dans la vie ; elle est d'autant plus rigide et roide que l'animal devient plus vieux ; elle n'est à l'apogée de la résistance unie à la flexibilité organique qu'entre ces deux âges.
C'est à la pratique à faire son profit de ces observations afin de ne point abuser des animaux qu'elle applique au travail : elle ne doit pas, sous peine de fatigue extrême, toujours nuisible, ou d'usure prématurée, exiger d'eux au delà du degré de résistance qu'ils peuvent offrir h des efforts très-violents ou très-durables ; elle doit mesurer ses exigences , au contraire, sur les forces acquises , et ne pas dépasser le but qui conduit à la ruine en prenant sur l'avenir, sans compensa- • tion suffisante pour le présent. C'est toujours l'histoire de la poule aux œufs d'or. Manger son blé en herbe est et sera toujours une fausse spéculation.
« Dans les premières périodes de la vie embryonnaire, dit M. Lavocat, les cartilages sont mous, transparents et non distincts des os, alors dans le môme état. Plus tard , dans le fœtus, ils sont opalins, plus consistants, mais encore très-souples et sans élasticité. Dans le jeune Age, ils sont plus blancs et plus flexibles que dans l'adulte, chez lequel ils présentent toute leur fermeté et leur élasticité. Enfin, avec les progrès de l'âge, ils deviennent jaunâtres, durs et cassants
« Dès les premiers temps de l'existence, le système cartilagineux remplit un rôle fort important. Dans la période fœtale, il est d'abord très-abondant et sert de transition à la charpente osseuse, qui se développe en l'envahissant de plus en plus. Ensuite, dans le jeune âge, son épaisseur et sa flexibilité assurent la souplesse générale, alors si grande et si utile ; sa présence temporaire en certains points permet l'accroissement des divers organes, en reculant l'époque où les dimensions des os, définitivement arrêtées, s'opposeront à tout autre développement. »
Nous ne pousserons pas plus loin cette étude d'anatomie et de physiologie ; nous en avons dit assez pour faire bien comprendre aux éleveurs la nécessité de ménager les forces des jeunes animaux que Ton commence à employer au travail, et tout ce qu'il y a de rationnel dans les recommandations de 9 douceur que l'expérience attache à la question du dressage quand il s'agit de natures vives, violentes et facilement impressionnables.
Encore un mot cependant sur l'utilité si évidente du cartilage dans l'organisation des animaux, toujours imitée avec profit par la mécanique.
Les côtes, par exemple , essentiellement préposées à la protection des organes importants renfermés dans la poitrine, les côtes eussent fort mal rempli leur destination si elles avaient eu la rigidité exclusive de l'os; elles devaient être flexibles pour favoriser l'action des poumons ; il en est de même de tout l'appareil d'organes qui concourt aux fonctions respiratoires : ainsi des ailes du nez, de la trachée, ou conduit aérien, et de * ses ramifications bronchiques. La nature a donc largement pourvu de cartilages tout cet appareil d'organes dont la mobilité était à la fois une nécessité et une perfection. Aussi voyonsnous le sternum et la plupart des côtes pourvus à leur extrémité d'un prolongement cartilagineux qui se termine en pointe, et qui jouit d'une grande souplesse. Grâce à eux, la poitrine se soulève librement dans l'inspiration et revient ensuite sur elle-même pour l'expiration ; grâce à eux encore, les violences extérieures, portées sur les parois du thorax, sont fortement atténuées : en cédant sous le choc, ils préservent les organes profonds. Aux ailes du nez , ils maintiennent béantes des ouvertures qui ne devaient avoir rien de rigide ni de trop flexible pour quô l'air pût entrer et sortir avec la même facilité. Aux oreilles, ils donnent la forme du cornet acoustique, la plus favorable à la perception des sons, etc., etc.
Nous dirons bientôt , en traitant des articulations, comment les os s'ajustent pour se joindre. Là aussi il était besoin d'un corps intermédiaire qui adoucît les frottements et atténuât l'intensité des chocs. C'était bien la place du tissu cartilagineux , qui s'y trouve effectivement en couche suffisamment
épaisse. Grâce à son élasticité, il réagit à la manière des ressorts, et contribue à amortir les chocs et les pressions qui sont continuellement exercés sur les plans articulaires, dont il facilite aussi les mouvements par le poli de sa surface.
En effet, s'il vient à s'user, la surface de frottement s'altère, le mouvement perd d'abord de sa liberté, de sa netteté, de sa précision, puis se raccourcit, et devient de plus en plus difficile, allant parfois ainsi jusqu'à l'impossibilité.
Les arts ont partout imité ce mode d'atténuation des chocs et des frottements. Qu'est-ce autre chose que ce coussinet en cuivre, substance moins dure que le fer ou l'acier, dont l'ingénieur garait l'embase destinée à recevoir un axe tournant, ou que ces boîtes en cuivre placées dans les moyeux des roues pour recevoir la fusée de l'essieu ? C'est l'application aux sciences mécaniques des grandes lois de l'organisation animale. Ces intermédiaires, comme les cartilages, ont pour fonction d'adoucir les frottements et de prévenir l'usure très-rapide des surfaces qu'ils éloignent.
Nous trouverions d'autres exemples et d'autres rapprochements, car ils fourmillent dans la mécanique animale et dans la mécanique industrielle, mais ils n'ajouteraient rien au principe qu'il nous suffit d'avoir mis eu relief, alin que, bien comprise, son importance ne puisse plus échapper à la pratique. A notre sens, cette dernière doit en tirer un utile enseignement.
2. Les articulations. — Diversement rapprochées, jointes les unes aux autres, chacune à leur manière, mais toujours solidement fixées entre elles, les nombreuses pièces du squelette ne font qu'un seul tout, un ensemble inséparable, quoique mobile à différents degrés, dans toutes ses pallies.
Cette disposition particulière des os qui les tient attachés les uns aux autres, en laissant à chacun la somme de liberté nécessaire à l'exercice des fonctions qu'il est appelé à protéger ou à faciliter, prend le nom d'articulation ou de jointure articulaire.
Les articulations jouent un rôle très-important dans le fonctionnement général de la machine, surtout quand celle-ci
est destinée au travail, lorsqu'elle doit fournir à des dépenses plus ou moins considérables de force motrice. Des articulations faibles ne permettraient ni retendue, ni la puissance, ni la précision des mouvements qui déterminent l'effet utile chez le moteur en action.
Le volume des articulations est un premier indice de force. C'est l'étendue des surfaces articulaires qui le dessine. On aime à voir, chez les animaux dont la destination est le travail , que les articulations des membres soient nettement et vigoureusement accusées. Le poulain qui naît avec des articulations larges et prononcées promet généralement force et résistance.
Dans toutes les articulations mobiles, les surfaces osseuses sont recouvertes d'un cartilage. Celui-ci a pour objet de donner aux extrémités des os le poli nécessaire à leur glissement facile, et de favoriser les mouvements par la grande élasticité dont il est doué. Au surplus, le glissement des abouts articulaires est encore facilité par la sécrétion d'une humeur particulière, appelés synovie, et qui a pour usage d'en lubrifier les surfaces à la manière de l'huile ou de tout autre corps gras dont on se sert dans les arts pour diminuer les frottements, entretenir la contiguïté de certaines parties et prévenir leur usure trop prompte.
Les os à articulations mobiles sont pourvus de liens particuliers, nommés ligaments, fortement implantés au pointeur des extrémités articulaires et contribuant à les fixer sans gêner leur jeu. Leur densité est grande, leur solidité est extrême, mais sans rigidité, car ils demeurent souples et flexibles. Composés de fibres très-fines et très-serrées, ils offrent, par la réunion de celles-ci , l'apparence de cordes de petite dimension , si résistantes pourtant que , à volume égal , on n'en trouverait point de pareilles dans l'industrie. Cela était nécessaire, car ce n'est point un mince accident que la rupture d'un de ces ligaments. Dans une machine ordinaire , une pièce brisée arrête la marche ou le travail, mais seulement jusqu'à ce qu'on ait pu remplacer la pièce brisée par une pièce de rechange. Il n'en est plus tout à fait de même dans la machine animale, où l'on ne peut introduire de pièce
de rechange, où les ruptures devieuuent le plus ordinairement irréparables.
C'est tout ce que nous pouvons dire utilement ici des jointures articulaires. Les plus importantes à étudier, au point de vue des services que nous rend le cheval , ont un nom particulier, comme ycnou\ jarret, etc. : nous les retrouverons plus loin ; celles qui ne sont point apparentes à l'extérieur ne fournissent aucune indication appréciable et ne sauraient être de notre part l'objet d'aucune considération spéciale. Mais il n'en est point ainsi d'une maladie grave qui les affecte dans le très-jeune âge , et qui grève parfois de pertes considérables l'élève des poulains, des veaux , des agneaux et des petits de la truie. Les praticiens doivent la connaître assez pour être en mesure au moins d'en prévenir les déplorables effets.
Cette maladie est Y arthrite, c'est-à-dire l'inflammation des surfaces articulaires, ou plutôt des articulations.
L'arthrite peut être partielle ou générale. Dans le premier cas, elle est déterminée par des accidents et ne constitue qu'un mal isolé, une affection locale, dont la gravité dépend de la nature même de l'accident ou de la négligence qu'on a mise à en combattre les effets. Dans l'autre cas, elle envahit toutes les jointures articulaires par suite de causes générales et n'est en quelque sorte qu'une manifestation particulière d'autres maladies, qu'un symptôme alarmant de leur marche progressive et d'une terminaison prochaine et fatale. La connaissance de cette forme de l'arthrite appartient à l'étude des affections sous l'influence desquelles elle se développe. Nous ne parlerons ici que de l'arthrite des jeunes animaux et de celle qui naît soit de violences extérieures, soit des efforts de la locomotion chez les bêtes qu'on surmène. Parmi les articulations, celles des membres sont les plus exposées à l'action des causes qui peuvent amener la maladie ; telles les blessures de toutes sortes, occasionnées par des instruments piquants et coupants, par la chute sur le sol, par des coups, des heurts violents, par le choc d'un puojectile, etc., ou par les efforts trop violents et trop longtemps soutenus d une trop vive allure, par le tirage pénible sur un terrain glissant , ou
bien encore par l'excès de fatigue imposée à mi membre lorsque son congénère malade est empêché de concourir au
' soutien du corps.
Les plaies articulaires ont toujours une réelle gravité; elles commandent des soins d'autant plus attentifs et intelligents que leurs effets dépassent très-souvent l'importance
* apparente de la blessure. On voit bientôt se manifester des souffrances très-vives, accompagnées de chaleur, de tuméfaction et d'écoulement de synovie ; la douleur s'accuse par l'attitude des parties où elle a son siège, car l'animal les soustrait autant qu'il le peut soit au mouvement , soit à la pression. La remarque est aisée quand l'articulation lésée appartient à un membre. Alors l'appui est le plus faible possible, il ne s'effectue que par un point du sabot; des flexions brusques, presque convulsives , témoignent à quel point il est difficile ou môme impossible. A ce point d'acuité le mal cesse d'être local ; il se généralise par les effets d'une fièvre dite de réaction. Alors les traits de la face se retirent; ils se grippent ; la respiration est comme nerveuse et tremblotante ; le pouls bat vite ; il est dur sous le doigt qui l'explore ; la sueur apparaît sur certaines régions du corps; la sécrétion des urines devient rare ; la bouche est sèche , l'appétit nul , et les matières fécales se couvrent de mucosités. L'amaigrissement est rapide sous l'influence de ces symptômes. Les animaux ont bien vite perdu 10, 15 et 20 kilogrammes de leur poids. Les plus irritables éprouvent parfois de telles souffrances que, ne pouvant demeurer en place , ils se livrent à des mouvements désordonnés qui ajoutent au mal et hâtent la fin des malades.
Quand l'arthrite n'a pas cette gravité, elle cède à un traitement rationnel qui rend les articulations à leur état naturel ; mais dans beaucoup de cas l1 inflammation se termine par suppuration , et cette dernière période est presque toujours suivie de la soudure des surfaces articulaires.
Il n'y a pas de grandes différences, quant aux symptômes, entre l'arthrite due aux suites d'une plaie pénétrante et celle qui résulte d'une autre cause quelconque , à l'exception de l'écoulement synovial, qui n'a pas lieu, cela va de soi, quand
l'articulation n'a pas été ouverte. Ce sont toujours les mêmes phénomènes : ainsi la douleur, faible et circonscrite au début, croît, s'étend et acquiert bientôt un haut degré d'intensité. L'animal immobilise instinctivement les jointures malades , et toutes les fonctions placées sous leur dépendance en sont ou gênées ou complètement empêchées. L'accumulation de la synovie dans la cavité articulaire produit des gonflements caractéristiques qui envahissent successivement et de proche en proche des étendues plus considérables et détruisent les rapports naturels entre les parties ; les aplombs en sont faussés, et les rayons des membres contractent des attitudes spéciales. A un degré plus avancé le mal s'aggrave ; alors des symptômes généraux , plus ou moins intenses , décèlent ses progrès plus ou moins rapides et plus ou moins alarmants. Toutefois, c'est l'exception. D'ordinaire cette forme de l'arthrite , peu compromettante pour la vie , borne ses effets à une incapacité de travail plus ou moins prolongée : à ce point de vue , ces derniers méritent une extrême attention , car ils vont aussi jusqu'à déformer les articulations sans retour possible vers la condition normale qui fait le mérite et la valeur de tous les animaux utilisés comme moteurs. Dans cette classe, les valides seuls ont du prix : on ne saurait faire cas des infirmes.
Le traitement des maux de cette nature, dont la terminaison peut entraîner de telles pertes, n'est point à la portée de tout le monde ; il nécessite l'intervention active et raisonnée de l'homme de l'art, que nous conseillons de faire appeler sans délai afin de prévenir de grands dommages. On ne gagnerait rien à lire les nombreuses et importantes indications qu'il importe de remplir ; nous ne saurions oublier que nous écrivons pour des agriculteurs, non pour des médecins.
Voyons maintenant la même maladie chez les jeunes sujets à la mamelle. Son étude rentre davantage dans le cadre des connaissances que doit posséder l'éleveur. Elle sévit également sur tous nos animaux ; on l'a constatée sur des veaux, à partir du deuxième jour de la naissance; mais on ne l'observe guère après le cinquième ou le sixième mois de la vie. La promptitude avec laquelle elle se déclare en a fait recher-
cher les causes prédisposantes chez les auteurs , ou tout au moins chez la mère ; dans ce cas, elle serait constitutionnelle et d'autant plus difficile à guérir. Aussi occasionné-t-elle des pertes qui grèvent notablement l'élevage. C'est une raison de plus pour n'accoupler entre eux que des producteurs vigoureux et offrant, au moment de leur union, toutes les conditions physiologiques qui sont des preuves irrécusables de sanité, de force et de santé. On a dit aussi qu'elle était héréditaire, et l'on a été autorisé à le dire parce que les vaches affectées de rhumatisme articulaire produisent des veaux que l'arthrite aiguë atteint souvent peu après la naissance, et qu'il n'est pas sans exemple que la maladie se montre chez tous les poulains issus de la même jument.
La faiblesse ou plutôt l'affaiblissement, chez le père et la mère, d'où qu'il vienne, est donc une cause assez commune de l'inflammation des jointures chez les enfants. L'arthrite se développe aussi à la suite des refroidissements et surtout des brusques variations de la température ; l'humidité, les logements insalubres, par cette raison , favorisent son invasion et ses ravages. Mais l'une des sources les plus actives de ce vilain mal paraît être dans l'altération du lait de la femelle, qui allaite, et dans l'absence de cette purgation salutaire qui se manifeste généralement chez le nourrisson quand cette liqueur jouit des propriétés spéciales que lui a données la prévoyance de la nature. Les modifications que subit le lait pendant l'allaitement, dit avec raison M. Reynal, sous l'influence des conditions diverses dans lesquelles les femelles domestiques se trouvent placées, ont été à peine étudiées jusqu'ici. Il serait à désirer que la chimie recherchât les causes et la nature de ces modifications. L'hygiène et la thérapeutique retireraient sans aucun doute d'utiles avantages de semblables investigations.
Chez les jeunes auimaux, ce qui précède conduit à cette observation : l'arthrite est rarement partielle; presque toujours, au contraire, elle affecte toutes les articulations à un degré plus ou moins intense. Son invasion est brusque, particulièrement chez les poulains; elle éclate tout à coup et se mauifestc par un ensemble de symptômes des plus aigus. Ce n'est pas une simple boiterie qui la révèle, car la douleur est
si forte que, ne pouvant se soutenir sur les membres, les malades se tiennent forcément couchés. La souffrance est extrême autour de toutes les jointures, dont le volume augmente par le fait d'une infiltration de nature œdémateuse plus ou moins prononcée. La fièvre de réaction est violente , et l'on retrouve sur les petits animaux tous les signes extérieurs de maladie que nous avons précédemment indiqués ; ils ont une soif excessive et cherchent à la calmer par tous les moyens qui se présentent à eux. Cette forme de l'arthrite , que les vétérinaires nomment exsudative, parcourt quelquefois toutes ses périodes en moins de quarante-huit heures, et emporte violemment les malades. D'autres fois elle paraît céder, mais on voit naître une inflammation pulmonaire , et ce déplacement du mal n'a guère d'autre terminaison qu'une mort très -prochaine. Cependant elle ne tue pas toutes ses victimes; alors rinflammation articulaire s'apaise peu à peu, l'engorgement des jointures diminue, tous les symptômes alarmants s'affaiblissent par degrés, et le retour à la santé s'effectue dans un délai de vingt à trente jours. Il reste encore dans l'articulation un épanchement de sérosité qui forme à l'extérieur un gonflement , une tumeur facilement perçus par l'œil et par la main.
La maladie peut revêtir un autre type caractérisé par la formation rapide de pus qui emplit l'articulation et par l'apparition d'abcès dans ses parties environnantes ; dans ce cas, elle prend le nom d'arthrite purulente. Les symptômes généraux ont alors moins de violence et de durée, mais l'engorgement extérieur s'étend davantage , et se montre plus douloureux au toucher. En quelques jours, du quatrième au vingtième, si l'on n'y porte remède, la peau qui recouvre les jointures tuméfiées se dépile, et l'on voit s'échapper par ses pores une sérosité roussâtre très-irritante ; bientôt elle se corrode sur un point, et, par l'ouverture de cette sorte d'ulcère, s'écoule un liquide purulent d'un blanc jaunâtre. E en résulte quelque soulagement pour l'animal et un mieux plus apparent que réel , car les désordres intérieurs ne s'arrêtent pas. L'écoulement persiste et entraîne bientôt des débris de peau et des ligaments articulaires. A ce point, il n'y a plus
qu'à sacrifier les malades pour abréger la durée de leurs souffrances, car la mort est prochaine. Quand le mal exerce ses ravages au centre d'une articulation profonde, de vastes abcès s'établissent dans les chairs et portent la désorganisation dans toute la région ; il en est qui s'ouvrent passage jusque dans la cavité abdominale. Cette complication détermine promptement la mort. Mais avant le terme fatal , combien de souffrances ! Tous les jeunes sujets ne vont même pas aussi loin et meurent d'épuisement et de douleur avant l'achèvement de ce travail organique. Quelques-uns pourtant résistent : c'est le très-petit nombre. Alors l'écoulement diminue peu à peu ; les engorgements perdent de leur sensibilité et de leur volume ; les trajets fistuleux se rétrécissent et la cicatrisation des plaies s'opère insensiblement , tandis que l'appétit revient et que , sous l'influence de la nourriture , l'amaigrissement s'arrête. Une ankylose se forme , grâce au temps , grâce à l'énergie vitale; il ne reste parfois d'autres traces de cette violente secousse qu'une déformation articulaire , une tare. Mais on laisse rarement à la nature le temps d'opérer ce miracle. On trouve plus de profit à sacrifier un jeune sujet qui a subi d'aussi rudes épreuves, et dont la valeur, quoi qu'il arrive, ne peut plus être en rapport avec les dépenses d'un élevage fort long ; car ses services seront d'autant plus éloignés qu'il aura plus souffert. D'ailleurs on n'est jamais certain du résultat. Le mal emporte dix-huit malades sur vingt, lorsqu'un traitement rationnel , promptement entrepris, n'en arrête pas victorieusement les effets.
Une maladie aussi redoutable doit être combattue préventivement : il y a tout profit à empêcher qu'elle éclate , car les moyens de la prévenir sont précisément les plus favorables au développement régulier et à l'entière réussite des nouveau-nés. Puisque les propriétés du lait jouent un rôle essentiel dans l'invasion de l'arthrite, la première indication à remplir est de placer les mères dans les meilleures conditions d'hygiène ; car par elles seulement , à cette époque de la vie , on peut «agir sur les nouveau-nés. Il ne faut pas oublier surtout à quel point il importe que les jeunes animaux prennent le premier lait , celui que la mère élabore
dans des conditions toutes spéciales, au moment môme où elle donne naissance à ses petits. C'est une remarque trèscurieuse, en effet, que l'arthrite attaque particulièrement les poulains qui n'ont pas purgé par le lait sécrété dans les premiers jours de l'allaitement.
Fort de l'observation précédente, un praticien judicieux et capable, à qui elle appartient , M. Darreau , en a fait la base du traitement curatif de l'arthrite. Dès le début, il administrait des purgatifs réitérés jusqu'à purgation continue. C'étaient des sulfates de soude et de magnésie, à la dose de 80 à 100 grammes par jour, et il les donnait en dissolution dans de l'eau miellée. .Souvent il renouvelait cette dose de deux heures en deux heures , pendant plusieurs jours , afin que la purgation, constamment entretenue, opérât plus sûrement et plus promptement la résolution de l'engorgement qui apparaît toujours dans le pourtour des articulations attaquées ; quand ce résultat menaçait de se faire trop attendre, il rendait le médicament plus actif en ajoutant une dose d'aloès de 2 à 6 grammes.
Mais ce traitement énergique doit être tout à la fois bien dirigé et soigneusement surveillé. L'usage prolongé des purgatifs pourrait devenir funeste et éviter au mal d'emporter le malade, en le tuant lui-même. La présence du vétérinaire est indispensable quand il s'agit de manier des médicaments aussi actifs au profit ou au détriment d'êtres aussi fragiles. D'ailleurs, il y a lieu d'employer aussi des toniques émollients et calmants sur les articulations. Pour tous ces soins, les conseils éclairés, les prescriptions bien entendues ne peuvent venir que d'un homme de l'art.
3. Les muscles. — Les muscles, avons-nous dit, sont les puissances chargées de mettre en mouvement les organes passifs de la locomotion , les os. Cette définition circonscrit l'étude du système musculaire à partie seulement de l'ensemble, à ce qu'on nomme muscles extérieurs, muscles de la vie animale, à ce qu'on appelle encore vulgairement la chair, la viande. Les autres, qui ne sont point, comme ceux-ci, soumis à l'empire de la volonté, sont des muscles intérieurs ou de la vie
organique; ils font partie des viscères et ne nous occuperont pas en ce moment.
Les muscles de la vie animale enveloppent , revêtent le squelette et déterminent plus immédiatement le volume et la conformation du corps en grossissant la base, c'est-à-dire l'os, et en répétant jusqu'à un certain point la forme que celui-ci impose aux régions. Ils se présentent en masses distinctes, très-différentes par leur volume , par leur forme , par la direction de leurs fibres, intimement unies aux points qu'ils doivent mouvoir ou qui leur servent d'appui, os, cartilage, peau, etc. Tl en est qui s'appliquent sur l'os même dans toute leur étendue; d'autres recouvrent ceux-ci et forment une couche moins profonde ; il en est un plus superficiel encore qui s'appelle le panicule charnu, et qui se trouve immédiatement sous la peau; vient cette dernière enfin, qui couvre le tout et porte la livrée particulière à chaque individu, son manteau , sa robe.
La figure 2 montre la couche musculaire extérieure la plus profonde : c'est le squelette du cheval à peine couvert. La figure 3 présente l'animal tel qu'on le voit ou à peu près, tel qu'il est du moins sous le panicule charnu et la peau. Cette seconde couche, composée de muscles plus grands et plus larges, en enveloppe avec un seul plusieurs qui s'en trouvent comme protégés et affermis dans leurs actions réciproques.
Les légendes qui accompagnent chacune de ces figures nomment seulement les muscles apparents ou les régions extérieures de l'animal. Elles n'expliquent point l'usage des premiers, elles ne feraient pas assez connaître les autres. Celles-ci deviennent l'objet d'une étude spéciale et approfondie qu'on trouvera un peu plus loin sous ce titre : de la Conformation extérieure du cheval. De courtes indications sur les masses musculaires les plus importantes suffiront à la science nécessaire au praticien.
a. Dans la figure 2 (p. 8 et 9 de Y Atlas), sous le n° 1, apparaît, dans la cavité des tempes, qu'il remplit, un muscle trèsfort et qui a pour fonction de rapprocher la mâchoire inférieure de la supérieure. Le n° 5 désigne le conduit aérien qui fait partie de l'appareil respiratoire.
Sous les nM 2, 3, 4 et 6, sont des muscles fléchisseurs de la tête. Ils sont doubles comme le plus grand nombre, abaissent directement la tête quand ils agissent ensemble et la tirent de côté quand l'un des deux entre seul en action. Ils sont congénères, jnais nous allons leur trouver des antagonistes ; car, si la tête a besoin d'être fléchie, elle a besoin aussi d'obéir à des puissances qui la relèvent.
Nous en trouvons une très-considérable, sous le nom de splènhis (n° 7), séparé de son congénère par le ligament cervical (n° 8), large expansion, fibreuse et plate, qu'on voit en / sur le squelette (fig. i), qui va du sommet de la tête aux premières vertèbres dorsales, et qui a pour fonctions : 1° de donner un appui aux muscles placés sur ses côtés ; 2° de concourir avec eux au soutien de l'encolure et de la tête. Les deux splénius étendent ou allongent la tête et le cou en ligne droite s'ils se contractent de conserve , en ligne latérale s'ils agissent isolément. Le n° iO peut concourir aussi à l'extension et à l'inclinaison de côté de l'encolure, tout en aidant le n° 9 à soulever par son extrémité supérieure l'épaide en avant et en haut; le n° 12 élève directement la région.
Le n° il, correspondant au n° 9 de la figure 1, montre le grand cartilage plat par lequel se termine le scapulum. L'existence de ce corps élastique prévient la violence des chocs qui se seraient produits dans le membre antérieur, et par contre-coup dans la poitrine, toutes les fois que l'épaule aurait été fortement refoulée par la réaction de l'appui du membre sur le sol, réaction des plus vives lorsque la machine est énergiquement projetée en avant par la détente des extrémités postérieures.
Le rôle du n° 13 est d'abaisser les côtes.
Uilio-spinal (n° 14) est le plus puissant et le plus complexe de tous les muscles du corps ; couché sur l'épine dorso-lombaire , il envahit la partie supérieure des côtes et s'étend depuis l'os de la hanche jusqu'au milieu des vertèbres cervicales. C'est l'extenseur énergique de la colonne vertébrale, qu'il incline de côté quand il agit sans son congénère ; il contribue aussi à l'expiration.
Le n° 15 prend le nom de grand dentelé , nom bien justifié par sa forme, puisqu'il est découpé en dentelures à son bord
inférieur disposé en éventail. Il est appliqué contre les parois de la poitrine et en partie caché par Y épaule. Ses usages sont importants. Il constitue avec celui du côté opposé une vaste sangle sur laquelle s'appuie le thorax pendant la station, et joue ainsi, par rapport au tronc, le rôle de ligament suspenseur. Quand il se contracte, son point fixe étant sur les côtes, il tire l'extrémité supérieure de l'épaule en arrière et en bas; alors il fait éprouver au rayon complet un mouvement de bascule qui porte l'angle inférieur en haut et en avant. S'il prend son appui sur l'épaule, il soulève le thorax entre les deux membres antérieurs, et coopère aux mouvements d'inspiration, en élevant les côtes.
Les intercostaux externes et internes, — 16 et 17, — concourent aux mouvements d'inspiration et d'expiration.
Le n° 18 représente une large et puissante bande musculaire, qui s'étend du sternum au pubis, à la partie inférieure du tronc. On lui assigne pour fonctions de tirer le thorax en arrière et de comprimer les viscères contenus dans la cavité du ventre. C'est, en outre, le principal fléchisseur du rachis.
En avant de celui-ci, — 19 et 19, — sous le thorax, et sur toute l'étendue du sternum, en remontant vers l'articulation de l'omoplate avec l'humérus, est un muscle énorme, de structure presque exclusivement charnue, qui a pour usage de tirer le membre antérieur en bas et en arrière, en pressant sur l'angle formé par la réunion des os de l'épaule et du bras.
Le muscle numéroté 20 imprime au bras ses mouvements en dehors ; les û" 21 et 22 sont des fléchisseurs de la même région, et le n° 23 un extenseur de la région digitée, du pied sur l'avant-bras. Ce dernier, qui présente dans sa partie supérieure un corps charnu peu considérable, se termine par un long tendon d'abord arrondi, puis rubané , qui descend jusqu'à l'os du boulet, où il s'élargit pour prendre de nombreuses et solides attaches. Il est aidé dans ses usages par le tendon d'un autre muscle (n° 24) et par un extenseur oblique de la région (25 et 27) qui la fait encore pivoter de dedans en avant. 26 et 28 appartiennent, au contraire, à un muscle fléchisseur >.d, qui fléchit les phalanges les unes sur les autres et non, et aussi toute la région inférieure sur l'avant-
bras. Sa partie tendineuse, maintenue en arrière par une forte bride et une gaîne de renforcement, trouve, dans ces conditions, le moyen de résister mécaniquement, pendant la station, à l'affaissement qu'aurait pu produire le poids du corps.
Revenant aux parties postérieures, nous voyons sous le n° 29 un abaisseur des dernières cotes, placé de façon à comprimer les viscères de l'abdomen et à opérer la flexion, soit directe, soit latérale, de la colonne vertébrale.
Le n° 30 désigne le grand fessier, muscle très-volumineux qui emplit la fosse iliale. Quand son point fixe s'établit par son extrémité supérieure et antérieure, il est extenseur de la cuisse qu'il porte en dehors ; s'il prend son appui inférieurement, sur le fémur ou os de la cuisse, il fait basculer le bassin sur l'extrémité supérieure du fémur et concourt à l'exécution du cabrer.
Les coccygiens, — 31, 32 et 33, — n'offrent rien de remarquable ; ils enveloppent les vertèbres caudales et sont préposés aux mouvements de la queue.
Le n° 34 montre un extenseur de la jambe et un fléchisseur de la cuisse.
Le long vaste (n° 35) s'étend de l'épine sacrée à la partie supérieure de la jambe; son volume est très-considérable; il se compose de deux parties accolées, très-distinctes : l'une, antérieure, tirant la rotule en dehors et le fémur en arrière, représente un abducteur du membre tout entier et un extenseur de la cuisse ; l'autre, postérieure, détermine purement et simplement la flexion de la jambe. Le demi -membraneux (36 ) l'aide à accomplir le rôle quand son point fixe est supérieur; mais il devient l'auxiliaire des puissances qui agissent dans le cabrer lorsque le point d'appui est au fémur.
Le demi-tendineux (37), situé en arrière du long vaste, fléchit le tibia, l'os de la jambe , quand son point fixe est supérieur, et concourt aussi au cabrer quand ce point se déplace et se fixe à la jambe.
Viennent maintenant les jumeaux de la région (38), gros faisceaux charnus très-distincts à leur partie supérieure, bientôt confondus , puis continués inférieurement par un tendon très-fort, qui s'étend jusqu'à la tête du calcanéum. Les ju-
meaux de la jambe sont des extenseurs du pied sur le tibia ; ils soutiennent énergiquement l'angle du jarret dans la station, et impriment à cette partie, pendant la marche, la détente qui pousse la machine en avant. Il trouve un tout petit auxiliaire dans le n° 39.
Le perforant (40) a une tout autre importance. Partant de la partie supérieure de la jambe, il va jusqu'à l'os du pied, en passant , comme on le voit en la figure, par derrière le tibia et l'extrémité du membre, dont il suit la direction : il se compose d'un corps charnu et d'un tendon très-résistant. Celui-ci pénètre, sous forme de corde, dans une coulisse formée par le calcanéum et s'y trouve maintenu par une arcade fibreuse, qui transforme cette coulisse en une gaîne complète d'où elle sort pour se prolonger inférieurement et arriver jusqu'à l'os du pied. Dans cette dernière partie de son trajet, elle est encore soutenue par une gaîne de renforcement, et, en tout, se comporte comme le tendon que nous avons déjà trouvé en nous occupant du membre antérieur.
Nous voyons ensuite un extenseur latéral (41), qui étend les phalanges et fléchit le pied tout entier; puis enfin le fléchisseur du métatarse (42), qui fléchit activement toute l'extrémité inférieure du membre sur la jambe. Ces deux derniers se terminent par des tendons volumineux. Celui du fléchisseur plie le jarret par une action toute mécanique, lors de la flexion des rayons supérieurs. C'est une corde conductrice chargée de relier énergiquement les mouvements de flexiou du pied à ceux des autres régions.
h. La figure 3 (p. 12 et 12 de V Atlas) montre le cheval plus rapproché de l'animal extérieur ; beaucoup de vides sont remplis, et la disposition qu'affecte cette couche superficielle donne déjà une idée exacte de la puissance musculaire.
Autour de l'oreille, on voit les muscles qui animent cette partie, dont les mouvements ont tant d'importance en extérieur; autour de l'œil, celui qui opère l'occlusion ou le rapprochement du bord des paupières, comme, autour des lèvres et du nez, sont groupés ceux qui donnent à ces ouvertures leur mobilité et leur physionomie propre.
Le n° 4 désigne la forme et la forte structure du masséter,
muscle court et large, très-épais et très-tendineux, élévateur par excellence de la mâchoire inférieure, puissance active dans l'acte de la mastication.
Voici maintenant (13, 14 et 15) trois larges bandes qui recouvrent une grande étendue des régions supérieures de l'encolure, des épaules, des côtes, le garrot, le dos et les reins, qu'ils enveloppent comme d'un vêtement taillé ad hoc. Le premier a pour mission d'élever l'épaule en la portant en avant ; le second exerce sur la môme région les mêmes mouvements en arrière, et le troisième opère sur le bras, comme celui-ci sur l'épaule.
Pour en finir avec la ligne supérieure, nous trouvons (n° 56) le grand fessier dont nous avons déjà indiqué l'importance et les usages (fig. 2, n° 30).
Les nM 18 et 19 désignent des muscles antagonistes: le premier agit sur le membre antérieur pour l'amener en avant et le rapprocher de l'axe du corps ; l'autre tire le membre eu arrière en passant sur l'angle de l'épaule, ainsi que nous l'avons précédemment constaté.
Le n° 20 nous est également connu, car nous l'avons trouvé dans la figure 2 sous le n° 4, et tous les autres se trouvent maintenant assez distinctement désignés par leurs noms pour qu'il soit besoin de rien ajouter sur les usages particuliers qu'ils remplissent.
c. Cependant, revenant sur nous-même, nous croyons utile de dire quelques mots sur les principales régions musculaires, vues dans leur ensemble.
Si l'on excepte les muscles moteurs de la mâchoire, ceux de la tête n'offrent d'intérêt que sous des rapports très-éloignés de l'acte locomoteur.
Ceux de l'encolure, au contraire, sont nombreux et importants. Ils fléchissent, étendent, inclinent à droite et à gauche la tête et l'encolure ; plusieurs même contribuent à mouvoir l'épaule et le bras. Ils forment l'une des régions les plus charnues de l'animal et supportent la tête, dont le poids est nécessairement considérable a l'extrémité antérieure du cou. Ils devaient être très-forts, et tels ils se montrent en effet; mais leur énergie propre se trouve accrue par la longueur et l'épaisseur des diverses éminences osseuses auxquelles ils s'at-
tachent, sur lesquelles ils doivent prendre leurs points d'appui pour entrer en action.
En arrière de cette masse, nous trouvons celle qui couvre toute la partie supérieure du corps, c'est-à-dire la région dorsolombaire. Nous venons de nous en occuper et nous avons dit les importantes fonctions qu'elle est appelée à remplir. Là est aussi l'ilio-spinal (fig. 2, n° 14), l'un des plus considérables de tout le système. Souvent, les points fixes varient dans ce groupe, car il est continuellement en action, dans la station comme dans la marche, comme dans toutes les attitudes possibles. Sa contraction, d'ailleurs, se combine pour ces divers actes avec celle des muscles de la croupe et de l'encolure. Au-dessous de ceux-ci, dans une région tout interne, sous les vertèbres lombaires, sont les muscles qui donnent la chair délicate qu'on nomme faux filet et filet en termes de boucherie. Tous ont leur utilité. Les uns fléchissent la cuisse et la région lombaire suivant que leur point fixe s'établit sur l'une ou l'autre de ces parties ; les autres fléchissent le bassin sur le rachis en prenant leur appui aux lombes, ou bien, s'appuyant sur le bassin , ils opèrent l'inclinaison latérale de la région lombaire. Il en est un encore qui tire les dernières côtes en arrière. Tous concourent à former le plafond de la cavité abdominale.
Autour du thorax, les muscles entrent comme parties essentielles dans la composition de la poitrine, dont ils déterminent soit la dilatation, soit le resserrement. L'un d'eux, le grand dentelé (fig. 2, n° 15), déployé en éventail, concourt à fixer l'épaule et à suspendre le tronc entre les membres antérieurs.
La région abdominale mérite im examen particulier, car elle tient lieu des os qui manquent complètement entre les côtes et le bassin. Dans la région la plus profonde, nous avons déjà trouvé le grand droit et le petit oblique de l'abdomen (fig. 2, il0' 18 et 29); par-dessus nous voyons (fig. 3, n° 74) le grand oblique, accompagné du petit oblique et reposant sur la tunique abdominale que recouvrent encore le panicule charnu et la peau. Tout cela forme une enveloppe élastique, mais très-solide, destinée à soutenir la masse des
intestins et à se prêter, par le relâchement ou la contraction, aux variations de volume que peut éprouver le ventre. La tunique abdominale, large expansion de tissu fibreux jaune, est douée d'une grande résistance et fait office de ligament suspenseur. Ainsi composées, les parois inférieures de l'abdomen soutiennent sans risque le poids considérable des viscères digestifs abdominaux.
En étudiant le squelette, nous avons dit les analogies qui existent entre les diverses régions des membres. Celle de 1 epaule et de la croupe est frappante ; il en est de même de celle du bras et de la cuisse qui lui correspond, de même encore de celle de l'avant-bras et de la jambe , des parties placées sous le genou et sous le jarret. Supérieurement, les régions sont très-riches en paquets charnus, en muscles puissants dont l'étendue est en raison directe de la longueur des os qui leur donnent attache et dont l'intensité est proportionnée à leur degré d'obliquité. Quant au pied en général, c'est ainsi qu'on nomme le reste du membre à partir du genou ou du jarret qui lui correspond, ce qu'il oifre de remarquable et d'essentiel, c'est la disposition des appareils ligamenteux et tendineux, qui lui est propre, appareils dont l'admirable agencement réunit l'extrême souplesse à l'extrême solidité.
Parmi les ligaments, ceux-ci, placés sur le côté des articulations, maintiennent les os dans leurs rapports mutuels, sans gêner en rien les mouvements alternatifs d'opposition qu'ils doivent exécuter les uns sur les autres ; ceux-là, placés en arrière des os, suivant l'axe du membre, depuis le jarret ou le genou jusqu'au grand sésamoïde inclusivement (c et y, lig. i), forment une succession de soupentes qui supportent la plus grande partie du poids du corps. A ces ligaments, qui établissent déjà un appareil de suspension d'une très-grande force, s'ajoutent les tendons fléchisseurs, dont le volume, beaucoup plus considérable que celui des extenseurs, indique bien évidemment que ces organes ne sont pas seulement destinés à transmettre l'action musculaire aux régions inférieures, mais qu'ils ont encore pour usage très-essentiel d'augmenter la somme de résistance nécessaire à l'appareil de suspension sur lequel le corps prend son principal appui.
Il ne nous reste plus à parler que des muscles peaussiers ou sous-cutanés, grandes expansions inusculeuses qui doublent la peau dans la plus grande partie de son étendue et particulièrement là où l'imperfection des organes du toucher en rend l'action la plus salutaire. C'est par leur contraction, en effet, que la peau éprouve les tressaillements à l'aide desquels les animaux cherchent à se débarrasser des corps ou des insectes dont le contact leur est nuisible ou incommode.
L'enveloppe extérieure enfin est la peau couverte de poils, pourvue de sa robe qui fera plus tard le sujet d'une étude spéciale, celle des signalements, par laquelle devra se terminer la description des parties extérieures du cheval.
d. Avant d'entamer celle-ci, nous devons en finir avec les muscles et traiter rapidement des autres grands appareils de la vie.
Ce qui précède nous permettra d'abréger beaucoup. Qu'ils soient longs ou courts, épais ou minces, larges ou étroits, les muscles ont toujours la même organisation et la même fonction à remplir. Ils sont formés de filaments très-nombreux et très-déliés, accolés les uns aux autres ; ce sont les fibres musculaires qui se réunissent en faisceaux pour constituer le muscle. Ces myriades de fibres sont disposées en zigzags et jouissent au plus haut degré de la propriété de s'allonger et de se raccourcir, de se contracter ou de revenir sur ellesmêmes lorsqu'elles ont été étendues ; elles reçoivent des vaisseaux et des nerfs ; elles produisent le mouvement, et Ton peut se rendre compte, a-t-on dit, des effets de la contraction et de la dilatation d'un muscle sur le mouvement qu'il opère en regardant comment agit le piston d'une locomotive, lequel s'allonge ou se raccourcit, sous l'influence de la vapeur, en entrant et sortant successivement du cylindre qui le contient ; mais, dans la locomotive, un seul piston représente tout le moteur; dans la machine animale, aux mouvements variés et multiples, le nombre des instruments qui remplissent le rôle d'agents moteurs est en rapport avec la faculté donnée ù l'animal d'agir partiellement en tous sens et de se mouvoir, suivant sa volonté, dans toutes les directions.
D'ailleurs, la puissance de chacun de ces agents est subor-
donnée à la nature des résistances qu'il est chargé de surmonter, et l'on trouve partout des preuves de l'admirable harmonie que le Créateur a mise entre toutes les parties de l'organisation animale. Ainsi, de gros os annoncent toujours la présence de gros muscles ; les os frêles et peu résistants ne se montrent jamais entourés que de muscles grêles ou d'une puissance limitée. Et cette observation n'est pas seulement vraie sur l'individu, elle est vraie encore quant aux races, ainsi que nous le verrons plus tard.
Les fibres charnues sont rouges et molles; c'est le maigre des viandes pour le vulgaire, c'est le corps des muscles pour l'anatomistc ; mais elles se terminent le plus souvent par des fibres blanches, plus résistantes, qui forment des aponévroses lorsqu'elles se présentent en nappe, et des tendons lorsqu'elles se réunissent en forme de corde. C'est par les fibres blanches que les muscles s'implantent aux os.
On distingue dans la contraction musculaire : — l'intensité, qui se mesure sur le volume des muscles ; — l'étendue, qui se mesure par la longueur des fibres musculaires ; — la vitesse, que rien ne peut faire apprécier, a priori^ d'une manière quelque peu exacte.
Nous avons appris, chemin faisant, que les muscles longs occupent surtout les membres, que les muscles larges se trouvent sur les parois des cavités et enveloppent des parties notables du corps, que les muscles courts environnent les os. 11 en est un certain nombre dont la direction oblique augmente la longueur, c'est-à-dire l'étendue des contractions, et, par suite, l'étendue des mouvements qui en sont la conséquence.
Sous l'influence de la vie, l'animal produit ses muscles, la chair, comme il fabrique ses os et le reste. Les engraisseurs sont parfaitement édifiés sur ce point que les éleveurs sont plus disposés à mettre en oubli ; mais il y a chair et chair, il y a muscles et muscles. Si la production d'une viande blanche, tendre, juteuse et succulente, est le point cherché par l'engraisseur habile, la fin proposée à fart de l'engraissement, la production des muscles forts et énergiques, doués au plus haut degré de la puissance contractive et de la résis-
tance au travail, n'est que trop rarement le but poursuivi et atteint par l'éleveur des animaux dont on n'utilise que les forces musculaires. A son gré, pourtant, on fait le travailleur paresseux, mou, indolent, ou le moteur actif, vigoureux, infatigable. Ceci est à la fois une question de régime, d'hygiène et de race, que nous traiterons tout au long en son beu et en sa place.
B. Appareil de la digestion.
Le vulgaire ne sait de la digestion que son commencement et sa fin, l'Ingestion des matières étrangères (aliments et boissons), et le rejet de celles qui n'ont point servi à la nourriture, à l'accroissement, et, par excédant, à la fabrication des divers produits qui appartiennent à chaque espèce. Entre ces deux actes extérieurs, si l'on peut dire, il s'en accomplit d'autres dont les plus instruits seuls ont une connaissance approfondie ; nous ne voulons en donner ici que les notions les plus indispensables.
La figure 4 (p. 16 et 17 de Y Atlas) met sous les yeux du lecteur tout ce qu'il a été possible au crayon de montrer des organes de la digestion. Nous renvoyons à la légende qui accompagne ce dessin pour l'explication détaillée des parties ; nous avons mieux aimé en laisser voir moins, en les tenant à peu ' près dans leur situation normale, le cheval étant debout, que de les étaler en dehors de la cavité abdominale pour les montrer mal en les isolant. La masse intestinale ne forme qu'un tube diversement renflé dans son étendue et replié sur lui-même afin de se loger en entier dans un espace plus restreint. Toute cette longueur était nécessaire à l'élaboration des matières alimentaires et à l'intus-susceptiou des matériaux alibiles extraits de leur substance, sous l'influence delà vie, par les instruments que la nature a préposés à cette fonction.
On nomme appareil digestif l'ensemble des organes qui concourent ù l'accomplissement des actes de la digestion, actes mécaniques, chimiques ou vitaux. On dit que la portion la plus importante de cet appareil est le canal alimentaire, c'est-à-dire l'intestin, et l'on a l'habitude de spécifier ainsi pour toutes les fonctions organiques. A nos yeux, il n'y a pas
lieu de le l'aire quand l'appareil entier est indispensable, quand aucune de ses divisions ne saurait être retranchée sans que la fonction cesse immédiatement d'être.
L'appareil digestif est constitué par un canal contractile, qui commence à la bouche et iinit à l'anus : par la première ouverture sont introduites les matières alimentaires ; par la seconde sont expulsés les résidus du travail digestif. Il s'étend sous la colonne vertébrale et présente dans sa longueur une suite de rétrécissements et de dilatations que parcourent et où séjournent les aliments. Toutefois, le siège des phénomènes essentiels de la digestion est l'estomac, et à sa suite la masse intestinale ; en effet, les sections antérieures, telles que la bouche, l'arrière-bouche et l'œsophage, ne servent qu'à la préhension, à la préparation et à l'ingestion des nourritures, trois actes préalables sans l'entier accomplissement desquels les autres phénomènes digestifs seraient difficiles, incomplets ou impossibles. C'est la vie alors qui serait atteinte dans sa source.
Le rôle de l'estomac est de recevoir les aliments dans un état de préparation particulière à chaque espèce animale sous le rapport de leur division et tout imprégnés de salive, puis de leur faire subir une transformation spéciale qui les réduit en une pâte molle ou semi-liquide, appelée chyme, et finalement de les pousser dans l'intestin où ils éprouveront une nouvelle et plus complète élaboration. On a ici un exemple bien frappant de la division du travail. Un seul organe, si complet qu'on le suppose, n'aurait pu suffire à la tâche, longue et pénible, de convertir du foin, de la paille, des grains, un aliment quelconque, en une masse homogène ; il en eût éprouvé uue extrême fatigue ; il en fût résulté une extrême lenteur dans l'accomplissement d'une fonction aussi compliquée. La nature a tout prévu en préposant des organes spéciaux à chacun des actes nombreux qui concourent à la digestion ; de là cet appareil digestif, cet ensemble d'instruments dissemblables, qui tous ont leur tâche, toujours la même, pour l'accomplir opportunément, régulièrement, sans labeur excessif.
S'ils pénétraient dans l'estomac sans la première préparation qu'ils subissent dans la bouche, les aliments le fatigueraient outre mesure et n'y recevraient pas d'une manière
complote l'élaboration qui est le fait même de cet organe ; mais quand celui-ci a rempli sa mission, il garderait inutilement pour Tanimal, sans profit pour l'économie., la masse alimentaire qu'il a convertie en chyme; il s'en débarrasse alors et la pousse successivement, par petites parties, dans la première portion de l'intestin. À son tour celle-ci la reçoit et la travaille pour la transmettre de même, et ainsi de suite, jusqu'à l'extrémité du canal, où l'anus, en s'ouvrant, donne passage au résidu, aux matières qui n'ont plus aucune action à subir de la part d'aucun organe quelconque.
Entre la bouche, où s'effectue le premier acte préparatoire de la digestion, et l'estomac, où la seconde élaboration se fait, il y a l'œsophage, simple conduit par lequel les aliments passent vivement sans éprouver aucune action. Il n'en est pas de même des premières portions de l'intestin, appelées intestin yrèle (petits boyaux), long canal dans lequel la pâte chymeuse, mêlée à divers sucs, à la bile entre autres, subit physiologiquement, avec plus ou moins de lenteur, des modifications diverses avant d'être séparée en deux parties : l'une toute nutritive, appelée chyle, qui est prise par les vaisseaux absorbants et portée dans le torrent de la circulation ; l'autre, en grande partie formée des matières non digérées et non digestibles, tout excrémentitielle en quelque sorte, donne le résidu destiné à être expulsé.
C'est dans l'intestin grêle que se passe l'acte le plus important de la digestion, c'est-à-dire la dissolution et la fluidification des principes nutritifs contenus dans la pâte chymeuse, leur séparation des matériaux qui ne seront point assimilés, parce qu'ils sont restés iuassimilables, et leur active absorption par un ordre de vaisseaux particuliers qu'on nomme absorbants. Bien peu, sans doute, dans la pratique, se sont rendu compte du rôle considérable et de la tâche essentielle que les petits boyaux remplissent dans l'économie. Ils se terminent et perdent leur nom au point où le canal se renfle et prend de plus amples proportions pour former le gros intestin, qui gagne en volume en raison de ce qu'il perd en étendue. Bien que l'action digestive n'ait plus , dans cette portion du canal intestinal, qu'une faible énergie, elle s'y fait pourtant
sentir encore. En effet, le gros intestin a son rôle particulier à jouer dans les derniers actes de la fonction.
Le cœciim suit immédiatement le petit intestin ; puis viennent le colon, et enfin le rectum, dont l'orifice postérieur est Yanns.
C'est peu à peu et successivement que les matières passent du petit intestin dans la section cœcale, très-développée chez les solipèdes et un peu moins grosse chez les ruminants. Elles s'y accumulent et s'y délayent dans une grande quantité de liquides constitués par les boissons, la salive et les sécrétions intestinales. Dans ce mélange, sans cesse agité par les contractions de l'organe, la dernière élaboration s'opère ; alors l'absorption enlève de nouvelles parties dissoutes et une grande quantité de liquides. Le reste passe par ondées successives dans le colon. Ces ondées le traversent en prenant plus de consistance, c'est-à-dire en laissant prendre par l'absorption ce qu'elles avaient conservé de liquide et de particules nutritives assimilables. Bientôt elles ne présentent plus qu'un résidu excrémentitiel de plus en plus solide. Elles arrivent de là dans* le rectum, où elles séjournent jusqu'au 'moment de la défécation.
Telle est, dans sa plus simple expression, l'explication des actes vitaux qui constituent la digestion.