‹ La conquête blancheChapitre 105 sur 130 · LE TRAVAIL CHINOIS. W · texte numérisé non relu

LE TRAVAIL CHINOIS. W

dides el il jouit d'une excellente réputation commerciale. Tant qu'il resta l'employé d'Isaac, il supporta patiemment les rebuffades et les injures du juif; il s'en venge maintenant en enlevant h son ancien mattre tous ses clients.

Isaac enrage e( fait d'inutiles efforts pour anéantir ce redoutable adversaire.

Mais c'est en vain qu'il remplit ses ateliers de Chinois. Il leur enseigne le métier, el, dès qu'ils le savent, ils ouvrent boutique et lui font concurrence. Chacune de ses tentatives pour supprimer son rival n'aboutit qu'à lui en susciter cinq ou six nouveaux. Cette lutte passionnée soutenue par Isaac dans l'intérëldeson commerce, Paul Gornell la poursuit pour l'horlogerie. Comme état-major, il a <imené de Chicago soixante-dix ouvriers, — vingtcinq hommes mariés avec femmes et enfants et quelques célibataires, — tous engagés pour un temps fixe variant de six mois à deux ans. Avant leur départ de l'illinois, pas un mot ne fut prononcé relativement à l'emploi par la compagnie d'ouvriers chinois à San-Francisco. On ne leur parla que de la beauté du pays, de la douceur du climat, de la fertilité du sol. On leur fit des avances pour payer le prix de leur transport par chemin de fer — lourde dépense à laquelle des artisans chargés de femmes et d'enfants auraient difficilement fait face. Ces frais de voyage sont encore dus à la compagnie Cornell ; de sorte que les blancs de Chicago sont, vis-à-vis de Cornell et de Ralston, à peu près dans la même situation de dépendance que les jaunes de Canton vis-à-vis des sociétés Ouing-Young et Fouk-Ting-Tong.

Une fois les machines mises en place, Cornell fait venir sept de ses contre-maîtres, elles avertit, pour la première fois, qu'il entend utiliser la main-d'œuvre chinoise. Aux protestations indignées qui éclatent Cornell se contente de répondre : •> Vous n'êtes plus à notre service. ■>

Piper, l'un des contre-maîtres, fait amèrement observer que cet avertissement les prend tout à fait par surprise. « Ramassez vos effets et partez, » dit Cornell. Quand l'exaspération du premier moment se fut un peu calmée, le patron daigna entrer dans la voie des explications.

« Sachez, dit-il, que les Chinois sont de purs animaux, incapables (l'apprendre à exécuter un travail délicat; ils ne seront employés qu'aux travaux les plus ordinaires. Allez maintenant et répétez aux hommes ce que je viens de vous dire. >> Mais les ouvriers ne se montraient pas moins résolus que les

coûtre-mattres. Contrairement & l'opinion, vraie ou simulée, de Cornell, ils ariinnent qu'il est impossible d'établir une ligne de démarcation entre le blanc et le jaune. Ils ajoutent que celui-ci s'instruit vite et que, ne vivant que de riz et de poisson, il peut se contenter d'un plus modique salaire que le blanc; qu'il n'a pas de famille à héberger et à. nourrir; enfin, qu'enseigner au Chinois à faire des montres, c'est enlever leur pain h leurs enfants. L'enlétement semble égal des deux côtés. « Nous avons vqs engagements, » dit Cornell. « Ils sont rompus, » répondent les grévistes. On organise des réunions ; or, comme tous les artisans de la ville font cause commune avec les horlogers de la compagnie Cornell, les souscriptions abondent en même temps que les promesses d'assistance. Des télégrammes adressés à chacune des fabriques d'horlogerie des États-Unis Invitent les ouvriers à unir leurs efforts pour empêcher trois ou quatre grands capitalistes de détourner une industrie artistique au bénéfice des Asiatiques. Une commission est chargée de s'entendre avec les diverses sociétés coopératives; une autre de prendre des mesures pour renvoyer à Chicago les soixante-dix horlogers. D'autre part, Cornell, qui est soutenu par Ralston et qui sait que ses ouvriers sont ^ans ressources, maintient son ultimatum.

o Remboursez-nous vos frais de voyages et partez. » Il ne sort pas delA.

Les ouvriers demandent h voir Ralston, connu comme le prin- -cipal propriétaire de !a nouvelle compagnie, sinon comme l'auteur de l'idée d'employer la main-d'œuvre chinoise.

Une conférence a lieu. Les journaux quotidiens en rendent compte de cette façon ironique qui consiste & tourner la vérité en plaisanterie.

Piper, portant la parole pour ses comarades, s'adresse en ces termes au seigneur de Belmont, directeur de la banque de Californie :

'I Monsieur, nous sommes des citoyens américains, des chefs de familles dont l'existence dépend de notre travail. Habiles ouvriers horlogers, on nous a fait venir en Californie pour collaborer à cette nouvelle industrie, à l'exploitation de laquelle vous avez consacré une partie infinitésimale de votre immense fortune. Si elle réussit, notre existence est assurée, ainsi que celle de nos enfants qui seraient appelés à nous succéder un jour; si elle échoue, vous aure?, vous, perdu seulement quelques par-

Page 1