LE TRAVAIL CHINOIS
celles de votre poudre d'or. On nous a informés que vous aviez l'intention d'employer des ouvriers chinois, et nous en sommes péniblement affectés. Nous avons des préjugés contre les étrangers, qui ne parlent pas notre langue, dont la religion, les mœurs, les coutumes sontsi différentes des nôtres, et qui, de plus, n'ont pas de famille à soutenir. Si nous leur enseignons notre métier ils ne tarderont pas à le savoir aussi bien que nous et finiront par l'accaparer à leur profit. Au lieu donc d'employer ces genslà, veuillez confier les travaux faciles à nos femmes, à. nos gari^ons et à nos filles. Dans la conviction que ce parti est le plus raisonnable que vous puissiez adopter, nous vous prions de prendre notre demande en considération.
— Individus, réplique le sire de Belmont, je suis William C. Ralston, dont la part, dans le capital de la compagnie, est de cent soixante-quinze mille francs. Nous prétendons conduire celte affaire à notre guise sans nous inquiéter des exigences des ouvriers. Nous croyons devoir employer des Chinois et nous en prendrons autant que nous le jugerons convenable. Si vous supposez que nous sommes en .votre pouvoir, vous vous trompez étrangement. Nous prendrons tels ouvriers que nous voudrons, à quelque race qu'ils appartiennent, et si vous n'êtes pas contents, eh bien ! vous pouvez partir. Nous aimerions mieux perdre cinq cent mille francs que plier sous votre loi. Nous pouvons faire venir des horlogers de Suisse. Nous ne sommes pas pressés. Quand le capital dort l'ouvrier meurt de faim. Je suis ce M. Ralston qui a tenu le même langage aux briquetiers et aux maçons de Palace-Hdlel. Quoique je puisse me passer de vos services, je veux me montrer généreux, et je vous fais la proposition suivante : Si vous me procurez des enfants américains capables de travailler autant et aussi bien que les Chinois, je leur donnerai la préférence au même prix. Maintenant, faites-moi vos excuses etretirez-vous. »
Abandonnant ce ton de plaisanterie, le journaliste, laissant percer son amertume, sinon sa honte, termine ainsi :
« C'est convenu, od emploiera des Chinois ;peu d'abord, beaucoupensuite. Une industrie rémunératrice est ainsi attaquée dans son germe; une autre arme défensive est enlevée au travail libre. »
Ici, comme ailleurs, en Californie, dans l'Orégon et le Nevada, le mangeur de riz pousse au pied du mur le mangeur de bœuf