EXPANSION BLANCHE
Dans un pays sang canaux, presque sans voie de communication, la libre circulation du grand fleuve importait essentiellement à la colonisation de la vallée du Mississipi ; et c'est ce qu'il fut impossible d'obtenir des vice-rois français de la Nouvelle-Orléans.
La nature aussi bien que les événements semblaient confiner la jeuue République dans ses limites originelles, les rives et les baies comprises entre le Maine et la Géorgie.
Quand prit fin la guerre de l'Indépendance, plus d'un œil sagace se tourna curieusement vers l'avenir.
Les passions ardentes surexcitées par la lutte s'étaient éteintes ; il ne restait plus que la, désolation et les ruines que laisse après elle toute guerre civile.
Les nerfs de Washington, si solides pourtant, s'étaient détendus.
En parcourant les établissements, il songeait à l'avenir, et il se sentait envahi par des sentiments de doute et d'appréhension. Le pays n'était plus qu'un désert. Les habitations, abandonnées par leurs propriétaires, étaient encombrées de fange, en proie à la vermine. Les villes avaient été détruites par les armées rivales, les ponts démolis, les moulins brûlés, les réservoirs épuisés, les routes et les sentiers effondrés. Chaque cifoyen, plus pauvre qu'il ne l'était au temps colonial, déplorait la perte du bien-être qui, parsuilede l'habitude, était devenu pour lui une seconde nature. Les hameaux regorgeaient de blessés, souvent de misérables en haillons se prétendant des soldats mutilés. Un soldat sur sept se disait invalide et, comme tel, réclamait de ses compatriotes des moyens de subsistance. La population était flottante et endettée.
Après cette période de danger et de surexcitation, personne n'avait l'idée de se fixer au sol. Plus de commerce, plus d'industrie, plus d'agriculture, plus rien de ces arts sociaux que fait fleurir la paix!
La guerre est un terrible niveau, qui écrase et amalgame loutes choses, grandes et petites. Ainsi, à Jérusalem, dans l'ardeur de la défense, les colonnes de porphyre et les frises sculptées servirent à construire un rempart conjointement avec de l'argile et des cailloux.
L'ivrognerie, cette habitude des jeunes divinités norses, était issue des fatigues et des privations de la guerre. Une autre coutume des mêmes divinités, celle des jurons et des imprécations, s'était introduite dans chaque colonie, presque dans chaque habitation.
L'instruction, jadis, si fort en honneur, avait été comprise dans le naufrage universel; les professeurs, ne trouvant plus
h s'occuper en Amérique, s'étaient embarqués pour l'Europe oti ils espéraient utiliser leurs capacités.
La personnalité Olait devenue de mode, et les belles dames de Boston et de Richmond s'imaginaient que le suprême bon ton consistait à jacasser dans le jargon de Voltaire.
« L'esprit de liberté, disait Washington sept ans après la déclaration de l'Indépendance, est éteint depuis longtemps j il a été remplacé par l'égoïsme. ■>
Poussé par le même sentiment généreux qui lui avait arraché CCS décourageantes paroles, Washinhton ne pensa plus qu'à panser les plaies et à réparer les malheurs de la guerre. Et quels merveilleux résultats !
L'acquisition de la Louisiane h la France a mis les bouches du Mississipi entre les mains américaines. L'Espagne a été chassée de la Floride, le Mexique de la Californie, de l'Arizona et du Te.\as. Presque toutes les zones tempérées et quelques-unes des zones semi-tropicales du continent ont été placées sous la domination de la langue anglaise et des lois américaines.
En cent ans, trente États et Territoires, chacun ayant environ la superficie de l'Espagne, ont été ajoutés h la République. Dans ces États et Territoires il y a quarante millions d'habitants libres; soixante-trois mille églises, avec vingt et un millions de places réservées; cent quarante mille écoles où plus de sept millions d'élèves, filles et garçons, reçoivent l'instruction de deux cent soixante-dix mille proTesseurs; cinquante-six mille bibliothèques publiques contenant près de vingt millions de volumes; cent mille bibliothèques particulières renfermant environ vingsix millions de volumes; cinq mille huit cents journaux fournissant annuellement un tirage de quinze millions d'exemplaires; quatre cents millions de fermes évaluées k cinquante milliards de francs; sept millions cinq cent mille familles et sept millions de maisons, de sorte qu'à quelques exceptions près, chaque chef de famille possède une maison particulière'.
Durant cette courte période de cent années, les États-Unis ont contribué pour une large part aux inventions qui ont rendu le plus de services & l'humanité. Mettant de cdté* comme matière i\ contestation, ses prétentions à l'invention des bateaux à vapeur et des fils télégraphiques, la liste de ses inventions etper-
1 . Cette slalUtiqiiB et celks qui suivent sont empreintes d'un certain caractère ■l'exagéralion qu'il importe de signaler, et dont l'auteur conaerre la rcspoosabililè,
(NoIedH.traduclGur.)
fectioDuemenls constitue un très-curieux document. C'est aux Américains qu'on doit la machine à nettoyer le coton, la presse rotatoire, les machines à peler les fruits, à repasser les couteaux, à moissonner, à faucher, à laminer. La machine t air chaud est américaine; américaines aussi l'industrie du caoutchouc, les machines à carder la laine, à fabriquer les fers à cheval, à souffler le sable, à élever les grains. Les Américains s'attribuent l'invention de l'électro-aimantetdela fabrication artinciclledela glace.
L'Amérique est essentiellement le pays du génie pratique. Elle possède la plus immense cataracte, la plus grande chaîne de montagnes du monde; mais elle a su jeter un pont au-dessus d*ï cette cataracte et faire franchir par un chemin de fer cette chaîne de montagnes.
Plus frappant encore, et tout aussi prodigieux, est le développement de ses grandes cités. A ce point de vue, les étrangers ont surtout cité New- York, Chicago, Cincinnati et San-Francisco; mais il est douteux que l'accroissement de New-York ou de Chl cago soit aussi extraordinaire que celui de Philadelphie