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L'IGNORANCE EN AMÉRIQUE

Cinq Etats seulement sur trente-neuf ont édicté une loi pour rendre l'instruction obligatoire : le New-Hampshire, te Massachusetts, le Conneclicut, le Hicbigan et le New- York. Mais dans ces États mêmes, la loi n'est pas rigoureusement appliquée et l'histoire de l'ignorance y est aussi Irès-sombre.

Dans le New-Hampshire, sept mille individus ne savent pas lire; près de dix-mille ne savent pas écrire. Dans leGonnecticut, il y a vingt-mille personnes complètement illettrées et trente mille qui savent lire seulement ; dans le Michigan, trente-quatre mille d'une part et cinquante-trois mille de l'autre; dans l'État de New- York les chifTres sont respectivement do cent soixantetrois mille et de près de deux cent quarante mille I

Ces ignorants ne sont pas tous des étrangers, Irlandais, Allemands ou Africains. Beaucoup d'entre eux sont des indigènes, enfants de la République, d'un pays riche en écoles publiques.

Dans le New-York, en dépit de la loi qui rend l'instruction obligatoire, il y a plus de soixante-dix mille indigènes incapables de signer leur nom. Dans le Massachusetts et le Conncctlcut, les tables d'ignorance ne sont pas aussi chargées que dans le New-York; et cependant le Connecticut et le Massachusetts renferment, le premier, plus de cinq mille, le second, près de huit mille indigènes ne sachant pas écrire.

Dans le Michigan, État de récente colonisation, les deux classes, natifs et étrangers, sont presque égales- en ignorance : — vingt-deux mille natifs contre trente mille étrangers ne sachant pas signer. L'un des inspecteurs de New-Haven ' constate que quarante-et-un enfants sur cent ne fréquentent pas l'école ; de sorte que près de la moitié de la population de cette ville — l'une des lumières de la civilisation — grandit dans les ténèbres morales des nègres et des Kickapous.

Le Texas a essayé du système obligatoire; mais n'ayant pu réussir à forcer ses garçons et ses filles à fréquenter l'école, il en est revenu à l'ancienne méthode : laisser chacun libre d'agir k sa guise.

Aucun autre État ou Territoire de l'Union ne se soucie d'expérimenter UQ système d'instruction publique dont l'application exigerait l'énergie des professeurs et directeurs de la Nouvelle- Angleterre, et que trois sur six États de la Nouvelle-Angleterre

1. Ville et port de l'Ëlat du Connecticut, siège d'una école célèbre. (Noie du

Iradueleur.)

même n'oot jamais adopté ou ont abandonné. Dans quelques Étals , on exige des parents ou des tuteurs des certificats d'études; mais on assure que ces brevets de capacité ne valent pas un félu. Des Américains, qui connaissent leur pays aussi bien que je connais ma maison et mon jardin, m'aflirment que la jeune génération américaine est plus ignorante que ne l'étaient ses pères il y a trente ans.

En 1870, d'après les rapports officiels, le nombre des individus ne sacbant pas lire s'élevait, dans toute l'Amérique, à plus de quatre millions cinq cent mille, et celui des individus ne sachant pas écrire, à plus de cinq millions six cent mille.

De tels faits ne sauraient s'expliquer par la théorie d'une énorme aflluence d'illettrés européens ou même asiatiques.

Des illettrés arrivent, sans aucun doute, de Liverpool, deHam-' bourg et de Hong-Kong, mais pas en nombre suRisant pour afTccter sérieusement les tables d'ignorance. Règle générale, les immigrants allemands savent lire et écrire. H en est de même des immigrants mongols. Je n'ai jamais rencontré un Chinois mAle qui ne sût lire, et fort peu qui ne sussent écrire, dans leur propre langue, il est vrai. Sur soixante -trois mille Chinois compris dans le recensement, six mille sonl indiqués comme illettrés ; mais dans beau coup de villes, probablement dans toutes, les agents du cens entendaient par ignorance l'iDcapacilé de lire et d'écrire l'anglais, — jugement qui rangerait Victor Hugo et le P. Sccchi dans la classe des illettrés.

Naturellement, la classe irlaDdaise pauvre contribue à grossir la liste. Pat' est la pierre d'achoppement des statisticiens américains ; car, avec toute sa candeur, son sentiment poétique, son inaltérable gaieté, il est mal doué au point de vue des avantages mécaniques de l'instruction. 11 ne sait que faire sa croix, et il grossit les tables d'ignorance. Toutefois, pour ia grande majorité, les illettrés relevés dans les recensements sont des Américains de naissance.

Sur les cinq millions six cent mille habitants de la République absolument illettrés, il n'y en a que sept cent cinquante mille qui soient d'origine étrangère.

Naturellement encore, les nègres sonl compris dans celte liste; mais, aujourd'hui, les nègres sont des citoyens jouissant des droits politiques. Ils sont au nombre de deux millions sept cent

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