‹ La conquête blancheChapitre 127 sur 130 · L'AMÉRIQUE A L'ECOLE · texte numérisé non relu

L'AMÉRIQUE A L'ECOLE

CertaïDS Elats et comtés ont fait davantage pour arrêter ce mouvement descendant. Hais le cas resta toujours mauvais, et la guerre le rendit pire partout. Dans quelques États, le système scolaire s'efTondra complètement; dans tous, il fut grièvement atteint par la lutte. Ces blessures se cicatrisent peu h peu; mais bien des années s'écouleront avant que le pays soit complètement guéri des ravages causés dans son organisation par la guerre civile,.

Dans les États situés au nord du Potomac, la ruine fut moins radicale que dans ceux situés au sud de la même rivière. New- York et les six États de la Nouvelle-Angleterre se comportent mieux que le reste de la Confédération; aussi bien que l'Angleterre et la Belgique, sinon aussi bien que la Suisse et l'Allemagne. La Pennsylvanie reste en arrière de ses rivaux du Nord, quoiqu'elle ail encore une supériorité marquée sur ses voisins du Sud, le Haryland et le Delaware.

Le Maryland n'a jamais professé une bien grande prédilection pour les écoles publiques; si, aujourd'hui, il les préconise, c'est uniquement par amour-propre. Ses écoles pour les enfants de couleur sont en petit nombre et ma! organisées. Le Delaware, comme État, refuse d'admettre l'obligation de l'instruction publique. Ni l'État ni les comtés ne consacrent de fonds spéciaux aux écoles de couleur. Le peu d'instruction qu'on y reçoit est dispensé par les ministres du culte. On ne saurait donc s'étonner que le Delaware soit le plus arriéré des États de l'Union.

Dans la région des Lacs, les jeunes États de Mîchigan, d'Indiana, de Wisconsin, d'Iowa, de Minnesota ont un système uniforme qui s'améliore d'année en année. Ces États possèdent des écoles primaires dans chaque commune, des écoles secondaires dans presque tous les comtés, et, pour couronnement, un'e université d'État comprenant des chaires littéraires et scientifiques.

L'Ohio et riUinois ont un système qui leur est propre.

Sur tout le versant du Pacifique, & l'exception de la Californie, l'ijistruction publique est fort négligée. L'Orégon, le Dacota et le Nevada entrent à peine dans le cercle civilisé ; l'Arizona, l'Utah et le Nouveau-Mexique en restent complètement en dehors.

Dans les États fluviaux du Nébraska, du Kansas, du Missouri, il existe des écoles primaires conduisant, par des écoles secondaires, aux universités d'État, comme dans l'Iowa et le Michigan.

Dans toutes ces régions, on constate des elTorts constants de la part de quelques-uns, mais intermittents chez quelques au-

très, par suite d'indilTërence, pour donner & la population cet aliment sans lequel, selon le président Grant et le minislro Delano, la république ne saurait subsister.

Après tout, cependant, l'intérêt de ce débat intellectuel réside dans le Sud, si longtemps négligé par la race dominante; ei, parmi tous les États du Sud, le principal tbô&tre de la lutte, c'est la Virginie.

La nouvelle génération de Virginiens déploie cpntre l'ignorance l'énergie dont elle a fait preuve pour affronter, pendant la guerre, l'immense puissance matérielle de ses ennemis.

il y a dix ans, Richmond ne possédait aucune de ces écoles publiques comme il en existait à Boston, à Philadelphie et à. New-York. Une dame appartenant aux grandes Familles se serait bien gardée d'envojer ses enfants dans une institution oCi ils auraient été mfilés à » l'écume blanche ». Ce sentiment, commun aux hautes classes de tous les pays, existe à ftichmond et h Raleigh ', non moins qu'à Genève et à Lausanne, à Brighton et à Harrogate.

En raison de ces habitudes, une société de gens bien nés tend ù se transformer en caste. Aucun professeur de mérite ne trouvait à utiliser ses talents en Virginie, et la science pédagogique y était dévolue & des instituteurs du plus bas étage. Une école particulière, de la plus infime catégorie, était la seule institutiun }ugée bonne pour les filles et garçons des citoyens blancs de Richmond. Quant à l'instruction supérieure, la Virginie restait, à ce point de vue, au niveau de l'Italie et de l'Espagne, et cela dans une société où presque tous les hommes sont des gentlemen et presque toutes les femmes des ladies.

Il y a quatre aas, on introduisit en Virginie le système du Massachusetts, dont l'application fut confiée à deux hommes de mérite, Vlrginiens de naissance, le colonel Binford et l'honorable W. W. Ruffner.

Il a été fondé une foule d'écoles et installé de nombreux pro-

Système libre ayant pour objet la distribution d'une instruction profonde, uniforme et générale, le plan du Massachusetts a été si bien compris et est devenu si populaire, que les écoles privées disparaissent partout. Les professeurs des écoles pu-

I Capitale da U Caroline du Nord. (Ffole da IradueUur.

L'AMERIQUE A L'ËGOLE. 533

niques sont excellents, supérieurs, comme classe sociale, à ceux que nous avons à Londres, et même k ceux que j'ai été k même t!e voir dans le Vermont et le New-Hanipsliire.

Ces proTesseurs, en effet, sont presque tous des ladies — ladies non-seulement par le sexe, mais encore par la naissance et par l'éducation, — possédant la grAce et l'accent, les manières et la physionomie de femmes dont les mères étaient des ladies.

La pauvreté d'abord, le patriotisme ensuite, ont poussé ces femmes dans la carrière de l'enseignement. Elles reçoivent de gros appointenaents; et une fois surmontée la fausse honte de retirer un gain honnête d'un honnête labeur, tout marche bien, grdce k elles, à l'école et au foyer domestique.

C'est une force intrinsèque qui fait manœuvrer le système.

Une véritable lady, fille d'un gentleman, appartenant aux premières familles, accepte une chaire, et demande à ses amis d'envoyer leurs filles à l'école.

Il n'y a pas d'objection possible, et personne ne songe à en élever. Là où IHinnie enseigne, les jeunes sœurs de Uinnie, ses cousines et ses connaissances, peuvent suivre la classe.

Les bons sentiments se développent; sentiments classiques, c'est possible; mais ici les forces sociales cessent d'agir pour le mal et commencent à s'appliquer au bien. Les écoles libres sont devenues une affaire de mode, et les femmes les plus instruites de la Virginie se dévouent à la tâche d'enseigner dans les écoles de Richmond.

Les écoles sont mixtes, non pas quant à la couleur, mais quant au sexe. Filles et garçons travaillent ensemble sous la direction d'une jeune institutrice.

Dans une école excellente, je trouvai Grâce Alston, une délicate jeune fille, belle comme une madone, douée du pur accent et des douces manières d'une Anglaise, professant à des élèves des deux sexes. Les garçons étaient aussi grands, et quelques-uns presque aussi ftgés qu'elle-même.

a- Ëtes-vous partisan de la méthode mixte? lui demandai-je: filles et garçons dans la même classe, participant aux mêmes leçons?

— Oui, répond libelle. Je trouve le système mixte préférable, pour l'un et l'autre sexe, au système de séparation. Les garçons fortifient les filles, et les filles adoucissent les garçons.

— N'avez-vous pas d'ennuis avec les grands garçonsf

— Aucun. Les grands garçons sont plus faciles à mener que

les petits ; ils raisonnent mieux à quinze ans qu'à dix, et sont plus honteux de se mal conduire, surtout en présence d'une /emme. lis obéissent déjà à un sentiment de galanterie. »

Page 1