Ville el port de l'Ëtat du Maine, ^^'ote du Iraducttur
dizaines de milliers de gens qui, actuellement, cherchent h rentrer & Liverpool ou & Cork.
Il y a dix ans, on ne rencontrait pas un paysan du Munster ou un laboureur de l'Essex retour d'Amérique; l'Amérique était un paradis qu'aucun d'eux n'aurait songé à quitter.
Aujourd'hui, c'est autre chose. Dans chaque hameau, aux alentours de Cork, on trouve des paysans ayant essayé de Chicago ou de Saint-Louis, Dans le voisinage d'Ongar et de Brentwood, on entend des ouvriers parler des sauterelles du Kansas. Ces gena-là ont touché 4 la terre promise et sont revenus à leurs vieux foyers.
L'Allemagne ne semble pas devoir fournir & l'avenir une récolte plus abondante de colons que les Iles-Britanniques. Les présomptions sont même moins favorables ; car le prince de Bismarck surveille avec sollicitude les causes de ce mouvement teutonique, si important pour la patrie allemande, et cherche à les écarter.
Comme pour l'Angleterre, le suprême eiïort de l'émigration allemande s'est accompli en une décade, après quoi, le mouvement s'est réduit spontanément.
Dans les dix premières années de la période de 1820 & 1860, l'Allemagne, y compris la Prusse et l'Autriche, envoya moins de sept mille &mes; dans la seconde décade, elle en expédia cent cinquante mille; dans la troisième, quatre cent trente mille; et dans la quatrième, neuf cent-cinquante mille. Puis, l'arrêt se produisit, et, pendant les trois années suivantes, le nombre des émigrations s'abaissa. Il se releva pendant la guerre civile. Mais ici, encore, malgré les tentations de la solde et des rations, les chifTres de 1853 et de 1854 ne furent jamais atteints. Là aussi les sources semblent se tarir.
La nouvelle Allemagne ne ressemble pas à l'ancienne Allemagne, et la Prusse, son chef actuel, ne considère pas le mouvement avec la même faiblesse impuissante que l'Autriche. Bismarck n'est pas de tempérament à laisser s'expatrier des hommes à la structure solide et à rintelligenee ouverte. Il constate qu'il y en a trop de partis déjà. .
« Parlez-moi de votre pays, disait à Bancrofl* un grand propriétaire de la Poméranie. C'est la partie du monde & laquelle . e
1. Le plus c^lâbre, et le plat juiteraent, des biatorieoi américains. [NoU du Iraducleur.)
m'intéresse le plus, après ma provioce natale, puisque vingt-cinq sur c«nt des individus nés sur mes domaines sont actuellement en Amérique. »
Ce district poméranien n'est pas éloigné de Varzin, la résidence du grand chancelier.
Et cependant, la Prusse n'a pas considérablement alimenté le courant de l'émigration, sa contribution, pour la période de quarante années — 1820-1860 — n'atteignant pas cent mille Ames. Le flot est venu de la Hesse, de Bade et des duchés mal gouvernés, oii chaque Allemand avait son prince propre. Ces temps ont disparu et avec eux quelques-unes des causes funestes qui chassaient du sol natal de hraves gens et de vrais patriotes.
Bismarck, à ce qu'assure le ministre américain à Berlin, étudie la question en homme d'État. Il voit la population se mouvoir, mais il comprend aussi qu'elle obéit à des influences que les passe-ports et la police sont impuissants à réprimer.
o Nous n'avons pas le droit, déclare-t-il, d'entraver la liberté qu'a tout homme de chercher à gagner sa vie ailleurs. Beaucoup de gens sont animés du violent désir de s'établir dans une nouvelle patrie où ils puissent se procurer une existence plus confortable. Ce désir, nous pouvons le déplorer ; il nous est interdit de le condamner. Le droit de changer librement de domicile est sacré, el nous ne saurions prétendre que le principe est mauvais par cette seule raison qu'on préfère habiter sur le Missouri que sur le Rhin. »
Toutefois, le prince n'est pas homme à laisser aller ainsi les choses. L'émigration est un de ses plus graves sujets deméditation.
« Nous devons commencer, disait dernièrement son ministre de l'intérieur au parlement, par passer des lois qui rendent la patrie chère à la population. 11 faut améliorer nos usines, nos routes, nos chemins de fer, nos canaux ; construire des habitations plus commodes, fonder des industries nouvelles, établir des caisses d'épargne. Nous voulons arrêter l'émigration et nous y réussirons, non pas en limitant la liberté d'action, maïs gr&ce à un système" complet de mesures propres à améliorer le sort de nos classes laborieuses. »
Sous un système semblable, l'Allemagne ne semble pas devoir envoyer encore en Amérique des millions d'émigrants.
Venons maintenant au sol.
Si l'on s'en rapporte aux indications et aux chiffres contenus
dans les rapports du général Hazen, l'approvisionnemeat en terrains ne serait pas plus inépuisable que l'approvisionnement en colons. De vieilles et vénérables fictions, décrites par Irving et chantées par Bryant, sont réduites à néant par le génie et le cadastre.
Lors de la cession de la Louisiane par la France, le nouveau territoire acquis par la république fut dépeint comme virtuellement sans limites; personne ne savait jusqu'oj] il s'étendait h l'ouest et au nord. Aujourd'hui, il n'y a pas un hectare de cette région qui ne soit possédé et cultivé aussi bien que le permet un sol pauvre et marécageux.
11 en fut de même après l'incorporation de l'Illinois, de l'iowa, du Nébraska et du Eansas. Pas une ligne n'avait été écrite à propos du Nébraska et du Kansas. On supposait que ces régions pouvaient admettre un nombre indéfini d'habitants, trente miUions chacune au moins, avec une ferme par famille. Dans ces quatre États, tout le sol est occupé, du moins celui qui vaut la peine d'être clôturé.
La plus grande partie du Kansas et du Nébraska et d'immenses sections du Dakota et du Colorado sont impropres à la colonisation. L'idaho, le Montana^ le Wyoming et l'Utah sont des plateaux alpestres, pour la majeure partie très-élevés et complètement nus, propres seulement à l'élève du bétail en grand, et trop vastes pour être occupés utilement par d'autres que de grands capitalistes.
Sur le versant du Pacifique, du territoire de Washington à la haute Californie, il ne reste plus de « sol sauvage » et pas beaucoup de terres susceptibles de rapporter. D'après le général Hazen, il en est de même dans le haut Texas, le Nouveau- Mexique et l'Arizona.
Près du Mississipi le terrrain est assez humide ; mais à mesure qu'on s'avance vers le Pacifique, il s'élève et devient aride. L'eau et le bois sont rares, l'hiver est rude.
Çè et là se déploie une fertile vallée; on rencontre quelques oasis dans le désert, comme à Saint-Georges, sur le Rio-Virgen ; mais, en général, la contrée est sèche et nue.
Dans rUtah et le Colorado, la nature se montre moins revëche, et cependant la surface utilisable pour l'industrie est peu considérable.
Au nord de ces régions, le sol est pauvre, la pluie peu abondante, l'herbe rare et le froid intense.
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La coDClusion du général Hazen est que la république ne renferme plus dans ses limites que fort peu do terres de la nature de celles qui pourraient attirer de bons colons.
Si ces faits sont authentiques, — et de hautes autorités m'en affirment la véracité, — la fin d'un ordre de choses exceptionnel ne saurait être éloignée.
A l'avenir, l'Amérique doit s'appuyer sur sa population indigène, et ne compter que sur ses propres forces; elle n'a pas à espérer désormais de l'Europe plus d'assislance que l'Angleterre n'en attend de l'Allemagne, ou l'ilalie de la France.