‹ La conquête blancheChapitre 16 sur 130 · LAUOUR ET LA HORT · texte numérisé non relu

LAUOUR ET LA HORT

Bien que le capitaine Vasquez n'eût jamais soupiré en vain pour une femme, il nourrissait, pour le beau sexe en général, un profond mépris.

<t Croyez-vous qu'une femme ait eu une part quelconque dans votre arrestation?

— Non; ohl certainement noni répond le bandit en ricanant. Jamais je ne me suis fié aux femmes.

— Même pour leur indiquer vos repaires dans la montagne?

— Non, se&or; je me serais bien gardé de divulguer k une femme un secret qui aurait pu me nuire. »

- Et cependant, des hommes sont trahfs qui n'ont accordé leur conQance & personne, pas même aux femmes qu'ils disaient aimer.

Après le premier pansement, le brigand fut amené à San-José, plus rapproché que Los Angeles des établissement des blancs et couvert par l'ombre puissante de San-Francisco.

San-José, une des villes libres, possède, comme Los Angeles, une couche inférieure de métis et de déclassés; c'est une des sentines où des chefs comme Soto et Vasquez puisent les éléments de leurs bandes. Hais cette populace, quelque vantarde et bruyante qu'elle soit, courbe l'échiné devant le froid courage des hautes classes : — les blancs, d'origine anglaise, avocats, médecins, banquiers, négociants, qui, devenus riches par le travail, ont bordé d'élégantes villas les rives du Coyote, et converti un sordide campebient de soldats, de squaws et d'enfants bigarrés

en un paradis d'hûtels, de collèges et d'écoles. Ces nouveaux venus, constitués en brigade de sûreté sous le nom de Vigilants, sont maîtres de la ville.

En attendant son jugement, Vasquez se conduisit en véritable métis, donnant des démentis à ses amis, se vantant de ses hauts Taits, traitant de la façon la plus vile et la plus abominable la femme qui lui avait tout sacrifié.

A tous ceux qui l'abordaient, il jurait qu'il n'avait jamais tué un homme de sa vie, — pas même Davidson. C'est Leiva, ditil, qui est coupable du meurtre des trois personnes assassinées & Tres-PinoB. Il a gagné le cœur deRosalia dans une lutte loyale et chevaleresque avec son mari; et c'est pour se venger de cette préférence que Leiva, comme un chien jaloux, l'a trahi et livré aux shérifs.

Quelquefois il parlait d'une autre maîtresse; mus jamais il ne prononçait son nom, et ne la désignait ni comme la mère de ses enfants, ni comme lui étant unie par les liens du mariage.

Lorsque des dames le venaient voir dans sa cellule, le ton de galanterie qu'il assumait restait toujours empreint de réserve et de convenance.

« Il m'est pénible, dit une de ces dames, de voir un homme aussi brave dans une si triste situation.

— Seîiora, répondit le brigand, si j'étais aussi brave que vous voulez bien le croire, je ne serais pas ici.

— Hélasl soupira la visiteuse en effleurant les mains emmaillotées du bandit, je suis désolée de penser qu'on vous a pris dans le rancho. •>

Vasquez, plongeant ses yeux dans ceux de son interlocutrice, et soulevant ses mains blessées, s'écria :

« Que las bendiciones de Diossean siempre eontigoli (Que Dieu 'répande toujours sur toi ses bénédictions.)

La cellule de Vasquez regorgeait de cadeaux : — victuailles, vêtements, argent adressés' par ses admirateurs et surtout par ses admiratrices. Une collecte fut faite pour payer sa défense, et chacun espéra un procès émouvant, un jury timide et une sentence ambiguë.

« Personne n'osera le condamner, dit un Mexicain, mon voisin de table.

— Pas même s'il est coupable de trois meurtres?

— Pas même s'il en a commis cent, comme on le dit. A tort ou à raison, notre population le considère comme un homme ca-

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