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CHAPITRE XVI

Fermant le passage de la Porte-d'Or, une ville de maisons blanches, de clochers et de tourelles baigne ses pieds dans la mer, s'élcnd sur une plage sablonneuse, heurte, à droite, un promontoire, envahit deux collines et, dans un dernier efTort, tente d'escalader les hauteurs de t'arriëre-plan.

Telle est la ville de San-t'rancisco vue du large ; un port, avec ses quais et ses docks, ses navires à voiles et & vapeur sur lesquels flottent, au gré de la brise, les pavillons de toutes les nations du globe, depuis l'Angleterre jusqu'à la Chine-; ville de banques, d'hôtels, de magasins, de bureaux de change, de compagnies minières, d'expositions agricoles; ville de savants professeurs, de médecins éminents, de journalistes habiles, d'avocats distingués ; ville aussi de joueurs, de filles perdues, de vagabonds et de voleurs; rendez-vous de tous les peuples, tour de Babel oti se confondent tous les idiomes, de l'anglais au dyak, du tartare au celtique!

Ville charmante, au demeurant; situation incomparable, couleur éclatante, physionomie pittoresque. Les accidents de terrain donnent du reUef aux constructions. Ici, un café maure ; là, une lynagogue. On songe à l'Orient.

Les maisons, presque toutes blanchies à la chaux, sont garnies de balcons festonnés de plantes tropicales, écran derrière lequel les sefioritas s'imaginent déguiser leur curiosité. Les jeux de la lumière sur ces murs blancs, sur ces toits de plomb sont indescriptibles. Mais le temps manque pour examiner en détail toutes ces splendeurs. Pourrait-on décrire Venise, si l'on abordait la reine de l'Adriatique tandis que le palais des doges et la cathé drale seraient en feu?

La ville, en ce moment, est en proie à un de ses accès de lièvre chaude ; la spéciilation sur les -mines de Comstock enQamme tous les esprits.

Le dieu le plus vénéré par la généralité des citoyens de Sao- Francisco, c'est le hasard. Ayant en partage la crédulité de l'Indien et l'insouciance du Mexicain, ils accordent leur conflance à des hommes inconnus et édifient leurs espérances sur des brouillards. Des milliers d'individus, considérés d'ailleurs comme' intelligents, croient aveuglément à l'accroissement de la richesse des mines de Comstock et y aventurent le fruit de nonibreuses années de labeur.

Les mines de Comstock sont situées au mont Davidson, dans le Nevada; presque toutes appartiennent & des San-Franciscains. Quelques-unes de ces mines — l'Ophîr et la Mexicaine entre autres — sont exploitées depuis vingt ans. La veine argentifère a un développement approximaLir de huit à dix kilomètres ; je dis approximatif, car personne encore n'en a étudié la direction et l'étendue, ce qui en rend la valeur absolument hypothétique. Du dépdt Virginia, iustalléi l'oriflce des mines, les veines d'argent se prolongent jusqu'à Gold-Hill * oii elles aboutissent h des couches d'un minerai plus précieux encore.

Propriétés de diverses compagnies, les mines sont exploitées suivant des méthodes différentes. L'entreprise est rémunératrice, et, jusqu'à l'année dernière, les actionnaires des mines d'Ophir, du Mexique et de Virginie-consolidée avaient d'excellentes raisons pour se montrer satisfaits de leurs dividendes.

Hais, depuis peu, le rendement du mont Davidson a baissé. Les veines, s'enfonçant dans le roc, exigent des machines plus coûteuses et une plus ingénieuse exploitation. Les cotes se sont avilies, et des spéculateurs mieux avisés ont confié leurs dollars aux caisses d'épargne, au lieu de les risquer dans les mines de O>mstock.

Le revirement s'est produit avec la rapidité et la soudaineté d'une détonation.

« Voici comment le fait s'est produit, me dît un banquier, mon voisin de lable.

« Une certaine {^rës>midi, cinq ou six actionnaires de la compagnie « Virginie-consolidée » se trouvaient ensemble dans une taverne de la rue Hontgomery. Les journaux avaient publié le chiffre des dépôts dans les caisses d'épargne ; un chiffre respectable : deux cent cinquante millions de francs. Après avoir

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