JESUS
Une porte tombant en poussière cache la sacristie. Elle est consolidée par une cheville de bois, ce qui permet de supposer que quelque dme pieuse se soucie encore de la vieille église.
SAN-GARLOS. 5
Oui, quelqu'un s'en soucie. Un clief Rumsen, le vieux capitaine Carlos, vient une fois par an pour aplanir les pierres tombées et raviver ses souvenirs.
A peine ouverte, la porte de la sacristie donne passage à un rayon de lumière et un courant d'air. Pour plancher, de la boue. Contre le mur, une table démantibulée. Au-dessus de cette table, un tableau à l'huile de la triste école de sainteté espagnole, «ne Notre-Dame du Hont-Carmel à moitié efTacée; comme pendant, un Christ plus effacé encore. D'innombrables ex-voto villageois, noirs dépoussière, parmi lesquels un bouquetde feuilles d'arbres et un chapelet de fleurs en papier.
Des légions d'êtres rampants de toutes sortes couvrent le sol et les murs. La salle sent l'humide et le moisi. Aussi je me h&te de regagner le sanctuaire, laissant Notre-Dame du Mont-Carme! dans son obscurité et refermant la porte sur les araignées, les mille-pieds, les feuilles d'arbres et les fleurs artificielles.
Ce sanctuaire est beaucoup plus intéressant que la sacristie. Ici était l'autel ; là se trouvaient les lampes sacrées. Quelques échantillons de l'art monacal illustrent encore les murs : des carrés, des losanges, des cœurs enflanttnés. Pour les Rumsensdu Carmel, comme pour les autres sauvages, la religion devait parler aux yeux.
La croix est tombée.
Dans l'intérieur de l'église, mais près de la porte, quelques pieux sont fichés dans le sol. Ces pieux sont des branches de pin. L'un d'eux vient seulement d'être enfoncéj un autre a été abattu par une pierre tombée du faite.
Qui a planté ces branches de pin en terre sainte?
C'estlàlemystëredu vieux chef. Chaque pin dénote une tombe jodienne et raconte l'histoire d'une cause perdue, d'une race qui disparaît.
LA oonquDte blanche.