ESPIRITU SANTO
Le préire ne dit pas un mot de plus. Bénissant le nouveau convertis, il lui donna uu nom du calendrier et le renvoya chez lui un autre homme, c'est-à-dire un membre de l'Église catholique, un sujet du roi d'Espagne.
Pendant des années, les pères cultivèrent et ensemencèrent ce sol vierge. En dehors du retranchement s'éleva une rue dans laquelle habitèrent les convertis, le peuple dans des tanières, les chefs et les sorciers dans des cabanes recouvertes de nattes. Ils vivaient en paix. Nul ennemi ne venait les attaquer pendant la nuit et mettre le feu à leurs demeures. Dans leurs guerres intestines mêmes, on ne volait plus les femmes, on ne massacrait plus les enfants.
Leurs voisins, les Tularénos, étaient convertis comme eux, et possédaient un saint patronqui leur était propre.
Vivant tranquilles dans leurs huttes, ils apprirent & se débarbouiller et à couvrir leur nudité. Avec le temps, ils parvinrent à tanner la peau, h cuver le raisin, à Taire la lessive, à écosser et à cuire les pois.
Par peur de San Carlos, quelques-uns de ces convertis vendirent leurs femmes supplémentaires.
Telle fut la situation du Carmel pendant trente ans. Nourris, logés, catéchisés, les indigènes logeaient auprès de la maison de la Mission, ne croissant ni ne diminuant en nombre,
lodiens de la NissioD.
mais restant attachés à la glèbe et répudiant l'une après l'autre leurs sauvages coutumes. Ces coutumes, les pères les toléraient, surtout en ce qui concernait le sol et les femmes. Faisant de ieur mieux, eu égard au champ de leurs travaux, ils se conten-
taient de défricher et d'ensemencer, comptant, pour la récolte, sur l'avenir.
A la fin, les Blancs se divisèrent en deux partis, le parti clérical et le parti laïque, différent en ce qu'il était le plus convenable de faire pour améliorer le sort des malheureux indigènes.
Selon le parti clérical, les Indiens, simples sauvages, n'étaient bons qu'à subir le despotisme de pasteurs et de maîtres, de moines et de prêtres. Le parti laïque, au contraire, affirmait que les autochtones, membres d'une république libre, avaient le droit de se gouverner eux-mêmes.
On en vint aux coups. Au bout de quelques années, pendant lesquelles on s'égorgea mutuellement, les laïques eurent le dessus. Les pères furent expulsés et les indigènes affranchis de leur domination.
A la grande surprise d'Alvarédo et de ses partisans laTques, la dépopulation, chez les Indiens, accompagna l'avènement de la liberté.
Tant que le P. José Maria occupa San-Carlos, les convertis restèrent auprès de lui ; après son départ, ils se dispersèrent dans les bois. On tenta vainement de les ramener. Et cependant ces pauvres prosélytes n'ont pas complètement perdu le souvenir des temps meilleurs. San-Carlos est toujours leur patron vénéré. Une fois par an, ils viennent adorer la Vierge du Carmel et célébrer la fête de leur patron.
Pauvres êtres ! Ils rôtissent un bœuf : de préférence un bœuf volé. Tout le jour, ils se gorgent de nourriture; ils dansent toute la nuit. Confondant le passé avec le présent, ils observent la vigile de San-Carlos, non par le jeûne et la prière, mais par les festins et les réjouissances, et la terminent par une orgie mieux appropriée & une case indienne qu'à une église chrétienne.
Ces cérémonies ne sont pas destinées à subsister longtemps. Chaque année, le nombre des convertis diminue. Bien avant que les murs de briques aient disparu sous le sol, ceux qui ont contribué & leur érection seront passés dans Je monde des Esprits.
LES ÏTRANGERS.