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LES TROIS RAGES. Î5l
noirs et de leurs partisans, et fait passer tous leurs candidats au pouvoir exécutif local : — Coke, comme gouverneur; de Berry, comme secrétaire d'État; Boherts, comme chief-justice. De plus, six conservateurs vont représenter l'État à Washington. Les scalawags ont été mis en déroute et les citoyens blancs ont reconquis la direction absolue de leurs affaires.
En route pour le Sud, je rencontre quelques-uns des nouveaux députés se rendant à Austin, où les Chambres vont se réunir. C'est un composé d'avocats, de planteurs, de médecins, — l'aristocratie naturelle d'un État forestier, — tous d'un esprit jovial largement saturé d'humour britannique.
« C'est en maîtres que vous allez arriver & Austin ! Oue ferezvousî
— Ce que nous ferons? me répond l'un d'eux en riant ; oh ! nous occuperons bien notre temps. Nous reviserons la nouvelle constitution scalawag, et nous remettrons à leur place les pauvres blancs, jusqu'à présent si abaissés.
— Et après?
— Après? s'écria-t-il en riant plus fort; après? Nous remplirons nos malles. Pourquoi irions-nous & Austin? Vous voyez ces messieurs? Chacun d'eux a, dans le wagon à bagages, une caisse vide. Au retour, toutes ces caisses seront pleines. Est-ce pour un autre motif qu'on a fait de Coke un gouverneur et de de Berry un secrétaire d'État? N'avons-nous pas le droit de vider le trésor public, comme l'ont fait les scalawags ? Ouand je reviendrai d' Austin, je gage que vous n'aurez pas la force de soulever ma malle!... »
Nous rions et plaisantons sur notre façon d'agir, à Londres, quand un parti cède la place & un autre.
Tout à coup se glisse près de moi un individu ayant l'aspect d'un prédicateur méthodiste, c'est-à-dire d'un éaergumène.
a Vous souriez, monsieur, me dit-il à l'oreille; mais, par les cieux étemels, c'est la vérité I
— Croyez-vous à quelque nouvelle émeute noire au Texas?
— Non, répond gaiement un de mes compagnons de voyage, à moins qu'elle ne soit suscitée par les négresses. Ces femmeslà sont une détestable engeance. Les squaws ne valent pas grand'chose. Dieu le sait; les négresses sont dix fois pires. Nous autres, hommes dès frontières, nous ne sommes pas des anges; mais les négresses sont absolument dépourvues d'ftme. Pour un verre d'eau-de-vie, cinq sur six feront tout ce qu'il est possible de faire. »
ibi LA CONQUÊTE BLANCHE.
A Houston ', dans tes hdtels, on D'est servi que par des blaùcs. Cela ne m'était arrivé qu'une seule fois depuis que j'avais quitté New-York, — dans un hôtel de San-Prancisco. Ici, les annonces publiées par les maîtres d'hôtels portent invariablement cette mention : « Domestiques blancs et pohs. »
Un nègre électeur s'abandonne volontiers & sa paresse et à son impertinence natives, deux défauts susceptibles de lui enlever hienWt tout moyen d'existence. Patou Karl (un Anglo-SaxoD ou un Allemand} exige des gages plus élevés que Sam (un nègre); mais il faut avant tout contenter les clients, et le nègre se voit fermer la carrière qui lui appartient de plein droit.
Un personnage haut placé et de grande expérience qie dit, un jour, à Galveston :
" Le nombre des gens de couleur n'a jamais été en majorité au Texas. Quand nos esclaves furent affranchis, la proportion était de deux blancs contre un noir. Vivant en république et ayant pour nous le nombre, nous avions le droit de choisir nos administrateurs, magistrats et percepteurs. Nos frères du Nord, quelque enclins qu'ils fussent & nier notre richesse, notre intelligence, notre industrie, ne pouvaient nous refuser la majorité des votes, qu'en violant le premier principe d'une république. C'est ce qu'ils ont fait. Us ont oublié notre commune origine, — le sang, l'histoire, la littérature, la civilisation, — tout ce que nous tenons collectivement de nos ancêtres anglais. Ces liens de souvenir et d'affection étant brisés, nous demandons, en qualité de citoyens d'un pays libre, à régler nos affaires par la majorité des votes.
— Une aussi juste prétention ne peut être repoussée dans une république,
— Elle a pourtant été rejetée par le Président Grant.
— Pourquoi?
— Parce que, désirant une seconde élection, il avait besoin des votes du Sud. Une bande de coureurs de fortune envahit le Texas, non pas pour se lîxerdans le pays, mais pour le dévorer; gens n'ayant aucune attache au sol, aucune connaissance de la population, aucun intérêt à la construction des villes, aucun souci pour le rétablissement de l'ordre. Soutenus par les ofllciers fédéraux, ils organisèrent des clubs noirs et des réunions privées
1. Ville du Texas à peu de dialance de la baie de GalvcatoD, ainsi nommée eo l'hODoeur du géuéral Samuel Houslon. Fondée en 1835, elle a élé la capitale prorieoire de l'Ëlat. {Note du Iraditcttur.)
de scalawags. Obéissant à des iostructions secrètes, ils s'emparèrent de DOS listes électorales, ajoutèrent des noms, en rayèrent d'autres, et firent si bien que les nègres obtinrent la majorité dans des villages où l'on ne comptait que deux gens de couleur contre cinq blancs. Notre irritation Tut grande, comme bien vous pensez, et nous ne voulons plus voir le même jeu se renouveler à nos dépens. Si nous nous séparons de l'Union, nous pourrons avoir la paix; sinon, qui sait ce qui arrivera? Ces nègres veulent régner et gouverner encore. Supposez-vous que des bommes d'origine anglaise puissent supporter un tel état de choses? Nous autres Texiens, qui avons été les derniers à rentrer dans rOnion, nous serons les premiers à en sortir. — Voulez-vous tenir un pari? — Si Phil Shéridan vient à Austin, la sécession est foite