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LE GOLFE DU MEXIQUE

leur force; ils pourraient avoir un sliérif fanli, uq juge mandingue, et légaliser en Amérique les « coutumes » de Yam, de Dahomay et d'Adai.

L'intelligence de l'Africain est des plus étroites.

« Oranges l Oranges I crie un nègre dans la rue.

— Combien la douzaine?

— Quatre pour un quart de dollar!

Vous avez bien entendu ; il a l'audace de coter & trente centimes la pièce un fruit si commun à Brashcar que, s'il ne vend pas son chargement, il ne se donnera probablement pas la peine de le rapporter chez lui.

« Un quart de dollar pour quatre oranges, Sam ! — Hais si vous les portiez à Londres vous seriez obligé d'en donner vingtcinq pour le même prix.

— D'accord ! — Mais celles-ci sont des oranges de planteurs ; — commerce de planteur. »

Sam est incapable de comprendre les rouages du commerce complexe et poursuivi sur une grande échelle. Il fait cinq ou six kilomètres et passe une heure au plus à cueillir une trentaine d'oranges. Il ne lui coûterait pas plus de temps et de travail pour en récolter un millier; mais jamais ce calcul élémentaire n'entrera dans sa cervelle.

Politiquement parlant, en Louisiane, les nègres ont la majorilé, relative, il est vrai, mais effective. Aussi, cette majorité, la possëdent-ils à la Chambre. Il faut dire qu'ils sont appuyés par les troupes fédérales. Leur candidat élu, William P. Kellogg, est reconnu par le Président Grant comme gouverneur de la Louisiane.

Et cependant, examinons le train qui nous conduit à la Nouvelle-Orléans. De par la loi, le nègre est l'égal du blanc; pour le prix des places, le chemin de fer l'assimile au blanc.'Eh bieni a-t-il la faculté d'exercer le plus simple de ses droits et de choisir le wagon où il lui convient de voyager? Non I

Un matelot irlandais, un colporteur mexicain entrent dans n'importe quel compartiment; un homme ou une femme de race africaine, jamais. L'influence du scalawag expire au seuil des salles d'attente. Ici, les femmes régnent, et, en Amérique, les femmes sont conservatrices, c'est-à-dire ennemies de l'envahissement nègre.

Aussi voyez (ous ces individus empilés dans le wagon qui suit immédiatement la locomotive, aveuglés et étouffés par la

fumée. Aucun ne se plaint et n'aurait même l'idée de chercher une place moins incommode dans un autre wagon.

« Le nègre ne se faufile jamais dans votre compagnie? demanJai-je à un voyageur.

— Jamais I me répondit-il avec un sourire de profond dédain. Un nègre venir s'asseoir auprès de nos femmes el de nos sœurs!

— N'en a-t-il pas légalement le droit?

— Oui, le droit écrit; — mais il sait mieux que les scalawags la place qui lui appartient. Si nous étions débarrassés de Kellogg et de ses acolytes, nous n'aurions plus aucune discussion avec les gens de couleur. Ils nous connaissent aussi bien que nous les connaissons. Ce fut un crime de leur accorder le droit de vote ; mais nous nous entendrions fort bien avec eux si l'on rappelait les troupes fédérales.

— Vous ne redoutez pas leurs majorités?

— En aucune façon, tant qu'elles ne seront pas soutenues et dirigées par un chef militaire fédéral. Ce que nous devons surtout e?[écrer, c'est le cësarisme : le gouvernement du sabre, qui ne respecte aucun principe. Dans quel but le général Sbéridan a-t-il été envoyé & la Nouvelle-Orléans ? »

Mon interlocuteur s'interrompit, allendant une réponse. Je me lus, n'en ayant aucune 4 faire.

Après un court silence, il reprit :

« Qui sait si nous ne trouverons pas la ville en état de siège, les rues inondées de sang, les édifices publics en feu!... ■

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