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LA LOUISIANE

Saint-Charles! Trente kilomètres de la Nouvelle-Orléans I Encore une heure de chemin 1

J'examine le paysage & mesure que glissent & notre arrière étangs et marécages, cèdres et palmiers. Hais rien n'est digne de fixer l'attention, sauf un magnifique bosquet d'orangers chargés

LA LOriSIANE. 261

de fruits en pleine maturité qui excite un cri général d'admiration — auBsitdt réprimé ; car nous éprouvons tous un certain sentiment de malaise en songeant que chaque tour de roue nous rapproche du tbé&tre d'une lutte sérieuse sur lequel les yeux de quarante millions de citoyens sont fixés avec autant d'espoir que de crainte.

Le Président Graot affirme que « l'anarchie règne en Louisiane. » Personne n'en doute ; mais le général Mac Enery et les citoyens blancs prétendent que le « règne de l'anarchie » a été inauguré par Grant, et qu'il est perpétué à la Nouvelle-Orléans dans son intérêt personnel. Ce « règne », disenirils, a commencé, il y a deux ans, & la réception, par Stépheo B. Packard, d'un télégramme ainsi conçu ;

« Washington — Ministère delà justice.

a Faites exécuter les décisions des Cours des États-Unis par tous opposants, quels qu'ils soient. Le général Emory mettra il, votre disposition, & cette Cn, toutes les troupes nécessaires.

« Georges H. WILLIAMS,

« Procureur général. »

Véritable énigme que ce message I

Stéphen B. Packard est un carpet-bagger que le Président Grant a envoyé k la Nouvelle-Orléans en qualité de Grand Prévôt (Marshal) des États-Unis. Le général Emory est l'officier fédéral commandant le département du Golfe.

Mais quels étaient les opposants que le Grand Prévôt et le général avaient à combattre? Non-seulement jamais décision des Cours des États-Unis n'avait rencontré de résistance & la Nouvelle-Orléans, mais encore ces Cours ne prévoyaient pas qu'il pût s'en produire. Le juge Durell, le seul magistrat fédérai en Louisiane, n'avait formulé aucune plainte. Pourquoi, sous la pression du procureur général Willifuns, le conseiller judiciaire du président Grant, un agent inférieur tel que Stephen B. Packard, convoquerait-il les troupes pour exécuter les ordres du tribunal de ce juge?

La conduite du Président vis-4-vis de la Nouvelle-Orléans avait, supposait-on, un double objectif : d'abord, enlever la majorité en Louisiane pour te renouvellement de son mandat prési^ dentiel ; en second lieu^ faire nommer sénateur pour l'Ëtat son

beau-rrëre, James B. Casey. Pour atteindre ces deux résultats, un président peu scrupuleux pouvait utiliser les troupes fédé- . raies; mais le juge Durell, de son cAté, désirant obtenir le siège au sénat pour Norton, ne devait pas être disposé à favoriser la candidature de Casey. L'action du gouverneur Warmoth et du général Mac Enery était nulle. Contre qui Packard devait-il lancer les troupes fédérales?

Le mystère se découvrit avec le temps.

Stéphen B. Packard avait reçu son télégramme le mercredi, dans la nuit. Le lendemain soir, Durell le fit mander pour affaire grave. Billings, un avoué du parti des scalawags, assis devant une table chez Durell, écrivait un ordre que le juge expliqua à son visiteur. Packard devait demander des troupes, marcher sur la Chambre des États, et en défendre l'entrée à tons venants.

A la Nouvelle-Orléans, le Capitole est aflTeclé à la fois à l'exécutif cl à la législature.

Packard devait expulser le gouverneur, s'emparer des archives et fermer les portes.

L'ordre écrit par Billings et signé par Durell fut remis entre les mains de Packard. Celui-ci courut aussitôt aux baraquements, prit une compagnie et, à la nuit noire, força et occupa le Capitole.

Il n'y a personne ou monde, pas même ie Président Grant, qui ose affirmer la légalité de l'ordre de Durell ou l'équité du procédé de Packard.

Durell ne larda pas A recevoir sa récompense. Casey abandonna la lutte, troquant ses chances d'élection contre l'emploi lucratif de collecteur d'impôts , et Norton , l'ami de Durell , fut adopté par un comlé scaiawag, comme candidat au sénat.

Le général "Warmoth, gouverneur de l'Étal, est fuslonnisle. Le parti désigné sous ce nom et dont le chef est le sénateur Jeweil, se compose de gens timides, ne désirant que la paix et qui sont disposés à toutes les concessions, dans le but de s'oppcser à la politique attribuée au Président Grant — le gouvernement du sabre appliqué à la Louisiane et aux autres États du Sud.

Le mandat de Warmoth était sur le point d'expirer. Jewell le proposa pour un renouvellement. Mais ce fut en vain qu'il versa des flots d'éloquence. « Un second mandat pour Warmoth, et pas de second mandat pour Grant! » C'était là un mot d'ordre abso-

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