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LA LOUISIANE

lument ioacceptable. La lutte, pour les emplois de gouveraeur et de vice-gouverneur, avait lieu entre les généraux Mac Enery et PeuD, deux oEUciers indigènes, d'une part ; William P. Kellogg, légiste de l'Illinois, et César C. Antoine, portefaix nègre, d'autre part.

Chaque parti se proclama vainqueur. Hais la vérité ne pouvait être connue avant la réunion des chambres. Le contrôle aurait dû être fait par la cour suprémede la Louisiane. Or, comme le mandat de Warmoth avait encore cinq ou six semaines & courir, il restait ptus de temps qu'il n'en fallait pour éplucher les listes avant que l'État se Irouv&t sans gouverneur légal et sans gouvernement régulier. Mac Enery était parfaitement disposé à attendre la réunion des chambres ; quant & Kellogg, il n'osait pas affronter une chambre présidée par Warmoth, et c'est ce qui amena le règne de l'anarchie.

William Pltt Kellogg, avocat sans clients, avait quitté l'Illinois pour venir chercher fortune en Louisiane. Ainsi font du reste dés centaines de ses compatriotes, qui trouvent l'éclatant soleil du liolfe préférable aux brouillards glacés du lac Hichigan. 11 vint & la Nouvelle-Orléans avec un sac de nuit (carpet-bag), une langue bien pendue et , ce qui valait mieux encore , une idée à sensation. John Brown était son héros. Gr&ce & « l'esprit » de ce martyr de l'émancipation, il iît son chemin et fut envoyé par les votes nègres au sénat des États-Unis. Le langage melliflucnt, les allures béates qui lui avaient gagné le cœur des nègres, obtinrent à Washington le même succès et le désignèrent aux républicains comme le seul homme capable de réaliser leurs plans.

II intriguait pour obtenir la présidence du sénat, lorsque passa devant ses yeux éblouis la place de gouverneur. Cette place vaut quarante mille francs par an, payables en or. Après le gouverneur de la Pennsylvanie, qui touche cinquante mille francs, le gouverneur de la Louisiane est le plus payé de tous les gouverneurs de l'Union. Au Texas, le gouverneur Coke n'a que vingt-cinq mille francs ; le gouverneur Houston, de l'Alabama, vingt mille ; le gouverneur Ames, du Mississipi, quinze mille. En sus de ses quarante mille francs, le gouverneur de la Louisiane a les réquisitions et le patronage qui lui rapportent plus que le double de ses appointements Gxes. S'il désire faire promptement fortune, pourvu qu'il ne soit pas scrupuleux sur les voies et moyens, rien ne saurait l'en empêcher. Ne tient-il pas dans sa

main les ressources de la Nouvelle-Orléans et le commerce d» Golfe ? On assure que ce n'est pas autrement que le gouverneur Warmoth s'est enrichi.

La proie était magnifique ; mais, pour l'atteindre, Kellogg devait déployer autant de décision que d'adresse. Sauf par leur nombre, ses partisans étaient de beaucoup inférieurs & ses ennemis. Mac Enery et Penn, riches, bien apparentes, lionorablement connus, avaient poureux tous les citoyens de la Nouvelle-Orléans, tous les planteurs de la Louisiane. Kellogg, un étranger dans le sens absolu du mot, n'était soutenu que par les scalawags, la Ligue-Noire et les troupes fédérales.

11 n'avait rien à espérer du gouverneur Warmoth. Celui-ci essayait d'un moyen terme. Étranger au Golfe, comme Kellogg, il a pour partisans les scalawags et les nègres, mais ceux-là seulement qui ont retiré leur confiance à Grant. Jeune, aventureux, habile, Warmolh n'est pas homme à se laisser décourager par un simple échec. En sa qualité de gouverneur, il était maître de la situation. Il avait le droit de convoquer les chambres, d'ouvrir la session et de contre-signer les lois. Rien ne pouvait être fait sans sa signature. N*étaît-il pas possible de tirer parti de cette lutte entre conservateurs et césariens? Mac Enery et Kellogg étant aussi incapables l'un que l'autre d'affirmer leurs droits, Warmoth, seul administrateur légal, ne devaitil pas continuer h gouverner l'État jusqu'à la réunion d'un nouveau collège électoral? Qui peut savoir quels candidats auraient été choisis, le cas échéant? Des chances nombreuses conspiraient en faveur de Warmoth. D'abord, il était gouverneur. D'opinion modérée, il se tenait en équilibre entre deux fractions, aucune desquelles n'était assez puissante pour écraser l'autre. Sous son administration, l'ordre n'anrait pas été troublé. Avec Mac Enery,, le désordre était possible ; avec Kellogg, l'anarchie élait certaine.

Dans celte situation, ne pouvant se fier à Warmoth el ne voulant pas se présenter devant une chambre par lui ouverte,. Kellogg convoqua une assemblée de ses partisans.

C'était le samedi matin; les chambres devaient se réunir le lundi suivant.

Une chambre organisée par Warmolh aurait commencé par vérifier les élections et renvoyé probablement aux juges de la cour suprême la question de la validité de la nomination, soit de Mac Enery, soit de Kellogg. Cehii-ci craignait les juges autant

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