‹ La conquête blancheChapitre 63 sur 130 · LA LOUISIANE. 2Ô · texte numérisé non relu

LA LOUISIANE. 2Ô

que les sénateurs. Mais comment devait-il s'y prendre pour se débarrasser des uns et des autres?

Billings, ce procureur peu scrupuleux, absolument dévoué aux intérêts nègres, proposa de lancer César Antoine, le portefaix nègre, non-seulement contre le gouverneur, mais encore contre les cours locales,

Cette proposition Tut adoptée et le portefaix niigve se rendit aussitôt auprès de Durell, non pas au tribunal, mais au domicile particulier du juge, et lui présenta un décret rendu à peu près en ces termes : Attendu que lui. César C. Antoine, avait été dûment élu vice-gouverneur de la Louisiane; mais attendu qu'il avait toute raison de s'attendre à des diflicultés pour entrer en fonctions , il priait la Cour des Étals-Unis de lui délivrer une ordonnance interdisant à ccriaines personnes, désignées dans une liste dressée par Billings, de faire ou dire quoi que ce fût, en opposition avec son droit à remplir l'office de vice-gouverneur.

La liste de Billings comprenait cent trente-cinq noms. Le premier était celui du gouverneur Warmoth, le second celui du secrétaire d'État. Venaient ensuite dix-neuf sénateurs, plus de cent représentants et les membres des comités électoraux, conservateurs et républicains. En somme, ce nègre demandait au juge Durell d'empôcher les deux pouvoirs, exécutif et législatil de la Louisiane, d'agir au préjudice de son droit — et cela pendant cinq jours pleins.

Le juge Durell rendit l'ordonnance dans les termes indiqués.

Le président Grant ne renie pas d'ordinaire les pantins dont il fait manœuvrer les fils; mais, dans le cas présent, il a été obligé de reconnaître que l'ordre rendu par le juge Durell, sur la réquisition d'Antoine, était non-seulement un « acte illégal, » mais une « faute grave. »

Et cependant cet « acte illégal » fut signé, cette «faute grave » fut commise dans toute sa plénitude.

On ne saurait arguer d'ignorance, putsijue les faits accomplis sont acceptes et exécutés, alors que « l'illégalité » a été admise et la « faute grave » reconnue par le Président Grant lui-même. Par le fait, cet ordre, dont l'absurdité le cède à peine à celle d'édils sénëgaliens, continue aujourd'hui encore à régler ta politique domestique de la Louisiane !

Si le juge Durell s'était abstenu de le signer, cet ordre, la législature louisianaise se serait réunie sous l'égide du gou-

verneur Warmoth. Il est plus que certain que les Chambres librement organisées auraient validé l'élection de Mac Enery et de Penn, et que la suprême cour de la Louisiane aurait approuvé cette décision. Sous l'administration d'un conservateur, la Nouvelle-Orléans aurait joui de la même tranquillité qui règne â Charleston et à Raleigh'.

L'ordre du juge Durell donna aux partisans de Kellogg l'avantage sur les citoyens de la Louisiane et son exécution inaugura l'ère de l'anarchie.

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