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LX RÈGNE DE L'ANARCHIE

Comment agir pour ne pas blesser trop grossièrement les bienséances et la dùcence publique? Impossible de s'adresser A Pinch comme gouverneur; impossible aussi de le reconnaître ouvertement. Mais puisqu'il remplissait rolfice de gouverneur, on pouvait lui écrire comme « gouverneur de fait;» de celte façon, ses fonctions, quoique non reconnues, seraient considérées comme « admises ».

Williams excelle dans l'art de la phraséologie ambiguë et nuageuse. Le lendemain, le télégramme suivant, sanctionnant absolument le règne de l'anarcliie, fut expédié de Washington h la Nouvelle-Orléans ;

« Gouverneur de fait Pinchback. Nouvelle-Orléans.

■ Minisière de la Justice, 12 décembre 1S73.

« Faites comprendre que vous êtes reconnu comme le pouvoir exécutif légal de la Louisiane et que l'assemblée du Mechanics'- Instiluteest la législation légale de l'État. Lancez une proclamation dans ce sens, en ajoutant que toute l'assistance nécessaire seradonnée, tantà vousqu'â ladite législature, pour maintenir la tranquilité. a

Sur cette autorisation du cabinet, le gouverneur Warmoth fut déposé et Pinchback fut installé par les otTicicrs fédéraux.

Toutefois, le nouveau gouverneur sentait qu'il ne jouirait pas d'une complète liberté d'allures tant que l'ancien gouverneur resterait à la Nouvelle-Orléans. Il pouvait arriver que Warmoth le rencontrât sur ta voie publique et lui infligeât une rude correction. Pinch, ne tenant aucunement à être battu, et se sentant appuyé par des juges fédéraux aussi bien que par des généraux fédéraux, se mît en quéle d'une loi qui pût te débarrasser de son redoutable adversaire.

Un second juge fédéral, nommé Elmore, arriva sur ces entrefaites à la Nouvelle-Orféans. Pinch se présenta h son tribunal et renouvela les accusations qu'il avait formulées déjà contre le gouverneur Warmoth dont il réclama la déchéance.

Ce cas, tout & fait en dehors de la juridiction d'Elmore, était exclusivement du ressort de la Cour suprême de la Louisiane; c'était lui faire une injure grave que d'écouter seulement une plainte semblable. Ce qui n'empêcha pas Elmore de lire le factum et, sans même entendre l'accusé, de prononcer la déchéance du gouverneur Warmoth.

Warmotb, en appela aux juges de la Louisiane, qui décidèrent qu'Elmore avait a^ illégalement et que l'arrêt était nul et de non effet. Elmore, ayant refusé de l'annuler, fut cité par les juges de la Louisiane pour outrage à la Cour. Il n'en flt que rire, se sentant, comme Pinch, ine armée fédérale à ses trousses. Toutes ces usurpations se firent, en effet, sous l'égide du général Emory qui, naturellement, appuyait les candidats du Président Grant.

Pendant cinq ou six semaines, Pinch gouverna l'État. Des plaisants l'accablèrent de libelles où il était désigné sous les noms de roi Pinch, Sa Maiesté Noire, lord Faux-Col en papier, marquis de la Pommade; ils lui adressèrent défausses dépêches et firent imprimer des ukases comiques revêtus de sa signature

Enfin, son règne se termina; il remit te Capitole et le grand sceau aux mains de Kellogg, échangeant son titre de gouverneur contre un siège de sénateur à Washington, avec tous les avantages et tes émoluments y attachés.

En entrant au sénat, Pinchback, réclama une place auprès des Sherman et des Wilson, des Boutwell et des Cameron, gens graves, les pères conscrits de la République. Cette prétention souleva un orage qui n'est pas encore apaisé, quoique vingt-deux mois se soient écoulés depuis que Pinch a déposé ses lettres de créance sur le bureau de la Chambre.

Le sénat chargea une commission de vérifier ces lettres, et surtout de s'assurer qu'elles étaient signées et scellées par un gouverneur légal. C'est alors que fut soulevée, dans son ensemble, la question du gouvernement de Kellogg.

Les membres de la commission étaient, pour la grande majorité, républicains, et, en accordant son siège & Pinch, ils donnaient une voix de plus k leur parti. Mais des hommes sérieux ne pouvaient se laisser influencer par cette considération. Ils décidèrent que Kellogg n'était pas gouverneur de la Louisiane, que sa signature n'était pas valable, qu'on s'était improprement servi du grand sceau de l'État, enfin, que Pinch n'avait pas le droit de siéger au Congrès.

Ce rapport fut l'occasion d'un débat remarquable en ce que, jamais encore, au sénat, on ne s'était exprimé avec autant de netteté et de franchise. Trois membres de la Chambre sur cinq eussent été enchantés, par esprit de parti, de soutenir Kellogg et d'admettre Pinchback; mais les sénateurs Xurent .entraînés par

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