LE GÉNÉRAL SHÉRIDAN
raie, Sliéridaii est re\6ciiteur nécessoire de tous les actes implacables. Quand les cruelles nécessités de la guerre imposèrent à Grant la pensée de saccager la vallée de la Shénandoah, c'est dans la main dp Shéridan que fut placée la torche incendiaire.
Legenùral ShéridiLn.
a Tout le pays, de la Cliaine-Bleue A la Montagne-du-Nord, n'est plus désormais tenable ! » Son rapport ne contenait que ces seuls mots. Jamais, depuis que les généraux français, sur l'ordre de Louvois, ravagèrent h Palatinat, on ne vit spoclacle
de désolation semblable & celui que présentait la délicieuse vallée virginienne.
Quand le gouvernement se décida à donner aux Indiens une sévère leçon, Shéridan fut envoyé dans les plaines. On choisit les Piégans pour victimes expiatoires ; et l'œuvre de sang Tut si rapidement et si radicalement accomplie, que le nom de Shéridan et les atrocités de la guerre piéganne subsisteront dans les légendes du Peau-Rouge, tant qti'il y aura des bardes et des sorciers pour les raconter à leurs tribus.
Aussi, l'annonce de l'arrivée du général Shéridan & la Nouvelle- Orléans retentit-elle dans la grande ville comme un glas funèbre.
Shéridan se trouvait à Chicago, occupé des devoirs de son commandement, ce qui ne l'empêchait pas de visiter assidûment sa fiancée. Il se préparait à passer joyeusement les fêtes de Noèl, lorsque lui arriva une dépêche du général Belknap, ministre de la guerre.
Celle lettre, qui bouleversa tous ses projets de bals et de festins, était ainsi conçue :
" CONFmENTIELLE.
' MinisUre de la guerre, !I4 décembre 18T4. « Général, le Président, qui m'a envoyé chercher ce matin, me charge de vous dire que vous visitiez les États de Louisiane et de Mississipi, et spécialement la Nouvelle-Orléans et Vicksburg.... Vous trouverez ci-joint un ordre voua autorisant k prendre le commandement de la division mililaire du Sud en totalité ou en partie, ainsi que vous le jugerez à propos.... Vous pouvez, si vous le désirez, voir le général Mac Dowell, à Louisville, et lui faire connaître confidentiellement l'objet de votre voyage. Mais ceci n'est pas un ordre; toute communication avec lui étant laissée à votre seule appréciation. Naturellement, vous êtes libre d'emmener autant d'officiers de votre état-major que vous le voudrez. Il serait bon que cette excursion eût l'apparence d'un voyage d'agrément plutôt que d'un voyage d'affaires.... Vous pourrez revenir par Washington et faire un rapport verbal.
« W. W. Belknap. »
N'ayant jamais discuté un ordre, Shéridan télégraphia & Washington :
« J'ai reçu votre lettre. — J'obéis. »
LE GENERAL SHERID.'^N. 291
Une compagnie d'officiers et do dames, parmi lesquelles se trouvait la jeune femme objet des attentions particulières du fîf^néral, fut organisée en vue de ce « voyage d'agrément » ; et
Le géDéral Shcraun.
un communiqué, inséré dans les journaux de Chicago, informa l'univers que le général Shéridan, ayant obtenu un congé, allait passer l'hiver à Cuba. Pour tous c'était son voyage de fiançailles, cl les noces devaient avoir lieu au retour.
La Nouvelie-Orléans se trouvant sur la roule Je Chicago à Cuba, le g6n6ral pouvait s'y rendre sans exciter beaucoup de surprise ou de soupçons. La présence de dames, et surtout de la jeune personne que l'on savait la fiancée de Shéridan, donnait à ce voyage un air de fête. La plus grave difficulté pouvait venir^ des officiers généraux dont Shéridan allait usurper les fonctions. La mission était inusitée et son exécution irrégulière. Si Ëmory ne semblait pas & la hauteur de son mandat, on pouvait envoyer une main plus ferme, sans faire venir Shéridan des bords du lac Michigan. Si l'unité de commandement paraissait nécessaire, Mac Dowell n'élait-il pas chargé exclusivement du Sud? Si'la situation avait une gravité telle qu'elle exigeftt la présence sur les lieux d'un officier de rang supérieur, le général Sherman n'était-il pas cet officier?
Chacun sait que le général Sherman est assez inquiet de la manière d'agir de Belknap et du ministère de la guerre. Sherman n'est pas contaminé par le césarisme. Patriote d'abord, soldat ensuite, il ne considère la valeur militaire que comme l'égide de la liberté et la sauvegarde de la république. Incapable de soutenir une politique personnelle, même par son silence, il a rompu avec président, ministres, adjudants, et transporté son quartier général de Washington à Saint-Louis. Achille américain, il s'est retiré sous sa tente, et y rumine son profond dégoût pour la situation actuelle des affaires publiques.
Sherman est une trop grande personnaUté pour qu'on ose lui manquer complètement d'égards. A la réception de la réponse de Shéridan, Belknap envoya à Saint-Louis une dépêche confidentielle expliquant le but de la mission de Shéridan dans le Sud. Sherman se contenta d'en accuser réception.
Le cas du général Mac Dowell était plus délicat encore. Aucun officier n'aime à être mis de côté, surtout en vertu d'un ordre secret et sans avoir été consulté. Belknap esquiva adroitement cette diiliculté, la laissant résoudre à Shéridan, au moyen de ce paragraphe de sa lettre invitant celui-ci à voir le général Mac Dowell à Louisville, « s'il le jugeait & propos », et à lui faire connaître confidentielLinent l'objet de son voyage.
Shéridan crut devoir laisser Hac Dowell dans l'ignorance la plus absolue.
La compagnie de dames et d'officiers partit de Chicago. Cin<) jours après, elle se trouvait à la Nouvelle-Orléans, se promc-
nanl sur les quais, lisant les proclamations du <c roi Carnaval, » et s'informant de l'époque du départ du prochain paquebot pour Cuba,