I. Capitale de l'Etal du Maine. (Note du iraducCeur
1 . C3(>itale do l'Ëlat de la Géorgie. (Sole dit traducteur.)
1^ carnoval. — Le» lianilils
Emory el de Trobriand sont-ils des soldats d'un empire bfltard ? Sommes-nous déjà gouvernés par un César? Doit-on considérer la Maison-Blanche comme les Tuileries américaines?
Toutes les paroles autrefois sorties de la bouche du Président Grant sont passées au creuset, et, dans l'état actuel des esprit», on est disposé à trouver le césarisme dissimulé dans des phrases qui, en d'autres temps, auraient été considérées comme de simpies formes de langage.
Il faut dire que Grantest rarement heureux dans le choix de ses expressions. Conscient de sa faiblesse, il garde le silence devant des étrangers. Mais le chef d'un grand pays ne peut éviter de parler et d'écrire; et, malgré ses qualités hors lignes, Grant manie avec aussi peu de succès la plume que la parole.
Son récent message au Congrès sur l'Exposition du centenaire en esï une preuve. Dans ce document public, il donne une glose nouvelle de ce fameux passage de la Déclaration de l'Indépendance qui indique comme droits primordiaux de l'homme « la vie, la Uberté et la recherche du bonheur ». Grant, lui, dit que le peuple américain se livre & « la recherche de la renommée, de la fortune et des honneurs » ; non pas de l'honneur, mais « des honneurs ». Ce n'est, prol)ablemeDt, pas autre chose qu'une phrase maladroite, et cependant des critiques l'ont relevée et signalée, comme profondément empreinte de césarisme. Renommée, fortune, honneurs! Est-ce donc là l'idéal à proposer & la jeunesse américaine? Un serpent rampe dans l'herbe; un César se cache sous une phrase qui lui échappe.
Un faible écho des doutes et des craintes du Président arrive au quartier général de l'hôtel Saint-Charles. Les adjudants voudraient un peu plus de « vigueur » ; et Shéridan, qui ne prend jamais le temps de mesurer ses mots, envoie & son ami le ministre de la guerre le télégramme suivant :
• La NouTfllIe-OrldwM, 5jaDvier 1875.
« Veuillez dire au Président qu'il ne se tourmente pas de la situation des affaires ici. Je maintiendrai la tranquillité, ce qui ne me sera pas dinicile avec les forces militaires et navales qui occupent la ville et ses environs. Si le Congrès consent & déclarer bandits tous les ligueurs, blancs ou noirs, je me charge de le dispenser de la nécessité de rendre une loi spéciale pour le maintien de la paix et de l'égalité des droits dans les États de la Louisiane, du Hississipi et de l'Arkansas; en même temps,
LA CONQUËTB BLAKCHB. SI
je délivrerai le pouvoir exécutif des tracas que lui ont jusqu'ici occasionnés les régions du Sud.
« P. H. Shéridan. »
Ave Cœsart GrAce à la flotte et à l'armée, aucun citoyen de la Nouvelle-Orléans n'osera bouger !
Les ligueurs blancs que Grant doit déclarer bandits c'est la population blanche tout entière — planteurs, avocats, médecins, lisnquiers, prêtres, propriétaires — en un mot, toutes les professions, libérales, industrielles et commerciales. La majorité est d'origine anglaise. Ce que Shéridan demande ce n'est rien moins que de mettre hors la loi la race anglaise, dans la Louisiane, le Mississipi et l'Arkansas, et de la livrer & la puissance militaire. Qu'on lui laisse les coudées franches, et le pouvoir exécutif peut être rassuré en ce qui concerne cette région. Il n'y a plus ici <]e prince Carnaval, comme on le disait en plaisantant. On se souvient de l'affaire des Piégans. Depuis la visite faite par Shéridan À leurs terrains de chasse, jamais rapport inquiétant sur les campements Piégans n'est parvenu & Washington.
Les journaux du soir publient le texte du télégramme de Shéridan. Des bandits! des bandits! toujours des bandits! Et -cependant, il y a une modification dans le texte de cette dépêche. Hier, la qualification n'était donnée qu'aux ligueurs blancs ; «ujourd'hui elle s'applique & toutes les organisations de même nature, blanches ou noires.
Shéridan a appris non-seulement qu'il existe une ligue noire, mais qu'un ligueur noir peut être aussi criminel qu'un ligueur blanc. Ne pensant plus qu'une proclamation du Président Grant «oit suflisante, il demande aux ministres d'obtenir du Congrès une loi qui l'autorise à faire pendre des hommes tels que le général Ogden et le capitaine .\ngel, le gouverneur Mac Enery et Je vice-gouverneur Penn.
Bandits! Le mot ghsse sur toutes les lèvres et brûle toutes les langues.
« Bandits! Nous, des bandits! Nous, les plus liers gentilshommes, les plus grandes dames de l'Amérique, stigmatisés comme bandits par un subalterne du général Grant! a
a Vous avez devant vous un bandit femelle," me dit ironiquement une jeune et jolie personne chez le père de laquelle je me trouve en visite.
« Une douzaine de bandits! » s'écrie en riant un soldat illustre en me présentant au cercle de Boston.
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Tous ces messieui's s'égayent oon-seulemeat sur le mot, mais sur le sens qu'il implique. Va bandit est hors la loi et, comme tel, soumis è la juridiction militaire.
Pendant tout le jour, un vent de feu semble passer dans les rues et sur les quais.
A minuit, Shéridan envoie à Belknap le télégramme chiffré suivant :
Ld Nouvel iB-OrléoQB, 5 janvier 1875.
u La publication par les journaux de ma dépêche appliquant le nom de brigands aux membres des sociétés armées secrètes a causé, ce soir, quelque agitation dans la 'rotonde de l'hôtel Saint-Charles. Ne vous en tourmentez pas. J'y vois clair, et ne vous demande que d'avoir conGance.
« H. P. Shéridan. »
Belkn&paconfiance; les adjudants se frottent les mains. César, lui, n'est pas aussi sûr du succès. César ne partage jamais qu'à moitié l'optimisme de ses lieutenants. L'armée consentira-t-elle à appuyer une politique purement militaire! Les soldats américains sont des citoyens américains. Quoique loyaux et braves, ils sont des hommes libres, s'inquiétant peu de la gloire, et beaucoup de la liberté. A part Shéridan, sur qui le Président peut-il compter? Sherman se tient à l'écart. Mac Dowell est blessé, non-seulement h cause de la perte de son département du Golfe, mais encore en raison des ordres secrets en vertu desquels son gouvernement lui a été retiré.
Cependant Belknap, plus césàrien que César, télégraphie à la Nouvelle-Orléans :
'• Ministère de I& guerre, 6 juiTier ISTJ.
« Tous vos télégrammes reçus. Le Président et nous tous avons pleine conflance et approuvons absolument votre conduite.
« W. W. Belknap. n
Nous tous I De qui veut-on parler? Le télégramme est daté du « ministère de la guerre ». Par « nous tous », on ne saurait entendre que les adjudants et secrétaires; mais comme Belknap fait partie du cabinet, « nous tous » peut signifier la totalité du pouvoir exécutif. C'est le sens que lui donne l'étatrmajor de Shéridan. S'il a raison, ce télégramme est lo document le plus
grave émis depuis la guerre. Si Hamilton Fish et Benjamin H. Bristow ont accepté la responsabilité de l'application k la Nouvelle-Orléans du régime du sabre, on doit s'attendre h des
Dans l'après-midi arrive un second télégramme complétant te premier et semblant prouver que Fish et Bristow sont aussi engagés dans le césarisme que Williams et Belknnp. Shéridan le lit et relit ; mais il ne réussit pas plus à en comprendre exactement le sens, que l'étendue des pouvoirs qui lui sont attribués. En voici la teneur :
• Ministère de In guerre, 6 janvier 187ô.
« Vous semblez craindre que vos rapports tronqués ne nous aient pas permis d'apprécier exactement votre conduite. Sachez que le Président et le Cabinet ont en votre prudence la confiance la plus absolue, et qu'ils sont convaincus que vous avez agi et n'agirez que judicieusement. Yoilà, en peu de mots, ce que je veux vous faire savoir. »
Ces mots, comment Shéridan doit-il les interpréter? Actuellement, le Cabinet s'associe au Président, mais il n'est plus question d'approbation. On a foi dans sa prudence ! Hier, on demandait de la vigueur; et c'était dans cette vigueur qu'on puisait la confiance. Aujourd'hui, on se contente de croire que ses actes ont été et seront judicieux ! A-t-on envoyé Philippe Shéridan & la Nouvelle-Orléans, au milieu de l'hiver, seulement pour qu'il se montr&t judicieux? On ne lui ordonne plus l'activité et l'énergie & outrance, la lulte sans miséricorde ! Qu'a-t-on répondu à sa demande d'un bîll du Congres mettant les citoyens blancs hors la loi et les abandonnant & ses subalternes ? Pas un mot.
Considérant, en conséquence, cette seconde dépêche comme un rappel à l'ordre, Shéridan y répond le soir :
La Mouvet le 'Orléans, le Ë janvier 1S7&.
« La ville est tranquille aujourd'hui. La nuit demière,^ quelques-uns des bandits ont menacé de m'assassiner.... Je n'ai pas peur.
" P. H. Shéridan. =>
Dix minutes après le départ de ce télégramme, un sourire de joie ironique s'épanouit sur tous les visages. « Peur! Qui a peur? Je n'ai pas peur! Avez-vous peur? Comment! Shéridan n'a pas peur ! Ah I Ah ! Philippe Shéridan lui-même n'a pas peur ! »
Le césarisme est, certes, vigoureusement doué, mais il lui manque la philosophie du dédain vis-à-vis des sarcasmes et du mépris.