‹ La conquête blancheChapitre 94 sur 130 · A WASHINGTON · texte numérisé non relu

A WASHINGTON

flottes ennemies; ces montagnes, si belles et si fertiles, ont été dévastées par des Américains.

a Une autre dëputation du sénat! » soupire te Président en entrant par une porte latérale donnant dans son salon de réception.

Sa physionomie indique la fatigue et l'ennui. Sans accorder la moindre attention & ses tidtes, il se jette dans un fauteuil, le cigare aux lèvres, et fume énergiquement.

J'engage la conversation sur la Nouvelle-Orléans.

u L'état des choses, dans cette région est insupportable, s'écrie le Président avec animation. J'ai ici même une liste, dressée par le général Shéridan, de trois mille meurtres ou tentatives de meurtre en Louisiane.

— J'ai vu une liste plus récente oii le total s'élève à quatre mille.

— Quatre mille !

— Oui, quatre mille, et le chiffre grossit tout les jours. Rien de plus facile que de fabriquer des listes semblables. En voulezvous dix mille? Packard et Pinchback sont hommes à vous les fournir en huit jours.

— Vous doutez de l'exactitude du chiffre?

— Pas absolument. Les actes de violence sont fréquents sur le golfe du Mexique oii une race civilisée lutte- contre deux races sauvages; mais la question est celle-ci : quelle part doit-on faire aux passions politiques dans les meurtres et tentatives de meurtre?

— Mais, fait observer le colonel Grant, il a été commis, l'année dernière, au Texas, trois mille assassinats politiques. Trois mille meurtres de nègres dans un seul État et dans une seule année !

— Le fait me semble étrange. J'arrive du Texas, que j'ai traversé du nord au sud, de la rivière Rouge à Galveston. Tout le long de la route, on ne parlait que de crimes, assassinats ou incendies. Dans chaque taverne, on causait d'émeutes oQ on avait joué du couteau et du revolver. Les coupables étaient, pour la plus grande partie, des nègres. Et cependant, de la rivière Rouge à Galvesloo, je n'ai jamais entendu attribuer ces actes de violences à des causes politiques. Les livres et les journaux démontrent que les crimes du Texas sont cpmmis moins par des blancs sur des noirs, ou par des noirs sur des blancs, que par des noirs sur des noirs.

— Je ne lis ni les livres ni les journaux, dit le Président; je ne parcours que les extraîlsfoils pour moi parBabcock. » Le général Babcock est le sccrélaire particulier du Présidcnl.

Le général Grant, Trosidcnt des Ëlats-Unis.

Et ce n'est pas une plaisanterie ; jamais le général Grant n'ouvre un livre ou ne jette l'œil sur un journal. Par contre, il est très-sensible aux caricatures que l'on fait surlui, etsesadversai-

vGoOgle

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saires, qui coonaisseot cette faiblesse, lui en fournissent de toutes les façons.

L'une représente le Président suçant uu biberon, près d'un cheval de bois, d'une couronne de papier étiquetée « César » et d'une botte de petites tablettes au moyen desquelles il essaye d'édifier un trône. Le sénateur Kernan, parlant au nom des nombreux démocrates qui vont arriver, lui dit: « 0 puissant César! Quelle dégringolade! »

Dans une autre, l'Oncle Sam', sous le costume d'un colporteur,

Notre enfiiQt impérial.

entre dans la Maison-Blanche avec une bière qu'il dresse contre le mur et qui porte pour inscription : ■< Troisième mandat. "

1. Nom fiunilier donné aa peuple américain ; — Uncle Sam, Uailed SUilcs; — on a joué Bur les deux premières letlreB du nom dea Ëtats-Unia. Au reate, les calembours, «ur ces iultialeSj sonl fréquents. Il en eiiate un asEBz plaisant ot qui date de loin. Les aoldata d'un régiment de cavalerie porlaieat au collet les quatre lettres : If. S. L. D. — Uniltd States' Light-Dragoom (Dragon 9- légers dca États-Unis), ce que l'on s'empressa de traduire par : UncU Sam,'» Laty Dog» (Chiens paresseux do l'OncIr Sam]. [A'ol« du Irodacteur.)

L'Oncle Sam demande au Président en lui montrant sa marchandise : « Vous désirez un troisième mandat? »

La famille du Président cherche à lui dissimuler les plus sanglantes de ces caricatures.

Les jeunes Américaines disent, en plaisantant, que, toujours, elles parcourent les livres et les journaux, ofin de s'assurer qu'ils peuvent être placés sans inconvénient sous les yeux de leurs parents. C'est l'oflice que remplissent les dames de la Maison-

Blanche à l'égard du Président. Mais celui-ci délie toutes les précautions; il reste des heures entières assis devant ces dessins satiriques et les dévore des yeux en mâchant son cigare avec une rage indicible.

« Je les méprise et ils me dégoûtent, dil-il; mais je ne puis m'empêcher de les regarder. »

S'il est vrai qu'un homme ne devient réellement fameux qu'après avoir été beaucoup injurié, il n'est pas moins vrai qu'un homme n'est beaucoup injurié qu'après s'être rendu fameux de façon ou d'autre. Aux États-Unis, personne n'a été

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jamais plus altaqué que Granl. Il n'y a pas de défauts et de vices qu'on ne lui impute. D'après les caricatures, c'est un tyran et un Irattre, un assassin el un voleur. 11 aspire à un troisième mandat, entretient une maison militaire et méprise l'autorité civile. On l'appelle César carnavalesque, Soulouque aux abois. On lui attribue les poncliants les plus vils : — l'avarice, le népo-

Lo voleur de • Iroisième mandat. •

lisme, la vénalité. C'est un canevas syr lequel les feuilles satiriques brodent avec une maligne joie.

Sur l'une de ces feuilles, un méchant petit drôle, grimpé dans l'ofQce de l'OncleSam pourydérober une conserve de «troisième mandai », renverse un pot « d'habeeis corpus' ; » pris sur le fait, il est rudement fustigé .

I. Ordre Acrit ou Writ adressé par on magistral à un geôlier pour lui enjoindre

LA COHQUËTE BLANCHE. 37

Un grand dessin de Mail Morgan porte pour titre ; « Coup mortel de Grant à la Louisiane. » Une belle jeune femme monte les degrés du Capitolc, une pétition à la main. Grant, furieux, vient h sa rencontre accompagné de deux dogues, Phil et Belknap :

« Non contente de mépriser les maîtres que je vous ai imposés.

Coup mortel à la Louisiane.

VOUS poussez l'audace jusqu'à vouloir vous gouverner vousmême! Je vous ai fouettée une fois déjà. Souvenez-vous que vous n'avez aucun droit qu'un soldat soit tenu à respecter. » A quoi la Louisiane répond : « Je suis un État libre. J'obéis à

d'élargir un prisonnier. Toul citoyen qui se croil détenu arbitrairement a le droit de demander co Writ A'habera corpus. C'est la garantie de la liberté personnelle dans Im pays de langue anglaise. [Note du traducleur.)

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