NOTIS
Orji vos confeiUiexfe pos le poei faire ne/cffrir. L'emploi du verbe réfléchi se conseiller, prendre conseil, très fréquent dans nos vieux auteurs, se rencontre moins souvent au xvii* et au xviii* siècle; pourtant Molière, et après lui Saint-Simon, ont jugé à propos d'y recourir. Le premier a dit (Festin de Pierre, acte V, se. m) : « J'en avais toutes les envies du monde, et je me suis même encore aujourd'hui conseilla au ciel pour cela. • Et le second a écrit: « Ce qui est véritable quoique très surprenant, M"* de Main> tenon s'appuyait et quelquefois se conseillait à elle (la duchesse de Bourgogne). •
Li mejfage yindrent el mojiier.
En conservant ici le mot moùtier (mostier, monasterium), qui avait généralement le sens de monastère, nous lui avons laissé la signification secondaire qu'on lui attribuait aussi très souvent au moyen-âge, celle d'église. De même que Villehardouin donne à Saint-Marc la qualification de moùtier, de même Robert de Clari appelle « moùtier Sainte-Sophie » la principale église de Constantinople.
VoilOej lor compaipiie aidier à la honte Ufu-Crifi yengier.
Nous avons préféré cette version des manuscrits C, D, E, è celle que M. de Wailly a choisie : Foi7/iq lor compaignier à la honte Je/U'Crift yengier, qui nous paraît moins claire.
Et tendirent lor main en hait, & difirent : « Nos Votrions, nos Votrions ! *
Il n'est pas inutile de donner ici quelques détails sur l'agencement des divers rouages qui constituaient, vers la fin du XII* siècle, le gouvernement de Venise; ils commentent le témoignage de Villehardouin et expliquent par quelles
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NOTBS 37f
phases le pacte de noiis dut passer avant d*étre acclamé par le peuple dans Saint-Marc.
A l'origine de la République, le ,Doge, chef suprême de l'État, jouissait d'une autorité presque absolue; bientôt, pour la restreindre» on lui adjoignit un Conseil de six membres dans lequel était représenté chacun des six quartiers de Venise, sorte de comité exécutif auquel le maréchal donne le nom de Petit Conseil, et que les Vénitiens appelaient la Seigneurie, Les décisions prises par la Seigneurie éuient généralement soumises à l'approbation d'une assemblée de quarante membres, la Quarantie, composée, comme dit Villehardouin, « des plus sages hommes de la terre, • mais k laquelle il attribue, à tort, la dénomination de Grand Conseils Constituée à l'origine en tribunal exclusivement judiciaire, la Qjtarantie n'avait pas tardé à usurper des attributions toutes politiques; mais, lorsque les affaires sur lesquelles elle était appelée à statuer présentaient une certaine importance, on réclamait encore l'approbation d'un conseil plus nombreux, le Conseil des Invités (Consiglio dei Pregadi), Cette assemblée délibérante n'avait été définitivement organisée qu'à une époque assez récente (117a); elle se renouvelait annuellement à la Saint-Michel; on désignait à cet effet douze citoyens (deux par quartier) qui faisaient eux-mêmes choix chacun de douze personnes, ce qui portait è cent quarantequatre les membres du Conseil des Invités. Enfin, lorsque rafifaîre en discussion pouvait entraîner de graves conséquences, et particulièrement influer sur la politique extérieure de la République, on consultait, en outre, un Grand Conseil (ConsigUo maggiore) composé de cinq cent soixanteseize membres.
C'est sans doute à quelque réunion du Grand Conseil que Villehardouin, mal renseigné sur le mécanisme compliqué de cette organisation gouvernementale, fait allusion lorsqu'il nous montre Dandoio appelant successivement à lui pour les convaincre « cent, puis deux cents, puis mille • Vénitiens. Enfin la décision, successivement adoptée par la Seigneurie, la Quarantie, le Canseû des Invites et le Grand Conseil, était soumise, en dernier ressort, à la ratification de VAssem-
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bUe du Peuple (Arrengo), comme cela eut lieu a Saint-Marc dans la circonstance qui nous occupe; mais Ton se figure aisément que cette consultation ne devait être qu'une simple formalité.
Enqui ot fi grant bruit & fi grant noife que ilfembla que terre foniifi.
Le substantif noise, bruit, tumulte, était d'un usage très fréquent au moyen-âge.
« Segnors, or fêtes pes, leffiés la noife efter • est une de ces formules dont nos vieux trouvères se servent souvent pour réclamer le silence de leur auditoire avant de commencer la récitation d'une chanson de geste; mais, plus tard, le mot perdit ce sens général pour ne plus conserver que celui de chicane, querelle, et, aujourd'hui, il n'est guère usité que dans l'expression chercher noise. Il est pourtant assez connu pour que nous n'ayons pas hésité à le maintenir dans la traduction avec sa signification primitive. Il en est de même pour le verbe fondre qui a conservé longtemps la signification réfléchie de s'écrouler, s'abfmer, et qui a encore été employé en ce sens par quelques auteurs du xvii* et du XVIII* siècle; ainsi Corneille a dit: «Tous les monstres s'envolent ou fondent sous terre. » (Toison êtor, acte III, scène vu.)
Ope onques plus grant ne vit nuls hom.
Notre vieille langue possédait dans les adverbes onques et jamais deux synonymes qui se trouvent employés indifféremment dans les mêmes textes. Le premier a été complètement supplanté par le second; nous l'avons pourtant maintenu dans la traduction ici et ailleurs, parce que quelques écrivains s'en sont servis au xvii* et au xviii* siècle, par exemple Saint-Simon quand il écrit : « Et onques depuis il n'y eut plus là-dessus la plus petite difficulté, a II en est de même, de nos jours, de la part de certains auteurs qui, comme P.-L. Courier, aiment à recourir aux archaïsmes de langage.
Li bons dux de Venife, qui mult ère /âges & proj, monta el letril» Par letril (lutrin), Villehardouin désigne l'ambon qui se
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trouvait au côté de Tautel dans quelques églises. Saint^Marc en possédait deux qui subsistent encore; on y accédait par plusieurs degrés. Celui de droite, de forme octogonale, était soutenu par quinze colonnes de six pieds de haut et se divisait en deux étages : au premier, on lisait TÉpttre et on faisait les prédications; au second, on lisait l'Évangile. Celui de gauche, également de forme octogonale, reposait sur neuf colonnes de marbre; c'est là que le doge se montrait au peuple après son sacre, et c'est de là aussi que Dandolo adressa, sans doute, la parole à l'assistance.
Qjie la mieldre gen"^ del monde ont guerpi tote Vahre gent.
Bien que tous les manuscrits donnent ici meUlor, meilleur ou meiUour, il ne fallait pas hésiter à y substituer mieldre. Meilleur, au temps où la déclinaison subsistait encore en notre langue, faisait au cas sujet mieldre, et au cas régime meillor pour les deux genres; il était à propos de rétablir l'accord entre le substantif genj au nominatif féminin singulier et l'adjectif qui s'y rapporte. L'emploi si fréquent par Viiiehardouin et les autres auteurs du moyen-âge du substantif genj (sujet) ou gent (régime) au féminin singulier, nous justifie d'avoir parfois traduit ce mot par nation, sens qu'il avait jadis; gent, en effet, ne s'est plus conservé que dans le style familier, et Littré déplore avec raison que ce mot ne soit plus en usage dans le style soutenu. Nous l'avons conservé quand cela a paru possible.
// ejïoii adonc Quarejmes.
Au mois de mars laoï.
Et, de la Saint-Johan en un an. Pour le 34 juin iao3.
Et jura for fainj à bonefoi d bien tenir & loialement les covenj. En traduisant jurer for fainj par jurer sur les saints Évangiles, Ducange commet un contre-sens. AUer aux Saints, jurer
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^yS NOTES
sur Us Saints, c'était prêter sur des reliques dénommées Corps Saints un serment solennel. Un passage, plus tard biffé, des Franchises, Lois et Coutumes de la ville dâ LUle, connu sous le titre de Livre Roisin, spécifie rigoureusement que, sous peine de nullité, celui qui jurait devait se placer de façon à ce que « le pouce de la main dont il jure (le poing dextre, dit ailleurs Villehardouin) soit mis le long de la paume, dessous les autres doigts, tant qu'il aura fait son serment, » et cela « sans bouger ni remuer, • car « quiconque remuerait ou bougerait la main en jurant sur les Saints perdrait sa cause. •
Et tuitfes ConfeUs aîfi, qui ère de quarante-fix.
Cette variante des manuscrits A et B doit être maintenue, car il est évident que les membres de la Seigneurie s'étaient joints, dans cette circonstance, à ceux de U Quarantie.
Por confermer cefle covenance.
On trouvera le texte du traité des croisés avec Venise dans le Recueil des Historiens de France, t. XVIII, p. 436.
Cinc mil mars d'argent.
295,000 francs environ de notre monnaie.
Enjî prifirent congiepor râler en lor pais.
Le verbe raller, aller de nouveau, retourner, n'est plus usité qu'aux temps et aux personnes où aller prend les formes de vais; mais, ainsi que le remarque avec raison Littré dans son Dictionnaire, rien n'empêcherait de l'employer, comme dans l'ancienne langue, à tous les temps et à toutes les personnes.
N*orent nul pooir que plus ajfemhlajfent en Vofi. Ost, dans le sens d'armée, est encore quelquefois usité, La Fontaine a dit, par exemple :
Apollon, irrité contre le fier Atride,
Joncha son champ de morts; on ^t presque détroit
L'orf des Grecs; et ce iiit Foovnge d'une nnit.
(Lt Fermier, le Cbùn et le Rtnari. Fablbs. Ltv. XI.)
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