‹ La conquête de l'AfriqueChapitre 14 sur 30 · PORTUGAISES DE LAFHIQUE DU SUD · texte numérisé non relu

PORTUGAISES DE LAFHIQUE DU SUD

tenant qui, du Cap au Tanganyka, s'étendrait sur 20 degrés en latitude. En outre, par le Zambèze, le Chiré et le Nyassa, ils acquéraient détinitivemcnt sur la région des lacs, qui apparait à juste titre comme la clef du centre africain, cette voie de pénétration qu'ils s'étaient fort habilement ouverte en 1884, mais que la non-ratitîcation du traite leur avait aussitôt refermée. L'objet en litige était de grande valeur ; il valait la peine de tenter un coup de force et de supprimer une fois de plus les règles gênantes du droit des gens.

Les hostilités s'ouvrirent le 13 août 1887. Le cabinet de Saint-James informa le gouvernement portugais de ses intentions et lui déclara qu'il ne reconnaissait pas ses prétentions sur le Machona et le Nyassa, car il n'entretenait pas dans ces pays d'autorité capable d'exercer les droits ordinaires de souveraineté. c< Le droit de souveraineté, ajoutait la note anglaise, ne pouvait naître d'une simple déclaration : il fallait qu'elle fût suivie d'une occupation réelle, constante, permanente et d'une organisation administrative, judiciaire et militaire. »

A cctle argumentation, le cabinet de Lisbonne répondit que de tous temps les pays en question avaient dépendu de la couronne portugaise, qu'elle y avait jadis entretenu des troupes et bâti des forts; que si son occupation eiïectivc avait été interrompue, les chefs indigènes n'avaient jamais cessé de reconnaître sa suzeraineté ; ils venaient précisément de renouveler leur serment d'obéissance entre les mains de ses ollicicrs qui avaient par-

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couru leurs territoires en pleine paix, sans répandre une goutte de sang. Le gouvernement portugais rappelait également que TAnglcterre n'avait jamais mis en doute les droits du Portugal, qu'elle avait reconnu maintes fois que les sociétés anglaises vivaient sous l'autorité et la protection du gouverneur de Mozambique, représentant de la couronne portugaise.

Il n'y avait rien à répondre à ces arguments. La tradition historique comme la plus simple équité étaient du côté du Portugal. Aussi l'Angleterre ne perdit pas son temps à discuter ; mais elle envoj'a dans les régions contestées une expédition conduite par MM. Golquhoun et Seelous, qui s'aboucha avec le fameux Lobengula roi des Matébélés et suzerain nominal du Machona ; ce chef, habilement circonvenu, accepta le protectorat anglais et concéda aux explorateurs le monopole des concessions minières dans ses domaines (11 fév. 1888). Le Portugal protesta énergiquement, mais l'Angleterre passa outre et commença l'organisation du pavs. Les deux sociétés anglaises installées au sud du Zambèze, la Bristish Bechuanaland C'', et la Central British African C*^ fusionnèrent, et de leur alliance naquit la puissante Compagnie de l'Afrique du Sud, destinée à un si bruyant avenir. Chaudement appuyée par les plus hauts personnages de l'aristocratie, du gouvernement et de la linance, cette compagnie fut dotée, le 27 octobre 1880, d'une charte impériale qui lui conférait des droits souverains sur tous les pays situés au nord du liéchuanahuid, c'est-à-dire sur le Khania, le

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Matébélé et le Machona. M. Seelous recevait imméJiatonient du directeur de la Compaj^^nie, le trop célèbre Cecil Rhodes, l'ordre d'occuper militairement les territoires annexés.

C'était une provocation brutale et sans exemple. Le Portug:al v fit face avec un grand courage. Le 9 novembre 188'J, douze jours après la constitution de la Chartered C°,la Gazelle officielle de Lisbonne publiait un décret royal qui réorganisait l'administration du Mozambique, détachait l'Hinterland des districts cùtiers, et constituait une nouvelle province dite de Zumbo, comprenant le Machona et le Nyassa. Le Portugal tranchait le litige à son profit et réalisait la jonction à travers l'Afrique du Mozambique et de l'Angola.

Le 21 novembre, le cabinet anglais faisait savoir à Lisbonne qu'il ne tiendrait aucun compte de la protestation portugaise : en même temps, la presse de tout le Royaume-Uni entrait en ligne avec le débordement de violences et d'invectives auxquelles elle nous a fréquemment habitués. Mais la situation était trop tendue pour qu'on s'en tint à une guerre de plume : un incident de frontières allait précipiter les événenienis.

Depuis un an, le major Serpa Pinto, à la tète d'une troupe nombreu-e, opérait sur le moyen Zambèze et dans la vallée du Chin'. En novembre 1 889, il reçut du consul Johnston l'avis que l'Angleterre avait étendu sou protectorat sur le X3'assa et le bassin du Chiré. Serpa Pinto, trouvant la prétention exorbitante, continua d'avancer. Sur ces entrefaites, il apprit que les Makololos avaient

attaqué sur le Chirc un vapeur de la Compagnie des Lacs. 11 se dirigea vers les tribus rebelles, mais Johnston protesta contre cette intervention, déclarant qu'il n'avait nul besoin des troupes portugaises pour se défendre, et que, d'ailleurs, le pays étant anglais, Serpa Pinto, en venant le protéger, violait le territoire de la Grande-Bretagne.

Fort de son droit et de son devoir, l'officier passa outre : il attaqua les Makololos, les mit en déroute..., et ramassa sur le champ de bataille plusieurs drapeaux anglais que les indigènes tenaient de l'agent britannique.

Tout, dans cette aventure, témoignait, de la part des Anglais, d'une duplicité sans exemple. Voici un consul anglais agréé officiellement par les autorités portugaises et muni, par leurs soins, d'un passeport qui lui permet de résider et d'exercer ses fonctions dans le pays. Un beau jour il vient déclarer au gouvernement auprès duquel il est accrédité qu'il n'a jamais eu aucun droit sur ce pays» dont seule l'Angleterre est légitime souveraine. Ceci déjà est un procédé international d'un goût au moins douteux et certainement unique en son genre. jNJais ce qui suit est mieux encore. Les Anglais prétendant avoir été attaqués par les Makololos, Serpa Pinto s'avance pour les protéger ; il se heurte aux bandes nègres dont les Anglais s'étaient plaint et les trouve armées de fusils anglais, approvisionnées de poudre anglaise et couvertes du drapeau anglais. Il est bien permis à l'esprit le moins prévenu de ne voir en cette aiïaire

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qu'une machination inj^énieusc, ourdie par l'imagination fertile d'un agent dénué de tout scrupule, en vue de provoquer un éclat et de mettre le feu aux poudres.

Il atteignit son but sans coup férir. A la nouvelle du conflit sanglant survenu entre Scrpa Pinto et les protégés britanniques, une belle indignation se manifesta en Angleterre. Le Portugal s'était mis au ban des nations. C'était un peuple de flibustiers et de pirates.

Rien que la moi-t n'était capable D'expier son forfait; on le lui lit bien voir.

Au cabinet de Lisbonne, qui demandait naïvement de soumettre le différend à l'arbitrage des puissances, en application de l'art. 12 de la conférence de Berlin, lord Salisbury répliqua en envoyant, le 12 janvier 1890, l'ultimatum suivant :

« Le gouvernement britannique désire et insiste pour que les instructions suivantes soient envoyées immédiatement, par télégraphe, au gouverneur de Mozambique. Rappelez aussitôt toutes les forces portugaises se trouvant actuellemen t sur le Chiré, ainsi que sur les territoires des Makololos et du Machona. Le gouvernement britannique est d'avis que, faute de cela, les assurances données par le gouvernement portugais sont illusoires, et M. Pètre (le ministre anglais à Lisbonne) se verra forcé, conformément à ses instructions, de quitter immédiatement Lisbonne, avec tous les membres

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de la légation, s'il ne recevait pas, cette aprèsmidi, une réponse satisfaisante. »

C'était la guerre. Que pouvait faire le Portugal, sinon se résigner?

Le jour même, M. Pètre reçut la réponse de M. Gomez, ministre portugais des affaires étrangères. Elle était conçue en ces termes :

« En présence d'une rupture imminente avec la Grande-Bretagne et considérant toutes les conséquences qui pourraient en résulter, le gouvernement portugais se soumet aux exigences formulées dans la dernière note du gouvernement anglais. Tout en réservant les droits de la couronne portugaise sur les territoires sus-mentionnés de l'Afrique, ainsi que le droit qu'elle possède, en vertu de l'art. 12 de la conférence de Berlin, de recourir à un arbitrage pour la solution de la question en litige, le gouvernement du roi envoie au gouverneur de Mozambique les ordres que lui impose la Grande-Bretagne. »

Cette insulte faite à une nation qui, jusqu'alors, se vantait d'être la fidèle alliée de l'Angleterre, provoqua en Portugal une violente émotion qui faillit dégénérer en mouvement révolutionnaire. La foule se porta tumultueusement à la b'gation anglaise, brisa l'écusson et traîna son drapeau dans la boue. Le buste de Serpa Pinto fut promené en triomplie à Lisbonne et couronné de fleurs. Le patriotisme surchauffe; appelait à grands cris la guerre et, en quelques jours, une souscription nationale produisit plus de 10 millions, chilTre respectable pour un petit pays pauvre et peu peuplé.

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De toutes parts, des ligues se formèrent pour mettre à l'index les produits anglais *, et la plupart des Portugais administrateurs de compagnies anglaises donnèrent leur démission.

L'irritation n'était pas moins vive dans les sphères politiques. Le Parlement refusa de ratifier ce qu'il appelait la capitulation du gouvernement et renversa le ministère. C'était injuste, car M. Gomez avait été jusqu'au bout du possible et avait courageusement défendu l'honneur de la couronne et l'intégrité du territoire. Enfin, le roi lui-même, s'associant à l'indignation populaire, renvoya à la reine Victoria les insignes des ordres du Bain et de la Jarretière.

L'Angleterre supportait pliilosopluquement ces colères légitimes mais impuissantes. Elle avait atteint son but, peu lui importait d'avoir violé le droit.

Cependant, il devenait urgent de délimiter les sphères d'influence qui résultaient du nouvel état de choses. Telle était, au Mozambique, l'exaspération des esprits que de nouveaux conflits parais-

1 II est curieux de constater que ces menaces furent mises à exécution, et que les événements de IS'.'O-l.Syi eurent un contrecoup sensible sur l'orientation du commerce portugais. Il est très rare de voir ainsi la passion politique dominer les intérêts matériels. En 18^2, sur un mouvement commercial total de 332 millions, la part de l'Ani^Ieterre s'élevait à 145 millions, soit 43 0/0. En 1889, sa part n'est plus que de 39 0 0, en 1890, de 34 0/0 et de 27 0/0 en 1897 (102 millions sur 377 millions). Si l'on s'en tient aux seules importations, la diminution est plus frappante encore. Elles ont passé de 85 millions en 1882 (44 0,0 du total) à 54 millions (soit 21 0/0) en 1890, et à 35 millions (soit 15 0/0) en 1897. En quinze ans, l'Anyleterre a donc perdu un débouché de Gl millions.

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saient imminents. Déjà un premier traite avait été conclu le 20 août 1890, mais les Cortez l'avaient repoussé. Pour gagner du temps, on s'accorda à signer un modus videndi d'une durée de six mois^ qui neutralisait en quelque sorte les territoires litigieux, les deux parties s'engageant à n'y signer aucun traité et à n'y faire aucun acte de souveraineté. Ces territoires étaient délimités de la façon suivante : à l'est, le cours du Ruo, affluent du Chiré ; le Chiré jusqu'à son conlluent avec le Zambèze ; la frontière orientale du Machona, jusqu'au fleuve Sabi ; au sud, la ligne de partage des eaux entre les bassins du Zambèze et du Limpopo, jusqu'aux rapides de Catima sur le Zambèze; à l'ouest, le cours du Zambèze jusqu'au confluent du Kabompo, et le cours du Kabompo jusqu'aux frontières de l'Etat du Congo. L'Angleterre obtenait gain de cause sur toute la ligne. Néanmoins, elle ne se crut pas obligée de respecter les stipulations si larges de la convention précédente. A peine l'accord était-il conclu que l'expédition de M. Colquhoun pénétrait au cœur du Machona, en plein territoire contesté, et s'arrêtait à la frontière portugaise où elle fondait le Fort Salisbury (15 septembre 1890). Là elle était aux portes du JManica, qui avait été laissé en dehors des clauses du traité et par cela même demeurait au Portugal. Un colonel portugais, M. de Païva d'Andrade y résidait, avec des troupes sans aucune opposition du gouvernement anglais. Malheureusement, le Manica renfermait de grandes richesses aurifères. Son sort était donc réglé dans

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l'esprit des administrateurs de la Chartered. A la fin de novembre, M. Colquboun écrivit au colonel Païva d'Andrade pour le sommer d'évacuer le pays, où il allait installer un résident anglais. Le colonel crut à une mauvaise plaisanterie, mais quelques jours après sa troupe fut surprise dans le Kraal d'Oumtasa par les gens de la Chartered. Sans armes et sans défiance, les Portugais ne purent opposer aucune résistance : tous les officiers furent faits prisonniers et dirigés sur le Cap.

Le gouvernement de Lisbonne protesta contre cette nouvelle violation du droit des gens : l'Angleterre répondit en faisant forcer par une escadrille de canonnières les passes du Zambèze.

Il n'y avait rien à espérer d'un adversaire qui ripostait par des coups de [canon à des notes diplomatiques et à des demandes d'arbitrage. Cédant à la force, le cabinet de Lisbonne s'inclina de nouveau et signa, le 11 juin 1891, un traité qui réglait définitivement toutes les questions en litige. Ce traité reproduisait les principales dispositions de la convention de 1890. Tous les territoires neutralisés l'année précédente étaient reconnus appartenir à l'Angleterre. En outre, le Manica était détaché du Mozambique, mais le Portugal recevait en échange un territoire de 80 000 kilomètres carrés entre le Chiré et Zumbo. Tl est inutile d'ajouter que for n'avait pas été signalé dans ce district '. Le Zambèze était ouvert à la libre navigation ; le

' Il faut ('gaiement si,i,^naler uno inodiMcation singulière imposée au Portugal, en ce qui concerne la frontière est de la province d'Angola. Au Zambèze et au Kabompo, qui, en 1890,

Portugal s'engageait à construire, à bref délai, une ligne de chemin de fer dans la vallée du Pungwé jusqu'à la frontière anglaise. Enfin, les deux parties s'accordaient, en cas d'aliénation, un droit de préemption réciproque sur leurs possessions. Ce traité, a jusqu'ici été respecté.

Nous avons insisté sur ces événements qui constituent une phase capitale de l'histoire de l'Afrique. Entre les deux, puissances, dont l'une avançait à marches forcées du sud au nord, et Tautre sN'tendait hâtivement de l'ouest à l'est, un choc était inévitable, où le plus faible devait succomber. En fait, le traité de 1891 consacra la ruine du rêve séculaire des Portugais. Désormais, l'Angola et le Mozambique étaient séparés par les possessions britanniques, et toute espérance de constituer un grand empire inter-océanique était irrémédiablement perdu. L'Angleterre était parvenue à ses fins. Son territoire s'étendait sans interruption du Cap au Ïangan3^ka, sur une moitié de l'Afrique. Cette expansion prodigieuse est assurément une belle œuvre de persévérance et d'adresse ; mais elle est, avant tout, un monument sans exemple de d('loyauté, et c'est sous cet aspect que l'histoire doit la juger. Envers les Portugais comme envers les IJoërs de l'Orange et du Trans-

avaienl ôtt* lixrs comme limite, l'An.^letei-re substitua, en IS'Jl, « la limite occidentale du pays des Barotst^s ». L'An^deterre piV'lendit que les deux expressions citaient équivalentes. Mais alors pourquoi remjilacer une expression précise et nette j)ar une lunnule vague et indi'termiuée 1 L'Angleterre n 'a-t-elie pas intentiounellehient déjjosé le f,'-erme des discordes Cutures ?

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vaal, l'Angleterre no s'est jamais souciée de la plus vulgaire équité. La ruse ou la violence ont marqué chacun de ses pas eu avant. Rarement le droit des gens a été foulé aux pieds avec une aussi parfaite sérénité.

Quant au Portugal, il a porté la peine de ses fautes. Installé depuis des siècles sur les rives des deux Océans, en possession des meilleurs ports de la côte, toutes les espérances lui étaient permises. 11 n'avait qu'à vouloir pour dominer dans toute rAfrique du Sud. Toutefois, jusqu'en 1880, rien n'était perdu. A ce moment, l'Angleterre n'avait pas dépassé le fleuve Orange ; si alors le Portugal avait vigoureusement poussé ses colonnes le long du Zambèze et du Chiré, occupé militairement le Machona^ le Matébélé, le Nyassa, les Anglais arrivant dix ans plus tard se seraient trouvés en face d'une situation de fait qu'il aurait bien fallu respecter.

Malheureusement, les Portugais commirent alors une faute capitale qui leur fît perdre un temps précieux. Ils s'entêtèrent à chercher querelle au roi Léopold au sujet du Congo, sans se rendre compte qu'il était trop tard, que leurs droits historiques ne pouvaient tenir devant les découvertes de Stanley et l'initiative du roi des Belges et qu'ils acceptaient un rôle un peu ridicule en faisant le jeu des Anglais. Lorsque cette question fut réglée à leur détriment, ils dirigèrent tous leurs efTorts sur l'IIinterland de l'Angola et la délimitation de leurs frontières avec l'Etat indépendant, (i'étaicnt là autant de fautes de tactique. Leur

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meilleure base d'oporalion n'était pas l'Angola, mais bien le Mozambique, où ils avaient, par le Zambèze et le Chiré, une voie d'accès facile sur l'intérieur. Leurs voisins les plus redoutables n'étaient pas les Belges, mais bien les Anglais. Le but le plus avantageux à atteindre comme aussi le plus rapproché et le plus accessible, n'était pas l'Hinterland de l'Angola^ mais bien celui du Mozambique et les régions aurifères du Manica et du Macliona. Or, ils ne se décidèrent à agir par l'est que vers 1886 : il n'était plus temps, les Anglais étaient là.

Au reste, ceci n'est pas pour justifier les procédés inqualifiables de l'Angleterre, ni pour diminuer la belle défense du Portugal et l'énergie honorable qu'il a montrée au cours de la lutte : c'est tout simplement une preuve à ajouter à tant d'autres, qu'en matière coloniale comme en toute chose.

Rien ne sert Je courir, il faut partir à point.

Le précepte est d'autant plus vrai qu'on a affaire à un adversaire moins scrupuleux.

Le Portugal est donc aujourd'hui réduit à ses deux colonies de Mozambique et d'Angola. Si ce domaine de 2 200 000 kilomètres carrés et de 0 millions et demi d'habitants est peu de chose auprès de son vieil empire colonial et des espérances qu'il pouvait légitimement concevoir, il n'est pas à di'daigner. Par sa situation géographique et son développement économique, il pèse encore d'uiî grand poids dans la balance des in-

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térêts européens en Afrique. Nous n'en voulons pour preuve que les compétitions ardentes dont il est toujours l'objet.

Assurément, il reste au Portugal beaucoup à faire pour tirer parti de ses vastes colonies, mais il y travaille avec ardeur et s'il ne dépendait que de lui, il demeurerait une grande puissance africaine. Nous verrons malheureusement que sa route est semée des plus graves dangers et qu'il a tout à craindre des années qui s'avancent.

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