‹ La conquête de l'AfriqueChapitre 15 sur 30 · SITUATION ÉCONOMIQUE ET COMMERCIALE DES POSSES- SIONS PORTUGAISES · texte numérisé non relu

SITUATION ÉCONOMIQUE ET COMMERCIALE DES POSSES- SIONS PORTUGAISES

I. — Aspect général des possessions portugaises. L'Angola : le chemin de fer d'Ainbaca. Compagnies coloniales et ressources naturelles. Société de Mossammédès. Mouvement commercial.

II. — Le Mozambique. Son importance comme colonie de transit Delagoa bay et Lourenço Marquez. Le chemin de fer du Transvaal. Le port deBeira, et le chem-indefer de la Rhodésie. Compagnies à charte créées par le Portugal. La Coraj)agnie de Mozambique. Autres entreprises coloniales et minières.

IlL — Résjimé de la situation économique. Mouvement commercial total. Prépondérance des Anglais. Le Portugal doitil vendre ses colonies?

Les événements de 18U0-1891 onl été, pour le Portugal, une leçon cruelle, mais l'issue désastreuse de sa lutte avec le puissant larron qu'il eut le malheur de trouver sur son chemin eut au moins pour résultat de lui ouvrir les 3'eux sur ses fautes passées. Trop fier de ses lauriers anciens, il

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avait cru longtemps que rien ne pourrait prévaloir contre ses droits historiques ; mais dans la mêlée universelle des intérêts et des passions, de pareils droits n'ont de valeur que s'ils sont défendus par des soldats et justifiés par un labeur quotidien. Le Portugal l'apprit à ses dépens. Il paya de ses plus li'gitimes et de ses plus chères espérances la faute d'avoir, pendant près d'an siècle, fait faillite à ses glorieuses traditions. 11 expia ses longues dissensions intestines, les misères de sa politique et la déplorable gestion de son patrimoine et de ses finances. Nous allons maintenant assister à ses généreux efforts pour sauver ce qui n'était pas irrémédiabiement compromis, et pour tirer parti, au nom du progrès et de la civilisation, du domaine qui lui était reconnu.

Si la question politique et territoriale était réglée sans appel (car on peut être sur qu'un procès gagné par 40 millions d'Anglais sur 4 millions de Portugais ne sera jamais ni cassé ni revisé, du moins en faveur de la partie perdante), la question économique restait entière. Aux colonies portugaises, tout manquait à la fois, les colons comme les capitaux. La mère patrie y avait dépensé beaucoup d'or, versé le sang de ses enfants, encouru à son sujet de dures humiliations et de longs soucis, mais elle n'en obtenait aucun accroissement de puissance ou de richesses. Rien n'attirait, dans les ports de l'Angola ou du Mozambique, les vaisseaux portugais, et parmi les 20 000 ou 30 000 émigrants, qui, chaque année, quittaient les bords du Tage et du Douro pour aller chercher fortune

dans les pays d'outre-mer, à peine quelques-uns se dirigeaient-ils vers l'Afrique du Sud.

En quinze ou vingt ans, la situation va changer complètement ; arrêtons-nous ici quelques instants et montrons quel long chemin a été parcouru en ce court espace de temps.

Dans l'œuvre de colonisation entreprise par les Portugais, la nature du sol et du climat, comme aussi la situation géographique de leurs deux provinces, devaient avoir une influence considérable.

L'Angola, nous l'avons vu, se partage selon la latitude, en deux régions distinctes. Le Nord est soumis au régime des tropiques, et, comme au Congo, la foret vierge et la savane produisent en abondance l'ivoire, le caoutchouc et le café. Au delà du fleuve Coanza, tout change de caractère. L'Européen s'acclimate facilement dans le district de Mossamédès et le bassin du Counène, sur un sol favorable à l'élevage et à la culture de tous les produits de la zone tempérée. Colonie d'exploitation daus le nord, colonie de peuplement dans le sud, voilà l'avenir de ce pa}^^.

Le Mozambique est tout différent. Sur ses 17 degrés en latitude, il conserve plus ou moins son aspect tropical. Tantôt aride et désert, tantôt, au contraire, marécageux et couvert de massils forestiers impénétrables, il est partout très chaud, toujours malsain et le plus souvent peu fertile. Ce n'est pas une colonie d'exploitation avantageuse ; c'est bien moins encore une colonie de peuplement. Le Portugal pouvait seulement espérer s'en faire une base d'opération de premier ordre ; mais

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les Anglais lui ayant barré le chemin, le Mozambique n'était plus pour lui qu'une colonie de transit, destinée à drainer les richesses de l'intérieur.

Tels étaient, pour ces deux pays, les éléments de prospérité qui pouvaient être mis en œuvre. Après de longues hésitations et quelques erreurs, les Portugais lînirent par les discerner et ils agirent en conséquence.

Installés en Angola depuis quatre siècles, les Portugais étaient, pendant longtemps restés coniinés sur la côte. Ils y avaient fondé plusieurs villes, dont quelques-unes de réelle importance. Au premier rang figurent Saint-Paul de Loanda, la capitale de la province, et Saint-Philippe de Benguella, qui datent toutes deux du xvii® siècle^ et furent en leur temps les premières places commerçantes de l'Afrique occidentale. Plus tard, elles ont connu des revers de fortune ; elles sont aujourd'hui, grâce aux chemins de fer, sur la voie d'une nouvelle prospérité.

C'est un fait remarquable que les Portugais, si décriés pour leur inertie par leurs voisins d'Afrique, ont été les premiers à créer des chemins de fer dans l'Ahique tropicale. Dès 1875, ils avaient décidé la création d'une ligne qui, partant de Saint- Paul de Loanda, remonterait la vallée du Coanza et aboutirait à Ambaca. Des embarras financiers entravèrent l'exécution de ce plan. Néanmoins, en IS'.li-, le Portugal présentait 200 kilomètres de lignes exploités, dépassant de beaucoup ce que les Français, les Belges, les Allemands et même les

Anglais avaient fait dans de semblables conditions. Enfin, le 8 mai 1800, la première locomotive arrivait à Ambaca. Ce long travail fait bonneur à ceux qui l'ont mené à bien. La compagnie portugaise n'avait pas derrière elle, comme la compagnie du cbemin de fer du Congo, un Etat riche disposé à tous les sacrifices pour la réalisation de ses projets. Elle n'avait pas non plus le mirage d'un immense bassin navigable à relier à la mer ; on allait un peu au hasard avec des ressources très limitées,, sans autre appui qu'une garantie d'intérêt promise par un gouvernement toujours menacé de la faillite. La compagnie royale a vaincu les plus graves difficultés. Tout fait espérer qu'elle sera récompensée de ses efforts K Là, d'ailleurs^ ne se

1 La ligne d'Ambaca était projetée depuis 1875. Le tracé fut arrêté en 1S79. En 18S7, la compagnie royale des chemins de fer transafricains reçut la concession. Les travaux commencèrent en 1888 et furent terminés en mai 1899. La ligne a 305 kilomètres de long. Partie de Loanda, sur la mer, elle suit à quelque distance la rive droite du Coanza, s'engage dans une région montagneuse et aride où elle s'élève jusqu'à 822 mètres, et débouche dans la vallée de la Loucalla, tributaire du Coanza, où est située la ville d'Ambaca. Le cahier des cliarges de la compagnie est assez lourd. En revanche, le gouvernement lui a accordé une garantie d'intérêt de G pour 100 et un minimum de recettes kilométriques de 6 GG6 fr. Les travaux ont été conduits avec beaucoup d'habileté et d'économie par des ingénieurs français. On a dépensé environ 53 millions de francs, ce (lui fait ressortir le prix de revient kilométrique à 145 000 fr. en moyenne. Au Congo, il s'est élevé à 1G9 000 fr., alors que l'écartement des rails n'est que de 0'",75, tandis qu'il est de 1 mètre surlaligne d'Ambaca. (Juant aux diflicultés tecliniques, elles apparaissent à peu j)rès équivalentes.

L'afîaire parait devoir devenir avantageuse avec le temps. La recette totale a passé de 77,000 fr. en 1889-90 (soit 962 fr. par kilom.)à 11.50 000 Ir. en 1896-97, ce qui représente 3 833 fr. par kiloin. 11 faut d'ailleurs remarquer qu'en 1896-97, la ligne n'était encore exploitée que sur 300 kilom., et s'arrélait à

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sont pas bornées ses ambitions. Elle construit en ce moment GO kilomètres d'embranchement dans la vallée du bas Coanza et étudie le prolongement de sa ligne principale jusqu'à Gasbandje, sur le Couango ; elle en a déjà accepté la concession. Le Portugal aurait alors une voie de pénétration de 800 à yOO kilomètres, reliant le bassin du Congo à la mer, s'approchant à moins de 400 kilomètres du Zambèze et constituant une amorce des plus sérieuses au futur transafricain.

Un autre chemin de fer de 30 kilomètres de long a été établi plus au sud entre Saint-Philippe de Ben-

G5 kilom. de la région riche et fertile qu'il s'agissait de relier à la mer. Les exercices suivants, et surtout l'exercice 1899- 1900, durant lequel la ligne entière aura été exploitée seront évidemment très supérieurs. (170 000 fr. en octobre 1899.) On restera loin évidemment des résultats extraordinaires obtenus au Congo. C'est que la situation n'est pas la même. Le chemin de fer d'Ambaca n'aboutit pas à un réseau fluvial de 20 000 kilom. Il se borne à ouvrir un débouché à une région très fertile, mais dépourvue de voies de communications naturelles. D'autre part, la compagnie d'Ambaca, ayant de son n'ile un sentiment plus juste et plus élevé, n'a pas voulu profiter de son monopole effectif pour imposer aux voyageurs et au commerce des tarifs fantastiques. On peut en juger par les chifl'res suivants :

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