SITUATION DES POSSESSIONS PORTUGAISES
compagnie du Mozambique et du gouvernement portugais. Elles sont soutenues par de puissants syndicats financiers tels que l'Océana O et Tlbo investment. Aucune de ces exploitations n'est encore sortie de la période des débuts. Très rares sont celles qui donnent des résultats. Quelquesunes, néanmoins, peuvent avoir de l'avenir. Assurément le Mozambique ne s'annonce pas comme un nouveau Transvaal ; il reste même loin derrière la Rliodésie. Ce ne sera jamais un pays agricole ni industriel, mais enfin il ne faut pas blâmer les efforts de ceux qui prétendent tirer du sol tout ce qu'il peut donner. En tous cas le développement de Lourenço-M arquez et de Beira amènera sûrement dans ces deux villes et les régions voisines un mouvement d'affaires, où l'industrie portugaise pourra trouver des débouchés avantageux.
Avant de clore ce chapitre, il ne sera pas inutile de résumer en quelques chiffres les indications que nous avons donnt'es de part et d'autre et de montrer ce que le Portugal retire de son domaine colonial.
Je ne crois pas que cette conclusion soit défavorable au Portugal et à ses colonies.
Dans l'Angola et le IMozambique, le mouvement total du commerce s'est élevé, en 1898, à 170 millions de francs environ. Les deux provinces exportent pour 38 millions de produits; elles en reçoivent pour 82 millions : quant à la valeur du transit, elle s'élève à 51 millions.
Sur ces totaux, la part de la mère patrie paraîtra assez minime, h^llc n'atteint que 16 0/0, soit une trentaine de millions. Les Anglais n'ont pas manqué d'en faire des gorges chaudes : les colonies portugaises, disent-ils, échappent entièrement à la métropole; celle-ci ne tire aucun parti d'un domaine onéreux, et son intérêt bien entendu est de liquider la situation.
Depuis de longues années^ ils brodent sur ce
thème et s'ingénient à obtenir du Portugal la cession de sa part de souveraineté en Afrique. Jusqu'ici, le Portugal lait la sourde oreille; il estime que ses colonies sont une partie intégrante et nécessaire de sa puissance, et il n'a pas tort. En dehors des statistiques commerciales, beaucoup d'autres éléments doivent entrer en ligne de compte pour juger sainement des choses. Le Portugal ne pouvant prétendre à jouer un rôle en Europe n'a de raison d'exister que s'il reste une grande puissance africaine. Il a besoin d'entretenir chez lui l'esprit d'initiative et d'aventure, et de se ménager pour l'avenir une réserve de territoire où ses enfants pourront émigrer et fonder une nation sœur. Peut-être sont-ce là des raisons de sentiment, mais ces raisons ne sont-elles pas souvent toutes-puissantes sur l'esprit des peuples? Un gouvernement soucieux de ses devoirs et de ses intérêts ne peut pas marcher contre elles. Tout au plus pourrait-il y renoncer si l'Angola et le Mozambique constituaient pour lui une lourde charge sans aucune compensation ; mais tel n'est pas le cas. Les deux provinces équilibrent leurs recettes et leurs dépenses à quelques centaines de milliers de francs près. Diverses obligations incombent, il est vrai, au Trésor portugais, mais elles ont bien diminué depuis la création des compagnies à charte et la pacification du pays, et ce n'est pas le budget colonial qui grève lourdement les finances de la métropole (10 millions environ sur 2G0 millions). Le Portugal doit-il dans ces conditions renoncer à des colonies où il exporte
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annuellement pour une vingtaine tic millions de marchandises où 7 à 8000 de ses nationaux vivent du produit de leur travail et de leur industrie? Je ne le crois pas,
Dans le fond de leur pensée, les Anglais sont certainement du même avis ; car s'ils s'évertuent à prêcher le Portugal, ils ne cachent pas qu'ils ont surtout en vue les intérêts supérieurs de toute l'Afrique du Sud dont ils prétendent être les hauts représentants : ce N'est-ce pas un crime de lèsehumanité, disent-ils, de laisser entre des mains incapables les plus beaux ports de la côte ? Si le pavillon anglais flottait à Lourenço-Marquez et à Beira, les destinées africaines seraient changées du jour au lendemain. » C'est là évidemment le point délicat. Nous n'avons pas caché, dans les pages qui précèdent, que, sous les exagérations intéressées des critiques anglaises, se cachait une part de vérité. Si la situation s'améliore chaque jour sous la pression des événements ; si depuis vingt ans, le domaine portugais a réalisé des progrès de bon augure pour l'avenir, il n'en reste pas moins vrai que le ^Mozambique ne marche pas en avant d'un pas égal aux anciennes possessions britaniques au Transvaal, et même à la Rhodésic ; que, tandis que ces pays, largement fécondés par les centaines de millions prodigués à pleine main, s'élancent toutes voiles dehors vers les plus brillantes destinées, le Mozambique les suit de loin, sûrement, mais lentement, d'une démarche hésitante et timorée. Delà, entre l'intérieur et la côte, des tiraillements inquiétants, un défaut d'harmonie dont les conséquences
peuvent devenir graves, et sont en tous cas gênantes.
Voilà ce que les Anglais ne se lassent pas de répéter. D'ailleurs, ajoutent-ils, tout ce qui a été fait au Mozambique est le produit de l'industrie britannique. Les deux chemins de fer ont été construits avec l'argent anglais ; anglaises également sont toutes les compagnies minières ; anglais, du moins en partie, les capitaux des compagnies à charte. Enfin, près de la moitié du commerce et la presque totalité du transit sont entre des mains anglaises. S'il est vrai que les droits politiques d'une nation ne soient que la consécration de son influence économique, le pavillon britannique doit flotter du Zambèze à Delagoa-bay.
A ce raisonnement, les Portugais pourraient répliquer qu'ils sont maîtres chez eux : qu'ils acceptent volontiers l'argent étranger parce qu'ils sont pauvres, mais que si les capitalistes anglais font chez eux de bonnes alTaires, ce n'est vraiment pas pour l'Angleterre une raison de s'emparer de leur pays. Mais est-ce bien là une réponse propre à calmer les appélits irrités de leurs voisins? Trop grande est la foi de l'Angleterre en son étoile pour abandonner une proie avantageuse ; trop grande sa confiance dans les détours secrets de sa politique et les artifices captieux qu'elle met au service de ses intérêts. Déjà nous avons dit quel assaut elle a donné en 1890-1)1 à la puissance portugaise. Ce premier succès ne lui a pas suffi. Depuis lors elle n'a jamais cessé de rôder autour des frontières rétrécies de ses voisins, cl de chercher toutes les fis-
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sures pour se glisser dans la place. Elle croit aujourd'hui être à la veille de réussir. Peut-être serat-elle, au dernier moment, surprise de trouver devant elle des concurrents imprévus et redoutables.