‹ La conquête de l'AfriqueChapitre 23 sur 30 · SITIATION ECONOMIQUE ET COMMERCIALE DES POSSES- SIONS ALLEMANDES · texte numérisé non relu

SITIATION ECONOMIQUE ET COMMERCIALE DES POSSES- SIONS ALLEMANDES

I. — Desci'iption physique et productions naturelles des colonies allemandes. Le Sud-Ouest allemand. L'Kst africain allemand. Le Togo. Le Cameroun. Colonies d'exploitation et immiiiration européenne. Colonisation allemande. Les Compagnies coloniales. Voies de communication et chemin de fer.

IL — Résultats généraux obtenus par les Allemands dans leurs colonies. Mouvement commercial. Procédés de colonisation employés. Fautes et erreurs commises. La question des indigènes. L'affaire l^eters. L'affaire Leitz. Le commerce de l'Allemagne avec ses colonies. Le budget colonial. Avenir économique des colonies allemandes.

Los colonies allomandes ont en moyenne de quinze à seize ans d'existence. Il est donc bien diflicile de se faire une idée de leur valeur, car, plus que toute autre œuvre humaine, de pareilles entreprises ont di'oit à un très long crédit. Seul ou presque seul en Afrique, l'Etal du Congo a fait exception à celte règle, et moins de vingt ann('es après sa naissance, est entii' dans la péi'iode des féconds résultais. Certes, l'industrie des hommes

n')^ est pas étrangère, mais les hommes n'auraient rien chani2ré au cours ordinaire des choses si la nature n'avait comblé ce pays des dons les plus rares et les plus abondants. Aucune autre région africaine ne présente autant d'éléments de prospérité. Sans doute, en maint autre endroit, colons et marchands ont devant eux de belles perspectives, mais en môme temps ils sont en butte aux rigueurs d'un climat implacable, à l'hostilité des tribus, à l'absence de voies de communication, tous obstacles dont le temps seul peut triompher.

Les colonies allemandes ont suivila loi commune, et si leur développement est lent, il faut moins en accuser leurs maîtres que la nature '.

L'Afrique du sud-ouest, par exemple, compte parmi les régions les plus déshéritées du globe. « \ la regarder, a dit un Allemand, un chien hurlerait de tristesse. » Et, en effet, rien n'est plus lamentable que cette longue côte de 1 500 kilomètres, basse, sablonneuse, où les dunes alternent avec les flaques saumàtres. Deux havres plus que médiocres rompent seuls la monotonie du littoral : l'un est Walfish-bay que les Anglais se sont réservé ; l'autre, Angra Pequeîïa, est le centre des établissements allemands. Partout l'eau manque au point qu'on doit en faire venir du Cap pour

1 M. Hauser a publié en 1899, dans la liexiue des questions diplomatir/ues et coloniales, une série d'articles sur les colonies allemandes, qui nous ont beaucoup servi pour cette partie de notre travail. Les ressources naturelles et la valeur économique de ces régions y ont été étudiées de très près sur des documents de première main, et on y trouve une foule de renseib'nements très utiles et très intéressants.

ralimentation. Derrière cotte zone de sable s'étend un immense désert pierreux coupé de gorj^^es profondes où l'on trouve parfois quelques vestiges de verdure. Plus loin, enfin, on entre dans la région relativement habitable, l.e pays devient montagneux, semé de bois et de prairies, mais la sécheresse intense (il tombe en moyenne 0"\0i- d'eau par an) et l'absence de toute rivière empêchent la végétation de se développer. Puis le désert recommence : ce sont alors les grands steppes salés de Kalahari au milieu desquels est tracée la frontière anglo-allemande.

L'extrême nord de la colonie est mieux partagé. Le bassin du Gounène est tempéré et bien arrosé ainsi que la vallée de l'Okawampo, tributaire du lac Ngami, mais l'Allemagno n'a qu'une faible partie de ces districts fertiles. La rive droite du Gounène est portugaise, et les Anglais ont gardé le lac Ngami et les vallées inférieures des ileuves qui en dépendent.

Quant au reste de la colonie, il n'a qu'une valeur économique très minime. A peine peuplée (200 000 habitants pour 831 000 kilomètres carrés), il n'offre au commerce d'échange que de bien maigres perspectives. L'élevage pourrait donner quelques résultats, particulièrement dans le nord, mais les pâturages desséchés et brûlés du soleil sont très insuffisants ^ C'est encore la côte, si désolée qu'elle soit, qui fournirait le plus de res-

' Dans lo Damaraland, il faut parfois 50 000 hectares de pùturai;e pouo nourrir un troupeau de i 000 tètes.

sources. On y récolte du guano ; malheureusement, les plus riches dépôts se trouvent dans les îles anglaises ; aussi l'industrie allemande doit-ello se contenter des produils de la pèche qui est très abondante '.

En somme, tout ce pays est des plus misérables. Seule, la découverte de richesses minc-rales lui donnerait de la vie, mais jusqu'ici les résulats n'ont pas r('pondu aux espérances. Les gisements reconnus tor, plomb, cuivre) sont pauvres et les difficultés d'exploitation considérables.

Dans Test, nous trouvons des rivages plus hospitaliers. Le long de cette côte de l 200 kilomètres, les points d'atterrissementsont nombreux : Tanga, Pangani, Saadani, Bagamo3"o et surtout Dar-es- Salam, le principal port de la colonie qui offre aux plus gros vaisseaux un ancrage très vaste, bien d('fendu par une passe étroite. Dans l'inl»'rieur, la souveraineté de l'Allemagne s'étend sur un territoire de près de 1 million de kilomètres carrés, où vit une population de 4 à o millions d'habitants. Cette densité est encore bien faible : c'est qu'en effet certaines régions, principalement dans le sud, sont désertes et arides. Dans le nord et l'ouest, au contraire, le pays est riche et peupli-, et les voyageurs en ont laissé des descriptions enthousiastes. Cameron vante rOusagara, sa fertilitéin('[»uisuble, ses cultures, ses troupeaux et ses magnifiques forets; Thomson et (liraud le cé'-

1 On capture même dans ces para,i:es des phoques et des baleines.

lèbrent comme l'une dos plus helles contrt'es de l'Afrique. L'Ousambara et l'OugOjjio sont aj)j)arus à Krapf et à Stanley comme des Suisses atricaines, pays montagneux et sains où des eaux courantes entretiennent la fraîcheur des pàturaj^œs et la splendeur de la v('g('tation. Plus à l'ouest, le terrain s'élève encore aux approches du Kilimandjaro qui dresse sa cime à plus de 5 000 mètres audessus d'imp(''n(''trables forêts vierges. Enlin, dans l'extrême ouest des possessions allemandes, l'Ounyamouensi et toutes les nagions situées au sud du lac Victoria nous ont <'té décrites par Stanley comme d'admirables pays d'élevage et de culture, qui, dit-il, ont, durant la saison des pluies, l'aspect do parcs anglais.

Pout-olre faut-il rabattre un peu du lyrisme des voyageurs et do leurs brillantes descriptions. Toutefois il paraît certain que ce pa3's, dans son ensemble, olfre de nombreuses ressources naturelles. La moitit- de sa superficie, environ, est propre à la culture et à l'élevage. L'autre moitié se partage en parties ('gales entre la forêt et le d('sert. Dans les régions basses, les essences tropicales se d('vcloppent merveilleusement, et les plantes d'h'.urope paraissent prospi-rer dans les massifs montagneux de l'intérieur.

Nous arrivons enlin au Togo et au Cameroun, où se sontporti's de préférence les efforts de la colonisation allemande.

Le Togo, à qui les Français et les Anglais ont fermé tout accès sur l'intérieur, n'a guère que 82 000 kilomètres carrés. Le loni;- du littoral rè^ne

la redoutable barre des cotes de Guinée, qui a si longtemps nui au développement de ces régions, et les deux centres commerciaux du pays, Petit-Popo et Lomé, ne seront véritablement des ports que le jour où des wharfs permettront aux navires de débarquer et d'embarquer leurs cargaisons en dehors de la zone dangereuse '. Le climat est essentiellement tropical et malsain. A peu de distance de la mer, le sol se relève et se couvre de forêts où abondent les palmiers, les arbres à caoutchouc, les caféiers, etc. Plus loin commence le vaste plateau soudanais, pays de culture et d'élevage, relativement sain et très fertile. La population est extraordinairement dense pour l'Afrique. On l'estime à

2 millions d'habitants, ce qui représente vingt-cinq habitants au kilomètre carré.

La colonie de Cameroun (500 000 kil. et

3 oOO 000 hab.) comprend trois régions distinctes- : i° une région guinéenne tournée vers la côte et à laquelle on donne plus spécialement le nom de Cameroun ; 2° l'Adamaoua ou bassin supérieur de la Jîenoué, dépendance naturelle de la région du Niger ; 3° au nord, des portions du Belda et du Bornou orientées vers la cuvette du Tchad. Au point de vue géographique, comme au point de vue politique ou t3Conomique, ces trois régions sont très dilîérentcs entre elles.

La côte allemande s'étend sur une longueur do

1 Le budfçet de 1899 prévoit des crédits pour l'établissemont d'un wliarl'à Lomi-, analogue à celui que nous avons install«''à Kotonou, dans le Dahomey.

- llauser, o^j. cit.

320 kil. entre le Rio dcl rey et le Rio Campo, au fond du golfe de Guinée. Toute la partie sud de cette côte est inabordable. Elle est uniformément plate, et la barre ainsi que de nombreux récifs rendent difficile la communication avec la haute mer. Mais dans le nord s'ouvre un long et profond chenal qui sert d'estuaire au fleuve Cameroun, vaste havre naturel où peuvent mouiller les plus gros navires. C'est là que se trouvent les deux princij^aux poits de la colonie, Victoria et Cameroun. Par malheur la zone côtière, sillonnée d'un réseau de bras de mer et de canaux, n'est qu'un immense marécage infesté de fièvre. Ces déplorables conditions climatériques sont en partie corrigées par le voisinage immédiat du pic Cameroun, qui s'élève juste au-dessus du rivage et olfre aux Européens un asile relativement tempéré, où ils ont pu installer de nombreuses plantations.

Au delà du marais, on entre dans la forêt vierge qui s'étend jusqu'au pied du plateau africain. C'est la forêt tropicale avec ses baobabs, ses cotonniers géants, ses manguiers, ses caféiers sauvages, ses kolatiers, ses lianes à caoutchouc ; puis on débouche dans la savane, où la population devient j)lus dense, où apparaissent l'agriculture, le commerce, et un bien-être relatif.

Toute cette région est dans la dépendance économique des ports de Cameroun et de Victoria, mais il n'en est plus de môme de TAdamaoua, qui prolonge au nord la colonie allemande, « pays de plateaux et de montagnes, arrosé et cultivé, avec de grandes prairies d'élevage et, vers le Tchad,

des steppes parcourus par les éléphants et les girafes. On est là en plein pays soudanais et musulman. L'islam a substitué, aux organisations rudimentaires des pays bantous, de véritables Etals, militairement et politiquement constitués ' ». On y trouve de vraies villes : l'une d'elles, Ngaoundéré, a plus de 30000 habitants. Ces villes sont de véritables centres industriels (coton, tanneries, poteries, ivoire, sel). Mais jusqu'ici les Allemands n'ont pas réussi à détourner ce mouvement commercial vers leurs établissements. La majeure partie emprunte la voie de la lîénoué et du Niger, et débouche en territoire anglais, et l'autre s'oriente à l'est vers le Tchad.

Dans son ensemble, la colonie de Cameroun est donc fort intéressante. Elle abonde en produits naturels (caoutchouc, ivoire, huile de palme, cacao, café, etc.) Elle est susceptible d'un grand développement agricole et commercial; c'est peut-être, ù l'heure actuelle, la plus importante des colonies allemandes, ou, du moins, celle qui pourra rapporter le plus de profit immédiat.

En somme, l'Allemagne possède aujourd'hui en Afrique un territoire de 2 millions et demi de kilomètres carrés, peuplé do 10 à 11 millions d'habitants. Sur 3 270 kilomètres de côtes, elle a 0 ou 7 points d'atterrissement qui peuvent devenir des ports importants : Petit-Popo et Lomé, Victoria et Cameroun, Bagamoyo et Dar-cs-Salam, enlin Angra Pequena. Dans l'intérieur, elle a à sa disposi-

I Ilausex", op. cit.

tien des territoires propres à Félcvage et à la culture, et des forêts vierges qui lui fournissent l'ivoire et le caoutchouc. Elle a donc des ôléments intéressants à mettre enjeu. Qu'en a-t-elle fait ?

L'empire colonial de l'Allemag'ne est suitout un domaine d'exploitation. Il lui ('tait difficile d'en faire des colonies de j)euplement. On avait cm un instant, d'ai)rès les récits de quelques voyageurs, que les Européens pourraient vivre sur les points les plus élevés des hauts plateaux de l'Est africain, mais jusqu'ici on n'a fait aucun essai, et il ne semble |)as qu'on en tente avant de longues années. Dans le sud-ouest, où le climat paraissait moins dur, l'Allemagne avait cru entrevoir la possibilité d'('tablir des émigrants. Le haut bassin du Counéne est évidemment habitible, et il ne serait pas impossible d'y acclimater une nouvelle race d'Afrikanders, mais le pays est peu séduisant. Une société s'était cependant fondée à Hambourg, dans le but de favoriser r('migration, et notamment ])0ur importer des femmes dans la colonie. Chaque Allemande de bonne volonté avait droit à une forte prime et à son passage gratuit. ]Mais il ne semble pas que ces tentatives aient eu grand succès. En 1897, on ne comptait, dans toute l'Afrique allemande, que 31120 blancs, dont 2 182 Allemands, 3G(i Anglais, une centaine d'Américains, Suédois, etc., et un millier de lioërs établis dans le sud-ouest. Dans ces totaux il faut défalquer environ 1 500 officiers, fonctionnaires ou soldats : la population coloniale européenne ne compte guère

que (>00 commerçants et planteurs et à peu près autant de missionnaires.

Jusqu'à présent les Allemands n'on.t donc considéré leur domaine colonial que comme un territoire à exploiter. On n'y trouve que les agents des socirtés qui ont acquis des intérêts dans le pays. Ces sociétés sont nombreuses, ce qui prouve qu'un mouvement sérieux s'est dessiné en Allemagne. On peut en signaler une cinquantaine représentant un capital engagé d'une centaine de millions. Les unes font le commerce, d'autres, en plus grand nombre, ont créé des plantations, ou se bornent à exploiter les richesses naturelles du pa)'^s, notamment le caoutchouc. Ces sociétés sont à peu près également réparties dans les difîérentes colonies. On en compte treize dans l'est avec un capital de 22 millions. La plus importante est la Deutsche Ostafrikanische Gesellschaft, héritière de la grande Compagnie à charte fondée par Peters. A demi ruinée, après la grande rébellion de i88'.)-90, elle dut, après le traité anglo-allemand de 90, abdiquer des droits de souveraineté trop lourds j)our elle; en échange, elle obtint du gouvernement une rente de 000 000 marcs, prélevée sur les droits de douane et des privilèges considérables. Elle a gagné au change, et ses affaires ont prospéré. D'autres compagnies ont créé de vastes plantations qui produisent do la vanille, de la kola, du cacao, etc. Quant au commerce de l'ivoire, il est en décadence depuis que les progrès de l'Etat du Congo ont drainé vers l'Ouest ce précieux produit.

C'est au Cameroun et au Togo que les plantations se sont le plus développées. Le Togo produit surtout des noix, de l'huile de palme et du caoutchouc. Quant au Cameroun, il paraît de plus en plus devenir la terre d'élection du cacao. En 1889, on n'y avait récolté que 12G kilos pour une valeur de 300 marks, et ce maigre résultat avait excilé la verve des critiques. En 1898, on en a exporté pour plus de 300000 francs, et ce chitTre augmentera considérahlement lorsque les 4 millions de cacaoyers plantés sur les flancs du mont Cameroun entreront en plein rapport. Le café prospère également ainsi que le tabac, et les plantations de caoutchouc ont donné de bons résultats. Cinq sociétés principales disposant d'un capital de 8 à 10 millions sont à la tète de ce mouvement. A côté d'elles il convient de faire une place à deux grandes compagnies fondées sur le modèle des compagnies anglaises, dites de développement^ qui, dans le sud et dans le nord de la colonie, ont acquis d'immenses territoires où elles jouissent des droits les plus étepdus. Ces deux entreprises sont de création trop récente pour qu'on puisse juger de leur avenir, mais la richesse du pays leur permet d'entretenir de belles espérances. [Jn système analogue a été suivi dans la colonie du sud-ouest. Comme la sécheresse du climat et l'aridité du pays décourageaient les initiatives individuelles, le gouvernement chercha à compenser l'ingratitude du sol par les proportions gigantesques des concessions. Huit sociétés allemandes et trois anglaises, disposant ensemble de près de

50 millions ', separtagent plus de la moitié du territoire. La première en date, la Compagnie allemande du sud-ouest africain, héritière de tous les droits de la maison Luderitz. possède en toute propriété des millions d'hectares dans le sud de la colonie. Une autre société, qui répond au nom formidable de Kaokoolandiindm'mengesellscJiaft^ s'est installée dans le bassin du Counène où elle a immobilisé 1 2 millions 1 /2 de francs dans des entreprises minières et foncières. Trois compagnies anglaises ont acquis des concessions de mines dans l'intérieur, à Otavi, à AVindhoeck et à Omaruru, dans le Damaraland. Mais nulle part on n'a obtenu de bien brillants résultats. Partout le manque d'eau entrave les bonnes Yolontés, et malgré tous les efforts, le Sud-Ouest africain mérite plus que jamais le nom que lui ont donné leurs possesseurs : Sdnnerzenkind^ « l'enfant de douleur ».

Ce qui a le plus retardé le dc'veloppement des colonies allemandes, c'est l'absence de voies de communications. On n'y trouve jamais de véritables fleuves, mais quelques cours d'eau de second ordre qui, au bout de trois à quatre journées de navigation, sont encombrés de rochers et de rapides ; souvent môme ils sont à sec pendant la plus grande partie de l'année. Aussi la colonisation a-l elle rarement dépassé la zone côtière, sauf cependant dans le sud- ouest, où il a bien fallu franchir I(!s df'serts du littoral pour trouver une région à j)eu près hospitalière. ]Mais au Cameroun, au

1 Dont 25 millions pour les Compagnies anglaises.

Togo et dans l'est, les Allemands sont restes conlînés dans un rayon étroit autour de la mer. Force leur était d'attendre que des chemins de fer leur permissent de pénétrer plus avant dans l'intérieur. l*ar malheur, la création de ces voies ferrées a subi do longs retards, et ce n'est que depuis deux ou trois ans qae les Allemands paraissent vouloir réparer le temps perdu. Chose étrange, c'est la plus ingrate de leurs colonies, le (( triste pays des chardons », qui vient en tète. Le Sud-Ouest, en effet, possède un chemin de fer qui part d'un point de la côte situé au nord de Waltish-Bay, et où les Allemands, désireux de s'affranchir de la dépendance anglaise, cherchent à créer un port. C'est la rade de Swa-Kopmund. Delà, la ligne franchit les sables et gravit des pentes pierreuses et dt'solées sur une longueur de 132 kilomètres. On compte atteindre la ville relativement importante de Windhoeck dans un an ou dix-huit mois. Là, on se trouvera à 300 kilomètres de la côte, au centre d'une mi^diocre région d'élevage, et dans le voisinage de mines de cuivre probh'matiques. Cette ligne favorisera évidemment le développement dont le pays est susceptible, mais il est douteux qu'elle fasse ses frais. Elle n'aura de valeur que le jour où elle sera prolongée sur une longueur de l millier de kilomètres pour rejoindre les lignes anglaises de la Rhod(^sie et celles du Transvaal. Alors la colonie allemande pourra attirer vers elle une grande partie du transit qui, aujourd'hui, est orienté vers le Cap. C'était là, on se le rappelle, l'idée de M. de Bismarck et de M. Krijger, à

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l'époque déjà lointaine de leur entrevue. Peut-être l'empereur Guillaume qui, en 1897, ordonna subitement la création d'un chemin de fer à travers ces solitudes arides, a-t-il tout bonnement repris un vieux plan qui, depuis des années, dormait dans les cartons de l'Olllce colonial.

Au Togo et au Cameroun, on ne projette encore que des chemins de fer d'intérêt local pour desservir les plantations et les relier à la côte. Le Cameroun, cependant, aurait grand besoin d'une ligne de pénétration. Ce serait le seul moyen de tirer parti de l'Hinterland et de la riche Adamaoua, dont tout le trafic, attiré parle Niger, échappe aux Allemands.

Dans l'Est africain, les Allemands se sont laissé distancer par les Anglais, et ils se trouvent aujourd'hui dans une situation très inférieure. Tout le nord de leur colonie, qui comprend les régions les plus riches et les plus peuplées, est actuellement dans la dépendance économique des ports britanniques et de la ligne de l'Ouganda, qui, partant de Mombassa, pénètre déjà à 325 kilomètres dans l'intérieur. Tandis que les Anglais faisaient ainsi des progrès d'activité, les Allemands se bornaient à construire péniblement un tronçon insigniliant de 40 kilomètres entre le port de Tanga et Mouhesa.

Il en est de ce petit chemin de fer comme de plus d'une ligne inachevée. Tel qu'il est, il ne sert à rien, et la Compagni(3 concessionnaire est à demi ruinée. L'erreur des Allemands fut d'avoir perpétuellement hésité entre plusieurs tracés, et faute

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d'avoir pu se décider, ils sont j-estés les bias croisés. Pendant que les uns voulaient piolonger la ligne de Tanga jusqu'au pied du Kilimandjaro, et de là au lac Victoria, d'autres craignaient, non sans raison, la concurrence trop rapprochée de la voie anglaise (Tanga est à moins de 200 kilomètres de Mombassa, et les deux trac(^s sont parallèles) et l'insufOsance du port d'attache. Aussi, dès 1895, un comité se forma à Berlin pour étudier un projet plus rationnel qui rattachait les deux grands ports allemands Bagamoyo et Dar-es-Salam aux lacs ïanganyka et Victoria. Entre les deux partis s'engagea une lutte qui vient seulement d'aboutir. Le 16 octobre dernier, le gouvernement allemand a informé le conseil colonial qu'il avait résolu de construire lui-même le grand chemin de fer de pénétration de l'Afrique orientale, en prenant Dares-Sulam pour point de départ. Les travaux sont, cnfln, sur le point de commencer, et tout permet de supposer que la colonie tirera grand profit de cette entreprise indispensable et trop longtemps retardée ^

' Le voyage de M. Cecil Rhodes à Berlin n'est cerLairiement pas étranger à cette décision de l'empereur. Si l'on veut se rendre compte de l'utilité du chemin de fer projeté, il faut observer que, du lac Victoria à la mer, le transport coûte actuellement 3 125 francs la tonne, au lieu qu'en chemin de fer, au tarif le plus élevé, le prix serait de 075 francs.

Les Allemands ne sont donc pas restés inactifs. S'ils sont en retard sur plusieurs points, ils ont, par ailleurs, sérieusement travaillé. Nous n'en voulons pour preuve que les nombreuses entreprises de plantations et d'élevage crc'ées depuis 15 ans, les factoreries et comptoirs d'échange qui se multiplient sur la cote et gagnent peu à peu, dans l'intérieui', les l'clations directes, de plus en plus fréquentes^ qui se sont établies entre Hambourg et l'Afrique allemande. Toutefois, ces efîorts n'ont pas encore produit de résultats bien tangibles, et le mouvement commei'cial de ces régions est loin d'avoir pris son essor '. Les importations ont aug-

1 Nous tiroupons ici quelques rensei.ynements statistiques sur le mouvement commercial des colonies allemandes En mille francs.

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3,(517 3,812 2,0r)ii

SITUATION DES POSSESSIONS ALLK.MANDliS

mentf' sensiblement en raison des travaux pul)lics enga^^és, mais les exportations restent à peu près stationnaires. Il est vrai que depuis quelques années, les colonies allemandes ontjout' de malheur. Une épizootie générale adétruit les troupeaux dans le Sud-Ouest. Au Togo, une st'cheresse extraordinaire a anéanti les ri'coltes, et lEst africain a été ravagé par des sauterelles, 11 faut tenir compte aussi de l'extrême jeunesse de toutes les entreprises agricoles qui ne seront pas en plein rapport avant trois ou quatre ans ; enfin l'Afrique allemande est encore dépoui'vue de voies de communication, ce qui enlève toute valeur commerciale aux 4/3 de son tei'ritoire.

En dehors de ces causes dinférioi'ité accidentelles ou tempoi-aires, y en a-t-il d'autres plus

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