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produits. Mais lorsque l'Afrique, à son lour, produira, non seulement les d«'bouchi'S africains seront fermés à l'Europe, mais l'Europe devra se d('fendre contre de nouveaux concurrents. Ce n'est pas là une supposition gratuite ; le fait s'est di'jà produit pour l'Amérique, il commence à se dessiner aux Indes et au Japon ; le continent noir aura son heure.
Peut-être même cette heure est-elle moins éloignée qu'on ne le pense. L'Afrique est peu peuplée et les noirs ne paraissent pas susceptibles d'un grand développement intellectuel. Les deux tiers, peut-être même les trois quarts du pays, sont impropres à l'établissement d'une société européenne. Dès lors qu'arrivera- t-il? L'Afrique travaillera surtout pour l'exportation ; elle produira, mais ne consommera pas. C'est une grande différence avec l'Asie. L'industrie se développe prodigieusement au Japon, en Chine, dans llnde, mais elle croit au milieu d'immenses réservoirs humains, de peuples policés et intelligents, qui absorbent la production et l'absorberont longtemps encore, lien est de même en Amérique. Pour ne citer qu'un seul produit commun à l'xVmérique et à l'Afrique, presquetoutlorrccueilli en Californie, au Mexique, dans l'Alaska est retenu par les banques des Etats-Unis. Au contraire, tout l'or du Transvaal est immédiatement expédié en Europe, de même que tous les diamants du Cap sont dirigés sur le Nouveau Monde. Ce qui se passe pour les métaux précieux se passera pour les autres produits africains. Le jour où les immenses bassins houillers et métalli-
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fères du Zambèze et du haut Congo seront ouverts à l'exploitation, nous verrons apparaître les charbons et les mmerais africains sur les marchés européens. La clientèle locale sera peu exigente.
Assurément nous n'en sommes pas encore là. Pour l'Europe actuelle, le nègre n'est qu'un client; le concurrent n'est pas encore né. C'est un client qu'il faut nourrir, vêtir, loger. Il faut lui donner des chemins de fer, des routes, des télégraphes, lui apprendre l'usage de toutes les choses nécessaires à la vie civilisée, sans oublier l'eau-de-vie, le tabac et les armes à feu. Le temps n'est plus où il était de mode de railler les sociétés commerciales ou philanthropiques qui s'intéressaient à la race noire. <-< C'est une drôle d'idée, faisait dire Dickens à un de ses héros, c'est une drôle d'idée d'envoyer des gilets de flanelle et des mouchoirs à des négrillons qui ne savent pas s'en servir. » Le négrillon de nos jours est en progrès. Peut-être le mouchoir est-il encore pour lui un meuble de luxe; mais les cotonnades de Birmingham et de Manchester ont acquis droit de cité dans un grand nombre de tribus, et les produits européens se pressent sur tous les points de la côte.
Depuis 2o ans une véritable révolution s'est produite, et TAfrique, jusque-là considérée comme une quantité négligeable dans le domaine économique, s'est révélée comme un réservoir immense de richesses et un inépuisable marché. Tandis qu'en 1820 le commerce total de l'Afrique, déduction faite des exportations de bois (Tèbèney s'élevait à peine à 40 millions, il atteignait 308 millions en 1872,
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1)75 millions en 1885 et 2 milliards 1/2 en 1807. L'Europe y envoie pour 1300 millions de marchandises et en reçoit pour 1200 millions '. En douze ans, le chiffre d'afîaires a plus que doublé; il a sextuplé depuis 25 ans résultat vraiment surprenant si l'on songe que la mise en valeur de ces immensas régions est à peine commencée.
Non moins importantes seront au point de vue politique les conséquences de cette mainmise de l'Europe sur l'Afrique. Elle apparaît sans contredit comme le fait capital de cette fin de siècle. Quelles rivalités nouvelles fera-t-elle éclore? quels conflits provoquera-t-elle ? quelle sera son influence sur le vieil équilibre européen ? autant de problèmes obscurs qui troublent aujourd'hui nombre de chancelleries. Les opinions sont divisées, mais tout le monde s'accorde cependant sur ce point, c'est que si la guerre éclate en Europe, il est fort à croire qu'elle sortira d'une question africaine. Chaque jour nous en donne une preuve nouvelle.
11 semblerait donc que nous dussions toujours en France avoir un œil fixé sur l'Afrique. Or, en fait, il est peu d'objets pour lesquels le grand public professe une aussi parfaite indifférence : l'Afrique est si loin du Palais-Bourbon ! On con-
1 Nous avons i-etranché de ces totaux les chiffres afférents anx Etats du bassin de la Méditerran(?e. L'influence de la civilisation s'est jusqu'ici fait très peu sentir au Maroc et dans la Tripolitaine. Au contraire, l'Egypte, l'Alf^érie et la Tunisie doivent être depuis lonijtemps considérées comme de véritables provinces européennes. 11 nous a semblé qu'en opérant de cette manière on donnait une idée plus exacte de ce qu'a été réellement l'expansion coloniale de l'Europe, surtout depuis 30 ans, et qu'on obtenait dos résultats plus comparables.
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nait lAlgérie, grâce à MM. Dramoni et Max Régis, qui savent faire parler d'eux. L'Egypte n'est pas inconnue, du moins jusqu'à Assouan, tête de ligne des bateaux de M. Cook ; mais Khartoum ne compte plus, et, quant à Fachoda, personne, il y a 18 mois, nen soupçonnait l'existence. Les mésaventures des Italiens ont attiré un instant les 3'eux sur lAbyssinie. On en parlera encore quelque temps, si l'empereur Ménélik vient visiter l'Exposition, puis nous risquons fort de l'oublier. Au sud, nous connaissons le Transvaal et pour cause. De-ci de-là, quelques noms sortent de l'ombre, Congo, Sénégal, Maroc. Voilà le résumé des connaissances géographiques des neuf dixièmes des Français. L'Afrique leur apparaît dans un lointain vague et vaporeux, comme un grand pays noir et aride. De même, les anciens plaçaient aux limites du monde habité la Scythie, région fabuleuse et mal délînie, hantée par des peuples étranges.
Cette insouciance de la nation, l'incapacité où nous sommes de regarder au delà de nos frontières, ont eu trop souvent des const-quences lamentables. Les plus belles parties de l'Afrique nous ont échappé. Si, cependant, la France ne fait pas mauvaise figure sur la carte africaine, c'est bien malgré elle. Louis-Philippe a du lutter vingt ans contre son parlement pour conquérir et garder l'AL'érie. Jules Ferry nous a donné la Tunisie, en dépit d'une violente opposition. Eniin et surtout, une pléiade d'officiers hardis et dévoués, livrés à eux-mêmes, sans argent, sans troupes, perpétuellement rappelés en arrière ou désavoués, nous ont
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taillé d'immenses domaines dans l'Ouest, du Sénégal au Congo. Sans lénergie et l'initiative de ces hommes d'élite, le partage de l'Afrique se serait fait sans nous. Grâce à eux, l'avenir nous appartient encore '.
Notre lot en Afrique est de 7 770 000 kilomètres carrés et de 27 millions d'habitants. Nous ne sommes distancés que par l'Angleterre, qui met en ligne 9535 000 kilomètres carrés et 58 millions d'habitants. Viennent ensuite :
La Belgique avec 2.240.CtO0 kilom. carrés et 25.000.000 habit. ; L'Allemajrne — 2.500.000 — 11.000.000 —
Le Porluiral — 2.200.000 — 4.500.000 —
L'IUlie — 1.060.00<) — 1.800.000 —
L'Espagne — 550.00<J — 450.0CMJ —
L'Afrique ne compte plus aujourd'hui que six Etats indépendants :
Le Maroc (792 000 kilom. carrés et 8 millions d'habitants) ;
L'Abvssinie (l million de kilom. carrés et 3 millions et demi d'habitants ;
La république d'Orange (130 000 kil. carrés et 200 000 ha b.):
Le Transvaal (294 UOd kil. carrés et 680 000 habitants) ;
La république de Libéria (150 000 kil. carrés et lOOOOOhab..
• N'oublions pas ici le comité de l'Afrique française qui a donné et donne encore tous les jours un mémorable exemple de ce que peut l'initiative privée en matière coloniale. A ses patriotiques eflorts. aux libéralités généreuses de ses associés, à leur désintéressement absolu, la France est redevable d'une bonne partie de son empire africain.
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La Tripolitaine (1 030 000 kil. carrés et 1 million d'habitants.
Ainsi, sur les 30 millions de kilomètres carrés et les 140 millions d'habitants que l'on est convenu d'attribuer à l'Afrique, les Etats plus ou moins indépendants ne comptent que 3 millions et demi de kilomètres carrés et 14 millions d'habitants. L'Europe revendique le reste, soit 27 millions de kilomètres carrés, peupb'S de 120 millions d'habitants.
La valeur des possessions européennes est très inégale.
Le premier rang appartient sans contredit à l'Angleterre. Elle s'est attribué l'Egypte, qu'il faudrait, hélas ! beaucoup de naïveté pour ne pas ranger aujourd'hui dans sa sphère d'influence. L'Egypte se prolonge par le Soudan égyptien (aujourd'hui Soudan anglais) jusqu'aux grands lacs et à l'Ouganda, une des régions les plus riches de l'Afrique. Là, l'Angleterre se heurte aux possessions allemandes et belges. Mais le territoire anglais reprend au sud du lac Tanganyka et s'étend jusqu'au cap de Bonne-Espérance. Sur la côte est, l'Angleterre possède Zanzibar, le futur entrepôt de l'Afrique orientale. A l'ouest, elle détient les bouches du Niger et les plus riches parties du bassin nigi'rien.
La France aune très belle situation dans le nord, avec l'Algc'rie et la Tunisie. Au centre et à l'ouest, elle s'est laissé distancer par l'Angleterre et n'a conservé du Soudan que les « terres légères » dont parlait ironiquement lord Salisbury. Cependant,
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tout n'est pas à dédaigner dans notre lot. Plus bas, nous possi'dons de vastes et riches territoires dans le bassin du Congo, qui sN'lendent ù l'est jusqu'aux approches de la valb-e du Nil. En somme, on peut, sans quitter le sol français, aller de la Méditerranée au Congo, et de rxVtlantique au Bahr el Gazai. Au sud, nous sommes instalb's àxAladagascar.
Le Portugal possède, dans l'hémisphère austral, sur l'océan Indien, Delagoa bay, qui pourrait être le plus beau port de l'Afrique. De là, son influence s'étend sur toute la côte de Mozambique et sur le cours inférieur du Zambèse. Sur la côte ouest, nous trouvons encore la province portugaise d'Angola, qui se prolonge jusqu'au Congo et pc-nètre fort avant dans l'intérieur.
La Belgique, ou plutôt le roi des Belges, possède dans le bassin du Congo un domaine appelé au plus grand avenir. C'est l'Etat indépendant du Congo.
Les possessions allemandes sont rt'parties en trois groupes. A l'ouest, le Togo et le Cameroun. Au sud-ouest, un grand territoire s'étendant jusqu'à l'embouchure du fleuve Orange. A l'est, d'immenses domaines, allant de la mer jusqu'àla rt'gion des lacs.
L'Italie possède une longue bande de côtes sur la mer Bouge et l'océan Indien. Elle a dû renoncer à ses visées sur l'Abyssinie. Son lot n'a qu'une valeur politique et militaire ; son importance économique est nulle. Tl en est de même de l'Espagne qui s'est établie le long du rivage de l'Atlantique, au sud du Maroc.
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Tels ont otr, pour les diverses nations européennes, les résultats de 25 ans d'elTorls militaires et financiers et do campagnes diplomatiques. Est-ce à dire que ces résultats soient immuables, que chaque nation soit assurée de conserver son lot et puisse en toute s('curilé envisager Tavenir. Il serait bien imprudent de le soutenir. Tout au contraire, dans la mesure incertaine où il est donné à l'homme de prévoir les choses de ce monde, on peut croire que rien n'est moins assuré du lendemain que la situation présente de l'Afrique.
Sans doute, le continent tout entier se trouve aujourd'hui dépecé et alloti, et l'ingéniosité des diplomates a tracé en tous sens des frontières politiques pour renfermer chaque puissance dans une sphère d'influence conventionnelle : précaution utile, indispensable même pour prévenir des conflits journaliers, mais travail éphémère et essentiellement sujet à revision. Dans tous les temps et dans tous les |)avs, les diplomates ont enregistré et consacr(' les lésultats acquis par la force ou par la logique fatale des événements. Ils ont facilité les transitions, arrondi les tournants trop brusques, mais, bien loin de faire l'histoire, ils l'ont toujouis subie : leurs plus habiles arlilices n'ont jamais empèchi' les forls de grandir, et les faibles de diminuer. La morale peut s'en affliger, mais il n'y a pas de raison pour que l'Afrique échappe à la loi d'airain qui gouverne les sociétés humaines.
Aussi, celte conclusion s'iuipose-l-elle à celui qui suit les (événements, que l'histoire africaine est à ses débuts ; que nous assistons depuis 30 ans
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à (le simples pn-liminaires, et que nous ne sommes pas encore proches de l'heure où l'Afrique aura non pas son aspect df-finitif (riiistoire est un perpétuel devenir, et le dfTinilif n'est pas de ce monde), mais où elle aura revêtu la forme politique sous laquelle les nations civilisées l'achemineront vers le progrès et la civilisation.
Il en sera de l'Afrique comme il en a été de l'Amérique, qui ressemble aujourd'hui bien peu à celle que la France, l'Angleterre, l'Espagne et le Portugal avaient autrefois façonnée au hasard de leurs découvertes. Peut-être les changements seront-ils moins profonds, car, tandis que, sur toute la surface de l'Ami^rique, la race blanche avait pu fonder des sociétés qui, parvenues à leur maturité, se sont alîranchies de la tutelle de la mère-patrie, l'Afrique, au contraire, sur la majeure partie de son territoire, ne paraît pas devoir se prêter à l'immigration europc-enne. Mais il est certain que l'équilibre factice, qui règne aujourd'hui, n'aura qu'un temps et qu'il se modifieia scion les oscillations de la puissance politique, militaire, commerciale et industrielle des nations d'Europe. Tout ce qu'on peut esp('rer, c'est que ces révolutions se feront sans secousses profondes, car, de nos jours, les rivalités nationales se dénouent de moins en moins parla force des armes, et la suprématie d'un peuple s'affirme surtout par l'accroissement de ses facultés économiques qui, lentement, mais sûrement, débordent, s'infdtrent et Unissent par s'imposer. Au reste, la forme extérieure des événements importe peu, car le n'sultat est le même, et
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si la conquête ('couomique est plus lente que la conquête militaire, elle est plus sûre et moins coûteuse. Tant pis pour les gouvernements maladroits ou coupables qui veulent modifier à coups de canon l'inévitable marche des choses. Ils 3' perdent leur temps, leurs hommes et leur argent.
Dans quels sens s'effectueront ces révolutions politiques et économiques? Où seront les vainqueurs et les vaincus? Ceci est le secret de l'avenir. Il n'est pas impossible cependant que les enseignements de l'histoire nous permettent de soulever un coin du voile.
Il est une loi que subissent inévitablement nos sociétés modernes, et dont on retrouve Tapplication dans toutes les branches de l'activité humaine, c'est la tendance des individus à se grouper et à s'associer. Le fait est surtout frappant dans le commerce et l'industrie, où l'on voit naître chaque jour des syndicats et des trusts gigantesques dont les ramifications s'étendent partois sur la surface entière du monde habité. Que ce soit un bien ou un mal, peu importo. Le fait n'en subsiste pas moins.
Il en est de mémo en politique. L'Allemagne et l'Italie en sont, en Europe, les plus récents exemples. On a vu successivement s'évanouir la plupart des combinaisons inventées à différents âges par la diplomatie pour assurer l'équilibre européen. Rien n'a pu prévaloir contre les affinités de race, de langage, d'iatérèls, qui ont porté les uns vers les autres les hommes de môme sang. De là ces masses puissantes qui ont rcmiplacé sur la carte la mosaïque
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d'Ktiits et de principaulc'S soigneusement combinée et conservée par la prévoyance de nos pères.
L'action dos gouvernements est ici secondaire, car les peuples ont toujours, dans cette voie, devancé et dicté les combinaisons des chefs d'Etat. Bien avant la cons('cration oflicielle, on voit les nations sœurs ou seulement cousines évoluer graduellement dans une même orbite. Les faibles sont attirés et entraînés par les forts ; ils sont pénétrés de toute part, et peu à peu absorbés par des voisins plus riches et [)lus puissants.
Wien souvent dé-jà Thistoire nous a mis en présence de semblabk^s phénomènes, et il faudrait être singulièrement inaltentif aux bruits du dehors, pour croire arrêté ce mouvement universel d'unification. Tout fait prévoir, au contraire, que dans un avenir plus ou moins rapproché selon les d('crets de la Providence, mais à coup sûr inévitable, les organismes politiques actuels auront v<'cu.
Alors le monde entier, y compris l'Europe, sera partag(' en un petit nombre de grandes sphères d'inlluence où chaque race dominante exercera une action souveraine. Alors, on verra aux prises, d'une part, les races de couleurs d'Asie et d'Afrique, et de l'autre, les quatre grandes familles de hi chrétienté, les Slaves, les Allemands, les Latins avec les Français en tête et les Anglo-Saxons. Entre elles se jouera la partie dc'Iinitive dont l'enjeu sera le partage de la terre habitable.
Nous voudrions étudier aujourd'hui un coin de cet immense champ de bataille, l'Afrique, qui ne sera pas le moins intéressant en raison de la nmlti-
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plicilé des intérrts engagés. A l'heure actuelle, sept puissances européennes y ont planté leur drapeau. Il est infiniment probable qu'un jour viendra où le nombre des rivaux sera réduit de plus de moitié et que la lutte suprême sera circonscrite entre celles des grandes races européennes qui seront établies sur ce continent. Dans le Nord, la France et l'Angleterre resteront aux prises : l'Egypte, le Maroc, le Soudan nigérien leur ménagent de nombreux sujets de discordes. Dans le Sud, l'Angleterre se trouvera en face de TiXllemagne qui lui disputera les colonies portugaises et toute l'Afrique australe où s'est développée la race germano-boer. Dans le Centre enfin, le Congo indépendant attirera les convoitises des trois rivaux, car, le jour où la petite Belgique aura cessé de vivre en Europe (et le développement de la nation germanique est pour elle une menace perpétuelle), l'Etat du Congo suivra son sort.
C'est ainsi, qu'abstraction faite du redoutable problème noir qui réserve peut-être quelques surprises aux envahisseurs, toutes les questions innombrables que soulève le partage de l'Afrique, peuvent être réparties en trois groupes : le premier intéresse plus spécialement la h'rauce : Quant aux deux autres, ils empruntent aux événements présents une actualité saisissante. Ce sont précisément les destinées si incertaines de l'Afrique équatoriale et de l'Afrique australe qui seront l'objet de la présente étude. Mais avant d'aller plus loin, il convient de s'arrêter pour jeter un coup d'œil sur la situalion politi(jue et économique de ces régions et se
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pénétrer des leçons du passé et du présent. Puisque le duel de l'Allemagne et de l'Angleterre dominera tout le sujet, il est bon, dès le début, de juger de la position et des ressources de chaque adversaire. De même pour apprécier l'importance de la partie engagée, il est de toute nécessité d'évaluer la valeur de l'enjeu. Le Congo et les Possessions portugaises nous retiendront tout d'abord : nous verrons ensuite comment l'Allemagne est venue en ces parages disputer la prééminence à l'Angleterre.