CHAPITRE III
I. — Résultats généraux acquis en 20 ans. Rapidité extraordinaire des progrès réalisés. Ses causes. Le chemin de fer de Matadi au Pool. Conséquences de la création du chemin de fer sur le développement de la colonisation. Compagnie.-; coloniales installées au Congo. Prospérité de leurs atlaires. L'ivoire et le caoutchouc. Mouvement commercial.
IL — Part prépondérante de l'élément lielge dans la colonisation du Congo. Caractère particulier de cette colonisation. Le Roi et l'Etat sont devenus les principaux propriétaires et les premiers commerçants du pays. Diflicultés financières du nouvel Etat. Procédés mis en œuvre pour trouver de l'argent, (compagnies fermières et monopole effectif des transports. Le chemin de fer est exclusivement aux mains de l'Etat. Pourquoi n'a-t-il pas été établi sur la rive française?
III. — Conclusion sur le Congo. Son avenir économique et politique.
L'Association internalionale africaine a pris j)ic(i au Conj^o, en 1880. L'entreprise beige est donc à la veille d'avoir vingt années d'existence. f)n peut commencer à apprécier les résultats obtenus. Ici quelques cbinVes sont indispensables. Ils
parleront plus éloqueminent que de longs commentaires.
En 1880, le mouvement commercial des bouches du Congo ne dépassait pas quelques centaines de milliers de francs. Deux maisons européennes y avaient des représentants. En 1887, première année de la statistique officielle, le mouvement commercial ne se cliilTrait encore que par 7 700 000 fr. à l'exportation et par 3 millions environ à l'importation, ensemble 10 700 000 francs. En 1898, le total atteint oO millions 1/2 de francs, dont 25 millions 1/2 à l'exportation et 25 millions à l'importation, soit une augmentation globale de 40 millions ou 500 pour 100. Au 30 juin 1899, 42 compagnies belges, congolaises ou étrangères fonctionnaient dans l'Etat et y dirigeaient des entreprises financières, industrielles, agricoles ou commerciales. Ces sociétés représentaient un capital-actions de 91 millions. Nous ne parlons pas de leur capital-obligations qui, pour la seule compagnie du chemin de fer, s'élève à une somme de 45 millions '.
En 1880, 6 factoreries centralisaient à Borna tout le commerce de la région.
En 188 i, 32 stations européennes étaient disséminées dans tout le bassin ; 9 seulement avaient été créées sur le haut fleuve.
' Il n'est question ici que des Compagnies créées spécialement en vue tl'une exploitation déterminc'e au Congo. Ces chiflres s'augmenteraient sensiblement si l'on tenait compte d'un certain nombre de puissantes sociétés financières industrielles ou commerciales qui font des allaires dans diverses parties du monde au Congo comme ailleurs.
DE l'kTAT du CONGO 71
En 1898, on en comptait 265, dont 1G9 en amont du Pool.
En 1880, Stanley lança sur le Pool les 3 premiers vapeurs qui aient paru dans l'Afrique équatoriale. En 18118, le Congo et ses affluents étaient sillonnés de 45 steamers jaugeant ensemble 1 G50 tonnes. L'Etat en avait 22, dont 2 de 250 tonnes, le commerce belge 10, le commerce étranger 6, les missions religieuses 6, l'Etat français 1. De plus 15 autres bateaux belges étaient en construction ou en cours de transport.
En 1880, le mouvement maritime était à peu près nul. En 1888, les deux ports de Borna et de Banana recevaient 145 navires au long cours, d'un tonnage de 166 000 tonnes, et en 1899, 192 navires jaugeant 370 000 tonnes '.
Le mouvement de la population suivait une progression analogue.
En 1879, 16 blancs étaient établis à Borna. En 1881, on en comptait 128, et 1678 quinze ans plus tard -. Sur ce chiffre, l'Etat entretenait environ 1 000 officiers, soldats, fonctionnaires et agents du domaine privé : 700 individus représentaient le commerce libre.
En 1886, le budget de l'Etat se chiffrait en recettes par 1 074 000 francs, y compris la subvention de 1 million accordée par le roi. En 1897, les
1 Encore y aurait-il lieu d'ajouter, en 1898, le mouvement du port de Matadi, qui ne figure pas dans la statistique oflLcielle.
- Ce chiffre se décomposait de la manière suivante : 1060 Belges, 102 Italiens, 91 Suédois, 87 Anglais, 57 Amci-icains, 2G Français, 238 habitants de nationalités diverses.
recettes se sont élevées à 12 183 360 fr. et, en 1900, elles sont prévues pour 26. 236. 300, dont 3 millions donnés par la Belgique et par le Roi. Les ressources fournies par l'Etat ont donc passé, en onze ans, de 74 000 francs à 23 236 300 francs. Enfin, une ligne de chemin de fer de 400 kilomètres de longueur est entrée en exploitation en 1898, et une autre ligne est aujourd'hui en construction '.
Nous croyons inutile de pousser plus loin cette statistique. Elle en dit assez, dans sa sèche brièveté, pour rassurer les sceptiques sur l'avenir. Déjà elle fait ressortir des progrès considérables, et cependant nous devons l'arrêter au moment précis où le Congo va prendre son essor. L'ouverture du chemin de fer, qui est un lait accompli depuis le mois de juillet 1898, va transformer le pays.
Des résultats aussi féconds sont faits pour surprendre ceux qui connaissent un peu l'histoire de la colonisation. Ce principe semblait acquis que les fondateurs d'une colonie travaillent pour leurs descendants, lis ont en partage les soucis de la guerre, des peines, des dépenses, des dangers de toute sorte ; ils versent à flots leur or et leur sang, et abandonnent le prolit aux générations futures.
Rien de pareil au Congo. Ceux-là mêmes qui ont semé arriveront à temps pour récolter et les ouvriers de la première heure auront été largement rémunérés.
< La li^j^ne de Borna à Mayuiube de OU kilomètres de longueur. Elle est destinée à permettre l'exploitation de la forêt de ce nom.