‹ La conquête de l'AfriqueChapitre 8 sur 30 · DE L KTAT DU CONGO · texte numérisé non relu

DE L KTAT DU CONGO

un mouvement considriable. Coup sur coup, 20 sociétés ' nouvelles se constituèrent. Le capital belj^e, engagé au 1"^'' janvier 1807, était de 18 raillions et demi. Au 1<"' janvier 1899, il avait doublé et s'élevait à 36 millions et demi. C'est dire combien le roi et ses conseillers avaient vu juste en prédisant que l'inauguration du chemin de fer allait transformer le pays. Les nouveaux venus prolitaient, d'ailleurs, de l'expérience acquise et des résultats obtenus ; ces résultats étaient encourageants. Les H premières compagnies qui fonctionnaient en 1897 ont, pour un capital de 18 millions et demi, réalisé un bénélice net de o 700 000 francs, soit 30 0/0 du capital engagé '.

250 francs, valent aujourd'hui plus de 2 700 francs.

1 II est vrai que la politique économique de l'Etat a été pour beaucoup dans la création de ces sociétés. 11 avait besoin de leur concours pour exploiter son domaine privé. Mais il n'en est pas moins vrai que l'ouverture du chemin de fer reste la cause première, car elle a permis à l'Etat de pousser activement l'exploitation de ses terres.

- Nous donnons le tableau suivant k l'appui de nos chiffres :

Noms des Compagnies. Capital. Béiiéflce net. Perte.

C<^ du Congo pour le commerce

et l'industrie 1,227,000 816,000

C^ des Magasins généraux du

Congo 1,200,000 170,046

Société pour le commerce du

Haut-Congo 5,050,000 2,490.000

Ce des produits du Congo . . 1,200,000 124,231 Compagnie du Katanga . . . 3,000,000 135,000 Société anversoise du commerce

au Congo 1,700,000 120,697

Anglo-Belgian India Rubber C»

(Abirj 1,000,000 1,247,455

Société des produits végétaux

du Ilaut-Kassaï 1,000,000 263,120

Blegika 2,000,000 333,849

Or, la doyenne de ces sociétés, la Compagnie du Congo pour le commerce et l'industrie, n'a que douze ans d'existence. De pareils résultats acquis en si peu de temps et avant même l'ouverture du chemin de fer permettent de prévoir l'avenir qui attend le Congo.

Jusqu'ici, l'ivoire et le caoutchouc ont été les deux sources principales de bénéfices. Toutefois, à mesure que les ressources du pays étaient mieux connues et que la confiance venait au public, d'autres industries prenaient naissance. L'agriculture et l'élevage paraissent devoir donner, avec le temps, de bons résultats. Les pâturages de l'île de Mateba, où la Compagnie des produits du Congo a créé une exploitation avantageuse, nourrissent plus de quatre mille bêtes à cornes. D'autres

Comptoir comm. congolais . . 600,000 16,462 Société d'agriculture et du commerce du Congo 600.000 483

Bénéfice net . . . 5,684,819

Ces chiffres se réfèrent aux derniers exercices que nous ayons pu connaître, 1897-98 ou 1898-99. Ils sont extraits des comptes des Compagnies. Nous ne les donnons naturellement que sous toute réserve ; rien n'est plus sujet k caution que le montant des bénéfices accusés par des Compagnies dans leurs communications officielles. Toutefois, nous devons ajouter que plusieurs de ces Sociétés n'ont pas appelé l'intégralité de leur capital, ce dont nous n'avons pas tenu compte, faute de renseignements suffisamment précis. Ces deux sources d'erreur agissant en sens contraire, le rapport du bénéfice an capital engagé, soit .30 0 0, ne doit pas être très éloigné de la vérité. Il est d'ailleurs en rapport avec le cours des actions des principales .Sociétés. Les actions de la Compagnie du Congo pour le commerce et l'industrie valent 3 900 francs et celles de la Société du Haut-Congo, 4 000 francs.

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centres d' ('levage vont être organis('s dans l'Inkissi et sur le Pool. Le cacaoyer et le tabac semblent prospt'rer ; mais on compte surtout sur le caf('. Plus de quatre millions de caféiers sont déjà plantés à l'heure actuelle. L'imile de palme et les noix palmistes sont récoltées en grand. L'exploitation des forêts commence ; elle est désormais appelée à une extension considérable.

Toutefois, rien encore ne peut être comparé aux bénéfices fournis par l'ivoire et le caoutchouc. Les sociétés qui ont limité leur activité à l'exploitation de ces deux produits, sont dans une situation des plus prospères. La Sociét(' du commerce du Haut- Congo, avec ses 14 steamers et ses 30 factoreries, réalisait, en 1898-99, 2 millions et 1/2 de bénéfices pour un capital de o millions. La Société des produits végétaux du Ilaut-Kassaï, 203 000 francs pour 1 million de capital; laBelgika, 334 000 francs pour 2 millions de capital. Mais une destinée infiniment plus brillante était réservée à l'Anglo-Belgian (ndian Rubber Company (Abir), fondée en 1892 par le colonel North. Cette Société, au capital de 1 million, n'en a appeb' que le cinquième, soit 200 000 francs. Elle ne possède que 12 factoreries employant 24 agents. Ces moyens d'action liniit('S ne l'ont pas empêchée, en 1897-98, de ri'aliser un bénéfice nel de i 247 4')o francs. Elle a distribué SOO francs à chaque action qui n'avait coùt(' que 100 francs au souscripteur primitif '.

' En 1898-99 ces résullats ont ti-iplé. Chaque action a reçu

Oi SITUATION ECONOMIQUE DU CONGO

Le succès général des entreprises congolaises a eu sur la prospérité commerciale du pa3's une iniluence considérable. En 10 ans, de 1888 à 1898, le chiffre d'affaires de la colonie a quintuplé, passant de 10 à 30 millions 1/2. Les exportations ont monté de 7 millions à 23 millions 1/2 et les importations de 3 millions 1/2 à 23 millions.

11 est certain que ces chiffres vont s'accroître. Nous ne serions pas étonnés qu'ils aient doublé dans un délai très rapproché. Les statistiques vont d'ailleurs subir une transformation complète. Jusqu'à présent, l'ivoire et le caoutchouc occupaient la place d'honneur. En 1898-99, ils ont représenté plus des 4/3 des exportations (20 millions sur 25 millions). Assurément, le Congo restera un des grands producteurs de ces précieuses matières, et il continuera à en tirer de larges profils. L'industrie moderne promet au caoutchouc un avenir des plus brillants, et les réserves immenses que renferme la forêt équatoriale ménagent encore de beaux jours aux exploitants. Mais aujourd'hui que la voie de la mer est ouverte, beaucoup d'autres produits vont entrer en ligne qui, jusqu'ici, n'auraient pu supporter les frais du portage. Le café, le copal, les bois, les tabacs, encombrent les docks du Pool et les magasins du chemin de fer. C'est le début d'une nouvelle ère commerciale.

environ 1500. Leur cours en bourse a dépasse; 30 000 francs. C'est là assurtMiient un cas exceptionnel, mais on conçoit l'émulation que doivent exciter de i)areils exemples.

Cette excursion à travers les statistiques et les bilans commerciaux a dû fatiguer le lecteur qui a bien voulu nous suivre jusqu'ici. Elle était cependant nécessaire pour apprécier les résultats obtenus. Ce n'est pas d'ailleurs le seul avantage que nous allons en tirer.

On a dit des chiffres qu'on pouvait en extraire des arguments pour toutes les thèses, à la seule condition de savoir les grouper ou les présenter avec art. Puisque l'écueil est signalé, tâchons de l'éviter et bornons-nous à copier tels quels certains renseignements que nous fournissent les publications olficielles. Nous verrons ensuite s'ils ne nous mettent pas sur la trace de découvertes intéressantes.

Sur les 33 sociétés qui fonctionnaient dans l'Etat au 1*^ janvier 1809, 31 étaient belges ou congolaises, 2 seulement étaient étrangères. L'une, hollandaise, la Nieicwe Africaanlche Hmidelvenootschap, constituée en 1880, avait groupé les anciens comptoirs créés en 18G0 aux bouches du Congo par des commerçants de Ilolterdam. L'autre, la Com[)agnie portugaise du Zaïre, datait de 1885. Elles représentaient ensemble un capital de 7 mil-

lions, sur les 80 millions engagés alors dans le

pays- Une vieille maison française, la Société Daumas,

qui avait fondé les premières factoreries européennes de Banana en I808 ' et qui avait atteint un haut degré de prospérité, ne put lutter contre la concurrence. En 1892, elle fut rachetée au prix de 1 050 000 francs par la Société du lïaut- Congo.

Cette prépondérance de l'élément belge a eu une influence nécessaire sur l'orientation du commerce. Les trois quarts des importations sont d'origine belge ; les trois quarts également des exportations sont à destination d'Anvers ^ Quelques années ont suffi pour amener ici une transformation radicale. La Belgique qui ne recevait en 1888 que pour 250 000 francs de produits congolais, soit 3 0/0 du total, en a acheté, en 1898, pour 20 187 000, soit 80 0/0. En 1893, elle expédiait au Congo pour 4 423 000 francs de marchandises, soit 48 0/0 du total. En 1898, elle en expédiait pour 15C)58 000 fr., soit Cl 0/0. La Belgique s'est particulièrement attachée à monopoliser le commerce de l'ivoire et du caoutchouc. En 1897, sur les 1 ()('>2 000 kilogrammes de caoutchoucs exportés, 00 000 kilogrammes seulement représentent la part du commerce étranger. Pour l'ivoire, c'est mieux encore. Pas un seul kilo-

* La presqu'île de Banana est encore aujourd'hui connue sous le nom de Pointe française.

' Nous donnons ci-dessous depuis () ans le mouvement commercial de l'Etal par pays de provenance et de destination.

DE L liTAT DU CONGO

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