‹ La conquête de l'AfriqueChapitre 15 sur 76 · ÊTE · texte numérisé non relu

ÊTE

reurs, toutes les rancunes s'associèrent. Les Vandales n'eurent qu'à paraître, et la domination romaine fut brisée. Nous n'avons pas à raconter ici l'histoire de cette domination. Nous voudrions seulement résumer les grandes reconnaissances géographiques entreprises par eux et montrer comment tel de leurs généraux mérite d'être inscrit au premier rang parmi les conquérants du continent noir.

On sait que les Romains avaient dans leurs armées des mensores ou ingénieurs qui, après chaque campagne, réunissaient un ensemble aussi complet que possible d'informations sur le territoire compris et la population vaincue. Chaque guerre devenait ainsi l'occasion d'autant de reconnaissances géographiques qui enrichissaient singulièrement la carte du monde alors connu. Souvent même ces reconnaissances s'étendaient jusqu'aux pays voisins. Les aigles romaines flottaient à peine sur la citadelle de Carlhage que Polybe, l'illustre historien, recevait de Scipion la mission d'aller explorer, sur les côtes de l'Atlantique, le littoral où les Carthaginois avaient des colonies. La partie de l'histoire de Polybe qui contenait le récit de cette exploration est perdue. Jamais perte ne fut plus regrettable. L'exact et consciencieux observateur nous avait laissé une description complète, minutieusement exacte et très pittores-» que de toute celte région africaine. Aussi bien le sujet l'avait intéressé, car le seul ouvrage, également perdu, qu'il ait composé sur un sujet géographique, était intitulé : « De la terre habitable aux environs de l'équateur ». Il y donnait à l'appui de sa thèse ses propres observations et s'appuyait sur les relations « de ceux qui ont vu ces lieux ». Dès le premier jour de la conquête, les Romains s'étaient donc avancés très au sud, le long des côtes occidentales d'Afrique, mais nous n'avons aucun détail sur ces curieuses entreprises.

C'est seulement au temps des empereurs, lorsque Rome, à ses domaines africains, déjà si étendus, eut ajouté la Mauritanie, la Cyrénaïque et l'Egypte, c'est-à-dire lorsque toute l'Afrique alors connue fut réunie sous sa domination, que de hardis explorateurs augmentèrent singulièrement le champ des connaissances géographiques. On n'a pas conservé le nom de tous ceux qui se hasardèrent en pays inconnu, mais on sait que l'audace ne manqua pas à ces pionniers de la civilisation. Quelquesuns d'entre eux, par un heureux hasard, ont échappé à l'oubli. Nous allons essayer de donner un résumé de leurs découvertes.

En l'an 23 avant Jésus-Christ, sept ans après la réduction de l'Egypte en province romaine, les tribus éthiopiennes, conduites par la reine Candace, se jetèrent à l'improviste sur les cohortes cantonnées à Syène,

I et, grâce à la rapidité de leui's mouvements, s'emparèrent de plusieurs

j villes, tirent de nombreux prisonniers, et emportèrent comme trophées les

statues de César. Le légat Petronius accourut et dispersa cette multitude

aussi mal commandée qu'elle était mal armée; avec leurs boucliers longs,

faitsdecuirsde bœuf non apprêtés,les Éthiopiens avaient pour toutes armes

offensives des haches ou des épieux, auxquels un petit nombre seulement

ajoutaient des sabres. Plusieurs d'entre eux s'étaient réfugiés dans une

grande île où ils secroyaient à l'abri. Petronius fit construire des radeaux

et prit comme dans un filet tous les fuyards que l'île avait recueillis. Il

occupa ensuite les places fortes des Éthiopiens : Pselchis, Premius, Napata,

sans redouter le passage à travers les dunes de sable qui jadis avaient

! englouti l'armée de Cambyse. Après avoir réduit en esclavage de nom-

I breux prisonniers, il revint avec son butin, c< jugeant que plus loin le

i pays devait être impraticable à une armée ». La reine Candace ne renonça

pas à la lutte, et se jeta sur les garnisons romaines que Petronius avait

laissées dans le pays. Le légat revint sur ses pas et força cette fois la

reine à envoyer une ambassade à l'empereur pour implorer la paix.

Dans cette rapide reconnaissance des pays au sud de l'Egypte, les Romains avaient vu le Nil continuer son cours majestueux, et s'épanouir en quelque sorte dans une vaste plaine, où les marécages succédaient aux forêts. Au loin, ils avaient aperçu d'imposantes montagnes couronnées de neige. Des Noirs belliqueux et barbares leur avaient opposé une résistance sérieuse. Ils savaient donc qu'une Afrique inconnue, mais riche, fertile, peuplée, s'étendait au sud, et qu'ils n'avaient qu'à s'avancer pour étendre leurs domaines; mais on n'ignore pas avec quelle sage modération les vainqueurs du monde alors connu procédaient à la conquête de nouvelles provinces. C'est pour ainsi dire malgré eux qu'ils entraient en campagne contre des peuples nouveaux. Ils commençaient par explorer soigneusement le pays. Est-ce une exploration topographique de ce genre que voulut ordonner, en l'an 60 de notre ère, l'empereur Néron, ou bien cédait-il à cette curiosité scientifique dont son maître Sénèque avait essayé de lui inspirer le goût, on l'ignore; mais ce fut une mémorable expédition, car elle détermine la limite précise des investigations des anciens dans l'Afrique orientale, ainsi que l'étendue des notions qu'ils y avaient acquises. Pline rapporte donc que Néron, désirant conquérir l'Ethiopie, chargea un de ses officiers, avec une escorte de soldats prétoriens, d'aller prendre une connaissance préliminaire du pays. Les explorateurs recueillirent des notions positives sur le cours du Nil, de Syène à Méroë; sur l'île de

Est de Paris

30'eo:

Méroë et sur les populations de celte région reculée. Ils rapportèrent, outre leurs notes, une carte de l'Ethiopie ; mais les résultats de cette grande reconnaissance ne furent pas exposés dans une relation publique.

Sénèque, de son côté, rapporte qu'il interrogea deux des centurions que Néron avait envoyés à la recherche des sources du Nil. « Ils m'ont dit qu'ils avaient fait un long chemin à l'aide des secours que leur avait fournis le roi d'Ethiopie, et des recommandationsqu'il leur avait données pour les rois voisins. Au bout de cette course ils arrivèrent à des marécages immenses, dont les habitants ne connaissaient point et désespéraient de jamais, connaître les bornes.

Ce sont des* herbages entremêlés avec l'eau qui forment un marais si bourbeux et si embarrassé qu'il est impossible de le traverser à pied, et même en bateau, à moins qu'il ne soit très petit et propre à contenir une seule personne. » Les centurions de Néron s'étaient en effet avancés jusqu'à cette partie du bassin du Nil, signalée par les derniers explorateurs, où les eaux et la terre prennent un aspect nouveau. Les rives du fleuve se cachent sous des forêts de roseaux énormes. La rivière, couverte d'herbes et de

fe'A

SO'lO-

Est de G^eenwlC^

Page 1