‹ La conquête de l'AfriqueChapitre 19 sur 76 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

DÉCOUVERTES PORTUGAISES DU XV SIÈCLE

Il serait injuste de méconnaître le grand rôle joué par les Portugais dans l'histoire de Thumanité. Ce petit peuple fit de l'Océan comme son domaine et le théâtre de sa gloire. Placé à l'extrémité de l'Europe et resserré dans la péninsule Ibérique par la Castille, il conquit au delà des mers le territoire dont il avait besoin pour répandre son activité. Augmenter démesurément le Portugal en semant dans le monde entier comme des images de la mère patrie, regagner par le commerce et par le développement indéfini de l'industrie nationale l'influence qui risquait de lui faire défaut sur le continent, répandre le christianisme parmi les nations barbares, telles furent les grandes et nobles idées auxquelles consacrèrent toutes leurs ressources, toutes leurs connaissances et tout leur héroïsme des souverains et des princes d'une haute intelligence, des capitaines aussi vaillants qu'instruits, des savants enflammés d'un beau zèle pour les découvertes, toute une légion de hardis soldats et d'heureux explorateurs.

Parmi ces princes se distingua don Henri de Viseu, troisième fils de Jean I". Éloigné du trône par sa naissance, il se livra de bonne heure à l'étude des sciences exactes. Combinant avec ses propres lectures les renseignements qu'il recueillit de toutes parts, il résolut de lancer son pays dans la voie des découvertes maritimes. Aussi bon patriote que catholique convaincu, il espérait de la sorte travailler à la gloire du Portugal et convertir à la foi de ses pères des populations idolâtres. Sa devise ne le peint-elle pas tout entier : Désir de bien faire? Grâce à la féconde impulsion du prince, qui s'établit à Sagres, près du cap Saint- Vincent, pour se livrer sans distraction aux grandes entreprises

qu'il méditait, grâce aux savants et aux navigateurs qu'il réunit sous sa direction, une véritable école de navigation se forma, dont les progrès furent extraordinaires. C'est surtout vers l'Afrique que se dirigèrent les explorateurs portugais, et pourtant l'Afrique inspirait une sorte de terreur superstitieuse. On savait que, vers la fin du xni* siècle, en 129i, deux galères génoises, commandées par Thedisio Doria et par les frères Vivaldi, étaient parties avec le dessein de contourner le continent noir par l'ouest, afin de trouver la route des Indes; mais l'une d'elles échoua sur les récifs marocains et l'autre disparut à l'entrée d'un grand fleuve qui pourrait être le Sénégal. Cinquante-trois ans plus tard, un Majorquain, Jac Ferrer, renouvela cette tentative, mais il ne fut pas plus heureux. Peu à peu se répandirent sur les dangers de l'Atlantique de véritables légendes. C'est une mer impénétrable, disait-on. Tantôt les chaleurs de la zone torride, tantôt d'épaisses ténèbres en interdisaient les approches. Le cap Bojador se dressait, comme une sentinelle, à l'entrée de ces parages inaccessibles. Nul encore n'avait réussi à le doubler. Le grand mérite du prince Henri fut d'avoir afl*ronté ces dangers réels ou prétendus et d'avoir indiqué la méthode à suivre pour en triompher. « Élevez-vous au large du cap Bojador, répétait-il : vous ne le franchirez peut-être pas, mais vous ferez d'autres découvertes, et vous recommencerez jusqu'à ce que soit dépassé ce formidable obstacle. »

Ces prévisions se réalisèrent, mais il fallut longtemps lutter. C'est eii 1415 que commencent les expéditions organisées à Sagres, et en 1433 seulement qu'un marin de Lagos, Cil Eannès, parvint à dépasser le cap d'une trentaine de lieues et revint annoncer sa découverte au prince ; mais, dans l'intervalle de ces dix-huit années, d'importants progrès avaient été accomplis. En 1418, Gonzalès Zarco et Tristan Texeira avaient été jetéS' par la tempête sur une île qu'ils nommèrent Puerto Santo. L'année suivante, cinglant droit vers cette île, ils reconnurent Madère, qui avait déjà été signalée sous le nom d'Isolé Legname ou Boisée. Ils y abordèrent, et, la trouvant couverte de forêts, ils y mirent le feu. L'incendie dura, dit-on, sept années. Sur ce sol ainsi fertilisé par les cendres brûlantes, le prince Henri fit, plus tard, transplanter des plaiits de vigne sicilienne qui réussirent admirablement. Gil Eannès avait eu l'honneur de doubler le cap Bojador. On le chargea de compléter cette découverte. Dès 1434 il parvenait à l'entrée d'une baie où débouchait le fleuve désigné aujourd'hui sous le nom de Bio de Ouro, mais ce ne fut que sept ans plus tard, en 1442, qu'un autre marin portugais, Antonio Gonzalez, nomma ainsi cette rivière, près de laquelle il avait fait une

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abondante récolte de poudre d*or. En 1443, Nuno Tristan poussait plus avant, doublait le cap Blanc, et reconnaissait les iles de la baie d'Arguin. En 1444, il voyait Testuaire du Sénégal et arrivait jusqu'à la pointe la plus occidentale du continent africain, le cap Vert. L'année suivante, il parvenait à l'embouchure du Rio Grande, mais y trouvait la mort dans un engagement avec les indigènes. En 1448, Alvaro Fernandez décou*

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