‹ La conquête de l'AfriqueChapitre 21 sur 76 · FRANÇAIS ET HOLLANDAIS DU XVI* AU XVIII* SIÈCLE · texte numérisé non relu

FRANÇAIS ET HOLLANDAIS DU XVI* AU XVIII* SIÈCLE

Les Portugais avaient eu le mérite incontestable de la découverte : ils voulurent aussi en avoir le profit, et surveillèrent avec un soin jaloux tout le littoral dont ils se prétendaient propriétaires. Appelant la religion à leur aide, ils demandèrent au Pape l'investiture de toutes les terres à découvrir, et, armés de la bulle que leur avait concédée le Souverain Pontife dans sa munificence ignorante, Us poursuivirent avec un acharnement inouï tout navire qui ne portait pas le pavillon lusitanien. Malheur à l'imprudent étranger qui se laissait surprendre! Il était considéré comme pirate et traité sans pitié. Comme l'écrivait dès le xvf siècle un navigateur dieppois qui avait eu à se plaindre de ces prétentions déplacées : « Bien que ce peuple soit le plus petit de tout le globe, il ne lui semble pas assez grand pour satisfaire sa cupidité. Il faut que les Portugais aient bu de la poussière du cœur du roi Alexandre pour montrer une ambition si démesurée. Ils croient tenirdans un poing serré ce qu'ils ne pourraient embrasser avec les deux, et il semble que Dieu ne fit que pour eux les mers et la terre, et que les autres nations ne sont pas dignes de naviguer. » Ainsi s'explique la soudaine obscurité qui, du xvi" au xvni'' siècle, se répand sur le continent africain. Non seulement aucune notion nouvelle n'est mise en circulation, mais encore on oublie les traditions anciennes. Au lieu de se compléter, la carte d'Afrique se réduit. Les géographes efiacent des lacs, des cours d'eau qui jadis avaient été signalés et en partie explorés. Des peuples entiers cessent de figurer dans les nomenclatures. On oublie jusqu'à la position de villes autrefois fameuses. Sans doute les Portugais continuent à exploiter leurs domaines africains, mais, propriétaires défiants, ils en

ferment les avenues. A peine si, de loin en loin, quelque missionnaire rompt le silence et décrit dans une relation, toujours réservée à un petit nombre de lecteurs, les mœurs étranges et les productions des contrées qu'il a parcourues. Cette abstention systématique est regrettable. De grandes fortunes ont pu de la sorle s'édifier en Portugal, mais ce n'est pas ainsi qu'un peuple rend service à l'humanité et à la civilisation. Aussi bien les Portugais ont été punis de leur étroitesse d'esprit. Cet empire maritime qu'ils avaient rêvé a, pour ainsi dire, fondu entre leurs mains. 11 ne leur en reste que d'impuissants débris. Combien auraient-ils été mieux inspirés en appelant au partage les autres peuples de l'Europe ! Il serait pourtant injuste de méconnaître l'importance des explorations entreprises par les Portugais non seulement sur le littoral, mais encore dans l'intérieur du continent. Ils ont remonté presque tous les grands fleuves, et partout fondé des comptoirs. La région des grands lacs a été parcourue et décrite par eux. Il est facile de les reconnaître sur les rares cartes du xvi^ et du xvn® siècle qui sont parvenues jusqu'à nous. Les Portugais avaient soumis presque tout l'empire du Monomotapa, qui comprenait l'Afrique méridionale. Ainsi que l'écrit un géographe du xvn*^ siècle, Davity, « pour le regard du courage, il est aisé de juger qu'il y a force peuples qui ont la pièce du milieu guère bonne, puisqu'ils se sont laissé dompter à si peu de Portugais qui les attaquaient, les ont redoutés comme foudre et les laissent encore pousser leurs conquêtes bien avant dans leur pays, comme ce puissant roi de Monomotapa, qui laisse jouir une poignée de gens de cent cinquante lieues qu'ils ont conquises au dedans de ce pays, et qu'ils n'ont point lâchées depuis 1640 ». Les Portugais y trafiquaient en effet en toute sécurité, et le roi leur permettait de construire des forteresses, même tout près de sa capitale. Davity ajoute que les Portugais exploitaient les mines de Mozambique, et « conquestent chaque jour quelque partie des seigneuries de ce pays ». Depuis Angola ils pouvaient pénétrer jusqu'à cent cinquante lieues à l'est dans les terres, et les indigènes, leurs tributaires, allaient souvent d'Angola à Sofala pour y porter l'or des mines du Congo.

Si l'on a perdu peu à peu le souvenir de ces voyages, c'est d'abord qu'ils n'avaient pas de caractère scientifique et étaient conduits sans méthode : c'est surtout parce que, par suite de préjugés économiques, les Portugais redoutaient la concurrence étrangère, et voulaient à tout prix garder pour eux le secret de leurs fructueuses opérations. Ainsi s'épaissirent de jour en jour les ténèbres africaines. Il deviendra néces-

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