‹ La conquête de l'AfriqueChapitre 22 sur 76 · ARMES ET USTENSILES DES SENEGALAIS · texte numérisé non relu

ARMES ET USTENSILES DES SENEGALAIS

saire, au xix' siècle, de recommencer ce qu'avaient déjà fait les Portugais, et il faudra, pour découvrir de nouveau l'Afrique, autant de courage qu'il y a trois siècles.

Les Portugais pourtant avaient rencontré des rivaux, surtout parmi les Français et les Hollandais, qui, de tout temps, avaient protesté contre leurs théories de domination exclusive. Cette rivalité se traduisait par des coups de main et de véritables pirateries. Toute expédition maritime se compliquant alors d'aventures de guerre, et chaque matelot devenant en cas de besoin corsaire et pirate, les armements de l'époque ont un caractère tout spécial. On ne va plus à la découverte, on ne cherche plus à agrandir le champ des connaissances, mais on débarque obscurément dans quelque anse ignorée, on charge en toute hàtc des marchandises, et on repart sans plus se soucier du pays entrevu et des populations avec lesquelles on s'est trouvé en relations. De là ces obscurités géographiques, de là cette absence de voyages entrepris dans une intention scientifique ou humanitaire.

Il n'y a d'exceptions que pour les contrées où s'établirent plus spéci.ilement les Français et les Hollandais, c'est-à-dire au Sénégal, en Guinée, au Cap et à Madagascar.

On ne saurait dire avec précision à quelle époque a été fondé le premier poste français au Sénégal, ni même à quelle époque a été exécuté le premier voyage dans cette direction. C'est en plein moyen âge, en 1405, que Jehan de Béthencourt, le conquérant des Canaries, fit une descente sur le littoral africain, non loin du cap Bojador, et, par un acte de piraterie qui ne rappelle que trop les pillages des Northmans ses ancêtres, emmena en captivité tous ceux des indigènes qu'il rencontra. Dès lors les Normands fréquçntèrent ces parages. On croit même qu'ils s'établirent à Rio Fresco, c'est-à-dire à Rufisque. En 1582 ils se formèrent en compagnie, et fondèrent une factorerie à l'embouchure du fleuve Senega ou Sénégal, d'abord dans une petite île appelée Bocos, puis dans une autre île plus grande, à laquelle ils donnèrent le nom de Saint-Louis. Cet humble comptoir était destiné à devenir la capitale de l'Afrique occidentale.

Nos négociants ne songeaient ni à conquérir, ni à annexer. Us s'occupaient uniquement du commerce, surtout de la traite des nègres, et par occasion de la gomme, de la poudre d'or ou de l'ivoire, que leur amenaient jusqu'aux ports d'embarquement les courtiers de l'intérieur. Afin de réaliser plus de bénéfices, ils se hasardèrent bientôt à remonter le fleuve et construisirent sur ses rives quelques comptoirs permanents,

OUOLOFS

des escales ou échelles. Le gouvernement les laissait s'administrer à leur guise. En 1664 ils vendirent leurs établissements à une compagnie constituée sous le nom de Compagnie des Indes Occidentales. Dès lors commence une série de cessions et de rétrocessions à diverses compagnies dont aucune ne réussit, pas même la grande Compagnie des Indes, qui administra les établissements africains pendant près d'un demi-siècle, jusqu'à la conquête anglaise de 1758. L'histoire du Sénégal n'est, pendant toute cette période, qu'une triste énumération de fautes et d'imprudences, de faillites et de banqueroutes. Un seul homme, par son intégrité, son intelligence et son activité, mérite d'être mis en lumière. Si nous étions plus attentifs aux découvertes géographiques de nos compatriotes, André Brue occuperait une place éminente dans l'histoire africaine, car il a donné à notre colonie des limites qui viennent à peine d'être dsl;^assées, et il a dirigé des explorations vers des contrées qu'on n'a pas encore toutes revues depuis l'époque où il vivait. De 1694 à 1724 il administra le Sénégal à divers titres, et, malgré la mauvaise volonté ou les absurdes instructions des diverses compagnies dont il fut l'agent, il ne cessa de se conduire d'après un plan bien arrêté, et il l'aurait certainement exécuté, si on l'eût laissé libre. Il ne fut pas seulement administrateur émérite, mais plus encore, grand citoyen, et tint toujours haut et ferme le drapeau de la France. A lui seul remontent les premiers projets de colonisation sérieuse du Sénégal, projets dont les malheurs des temps ou la faiblesse du gouvernement relardèrent pendant plus d'un siècle la réalisation. C'est lui qui le premier fit connaître le Galam, le Bambouk, une partie du Khasso et du Foula; lui qui appela l'attention sur les Sarracolets, dont personne n'avait parlé, et sur les Mandingues, dont on connaissait à peine le nom ; lui qui donna des renseignements précis sur la route de l'Atlantique à Tombouctou. Il a encore nettement indiqué le caractère de la vallée du Sénégal qui touche à la fois au Sahara et au Soudan, et sert de voie de transit aux marchandises européennes vers l'Afrique centrale. Il en fit la première exploration régulière jusqu'à la chute du Félou. Il a étudié avec autant d'intelligence que d'exactitude les races qui habitent la contrée et les intérêts qui les divisent. Il a conclu des traités avec ces diverses tribus, et, pour s'assurer le monopole du commerce, a construit deux forts sur le haut fleuve, à Saint-Joseph et à Saint-Pierre. Il songeait même à s'ouvrir la route du Soudan, et disputait aux Anglais la Gambie, et aux Hollandais la Guinée. N'est-il pas triste de penser qu'avec tout son génie Brue ne fut qu'un marchand d'escla\es! Il eût mérité de vivre à une

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