FRANÇAIS ET HOLUNDAIS DD XVI« AU XVIIP SIÈCLE
époque où les principes de justice et de civilisation auraient été plus en honneur.
Un des meilleurs auxiliaires de Brue fut le négociant Compagnon, qui, chargé par lui de rechercher les gisements aurifères d'où les nègres tiraient la poudre d'or qu'ils apportaient à nos comptoirs, explora le Bambouk et le Galam, et partout constata la présence du précieux métal, mais les nègres exploitaient au hasard ces richesses. Nommons encore Adanson, qui séjourna cinq ans au Sénégal, de 1749 à 1754, et en rapporta d'importantes collections, qui lui permirent de composer une Histoire naturelle du Sénégal j que l'on peut, encore aujourd'hui, consulter utilement. Ce sont à peu près les seuls noms qui méritent d'échapper à l'oubli dans la longue période qui s'étend de 1664 à 1758.
Après l'occupation momentanée de la colonie par les Anglais (1758- 1779), et lorsque la paix de Versailles de 1783 eut restitué le Sénégal à la France, on ne songea qu'à reprendre les errements anciens. De nouvelles compagnies furent créées , et la colonie continua à végéter. Quelques voyages de découvertes furent pourtant essayés : par le négrier Lamiral chez les Maures de la rive droite du fleuve; par le commandant Lajaille qui, en 1784 et 1785, reconnut les côtes du cap Blanc à Sierra Leone; par Rubault qui, en 1786, arriva jusqu'à la Falémé par le Cayor, le Djolof, et revint à Saint-Louis par le Sénégal ; et enfin par le capitaine Golberry, qui visita les escales du désert, poussa jusqu'aux avantpostes anglais de Sierra Leone, et insista sur la nécessité de s'établir fortement dans la contrée dont il énumérait les ressources. On ne l'écouta pas. De nouveaux désastres étaient nécessaires pour établir le bien fondé de' ses réclamations. Pendant toute la période révolutionnaire, le Sénégal fut à peu près oublié. La métropole ne daigna pas songer au remplacement du gouverneur, et, par une exception peut-être unique dans notre histoire coloniale, le major Blanchot, nommé gouverneur en 1788 par Louis XVI, conservait son commandement sous le consul Bonaparte. Cette indifférence systématique nous coûta cher, car les Anglais s'emparèrent de Saint-Louis en 1809. Ce fut même le seul moment où notre pavillon ne fût pas arboré sur un point quelconque du continent africain. En résumé, le Sénégal, jusqu'aux premières années du xix* siècle, paraît une colonie sans avenir, et la France ne s'y est guère montrée que comme protectrice des négriers. Ce n'était pas le rôle qui convenait à nos traditions et à notre esprit national.
Dans une contrée voisine, en Guinée, l'attitude de la France ne devait pas être meilleure. La Guinée est un immense versant dont le
sommet s'appuie au nord à la chaîne encore mal connue des monts Kong, et la base, au sud, est formée par TAtlantique. La Guinée est divisée en deux régions distinctes : la première part du littoral. Elle est constituée par des lagunes et des marécages, pays humides et malsains, même pour les indigènes, mais très fertiles et riches en produits de tout genre. La seconde région, très saine, s'élève par gradins successifs jusqu'à la chaîne des monts Kong ; mais les Européens l'ont à peine entrevue, car les nègres du littoral s'opposent à leurs voyages dans l'intérieur. Quelques grands fleuves, l'Assinie, la Volta, le Galabar, parcourent c^tte région de l'est à l'ouest, et viennent se jeter dans le golfe de Guinée. Sur presque toute la côte existé une barre qui varie de force et d'intensité avec la hauteur et la disposition des bancs de sable que forme la marée. Sur le littoral, qui porte différents noms, Côtede l'Ivoire ou des Dents, Côte de l'Or, Côte des Esclaves, Côte de Bénin et de Galabar, nos négociants, reprenant les traditions dieppoises, recommencèrent à paraître dès la fin du xvi* siècle; mais les marins normands n'eurent plus le monopole de ces voyages, et aucun établissement permanent ne fut fondé. Le principal et, à vrai dire, l'unique commerce fut, au Sénégal, la traite des noirs. Il procura d'énormes bénéfices à plusieurs de nos négociants, mais ne fit pas aimer le nom de la France dans ces parages. D'ailleurs nos compatriotes n'étaient pas les seuls à exploiter le littoral. Les Hollandais, qui avaient profité de l'occupation momentanée du Portugal par l'Espagne pour s'emparer de la plupart des colonies portugaises, furent longtemps la puissance prépondérante sur la côte de Guinée. El Mina, l'ancien comptoir dieppois, devint leur capitale, mais leurs eiplorateurs ne pénétrèrent que sur de rares points dans l'intérieur des pays qui bordent la côte. Quelques-uns de leurs négociants composèrent pourtant des relations sur la Guinée, mais elles ne dépassent guère, en général, les parties littorales, et contiennent moins de géographie proprement dite que d'observations sur les indigènes. Les plus estimées de ces relations sont celles de Dapper en 1668 et de Bosman en 1698. Quel que soit l'intérêt de ces anciennes publications, les études scientifiques n'ont réellement commencé pour la Guinée qu'avec le xix* siècle. Ce sont encore les Hollandais qui, sur un autre point de la côte occidentale de l'Afrique, se sont substitués aux Portugais. Ceux-ci avaient d'abord considéré le Cap comme un point de relâche important dans leurs voyages vers l'orient, mais ils n'avaient pas songé à y établir une colonie. Ils s'étaient contentés d'un relevé exact et consciencieux de la côte, comme le prouvent toutes les cartes du xvi* et des premières années