FRANÇAIS ET HOLLANDAIS DU XVI- AU XVIII» SIÈCLE
du xvif siècle, dont la nomenclature est portugaise, mais aucun établissement n'y avait même été essayé. Les Anglais, les premiers, paraissent s'être rendu compte de Futilité que présenterait à l'extrémité du continent africain une station européenne, el, en 1620, deux navires de la Compagnie des Indes Orientales prirent possession du pays au nom de l'Angleterre; mais ce ne fut qu'un vain cérémonial, car aucune suite ne fut donnée à ce projet d'établissement.
En 1648 un navire hollandais ayant fait naufrage sur la côte, les matelots, obligés d'attendre un navire de passage pour se rapatrier, profi-
LA BARRE DBS CÔTES DE QUIIféB
tèrent de leurs loisirs forcés pour examiner le pays. Leurs rapports furent si favorables et ils firent un tel éloge de la magnifique baie qu'abrite à l'ouest la longue presqu'île dont le cap de Bonne-Espérance forme la pointe méridionale, que le gouvernement hollandais se décida à expédier en 1652 un premier convoi de dix-huit colons et d'une centaine de soldats, qui bâtirent leurs cabanes au pied de la superbe Montagne de la Table, sur l'emplacement même qu'occupe aujourd'hui la ville du Cap. En 1654 débarquèrent des orphelines envoyées d'Amsterdam pour constituer des familles de cultivateurs. Le camp se transformait en colonie. On fit la reconnaissance du pays et l'on essaya d'entrer en relations avec les indigènes, mais, ainsi que le prouvent les cartes dressées à cette époque, l'exploration n'avait pas été bien sérieuse.
De nouveaux immigrants, et certes tout à fait inattendus, vinrent, à partir de 1685, augmenter la population et les ressources de la colonie. Ce sont les protestants expulsés de France à la suite de la révocation de redit de Nantes. Bon nombre d'entre eux avaient cherché un refuge en Hollande, mais ils ne s'accommodaient ni du climat, ni du caractère hollandais, et acceptèrent avec empressement la proposition qu'on leur fit d'aller sous un ciel plus clément fonder une nouvelle patrie. Nos compatriotes furent d'abord très bien accueillis. On leur distribua de l'argent, des vivres, du bétail, et on les établit à Stellenbosh, dans la vallée de la Perle et celle des Éléphants. Leurs cultures prospérèrent, leur industrie se développa, ils devinrent bientôt les maîtres de la situation. La colonie était alors administrée par un gouverneur énergique et dur, Simon Van der Steel, qu'indisposèrent ces progrès de l'influence française. Il se plaignit de leur indépendance, de leur esprit d'opposition, et, dès lors, ne chercha plus, comme il l'avouait lui-même, « qu'à rabattre leur impertinence française et à les mettre très sérieusement en garde sur leurs devoirs ». Son fils et successeur, Adrian Van der Steel, se montra plus hostile encore. En 1709 il interdit l'usage de la langue française pour les communications officielles et en 1724 pour le service divin. Ayant ainsi perdu leur langue, leurs usages et leur religion particulière, les Français du Cap fusionnèrent avec les Hollandais, et de cette union naquit un peuple nouveau, les Boers, qui ont gardé de leurs ancêtres français un esprit d'indépendance et un amour du mouvement qui frappent le voyageur. l\ est vrai d'ajouter que ce sont les vexations injustes des administrateurs hollandais qui ont le plus contribué à donner aux Boers ce goût pour les aventures et le changement qui est devenu comme une habitude nationale. Quelques familles françaises, les du Toit et du Pré, qui avaient eu leurs biens confisqués par Adrian Van der Steel, allèrent les premiers chercher dans les solitudes du nord un asile plus sûr. Dès lors ce mouvement d'émigration ne s'arrêta plus. Les Boers forgèrent même un mot pour exprimer cet acte. « Trekken », faire un trekkj signilîe dans l'Afrique australe quitter sa propriété, emmener son bétail et sa famille, et pousser droit devant soi dans les pays inconnus. A l'heure actuelle, les Boers n'hésitent pas à faire des Irekks sans motif, et uniquement pour le plaisir de changer de place.
Grâce à la fermeté et à l'énergie du gouvernement hollandais, la colonie fit de rapides progrès. C'est au premier des Van der Steel que l'on doit les travaux d'embellissement de la ville, la création des magnifiques jardins du Gouvernement, le boisement de la Montagne de la Table et
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rintroduction de la vigne. Son fils ordonna les premiers voyages de reconnaissance à l'intérieur. La plus importante de ces explorations tut entreprise de 1703 à 1713 par Kolbé. Lui-même fit une excursion de cinq mois au pays des Namaquas, où Ton avait signalé l'existence de mines de cuivre. Après lui, l'astronome français La Caille en 1751 et 1752, Sparrmann et Thunberg de 1772 à 1776, Paterson en 1777 et surtout Levaillant de 1780 à 1783, contribuèrent à mieux faire connaître le pays et ses habitants. De tous ces voyageurs, le plus célèbre est notre
CAPRES ZOULOUS
compatriote Levaillant. La publication de ses voyages eut un retentissement extraordinaire, non seulement parce que notre compatriote fut un des premiers qui s'enfoncèrent dans l'intérieur du continent, dont on ne connaissait alors que les côtes, mais surtout parce que, foncièrement bon et juste, et persuadé, comme l'avait écrit son maître Rousseau, que if l'homme sortant des mains du Créateur est bon », il s'aventura sans armes et sans escorte au milieu des peuplades réputées les plus féroces, et ne trouva partout qu'un accueil empressé. « Que de fois, s'écria-t-il plus tard, quand ses ennemis attaquèrent la véracité et même la réalité
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rie ses voyages, que de fois m'arriva-t-il de regretter la vie dans les déserts, et le commerce paisible, innocent, de leurs sauvages habitants! » Les voyages de Levaillant sont l'objet de deux relations distinctes* La première a trait à l'exploration qu'il dirigea à l'est du Cap, aux pays des Hottentots et des Cafres, la seconde à son excursion dans le pays des grands et des petits Namaquas. Bien que certains détails soient contestables, et que Levaillant lui-même avouait parfois, dans l'intimité, qu'il avait imaginé ou exagéré ses aventures, ses relations sont fort intéressantes, et, même de nos jours, on peut encore les consulter avec fruit.
Telle était la colonie du Cap à la fin du dernier siècle : une ville assez importante, où trouvaient à se ravitailler les vaisseaux qui se rendaient aux Indes ou qui en revenaient, quelques villages et plantations aux alentours de la ville, des Boers disséminés sur d'énormes espaces; et, dans les profondeurs encore à peu près inconnues du nord, des tribus belliqueuses, hostiles el avec lesquelles il était facile de prévoir qu'on entrerait en conflit le jour où la colonisation prendrait son essor. Le Cap était donc une colonie d'avenir, mais on ne prévoyait pas sa future importance, et ses maîtres d'alors, les Hollandais, se contentaient d'administrer avec sagesse un territoire qu'ils ne considéraient eux-mêmes que comme une station utile sur la route des Indes.
Les Français ne prévoyaient pas non plus l'importance future de Madagascar lorsqu'ils y établirent un point de relâche pour leurs voyages dans l'Hindoustan. Madagascar avait été entrevue par les anciens, et en partie peuplée par les Arabes. Les Portugais la découvrirent au commencement du xvi*' siècle, mais n'y fondèrent pas de comptoirs, car l'ambition de leurs princes et de leurs marchands seporlait alors uniquement vers les rivages enchantés de l'Asie méridionale. Les Français au contraire eurent de bonne heure comme le pressentiment des res* sources et de l'avenir de Madagascar; mais ce ne fut qu'en 1642 qu'un certain Rigault ou Ricault obtint de Richelieu le privilège exclusif, pour lui et pour ses associés, d'expédier des navires à Madagascar cl aux îles adjacentes. Pronis fut expédié par Rigault, avec deux Français qui devaient former le noyau de la nouvelle colonie. Après quelques hésitations, il s'établit dans la presqu'île de Tholongar, où il bntit le fort Dauphin. Ce nom resta à la presqu'île, et Fort-Dauphin devint comme la capitale de nos établissements dans la grande île africaine.
Les fautes de' Pronis, son union impolitique avec la fille d'un chef indigène; sa déloyauté auprès de ces mêmes indigènes qu'il vendait comme insulaires, tout, jusqu'à sa qualité de huguenot, arrêta les
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