‹ La conquête de l'AfriqueChapitre 30 sur 76 · NIAM-NIAMS · texte numérisé non relu

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autre genre de vie, et en troisième lieu les Sébaïi, jeunes gens de quinze à vingt ans, plus faciles encore à acclimater, mais moins patients et plus portés à s'enfuir. Quant aux femmes, les sujets nubiles. Serran, sont les plus demandés. Leurs prix varient au gré du goût ou du caprice des chalands. Il y a aussi les eunuques, Âdimij cotés à des prix souvent énormes et fort recherchés dans les harems de TOrient, puis les Onadas, ou nains, qui d'ordinaire deviennent bouffons de cour. Une fois vendus, ces infortunés sont traités assez humainement, puisque c'est l'intérêt de leur maître qui l'exige, et qu'ils représentent un capital souvent considérable ; mais, avant d'être parvenus aux grands marchés de l'intérieur, et dès le territoire de chasse où ils ont été capturés, quelles souffrances n'endurent-ils pas ! Enchaînés deux à deux ou retenus par d'énormes entraves de bois, ils s'acheminent en longues caravanes, flagellés par d'impitoyables conducteurs, et tombant pour ne plus se relever, car les maîtres n'attendent jamais ceux qui succombent ainsi à la fatigue. Ils leur tranchent la gorge en les laissant agoniser lentement, sous les rayons torrides du soleil, en proie aux tortures de la faim et de la soif . La grande route du Bornou au Fezzan s'appelle la « route des ossements ». Elle est jonchée des squelettes des misérables qu'ont fauchés la maladie, la fatigue ou le couteau du maître. Atix alentours des puit^ on rencontre des cadavres à moitié enfouis par le sable, surtout des cadavres d'enfants, ceux des négrillons, lamentables épaves d'une caravane de passage qui ont terminé là leur sinistre odyssée. Quant aux pourvoyeurs de bétail humain, ce sont les chefs, pour la plupart mahométans, des Ëtats soudanais. Comme ils n'éprouvent aucun scrupule à opérer de gigantesques razzias sur les païens leurs sujets, ou plutôt sur les païens sujets des princes voisins, chaque année ils organisent de grandes chasses où, soldats et officiers, tous ont leur part de butin. D'immenses territoires sont ainsi ravagés et dépeuplés. Malheur à ceux qui résistent! On les traque jusque dans les forêts et les marécages; on les égorge sans pitié, et on se partage leurs tristes familles ; puis la caravane se forme et les négriers la conduisent à Kouka ou sur les autres marchés, et c'est en plein jour, au vu et au su de tout le monde, que s'accomplissent ces exécrables forfaits.

Les Anglais résolurent d'en finir et organisèrent une grande expédition à la fois commerciale et abolitionniste. Le commandement en fut confié à James Richardson, qui, sur les indications de la Société de géographie de Berlin, s'adjoignit deux jeunes naturalistes allemands, les docteurs Overveg et Henri Barth (1850). Ces deux Allemands n'occupaient qu'une

position secondaire, mais l'activité qu'ils déployèrent fut telle* et leur persévérante énergie triompha de tant d'obstacles, qu'ils emportèrent tout l'honneur de l'expédition. Aussi bien ils en devinrent les chefs en 1851, quand mourut Richardson avant même d'être arrivé au Bornou. Ils partirent de Tripoli, s'enfoncèrent dans le Fezzan, et découvrirent une belle et grande oasis montagneuse, une vraie Suisse africaine au milieu du désert, le pays d'Aîr, que les Romains connaissaient probablement sous le nom d'Agyzimba, mais qu'on avait perdue de vue depuis les Arabes. De là les voyageurs pénétrèrent dans le Bomou. En 1851 et 1852 ils explorèrent la région du lac Tchad, et les pays inconnus qui se prolongent au sud et au sud-ouest de cette grande nappe d'eau. Barth, au mois de juin 1851, atteignit même le pays d'Adamaouâ, traversé par une superbe rivière, la Bénoué, le principal des affluents du Niger; mais en septembre 1852 Overveg tomba frappé par un climat auquel résistent mal les constitutions européennes, et Barth resta seul.

Avec une décision et un courage qui l'honorent, et en attendant un auxiliaire qu'il a demandé à Londres, Barth se décide à profiter de son séjour au milieu de l'Afrique pour explorer le Soudan occidental, c'està-dire l'immense région qui s'étend de Sokoto à Bamakou. Ce hardi voyage, il l'a exécuté, mais au prix de fatigues inouïes! Pendant deux ans et demi il n'eut aucune communication avec l'Europe. On avait même perdu tout espoir de le retrouver vivant, quand il reparut au Bornou en novembre 1854. Non seulement il apportait une ample moisson de renseignements de tout genre sur la région explorée, mais encore, le premier des Européens, il avait réussi à longtemps séjourner dans cette mystérieuse Tombouctou, qui passait pour la plus riche, la plus puissante et la plus peuplée des villes africaines de l'intérieur. Il est vrai que Tombouctou eut jadis une grande importance politique et commerciale, mais elle a diminué, et, ainsi qu'il arrive d'ordinaire, le prestige s'est évanoui devant la réalité. Barth, pour séjourner à Tombouctou, avait été obligé de se faire passer pour.Arabe et même de prendre le titre de chérif. Protégé par le puissant cheik El-Bakay, qui avait imaginé de le présenter comme un ambassadeur du sultan de Constantinople, il échappa à tous les périls; ce fut néanmoins malgré lui qu'il séjourna près de sept mois dans cette ville, car il fut pris d'un accès de fièvre pernicieuse et faillit mourir. Il en sortit le 20 mars 1854, escorté par cent cavaliers touaregs qui veillèrent sur lui, et reprit la roule de Kouka. Avant d'y arriver, il rencontra dans une forêt le Prussien Vogel, envoyé par le gouvernement anglais pour remplacer Richardson. Tous deux

DÉCOUVERTES DANS LE SOUDAiN.

séjournèrent «^ Kouka ; mais Barth, après cinq années de séjçfur en Afrique, avait besoin de revoir TEurope. 11 laissa donc au Soudan son nouveau collaborateur et revint, mais pour être frappé d'ujie mort prématurée.

Vogel débuta par d'importants travaux de triangulation et d'astronomie. C'est ainsi qu'il rectifia une erreur de près d'un degré dans la longitude de Kouka, et ce point a une grande importance, car tous les itinéraires

FOIfTAINB DANS LE SAHARA

du Soudan s'y rattachent. Il songeait à tenter ensuite pour le Soudan oriental, c'est-à-dire pour l'immense espace absolument inexploré qui s'étend du lac Tchad au haut bassin du Nil, ce qu'avait si bien fait Barth pour le Soudan occidental. Son ambition était d'arriver au Ouadaï, que lui signalaient les indigènes comme le point le plus important de cet espace intermédiaire. Parti de Kouka en février 1856, il arriva, croiton, jusqu'à Abéchi, capitale du Ouadaï, mais y fut assassiné. Pendant plusieurs années on perdit sa trace, mais on ne l'avait pas oublié, et s'il était mort, il fallait au moins retrouver ses papiers et surtout poursuivre son entreprise.

En I86O9 à Gotha, fut organisée une commission scientifique, coniposée de savants et de voyageurs éprouvés, pour aller à la recherche de Vogel. Le commandement de l'expédition avait été confié à Von fleuglin, qui avait déjà séjourné dans le Soudan égyptien. Les voyageurs devaient se rendre à Khartoum, qui serait en quelque sorte leur base d'opérations, et de là passer à Touest vers le Darfour, le Ouadaï et les autres parties de cette vaste région intérieure, où chaque pas serait marqué par une découverte. En même temps un autre explorateur, Beurmann, reprendrait l'itinéraire de Vogel par le Fezzan et le Bornou, et rejoindrait Von Heuglin en se portant à sa rencontre dans le Ouadaï. Tout avait été bien combiné, mais on avait compté sans l'imprévu, et les obstacles ont été plus forts que les hommes. Von Heuglin dépassa à peine Khartoum et ne put s'avancer jusqu'au Darfour. Quant à Beurmann, qui était arrivé au lac Tchad, il fut assassiné. Malgré ce piteux avortement, l'expédition allemande ne fut pas inutile à la science. Tous ses travaux préparatoires sont excellents. On sera toujours obligé de les consulter quand on voudra sérieusement étudier la moitié orientale de l'Afrique du Nord.

Là où avait échoué une expédition officielle, menée à grand bruit et pourvue de toutes les ressources nécessaires, a réussi un simple voyageur. Le docteur Nachtigal, de Hambourg, que le mauvais état de sa santé forçait de résider dans le Midi, se trouvait à Tunis en 1868, quand un de ses compatriotes, Gérard Rohlfs, envoyé en mission par le roi, de Finisse Guillaume au sultan de Bornou, lui proposa de l'accompagner à Kouka. « Il me manquait l'expérience des voyages, a écrit Nachtigal; néanmoins je résolus de saisir l'occasion qui s'offrait à moi de faire, en mettant les choses au pis, une excursion au moins riche en souvenirs. Je crus de mon devoir, si quelque personne plus apte que moi ne se présentait pas, de tirer parti de la circonstance, ma qualité de médecin et la connaissance que j'avais de la langue arabe et des mœurs mahométanes promettant de me faciliter la mission. » Pendant que Rohlfs traversait la partie septentrionale de l'Afrique, de Tripoli à Lagos, par le Bornou, Nachtigal quittait Tripoli en février 1869, séjournait à Mourzouk dans le Fezzan, et, par Gatroun, entrait dans le pays des Tibbous, qu'aucun Européen n'avait encore visité. C'est une région montueuse et aride, aont les habitants sont aussi industrieux que perfides. Il y courut plusieurs fois danger de la vie. Sans la crainte qu'il leur inspirait en qualité de sorcier, c'est-à-dire de médecin, il aurait été lapidé. On le dépouilla de tous ses bagages, on le laissa sans ressources, et jamais il

n'aurait regagné le Fezzan sans la charité compatissante d'un indigène, qui se prit d'affection pour lui.

Après avoir passé de nouveau l'hiver dans le Fezzan, Nachtigal partit pour le Bornou. Il explora le lac Tchad, fut reçu à Kouka par le sultan Omar, auquel il remit les présents du roi Guillaume, traversa ensuite tout le Bornou, et, en 1872, pénétra dans le Baghirmi. Il remonta le fleuve Chari, visita le roi du Sonrhaï, et fut réduit pendant quatre mois à mener l'odieuse existence de chasseur d'esclaves avec les tribus qui , le retenaient captif. Lorsque plus tard il rédigea la relation de son voyage, il donna d'intéressants détails sur ces effroyables iniquités. On sait, grâce à lui, comment les chefs indigènes, au lieu de s'entendre pour résister aux traitants arabes, se font les pourvoyeurs du bétail humain. Ils organisent de grandes battues, toujours heureuses, car les indigènes, mal armés de casse-tête ou de lances grossières, ne peuvent résistera des hommes armés de fusils. Nachtigal fut obligé d'assister au siège de grands arbres où s'étaient réfugiées quelques familles de Gaberis. Frappés à mort, les défenseurs tombèrent sur le sol à travers les branchages, et on n'eut plus qu'à ramasser les femmes et les enfants. Un autre jour, il assista à l'extermination d'une autre tribu, dont les hommes, mal abrités par des remparts d'épines, se firent tous tuer jusqu'au dernier.

Au moins l'explorateur allemand fut-il assez heureux pour arriver en août 1873 à Abéchi, résidence du roi du Ouadaï. Il y fut d'abord reçu avec un sentiment d'effroi. On le prenait pour une sorte de cannibale, pratiquant la magie; mais le docteur était de ceux qui prennent au sérieux leur rôle de civilisateur, et sa conduite, toujours humaine et discrète, lui valut des amis. Ceux qui, les premiers jours, l'évitaient ou prononçaient en le voyant des formules de conjuration, allèrent bientôt au-devant de lui, en s'étonnant de ne lui trouver d'autre défaut que de ne pas être disciple de Mahomet. Grâce à cette bonne impression, de nouveaux explorateurs, Mateucci et Massari, ont pu, en 1881, se présenter au Ouadaï pour continuer l'œuvre de Nachtigal, mais ils n'y séjournèrent pas longtemps, car la guerre du Mahdi venait d'éclater, et le fanatisme musulman était comme surexcité.

En sortant du Ouadaï, Nachtigal traversa le Darfour (1874) et rentra en Europe par l'Egypte. Son voyage avait duré quatre années. Il avait été accompli au milieu de difficultés de toutes sortes et de fatigues inouïes, mais il était fécond en résultats. On connaissait toute la partie orientale du Soudan, qui jusqu'alors était restée vierge de toute exploration.

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La voie était ouverte : d'autres voyageurs pouvaient s'y aventurer.

En résumé, tout le bassin moyen du Niger et le bassin dû lac Tchad

sont aujourd'hui connus dans leurs traits généraux, et l'honneur d'avoir

découvert et exploré ces régions revient surtout aux Anglais et aux Alle-

NACHTIGAL

manc^.s. Restait à déterminer la source du Niger et le cours supérieur ainsi que l'embouchure et le cours inférieur du grand fleuve africain : ce sont les Français qui ont le plus contribué à faire connaître le ba.sin supérieur, les Français et les Anglais qui se sont le plus occupés du bassin inférieur.

Parmi les ouvriers de la première heure, René Caillié mérrle une

place d'honneur, tant il a déployé de courage, tant il a su, sans attache officielle, faire avec simplicité de grandes choses. La lecture de la relation de Mungo-P<irk Favait comme exalté. Bien que sans fortune, il ne songea plus qu'à se lancer, sur les traces de l'héroïque Écossais. Il apprit l'arabe et passa au Sénégal. Il se donnait comme un Égyptien emmené en Europe dès son bas âge par des Français qui faisaient partie de l'armée conquérante de l'Egypte, et il sut si bien se pénétrer de son rôle que jiersonne n'en soupçonna l'imposture. Parti de Boké sur le Rio Nunez, il traverse d'abord le Fouta-Djalon et arrive à timné, mais harassé de fatigue, affaibli par les privations et le manque de soins. Il y tombe malade, mais excite la pitié d'une vieille négresse qui le recueille, le soigne et le guérit. Enfin il se met en route pour le Niger et traverse le Bambara, prenant avec soin dès notes sur tout ce qui le frappait en chemin. Arrivé à Djenné, il devient l'ami du prophète Ségou-Ahmadou, en lui prêtant son parapluie. Ce modeste instrument de la civilisation européenne non seulement lui ouvre toutes les portes, mais encore lui vaut de précieuses amitiés. On lui donne de l'argent, on lui délivre un sauf-conduit, et, le 22 mars, il s'embarque enfin sur le Niger pour le descendre jusqu'à Tombouctou. Le voyage fut pénible, car les barques qui composaient la flottille étaient fort lourdes, et, n'ayant pas de voiles, n'avançaient qu'en temps de calme; d'un autre côté, elles étaient si fragiles que le moindre vent menaçait de les faire chavirer. Ge fut dans ce triste équipage que Caillié descendit le Niger, traversa le lac Debou, et, le 19 avril 1828, arriva à Kabra, port de Tombouctou. Le lendemain il faisait son entrée à Tombouctou. ce Je voyais donc cette capitale du Soudan qui, depuis si longtemps, était le but de tous mes désirs. En entrant dans cette cité mystérieuse, je fus saisi d'un sentiment inexprimable de satisfaction, je n'avais jamais éprouvé une sensation pareille, et ma joie était extrême, mais il fallut en comprimer les élans. »

Bevenu de son enthousiasme, Caillié ne tarda pas à trouver que le spectacle qu'il avait sous les yeux ne répondait pas à son attente. Tombouctou est beau, mais triste, car il est entouré d'immenses plaines de sables mouvants, d'un blanc tirant sur le jaune, et d'une aridité désespérante. Les maisons sont grandes, mais peu élevées, faites en briques roulées à la main et séchées au soleil. On y comptait sept mosquées, mais fort délabrées et d'une architecture rudimentaire. Caillié ne resta que quatorze jours à Tombouctou. Il craignait d'être découvert, et impitoyablement massacré. D'ailleurs il lui tardait de mettre ses notes en sûreté. L'occasion s'étant présentée de se rendre au Tafilet par

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IM

le Sahara, Caillié n'hésita pas à s'engager dans ce désjert immense. Cette traversée fut longue et dangereuse. Tempêtes de sable brûlant, solitudes

L'ATTAQUE DE L ARRRE DU CHEF GARERI

désolées, railleries ou mépris des Maures, grossiers et ignorants conducteurs de la caravane, rien ne lui fut épargné. L'espoir seul le soutenait. Ce n'était plus à Tombouctou qu'il songeait, mais à la France,

qui bientôt allait l'acclamer. Il arriva enfin à Tanger, et réussit à se jeter chez notre consul, qui lui facilita les moyens de se rapatrier. Caillié avait donc accompli avec un bonheur presque miraculeux cet audacieux voyage du Sénégal au Maroc par Tombouctou. Il avait parcouru un chemin énorme au milieu de contrées jusqu'alors inconnues. Le premier parmi les Européens, il était assez heureux pour apporter au monde savant les résultats de son voyage : aussi fut-il reçu en triomphateur.

En 1865, trente-six ans après Caillié, le lieutenant Mage et le docteur Quintin, envoyés en mission par Faidherbe pour rattacher le Sénégal au Niger par une ligne de stations commerciales ou de postes fortifiés, arrivèrent jusqu'à Ségou, la capitale d'Ahmadou, le fils du célèbre Hadji Omar. Reçus avec loutes les apparences de la cordialité, ils furent étroitement suneillcs et obligés de suivre leur hôte dans diverses expéditions où ils durent savourer dans toute son horreur la barbarie africaine, et rester les témoins impassibles de massacres et d'égorgéments abominables. Le tyran consentit pourtant à les relâcher après avoir signé un traité de pure forme, par lequel il s'engageait à favoriser les négociants et les colons français.

- Pendant de longues années ce traité resta lettre morte, non seulement parce que Ahmadou n'avait pas été de bonne foi en le signant, mais aussi parce que les successeurs de Faidherbe ne songèrent pas à profiler des clauses du traité de Ségou. C'est un simple particulier qui, presque sans ressources, osa, comme autrefois Caillié, s'aventurer dans ce pays oublié, et força le gouvernement à sortir de son indifférence systématique. Paul Soleillet, grand cœur et noble esprit, débarque à Saint-Louis en 1878, bien résolu à gagner Alger en passant par le Niger. Il part sans autre escorte qu'un tirailleur sénégalais, sans armes, presque sans bagages. Partout il est bieh accueilli par les indigènes, et, quand il arrive à Ségou, le sultan Ahmadou envoie à sa rencontre plusieurs centaines de soldats, qui saluent le drapeau tricolore fièrement déployé à l'avant de sa barque. Il est vrai que le sultan, jaloux et inquiet, ne permit pas à notre compatriote de pousser jusqu'à Tombouctou, mais il le laissa librement circuler dans ses États. Soleillet revint avec la même facilité, bien persuadé que rien n'était plus facile que d'établir un courant d'aflaires entre le Sénégal et le Niger. Quelques mois plus tard, il rentrait en campagne, mais par une autre direction. Il voulait en effet celte fois gagner Tombouctou, non plus par le Sénégal, mais par les oasis d'Adrar, de Tichitetde Oualata; mais il fut attaqué par des écumeurs du Sahara, les Ouled-Dlim, et dépouillé de tout ce qu'il possédait. Soleillet

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ne se découragea pas, et, soutenu cette fois par le gouvernement, reprit son bâton de voyage. Brusquement rappelé en arrière par suite de mesquines querelles, il ne devait jamais revenir au Sénégal. Il n'en avait pas moins frayé la voie. La France n'avait plus qu'à s^y engager. D'ailleurs il n'était que temps d'indiquer, non plus par des tentatives isolées et par des promesses, mais par des actes énergiques, qu'on voulait étendre l'influence et au besoin la domination française dans la vallée du Niger. Il s'agissait d'abord de trouver, plus loin que notre dernier poste sur

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