EXTERMINATION D UNE TIIIBU AFRICAINE
le Sénégal, Médine, un point où nous pourrions concentrer nos moyens d'action et au besoin de résistance. Le capitaine Gallieni, chargé de cette délicate mission, se décida pour Bafoulabé, au confluent duBaflng et du Bakoy, à peu près à mi-chemin entre Médine et le Niger (décembre 1879). Ce n'était qu'un premier pas en avant. Gallieni en Gt aussitôt un second en construisant un nouveau poste à Kita, dans un pays sain et fertile, au point de convergence des routes de caravane entre le haut Niger, le haut Sénégal et le Sahara. Enhardi par le succès, il se dirigea sur le
Niger^ mais il fut attaqué en route, à Dio, par les indigènes qui se défiaient de ses intentions, n'échappa que par miracle, et arriva en piteux équipage à Ségou. Le sultan Ahmadou, malgré ses hésitations, signa un second traité, à Nango, par lequel il mettait ses États sous notre protectorat, car il venait d'apprendre que la France avait vengé le guet-apens de Dio, et pris d'assaut la citadelle de Goubanko, oh s'étaient réfugiés les plus déterminés de nos adversaires.
La France arrivait donc sur le Niger, mais le maître de Ségou ne dissimulait plus ses craintes, et, de plus, nous nous heurtions à un empire africain, le Ouassoulou, improvisé dans ces dernières années et bien organisé par son créateur, Samory. De là, une série d'expéditions brillantes fort bien dirigées par le colonel Borgnis-Desbordes, et qui ont . abouti d'une part au refoulement de Samory, de l'autre à la création d'un poste sur le Niger, à Bamakou (1882). « Saluons les couleurs françaises flottant sur les bords du Niger, avait dit Borgnis-Desbordes en posant la première pierre du fort. Le bruit que font nos petites pièces à feu ne dépassera pas les montagnes qui sont à nos pieds, et cependant, soyez-en cpnvàincus, on en entendra l'écho bien au delà du Sénégal, Tous les Français ,qui mettent au-dessus de tout la grandeur et l'honneur de leur pays applaudiront sans réserve à ceux de leurs compatriotes qui, à force d'énergie, d'abnégation, de courage, de discipline, .se sont montrés, malgré toutes les difficultés qu'ils ont rencontrées, à^ la hauteur de la grande œuvre de civilisation, dont l'exécution, décidée par le Parlement, leur a été confiée. »
En effet, d'importants résultats avaient été obtenus. Nous nous étions rapidement emparés d'un territoire égal en superficie au tiers de la France. Trois forts avaient été construits, à Bafoulabé, à Kita et à Bamakou. Les 426 kilomètres qui séparent Bafoulabé du Niger avaient été reliés par des itinéraires soigneusement étudiés. Le drapeau national avait été victorieusement promené dans toute la région, et les indigènes, horriblement foulés depuis longues années par les ambitieux et les . bandits de l'Afrique occidentale, s'habituaient à la pensée d'accepter la domination réparatrice et la protection efficace de la France. C'étaient là d'heureux débuts et d'un excellent augure pour l'avenir.
Une fois installés à Bamakou, notre premier soin fut de consolider notre établissement en lançant de divers côtés des reconnaissances. Les deux plus importantes ont été exécutées par le lieutenant de vaisseau Garon et par le capitaine Binger. Le premier, sur sa canonnière le Mage^ a descendu le Niger jusqu'à Kabra, le port de Tombouctou. Il a déter-
miné avec. précision la latitude de cette ville, et levé près de 800 kilomètres entièrement nouveaux. Malgré les provocations des Touaregs, il a rempli sa mission sans tirer un coup de canon. Quant à Binger, il avait pour objet d'explorer la place blanche qui, dans les cartes, se trouve encore dans la boucle du Niger entre Siguiry, Tombouctou et la mer, et de relier les travaux exécutés par nos offlciers sur les rives du grand fleuve avec les itinéraires de Caillié et de Barth. Il se heurta tou4 d'abord à l'hostilité mal déguisée de notre prétendu allié Samory, mais il rebroussa chemin, et, par une autre direction, arriva à l'importante ville de Kong, où il fut bien reçu par les marabouts et put à son aise nouer d'utiles relations avec diflerents chefs africains. En général ces chefs paraissent avoir renoncé à leurs haines stériles contre les Européens. Ainsi que l'écrivait un de nos plufe vaillants explorateurs, le docteur Colin, « la sécurité de l'Européen dans le Soudan occidental est aujourd'hui absolue. Je m'en irais sans hésitation, avec une canne pour toute arme, de Bakel jusqu'au Niger. Je suis persuadé que je serais non seulement respecté, mais encore bien accueilli. »
Il est vrai que ces sentiments affectueux n'existent peut-être qu'à la surface. Aux dernières nouvelles, un de ces rois africains, et non le moins puissant, Ahmadou, nous avait déclaré la guerre ; mais, chassé de ses capitales, Ségou et Nioro, à la suite d'une brillante campagne dirigée par le colonel Archinard (1890-1891), il erre maintenant en fugitif dans ses anciens domaines, et la France a définitivement passé le Niger, et poursuit sa marche victorieuse sur Tombouctou.
C'est encore à des Français que l'on doit la découverte des sources du Niger. Deux agents delà maison marseillaise Verminck, Zweifel et Moustier, formèrent le projet de profiter de leur séjour à' la côte de Guinée pour s'enfoncer dans l'intérieur et tâcher de découvrir les sources du grand fleuve soudanien. Ce n'était pas une médiocre entreprise que de s'engager avec de riches bagages et une faible escorte dans un pays déchiré par des guerres continuelles et qui est un des foyers de l'esclavage. Les chasseurs d'hommes, en efiet, qui considèrent les blancs comme de redoutables rivaux, ont réussi à convaincre les malheureux exploités par eux que les blancs sont des démons malfaisants et des anthropophages déterminés, en sorte qu'oppresseurs et opprimés sont d'accord dans la haine qu'ils portent aux Européens. Nos compatriotes ne reculèrent pas devant ces dangers. C'était pour eux comme un point d'honneur de ne pas se laisser devancer dans cette importante découverte par des étrangers. Dès 1882, le major anglais Laing avait bien signalé le mont Loma
DÉCOUVERTES DANS LE SOUDAN
comme pouvant renfermer les sources du Niger, mais il n'avait aperçu cette montagne qu'à 147 kilomètres de distance, et la position de Loma était restée vague et sans précision. On ne savait si la rivière qui y prenait naissance était le plus lointain des ruisseaux qui deviennent le Niger, ou s'il fallait chercher ailleurs la vraie source du fleuve.
De nombreux obstacles assaillirent nos compatriotes dans ce trajet à la recherche de l'inconnu. Ici, dans le pays des Tinnés idolâtres, ils se