GALLIENI
vaise volonté absolue. A moins de s'ouvrir un passage de vive force, il n'y avait plus qu'à battre en retraite. Zweifel et Moustier s'y décidèrent. Nos compatriotes n'ont donc pas vu la source même du Niger, mais ils ont en partie déchiré les voiles qui l'enveloppaient. C'est un fait considérable dans l'histoire de la géographie, et tout l'honneur leur en revient.
S'ils avaient été soutenus et encouragés par le gouvernement, c'est encore à nos compatriotes que serait revenu l'honneur de fonder aux sources du Niger une colonie européenne. Les Anglais avaient, il est vrai, frayé le chemin. En 1831, Laird, Oldfield et Allen, en 1841 Trotter, avaient essayé, en remontant le fleuve, d'établir a ec le Soudan une
communication courte et facile. Ces tentatives ne réussirent pas, par suite de l'action meurtrière du climat, et elles avaient peu ajouté aux connaissances géographiques. En 1854 le docteur Baikie surmonta les obstacles que n'avaient pu vaincre les expéditions précédentes, et explora avec soin le Niger inférieur et son grand affluent oriental la Bénoué. Les voyages ultérieurs dç J. May (1858), du docteur Rohlfs (1866-1867), de Robert Flogel (1880-1885) et de Joseph Thomson (1885) augmentèrent encore nos connaissances relatives au Niger inférieur et à la Bénoué. Ce fut alors que des négociants français, bien inspirés, résolurent de s'établir dans les plaines basses et fertiles qui constituent le delta du Niger. Ils réussirent en peu de temps à fonder une trentaine- de comptoirs, mais ils ne purent soutenir la concurrence anglaise. Les quatre compagnies anglaises qui s'étaient déjà formées pour exploiter le commerce de la région se fondirent en une seule, la Compagnie royale du Niger, et le gouvernement lui prêta le formidable appui de ses vaisseaux et de ses soldats. Nos négociants comprirent qu'ils n'avaient plus qu'à céder la place. Ils le ûrent de bonne grâce et vendirent leurs comptoirs et leur outillage d'exploitation commerciale à la nouvelle compagnie (1884). Ce n'était pas une défection, puisque l'initiative privée avait seule présidé à la création de ces comptoirs, ce fut plutôt du découragement trop justifié par la systématique apathie de nos gouvernants. C'est ainsi que la France a perdu l'occasion de déployer son drapeau dans une contrée appelée à un grand avenir, et de s'installer à l'embouchure d'un fleuve dont elle commande la source et possède le cours moyen.
En résumé, le Soudan tout entier est aujourd'hui connu et exploré dans ses lignes générales. Sans doute de nombreux cantons restent encore à étudier, et, probablement, il faudra rectifier bien des erreurs de position, mais l'essentiel est fait. Le reste sera l'œuvre du temps.
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