UE D'OUJIJI
laba, dans le pays des Manyébas, et descendit le grand courant qui, sous différents noms, devait le conduire à la mer.
Jusque-là tout ce qu'on savait de ce mystérieux cours d'eau, c'est que, sorti des lacs Bangouéolo et Moéro, il coulait au nord parallèlement au Tanganyka, puis s'infléchissait à l'ouest pour gagner Nyangoué. A partir de ce point on perdait sa trace au moins pendant 300 lieues. On croyait pourtant qu'il tournait vers la gauche pour se réunir au Congo, .qui, lui-même, était censé venir d'une région inconnue du Sud. Stanley démontra tout d'abord que la Loualaba continuait de couler au nord
comme pour (iébouche^ dans la vallée du Nil; puis s'enfonçait dans d'inextricables fourrés, et, tout près de l'Equateur, bondissait en cinq grandes cataractes qu'il était impossible de franchir en canot. Or les indigènes refusaient le passage. De toutes parts s'élevait le cri de guerre. Aux négociations les Vouényas et les Oukoussous répondaient par des flèches empoisonnées. Tout en guerroyant sans relâche contre un ennemi insaisissable, il fallut tailler à travers la forêt vierge un chemin de 24 kilomètres de longueur, où l'on traîna les embarcations jusqu'à l'eau navigable. Tout a coup, au nord de l'Equateur, de puissants reliefs de terrains rejettent le fleuve vers l'ouest, c'est-à-dire qu'il s'éloigne de la région des grands lacs, et obéit à un autre système de vallées. De plus, grossi par d'importants tributaires, il prend un aspect majestueux et ressemble à un lac constellé d'îles. Plus de doute, c'était le Congo, dont on descendait le cours rapide, et que, sans doute, il suffirait de suivre jusqu'à la mer.
Arrivés au confluent du fleuve avec une rivière splendide, l'Arouhouimi, Stanley et ses compagnons furent tout à coup assaillis par une soixantaine de pirogues, dont quelques-unes mises en mouvement par une centaine de rameurs et de timoniers. Au-dessus, sur une sorte de plancher, se tenaient les guerriers, témoignant par leurs gestes et leurs cris qu'ils étaient résolus à fermer le passage. Stanley fut obligé d'ouvrir le feu, et il ne triompha de la résistance des indigènes qu'après une véritable bataille. Dès lors commença une course folle à travers les îles du Congo. Afin de ne pas marquer chacun de ses pas par un nouvel engagement, Stanley essaya d'éviter tout contact avec les indigènes en se glissant à travers les îles. Quand les vivres s'épuisaient, il était obligé de regagner la rive, et alors recommençait la bataille, acharnée et toujours sanglante. Avec les Bangala et les Ouranghi, dont il traversait le territoire, Stanley livra jusqu'à trente-deux combats. Tant que le fleuve roula calme et majestueux, large tantôt comme vingt-deux fois la Seine à Paris, tantôt comme la moitié du Pas de Calais, les voyageurs purent s'estimer heureux, mais, lorsqu'il se heurta aux montagnes parallèles à la côte, la Sierra Complida, et qu'il s'ouvrit un passage dans le massif, il fallut descendre par un véritable escalier de cataractes. A l'une d'elles, celle de la Massassa, Stanley eut la douleur de perdre le dernier survivant de ses compagnons blancs, Francis Pocock (3 juin 1877). Lui-même manqua être englouti dans les cataractes de Moua, et n'échappa que par miracle aux tourbillons de M'bélo, où il fut précipité avec son bateau. Fatigué par cette descente vertigineuse, où il avait perdu plusieurs
L'AFRIQUE AU SUD DE L'EQUATEUR. 18i
hommes de l'escorte, une douzaine de bateaux et toute sa cargaison d'ivoire, il abandonna le fleuve à Issanghila et gagna par terre Emboma et Kabinda, ports de l'Atlantique.
Dans cette mémorable expédition, non seulement Stanley venait de franchir, lui troisième, le continent d'un océan à l'autre, mais encore de déterminer le cours d'un fleuve gigantesque, qu'il avait relevé dans