‹ La conquête de l'AfriqueChapitre 37 sur 76 · BATAILLE NAVALE · texte numérisé non relu

BATAILLE NAVALE

toute son étendue. C'était une véritable prise de possession d'un immense territoire. Ainsi qu'il l'a écrit, « ce fleuve est l'Amazone de l'Afrique comme le Nil en est le Mississipi. Cette immense rivière a de l'eau pour trois Nils. Sa longueur excède 1200 lieues, le quadruple et plus du cours du Rhin. Les villages, dans cette zone de l'Afrique, prennent la proportion de véritables villes, et développent souvent sur une lieue de long leurs files d'habitation bien construites et d'un aspect bien supérieur à ce qu'on trouve dans la plupart des autres régions du continent noir. La gigantesque plaine qu'arrose le Congo est couverte de forêts luxuriantes

aux essences précieuses, et tout ce que produit de meilleur le sol africain s*y rencontre en surabondance. Ajoutons que la navigabilité de la rivière comprend un espace de plus de 600 lieues en aval et de près de 400 en amont des chutes, sans préjudice des affluents de droite et de gauche, qui doublent presque cet empire fluvial ».

Malgré ses souflrances, Stanley ne voulut rentrer en Europe qu'après avoir rapatrié ses compagnons. 347 étaient partis avec lui de Zanzibar. Il n'en ramena dans cette ville, le 28 novembre 1877, que 111. Les autres avaient jonché de leurs cadavres le glorieux itinéraire qu'ils s'étaient frayé. Certes nous rendrons justice à leur courage, et nous admirerons l'énergie de leur conducteur; mais à ce rude meneur d'hommes qui marque ainsi sa route par une traînée sanglante et exaspère les populations dont il traverse les territoires, combien ne préférons-nous pas le doux et paciOque Livingstone, qui, sans tirer un coup de fusil, arrive au même résultat! Stanley s'impose par la terreur; Livingstone attirait à lui. L'un est un conquérant, l'autre un apôtre.

Stanley avait le sentiment de n'avoir qu'ébauché son œuvre : il voulut la compléter en s'improvisant organisateur d'Ëtats et fondateur de royaumes, comme il s'était improvisé voyageur, ingénieur ou général. Lorsqu'on apprit en Europe, par les récits des premiers explorateurs, les boucheries humaines qui ensanglantaient l'Afrique au sud de l'Equateur, un puissant courant d'opinion se forma pour mettre fin à ces scènes révoltantes. Le roi des Belges, Léopold U, se mit à la tcte de ce mouvement abolitionniste, et convoqua à Bruxelles, en septembre 1876, une conférence internationale, oii sept nations européennes se firent représenter. Il s'agissait d'entreprendre une sorte de croisade pacifique pour arriver promptement à la disparition de la traite. La conférence résolut d'explorer les régions limitées au nord par le Soudan, au sud par le Zambèze, et d'établir, comme base de ces explorations, des stations à la fois scientifiques et hospitalières, qui seraient confiées à la garde d'Européens, et fourniraient aux Européens des moyens d'existence. L'Association internationale fut alors fondée. Elle comptait un comité central belge et dix comités nationaux français, allemand, autrichien, hongrois, hollandais, italien, portugais, suisse, russe et américain. L'Espagne et l'Angleterre ne restèrent pas en dehors, mais réservèrent leur liberté d'action, et fondèrent des comités particuliers. C'était un assaut général qu'on livrait à la citadelle de l'esclavage.

Dès 1877 une première expédition, composée de Belges, Crespel, Cambier, Macs, Waulier et Dutrieux, s'avançait dans l'Ousagara, sous

la conduite d'un Suisse, Broyon, qui avait épousé la fille du roi de yOunyamouézi ; mais la caravane fut rançonnée et pillée par les porteurs. En 1879, une deuxième expédition, conduite par Popelin, Uutalis et Yan der Hamel, vint à leur aide. Le roi des Belges, pour remplacer les porteurs indigènes, avait acheté quatre éléphants indiens, mais ils eurent grand'peine à franchir les montagnes, à traverser les rivières et les marais, et périrent les' uns après les autres. On réussit pourtant à fonder une station à Karéma sur la rive orientale du Tanganyka, mais les indigènes ne consentirent pas à installer chez eux des étrangers à poste fixe, et il fallut se replier sur Taborah. C'est là que les survivants furent rejoints par une troisième expédition, conduite par Ramoekers : ils revinrent à la charge et réussirent celte fois à s'établir d'une façon définitive à Karéma et à M'para. Pendant ce temps le comité français fondait une station à Condoa dans l'Ousagara (1881) par les soins du capitaine Bloyet ; l'archevêque d'Alger, Mgr Lavigerie, un des promoteurs les plus ardents de la croisade internationale, fondait quatre missions religieuses dans l'Ouroua, dans la région du Tanganyka, sur le Nyassaet sur le Congo, et le pasteur Coillard s'eflbrçait d'établir des stations chez les Banyais du Zambèze. La société des missions anglaises fondait entre la côte orientale et le Tanganyka les stations de Mambsia, Mpouampoua, Nyanguira, Ongui, et sur le lac Nyassa celle de Livingstonia. Enfin le comité allemand de l'Association organisait une station au sud du Tanganyka et chargeait le docteur Pogge et le lieutenant Wissmann de s'établir dans le Lounda. Pogge réussit à fonder à Monkendjé, sur la Louloua, un établissement de premier ordre, pendant que Wissmann traversait toute l'Afrique par Nyangoué, le Tanganyka, Tabora, et atteignait la côte orientale à Sandani (1880-1882). En résumé, les foyers de la traite étaient vigoureusement attaqués, et de chacune de ces stations européennes se répandaient, comme autant d'irrésistibles courants, des notions nouvelles de justice et d'humanité. Sans doute on éprouvait des échecs, et plus d'un parmi ces missionnaires de la civilisation a déjà payé de la vie son dévouement à une noble cause, mais de grands progrès ont été accomplis. On ne peut rien exiger de plus.

Stanley n'était pas resté inactif, mais il avait porté sa remuante ardeur presque exclusivement dans la région du Congo. Il avait été envoyé par le comité d'études du haut Congo de Bruxelles pour s'assurer s'il existait un moyen pratique d'établir une communication régulière entre les pays arrosés par ce grand fleuve, afin d'écouler parmi les tribus riveraines les produits manufacturés de l'Europe. Il devait aussi s'efforcer de

faire dispai*aître l*esclavage. Sa mission était donc à la fois commerciale et humanitaire. De 1879 à 1882 il resta dans le pays, poussant de divers côtés des reconnaissances, et, avec l'esprit d'initiative qui le carao* térise, fondant des stations destinées à devenir des villes, à Yivi, à 180 kilomètres de TAtlantique, à Issanghila, à Manyanga, à Léopoldville ou Stanleypool, et à Gobila au confluent du Congo et du Couango. Dans une de ses courses il se heurta, à sa grande surprisé, conti^ une masure gardée par un sergent français et par deux soldats, mais sur laquelle flottait le pavillon tricolore. Stanley avait en efiet été précédé dans la région par un de nos compatriotes, Savorgnan de Brazza, et ce dernier non seulement avait pris possession du pays, mais encore avait contracté alliance avec les indigènes. Stanley essaya de suborner d'abord le chef du poste, puis les indigènes, mais ils prirent une attitude menaçante et l'Américain dut repasser le fleuve. Très irrité de cette déconvenue, il s'adressa au souverain de la contrée, Makoko, puis à son rival, Itsi- Ngabiénée, en les engageant à abattre le drapeau français; mais il ne réussit pas dans ses perQdes machinations, et repartit pour l'Europe. Il remplit de ses doléances la Belgique et l'Angleterre, et crut porter à son rival le coup de grâce en venant l'attaquer à Paris même. Brazza eut le bon goût de répondre à ses railleries méprisantes par des protestations de bonne confraternité, et mit les rieurs de son côté.

Stanley revint alors au Congo, car il avait été investi de la direction supérieure de l'Association internationale africaine, et il avait à cœur de faire oublier par d'éclatants services son premier échec. Il réussit en efiet à organiser tout le long du Congo une chaîne de postes solidement reliés entre eux. En 1883 il remontait le fleuve avec trois embarcations à vapeur, et traversait de nouveau les territoires où il s'était ouvert autrefois un passage de vive force. La propagande abolitionniste avait déjà porté ses fruits. Il put cette fois s'entendre avec les indigènes de l'Arouhouimi, et remonta même cette importante rivière jusqu'à 315 kilomètres de son confluent avec le Congo. 11 ne s'arrêta qu'au pied des rapides infranchissables de Yambouya. Pendant ce temps, de nombreux agents fondaient des comptoirs dans la région du bas Congo et travaillaient à la construction d'une voie ferrée destinée à relier le littoral avec la partie navigable du Congo, au-dessus des grandes cascades. De la sorte sera ouvert un chemin commercial, qu'il sera facile de prolonger quelque joui^ par le Tanganyka et par le Zambèze jusqu'à l'océan Indien.

Les progrès de l'Association internationale africaine et l'extension des

établissements fondés par elle avaient éveillé les susceptibilités de diverses puissances. Afln d'éviter tout froissement ultérieur et pour ne pas compromettre l'œuvre entreprise, une conférence internationale fut convoquée à Berlin en octobre 1884. Les représentants de presque toutes les puissances européennes et des États-Unis d'Amérique y assistaient. L'Association internationale avait été admise à faire entendre ses délégués. Il s'agissait <c de régler dans un esprit de bonne entente mutuelle les conditions qui pourraient assurer le développement du commerce de l'Afrique occidentale, et prévenir les contestations et les malentendus ». Après de courtoises discussions furent signés le 26 février 1885 les 37 articles du traité. Ils proclamaient la liberté du commerce dans les bassins du Niger et du Congo. Ils définissaient les formalités à observer pour que des occupations nouvelles sur la côte d'Afrique fussent considérées comme effectives. Enfin l'Association internationale était constituée en royaume, et le roiLéopold lien était nommé le souverain. Aussitôt s'engageaient des négociations pour la fixation des limites entre le nouveau royaume et les États limitrophes. Elles aboutirent à une nouvelle convention. Désormais toute possibilité de revendication étant écartée, il n'y avait plus qu'à favoriser l'essor du commerce et à entretenir de bons rapports de voisinage avec le Portugal et la France.

Le Portugal et la France sont en effet avec le nouveau royaume du Congo les puissances le plus directement intéressées au développement de la civilisation dans cette partie de l'Afrique.

Depuis les grandes découvertes du xv* et du xvi* siècle, le Portugal a des droits sérieux et incontestés à la possession d'une partie des côtes occidentales de l'Afrique. Il y a fondé des villes importantes, Saint-Paul de Loanda, Saint-Philippe de Benguéla. Il y a ouvert des relations avec les tribus de l'intérieur; il n'a pas cessé un instant de soutenir par la diplomatie et de revendiquer par les armes la possession de ces territoires. Il est vrai que ses négociants et ses administrateurs n'y ont pas précisément servi la cause de la civilisation. Toute la région du Congo était par eux considérée comme pays de production, laillable et corvéable à merci. La traite des esclaves les y attirait, bien plus que le commerce ou l'agriculture. Ils prenaient même à tâche de ne donner aucun renseignement sur les pays par eux exploités. Les seules relations intéressantes sur ces établissements portugais ont en effet été composées par des missionnaires italiens, Carli de Placenza (1667), Antonio de Cavazzi (1654-1668), et Antonio Zuchelli (1696-1704). Les Portugais se sont heureusement toujours fait remarquer par leur esprit d'initiative.

Us n'ont pas tardé à comprendre que, dans ce grand mouvement qui entraînait les peuples de l'Europe à la conquête de l'Afrique, leur ancienne influence ne tarderait pas à disparaître si, eux aussi, ne prenaient part à cette prise de possession du continent noir. Tout en faisant respecter leurs droits avec un soin jaloux, ils ont largement ouvert la porte à tous les progrès, à toutes les améliorations, à toutes les découvertes. L'un d'entre eux a même mérité une place à part parmi les conquérants de l'Afrique inconnue : c'est le major Serpa Pinto, un patriote doublé d'un savant, un énergique explorateur et un apôtre de toutes les bonnes causes.

En 1877 le gouvernement portugais avait confié à Serpa Pinto la direction d'une expédition scientifique au centre de l'Afrique. Accompagné par deux officiers de la marine royale, Brito Capello et Roberto Ivens, mais qui l'abandonnèrent bientôt pour suivre des itinéraires différents, il s'engagea d'abord dans les pays qui, nominalement, dépendent du Portugal, Dombé Grande, Quillengues, Kakonda, Bihé. La contrée est généralement belle et fertile, mais le crocodile et l'hippopotame hantent les rivières et de venimeux serpents se cachent dans les herbes. Quant aux anciennes stations commerciales, elles sont en pleine décadence. Les indigènes sont décimés par les maladies causées par leur amour immodéré de Yagita ardente. Ils sont fétichistes déterminés et croient aux sorciers, qui sont les vrais maîtres du pays. Aussi Serpa Pinto n'eut-il qu'à se féliciter de s'être concilié par ses présents les bonnes grâces de l'un d'eux. En entrant dans, le pays des Ganguilas anthropophages, le voyageur eut à courir les mêmes dangers que tous les autres explorateurs de l'Afrique centrale, révoltes ou trahisons des porteurs, attaque des indigènes. La fièvre le terrassa, les insolations le brûlèrent, il faillit se noyer dans une cataracte de la Couchi,. affluent du Coubango qu'il traversait. Dans le pays des Quimbandès, il fut bien accueilli par leur roi Mavando, parce qu'il s'avisa de lui recommander l'emploi de bergers pour la garde de ses troupeaux. Il s'engagea dans le labyrinthe de rivières et de marais où se forme le Zambèze, et arriva à Lialoni, capitale du roi Libossi, sur la Liemba, tête principale du Zambèze. Il s'attira l'amitié du souverain en lui octroyant une livrée à galons éclatants, et descendit le grand fleuve par les cataractes de Calé, de Loussa et de Goga. Au confluent du Zambèze et du Conando il rencontra deux voyageurs anglais, et, quelques milles plus bas, à Lonchouma, un missionnaire protestant français, Coillard, qui l'accueillit comme un fils. Bien qu'épuisé et tremblant de fièvre, il ne voulut pas quitter le

pays sans visiter les chutes Victoria, dont il mesura audacieusement la profondeur. Il franchit le désert de Kalahari, se reposa à la mission anglaise de Chochon dans le Mangonato, et arriva enfin à Pretoria (17 février 1879), où il reçut une magniOque hospitalité. De là il traversa les défilés du Drakenberg, arriva à Natal et s'embarqua à Lisbonne. Il était le quatrième voyageur qui traversait l'Afrique entre les deux océans, et par une route en partie nouvelle.

Les deux compagnons de Serpa Pinto, Brito Capello et Roberto Ivens,

STATIOK DE BOERS

ajoutèrent leur nom à ia liste déjà longue des explorateurs portugais. Partis de Mossamédès en avril 1884, ils arrivaient à Quilimané en juin 1885, après un trajet de 8000 kilomètres, dont près de 3 000 en pays ignoré. C'est à Libouta, sur le haut Zambèze, que commença la partie vraiment nouvelle de leur itinéraire. Ils se dirigèrent de ce point vers le lac Moéro par une région jusqu'alors laissée en blanc sur les caries. Les marécages y sont remplacés par d'énormes forêts, domaines des éléphants et des mouches tsetsé. C'est un pays âpre, sauvage, et dans lequel les voyageurs sont en proie aux privations et aux souffrances. Arrivés dans le royaume de Garanganja, ils sont expulsés par le roi Monchiri, qui se défie des Européens. Ils ne peuvent explorer le lac

Bangouéolo, à cause du manque de ressources et de Tétat d'hostilité dans lequel vivent les tribus, et se rabattent alors vers le sud, dans les contrées mieux connues qu'arrose le Zambèze. Us ont apporté des rectifications considérables à la cartographie africaine, notamment pour le système géographique du haut Zambèze et pour la ligne de partage des eaux entre le bassin de ce fleuve et celui du haut Congo. Ils ont enfin appris aux indigènes à mieux connaître et à aimer le pavillon portugais, qui trop longtemps n'a protégé que d'avides négociants ou d'odieux marchands de chair humaine.

Il ser.ait injuste de nc/ pas mentionner la traversée de l'Afrique dç Souakim au golfe de Guinée par le Ouadaï, entreprise par les Italiens Matteucci et Massari en 1881-1882. Elle n'a pas, beaucoup enrichi la géographie et s'est terminée par la mort de Matteucci.

A la même époque, un Allemand, Wissmann, partait de Loando, explorait les affluents méridionaux du Congo, gagnait Oujiji sur le Tanganyka, puis Tabora dans l'Ounyanyembé, et atteignait enfin la côte orientale (18 novembre 1881) à Sadani, en face de Zanzibar.

De 1882 à 1884 le missionnaire Arnot parcourait à peu près la même route que Serpa Pinto, mais en sens inverse, de Port-Natal à Benguéla. Il contribuait à faire connaître le pays de Garaganzi, à l'ouest du Bangouéolo, dont les Européens avaient jusqu'alors été exclus.

Les Français à leur tour arrivaient dans l'Afrique au sud de l'Equateur. Leur venue fut tardive; mais leur rôle a été glorieux et leur influence y"^est, à l'heure actuelle, considérable. Trois d'entre eux méritent d'être signalés à titre de voyageurs. Tous les trois ont voulu traverser l'Afrique d'un océan à l'autre. L'un, l'abbé Debaize, bien qu'il eût organisé sa caravane avec un soin extrême et une merveilleuse activité, ne put dépasser Oujiji, où il mourut le 14 décembre 1870 d'une insolation compliquée de fièvre et de dysenterie. L'enseigne de vaisseau Giraud avait entrepris la traversée de l'Afrique de Zanzibar à l'embouchure du Congo, mais avec l'intention de concentrer ses eflbrts dans la région des lacs Bangouéolo et Moéro. Abandonné par son escorte, et presque dénué de ressources, il gagna le sud du Tanganyka et traversa les plaines qui le séparent du Nyassa. Descendant ensuite ce lac du nord au sud, puis le cours, du Chiré, il arriva à Quilimané et enfin à Zanzibar. Sans doute il n'avait pas exécuté son programme, mais il avait bien étudié le pays entre les quatre grands lacs Tanganyka, Nyassa, Moéro et Bangouéolo. La guerre et le pillage y régnent, aussi la population décroît-elle rapidement. Les

SERPA PINTO

indigènes sont d'ailleurs incapables d'améliorer leur situation et ne paraissent pas s'en soucier.

Un simple capitaine, Trivier, a été plus heureux. Subventionné parle journal la Girordej il parlait le 6 novembre 1888 du cap Lopez, et arrivait à Mozambique le 6 décembre 1889. A peine escorté par quelques compagnons, mais soutenu par un des plus puissants négriers de l'Afrique centrale, Tippou-Tib, il a échappé aux plus extrêmes périls, et rapporté de son voyage des impressions qui ne sont pas aussi favorables que celles de Stanley. D'après lui, la brousse et le marécage se rencontrent trop fréquemment au cœur de l'Afrique et les indigènes ne pensent « qu'à manger, dormir et voler ». Aussi n'hésite-t-il pas à conclure que les Européens ne pourront prospérer que sur le littoral.

Aussi bien c'est ce qu'on semble avoir compris en France, car c'est sur le littoral, et dans la région baignée par le Gabon, l'Ogooué et le Kouiliou Niari que se sont portés depuis quelques années les principaux efforts et du gouvernement et des particuliers.

On nomme Gabon l'estuaire d'un fleuve africain qui se trouve situé juste sous l'équateur. On le trouve déjà mentionné dans la carte de Juan de la Gosa à la fin du xv* siècle. Il figure dans la Cosmographie universelle de Thevet (1576) sous le nom de Rio de Gabame. Les Portugais furent les premiers Européens qui s'y établirent. Au milieu du siècle dernier, alléchés par l'espoir de trouver quelques mines d'or, ils bâtirent un fortin sur l'îlot du Coniquet et ouvrirent avec les tribus voisines de fructueuses relations. A défaut de l'or qu'ils ne rencontrèrent pas, ils firent la traite des nègres avec un tel succès et si peu de scrupules que leur nom, encore aujourd'hui, est détesté dans toute la région. En 1838, le lieutenant de vaisseau Bouet-Villaumez, qui cherchait un emplacement favorable pour créer un établissement destiné à réprimer la traite des nègres, désigna à l'attention du gouvernement français cet estuaire, ample de proportions, aux eaux calmes et profondes. Des négociations habilement menées avec les chefs indigènes, dont le plus important se nommait Denis, nous valurent la possession des rives du fleuve (1842), et divers traités élargirent peu à peu le champ de notre souveraineté. En 1862, une nouvelle transaction nous acquit le cap Lopez, à 130 kilomètres plus au sud, et nous ouvrit le cours de l'Ogooué. En outre, de nombreuses explorations furent dirigées à l'intérieur du pays, et, peu à peu, notre domination fut acceptée par les tribus du voisinage.

La principale de ces tribus est celle des Fans ou Pahouins. Ce sont des sauvages venus de l'intérieur du continent, et qu'une force irrésis-

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tible pousse de l'est à Touest. Ils furent pour la première fois signales en 1843 par un missionnaire américain qui avait remonté le Gabon jusqu'à 70 milles de son embouchure. Depuis cette époque, les tribus pahouines ont succédé aux tribus, comme les vagues remplacent les vagues. Ils arrivent par masses serrées, et se disent eux-mêmes

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