‹ La conquête de l'AfriqueChapitre 38 sur 76 · PAHOUINS · texte numérisé non relu

PAHOUINS

aussi nombreux que les blancs. Broyant tout sur leur passage, détruisant pour se nourrir bêtes et gens, ils se sont déjà étendus et groupés sur les limites de nos possessions, et se prolongent dans l'intérieur du continent à des profondeurs ignorées. Cannibales déterminés, non seulement ils mangent leurs ennemis, mais encore leurs propres morts. Leur air de sauvagerie étonnée, leurs incisives taillées en pointe et alignées en deux rangées de canines sur le devant de la bouche, leur donnent une physionomie de carnassiers. On reconnaît en eux des hommes qui ne mangent pas toujours à leur faim. Il est juste de dire que les cas

de cannibalisme deviennent plus rares à mesure que les Pahouins se rapprochent de nous et jouissent d'un certain bien-être. Ils sont fort braves et la guerre est pour eux comme Télément naturel. Leurs villages sont en tout temps gardes par des hommes armés, placés en embuscade. L'étranger est considéré de prime abord comme un ennemi, et ce sentiment de défiance est poussé si loin qu'ils interdisent l'entrée de leurs maisons même aux membres des tribus voisines. Dans les combats qu'ils ont soutenus contre nous, ils se sont bravement fait tuer. Quand ils tombent entre nos mains, les uns se suicident pour échapper à la honte, les autres n'aspirent qu'à la liberté perdue, et rien ne leur coûte pour la reconquérir. Ce ne sont pas des ennemis méprisables. Ils pourraient devenir de très utiles alliés.

La race pahouine est assurément la plus intéressante du Gabon. Elle sera bientôt la plus importante, car elle s'avance à grands pas vers nos comptoirs. Il est certain que ce peuple est doué d'une vitalité puissante, qu'il ne connaît pas l'esclavage, que la fécondité de ses femmes est extraordinaire et qu'il est très susceptible de progrès. Quelques-uns de nos officiers et de nos négociants qui les ont étudiés sur place voudraient qu'on pratiquât à leur égard la politique des Anglais vis-à-vis des naturels de l'Australie, qelle du refoulement, mais ils ont aussi trouvé des amis et des défenseurs, qui les verraient avec plaisir se substituer aux Gabonnais, race usée, gangrenée de vices, incapable d'un labeur sérieux. Bien dirigés par nous, les Pahouins, qui ne manquent ni d'industrie, ni de savoir faire, deviendraient en peu de temps de remarquables ouvriers. Grâce à eux, la campagne remplacerait vite la brousse improductive, en même temps que la terre assainie serait rendue fertile aux étrangers qui viendraient s'y établir.

^ Aussi bien, ce n'est plus au Gabon que se régleront les destinées de la France équatoriare, mais dans une région voisine, dont on connaissait à peine le nom il y a quelques années, et dont personne assurément ne soupçonnait l'importance, dans le bassin de l'Ogooué. Suivons, dans cette nouvelle direction, les traces de nos compatriotes, et voyons comment quelques-uns d'entre eux ont réussi à faire jaillir du sol, pour ainsi dire, une colonie qui sera peut-être l'embryon d'un grand empire»

L'Ogooué ou Ogowaï est un fleuve au sud du Gabon qui se jette à la mer par plusieurs bouches. En 1859, un voyageur américain d'origine française. Du Ghaillu, qui se fit une réputation par ses chasses plus ou moins fantastiques au gorille, appela le premier l'attention sur ce fleuve. Il n'avait pu y pénétrer, mais il avait rapporté les récits des noirs»

d'après lesquels on commença à en soupçonner l'importance. Le premier blanc qui vit le fleuve fut un de nos officiers de marine, le lieutenant Serval. Il l'atteignit par terre à 180 milles de son embouchure. Vint ensuite un négociant anglais, Walker, (jui établit un comptoir au confluent de l'Ogooué et du N'gounié, à Adanlinanlago. Après lui, en 1868, le lieutenant Aymès dépassa la fameuse pointe Fétiche qui, d'après les indigènes, ne pouvait êlre impunément franchie par un blanc. L'Ogooué était désormais ouvert au commerce et à la civilisation.

Page 1