‹ La conquête de l'AfriqueChapitre 40 sur 76 · AV0RGNAN DE BRAZZA · texte numérisé non relu

AV0RGNAN DE BRAZZA

rentrer en Europe avant d'avoir exploré la région baignée par le grand cours d'eau, dont les indigènes ne cessaient de leur parler. Malgré la difficulté de se procurer des porteurs pour leurs bagages, ils n'ont pas hésité à se lancer en pays inconnu. Us ont ainsi reconnu deux rivières, l'Alima et la Licona, toutes deux tributaires du Congo ; mais, repoussés et même attaqués par les sauvages Apfourous, ils ont été obligés de battre péniblement en retraite, sans avoir tracé la route définitive qui, partant du Gabon ou de l'Ogooué, aboutirait au Congo.

Ce n'était que partie remise. Savorgnan de Brazza demanda et obtint une seconde mission à l'effet de s'engager dans une autre région et d'assurer à la France une priorité de droits et d'occupation sur le point le plus rapproché de l'Atlantique, où le Congo commence à être navigable (1879). 11 allait cette fois parcourir un pays déjà sillonné par quelques itinéraires. Les Portugais, en effet, atteignirent dès 1484 les embouchures du Congo, mais, malgré tes relations de quelques-uns de leurs missionnaires, Odoardo Lopez, Guattini et Carli, Cavazzi, Zuchelli, leur souveraineté ne s'étendait qu'à la lisière du littoral. Un de nos compatriotes, Douville, avait réussi, de 1828 à 1830, à dissiper en partie les ténèbres, mais il s'était trop souvent contenté de renseignements sans consistance, et avait pris pour des faits indiscutables les fantaisies de son imagination. Plus que jamais, le Congo restait la terre des légendes. Savorgnan de Brazza allait à cette géographie idéale substituer des faits précis. On l'avait chargé de choisir l'emplacement de deux stations à la fois hospitalières et scientifiques, dont l'une, établie sur le haut Ogooué, servirait de point de départ pour l'exploration de l'Afrique intérieure, et l'autre, sur les rives du Congo, deviendrait en quelque sorte le foyer d'où rayonnerait au loin l'action humanitaire et civilisatrice de la France. Il a réussi dans sa double mission. En juin 1880, il fondait à 815 kilomètres du Gabon, au confluent de l'Ogooué et de la Passa, la station de Franceville, puis se lançait résolument à la recherche du grand fleuve où il voulait déployer le drapeau national. Précédé par une grande réputation de loyauté et de courage, Brazza fut partout bien accueilli par les indigènes. Les Apfourous, avec lesquels il avait dû se battre lors de son premier voyage, lui fournirent avec empressement tout ce dont il avait besoin. Les Achicongas couraient à sa rencontre et ne craignaient pas de ravager les plantations en piétinant par centaines à travers les champs de maïs et de manioc. Les belliqueux Oubandji, sommés de choisir entre une cartouche et un drapeau, c'est-à-dire entre la guerre et la paix, se décidaient aussitôt pour la paix. Enfin les Français arrivèrent sur les bords

du Congo, dans les Ëtats d*un puissant chef africain nommé Makoko. Ils furent reçus en audience solennelle par ce prince entouré de tous ses grands vassaux. Après quelques jours de négociations, Makoko consentit à placer ses États sous le protectorat de la France, et concéda un vaste terrain sur les rives du fleuve (octobre 1880). Tous les chefs, convoqués pour ratifier le traité, saluèrent le drapeau tricolore, et consentirent à enterrer la guerre. « Dans un grand trou, chaque chef déposa l'un une balle, l'autre une pierre à feu, un troisième y vida sa poire à poudre, et,

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