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SUR LES HAUTS PLATEAUX

A la conférence internationale réunie à Berlin en octobre 1884 assistaient les repi'ésentants de presque toutes les puissances européennes et des États-Unis d'Amérique. L'Association internationale avait été admise à faire entendre ses délégués. Il s'agissait « de régler, dans un esprit de bonne entente mutuelle, les conditions qui pourraient assurer le développement du commerce de l'Afrique occidentale et prévenir les contestations et les malentendus ». Après de courtoises discussions furent signés, le 26 février 1885, les 37 articles du traité. Ils proclamaient la liberté du commerce dans les bassins du Congo et du Niger. Ils définissaient les formalités à observer pour que les occupations nouvelles sur la côte d'Afrique fussent considérées comme eflectives. Enfin l'Association internationale était constituée en royaume et le roi des Belges Léopold II

en était nommé le souverain. Aussitôt s'engagèrent des n^ociations entre le Congo et les États limitrophes, France et Portugal, pour la délimitation des frontières. Elles aboutirent à une convention qui nous assurait la propriété des bassins de TOgooué et du.Kouiliou-Niari, et nous établissait ofûciellemeht comme riv^ains du Congo. Tous les comptoirs déjà fondés par l'Association internationale dans le Kouiliou- Niari nous étaient cédés. Désormais toute possibilité de revendication était écartée : il n'y avait plus qu'à favoriser l'essor du commerce et à entretenir de bons rapports de voisinage.

La mission de Brazza devenait inutile, puisque toutes les questions en suspens se trouvaient réglées par la conférence de Berlin, et que dorénavant il s'agissait moins de gagner de vitesse de remuants voisins que de récolter ce qu'on venait de semer. Brazza le comprit ainsi, et rentra en France pour y jouir d'un repos bien mérité. Les résultats de cette dernière campagne avaient été remarquables. Au point de vue scientifique, l'Ogooué, TAlima et une partie du Congo avaient été explorés. Le pays au nord, et c'était un pays sauvage et inconnu, avait été découvert. De belles collections d'histoire naturelle avaient été réunies, et tous ces travaux exécutés au milieu d'occupations imposées par la création de huit stations du Congo, de- huit dans l'Ogooué, et de cinq sur la côte ou dans la vallée de Kouiliou-Niari. Tout récemment, uh des collaborateurs de Brazza, Crampel, vient de combler un des derniers espaces blancs de la carte africaine, la région du lac Liba, au nord-ouest de la grande bouche du Congo, ou plutôt de son afOuent l'Oubanghi-Ouellé. Parti de Brazzaville le 22 avril 1890, il s'était dirigé vers le lac Tchad, avec l'intention de pousser jusqu'en Algérie à travers le Sahara : il est vrai que Crampel vient d'être assassiné, et que ses compagnons, dispersés dans des contrées inconnues, cherchent sans doute en ce moment à se rapprocher de la côte : malgré cet échec, qui ne peut en rien compromettre des résultats acquis, la France, qui jadis ne possédait qu'une bande de terrain sur le littoral, est aujourd'hui maîtresse d'un véritable empire colonial. Les indigènes ont accepté avec plaisir notre suprématie, ils sont liés par des traités, dont ils exécutent volontiers les clauses, car ils y trouvent leur avantage. Les Pahouins eux-mêmes sont devenus nos auxiliaires et viennent, sans trop de répugnance, travailler aux côtés de ces Okandas, Adonnas, Gallois ou Bangoués, dont les avait toujours écartés une inimitié inconsciente. Tous ces hommes, réunis par la communauté des intérêts, se fondent peu à peu dans une sorte d'homogénéité nationale. Ils perdent à notre contact les vices de leur sauvagerie

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primitive, ils se forment à l'école du travail et du devoir. Plusieurs millions d'êtres humains seront redevables à la France de cette initiation à la civilisation.

Au point de vue économique, sans parler de l'ouverture de grandes voies commerciales, n'est-il pas vrai qu'un pays nouveau, dont les richesses naturelles sont considérables, s'offre aux ardentes investigations de tous les travailleurs? N'est-il pas permis d'espérer que certaines cultures s'ajouteront encore à ces richesses naturelles? Enfin un nouveau marché n'est-il pas* créé où nos industriels trouveront pour de longue^ années d'énormes débouchés?

Au point de vue social et humanitaire on ne saurait trop faire remarquer que cette œuvre s'est accomplie sans effusion de sang, et que le drapeau de la France n'a jamais été déployé dans la moindre des localités de cet immense domaine, sans qu'immédiatement les esclaves aient été affranchis.

Sans doute il reste encore beaucoup à faire, et, pour longtemps encore, notre action devra tendre surtout à transformer les indigènes en agents de travail, de production et de consommation, mais les germes sont déposés, le sol est fertile, et bientôt grandira la moisson.

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