‹ La conquête de l'AfriqueChapitre 49 sur 76 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les Français ont, au xix* siècle, exercé leur action en Afrique septentrionale, surtout en Algérie, en Tunisie et dans le Sahara. Suivons-les dans cette triple direction.

Nous ne pouvons que résumer ici l'histoire de la conquête de TAlgérie. Ce fut une œuvre à la fois de hardiesse et de patience. Depuis le xvi* siècle la France possédait quelques comptoirs sur le littoral algérien, la Galle, Bastion de France, pour protéger la pêche du corail. Ces établissements avaient été maintee fois bouleversés, mais, quoique tendues, les relations entre la France et TOdjac duraient toujours. Depuis 1818 régnait à Alger le dey Hussein, qui prit subitement une attitude offensive à propos de l'affaire Bacri-Busnach. Ces deux négociants algériens réclamaient pour fourniture de grains au gouvernement français une somme de plusieurs millions. Comme il y avait discussion sur la créance, Hussein retint l'affaire, et, dans le cours des négociations, s'emporta jusqu'à frapper notre consul Deval (27 avril 1827). Le gouvernement français n'était pas encore décidé à la guerre. Alger fut seulement bloqué; mais, le 2 août 1829, le capitaine La Bretonnière étant venu en parlementaire, le dey fit canonner son vaisseau, la Provence. La guerre devint inévitable. Elle fut résolue le 7 février 1830, et les préparatifs en furent conduits avec tant d'activité, malgré l'opposition de l'Angleterre et les protestations de la Turquie, que, le 14 juin de la même année, un6 flotte

imposante, dirigée par Duperré, débarquait à Sidi-Ferruch près de 37 000 soldats, commandés par le général fiourmont.

Trois peuples juxtaposés, mais nullement confondus, occupaient alors le territoire de la Régence. Les Turcs, formant l'ordre militaire de l'Odjac, résidaient à Alger et dans les villes. Sous les ordres du dey, les quatre beys d'Alger, de Tittery, d'Oran et de Constantine administraient le pays. Après les Turcs venaient les Arabes, anciens conquérants du sol et habitants de la plaine. Ils avaient conservé la foi vive et la haine de rinfidèle. Ils étaient divisés en une foule de tribus, souvent en guerre entre elles, mais qui devaient se réunir contre le nouvel envahisseur. Derrière ces deux couches de population se maintenaient les anciens possesseurs du sol, jadis Numides, puis Berbères, aujourd'hui Kabyles, c'est-à-dire hommes des tribus. Donc les Français allaient avoir à lutter contre trois peuples différents, et,- pour devenir les maîtres de l'Algérie, il leur faudra la conquérir trois fois.

Ce furent les derniers envahisseurs, les Turcs, qui nous opposèrent la moindre résistance. Le 18 juin 1850, nos soldats sortaient de leurs retranchements improvisés, lorsqu'ils furent attaqués par l'armée algérienne sur le plateau de Staouéli. Les Algériens furent complètement battus, et les Français investirent Alger par terre et par mer. Le 4 juillet, le fort de l'Empereur, principale défense d'Alger du côté de la terre, sauta, et la ville capitula le lendemain. Hussein put se retirer avec ses biens particuliers, mais il abandonna le trésor de l'Odjac, d'une valeur approximative de cinquante millions.

Alger pris, Blidah, Bône, Bougie, Oran ne tardèrent pas à passer sous notre domination. Ahmed-Bey, le plus puissant des feudataires de Hussein, essaya d'organiser contre nous la résistance nationale à Constantine. Il ne fallut pas moins de deux expéditions successives pour le réduire. Une première fois, en 1836, le maréchal Clauzel échoua sous les murs de la place. Ses préparatifs et ses ressources étaient insuffisants. L'année suivante, Damrémont conduisit de nouveau l'armée devant Constantine. Il fut tué par les assiégeants, mais le généml Valée lui succéda et s'empara de la place (13 octobre). Avec Constantine tombait la résistance turque. Nous n'avions plus en face de nous que les Arabes et les Kabyles.

Un homme personnifie la résistance acharnée et opiniâtre des Arabes, Abd-el-Kader. Nouveau Jugurtha, il faillit nous enlever notre conquête, et rétablir un empire arabe sur les ruines de la domination turque. Lettré, savant même, fanatique convaincu, homme d'action énergique,

Là FRANGE DANS L*AFR1QUE SEPTENTRIONALE. 251

ne désespérant jamais de sa cause, il obtint une influence énorme sur ses compatriotes et nous disputa pendant de longues années la possession de l'Algérie. Il est vrai que nous débutâmes fort mal avec lui. Le général Desmichels lui reconnut par un traité formel le titre d'émir et la souveraineté de la plaine (1835). Le nouveau souverain, considérant le traité

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