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tiens contre le prophète. Il avait en plein pays ennemi, à 160 kilomètres de Bakel, à plus de 1000 kilomètres de Saint-Louis, construit le fort de Médine, autour duquel campaient les Nègres, terrorisés par les bandes d'Omar. S'il parvenait à s'emparer de celle citadelle improvisée, Omar pouvait tout attendre de l'avenir. Vaincu, au contraire, la croyance à son apostolat était sinon détruite, au moins fort ébranlée. C'était donc une partie décisive qui allait se jouer sous les murs de Médine. Le commandant de la place, Paul Holl, n'avait sous ses ordres que sept Euro-
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péens, vingt-*deux soldats noirs et une trentaine de serviteurs» mais tous déterminés à résister a outrance. Les Al-Hadjistes essayerait d'abodl d'emporter Médine par surprise. Ils furent deux fois repoussés dans de sanglants assauts, et le prophète convertit le siège en blocus. Il n'y avait plus de vivres que pour quelques heures et pas assra de munitions pour repousser un troisième assaut, quand arriva Faidherbe à la tête d'une* poignée de soldats qu'il amenait en hâte au secours de la place. Les assiégeants, pris entre deux feux, se débandèrent aussitôt et Médine fut sauvée. Le prestige du prophète était détruit : celui de la France, au contraire, ne devait cesser de grandir (1857).
Omar, déconcerté par cette résistance inattendue, passa de la vallée du Sénégal dans celle du Niger, et réussit à s'emparer du Ségou, du Macina et du Bambouk. Il possédait alors un empire qui s'étendait du Fouta-Djallon à Tombouctou. Cette ville tomba même entre ses mains en 1863. Tous ses rêves ne se trouvaient-ils pas réalisés! Cette grandeur n'était qu'éphémère. Les populations soumises n'avaient accepté qu'avec répugnance la domination étrangère. Des révoltes éclatèrent. Omar périt en 1864 dans une obscure rencontre contre des tribus révoltées, et son fils Ahmadou, non seulement ne sut pas retenir sous son autorité les provinces conquises, mais encore commit l'imprudence de s'attaquer à la France et essuya défaites sur défaites. A l'heure actuelle (1891), ses villes sont prises, ses soldats battus et dispersés, et lui-même erre dans la campagne, exposé à tomber entre les mains de nos cavaliers, lancés à sa poursuite. Le grand empire africain improvisé par Omar n'existe donc plus qu'à l'état de souvenir, et si la France, bien inspirée, continue la politique à la fois ferme et prudente qu'avait inaugurée Faidherbe, c'est elle qui recueillera ce grand héritage.
Après le succès décisif de Médine, le premier soin de Faidherbe avait été de débarrasser la contrée des bandes toucouleurs qui tenaient encore la campagne. C'est ainsi qu'en 1 859 fut prise d'assaut la citadelle de Guémou, où un neveu du prophète, Siré-Adama, avait établi un véritable repaire de brigands. Le gouverneur s'occupa ensuite de réprimer l'insolence des Maures. Il n'hésita pas à prendre hardiment l'ofTensive et à poursuivre jusque sur leur territoireles Trarzas et Braknas.IUes battit à outrance, à Leybar (4855), à Tékéléetà Langobé (1857), et leur imposa des traités en vertu desquels ils furent refoulés sur la rive droite du fleuve, et renoncèrent à leurs fructueuses razzias au détriment de nos protégés. Il se tourna aussitôt après contre les rois nègres qui faisaient mine de ne pas reconnaître notre suzeraineté, ceux du Oualo, du Cayor, du Sine, du
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Saloum, et, mêlant avec habileté les négociations aux combats, et les annexions aux protectorats, réussit en peu de temps à établir la domination directe ou indirecte de la France sur les côtes et dans l'intérieur du pays jusqu'au delà de Médine. Ce n'était plus seulement une ligne de postes fortiflés sur lesquels flottait le pavillon de la France, mais plusieurs provinces, soudées les unes aux autres, et dont les habitants avaient facilement accepté notre suprématie. L'Afrique occidentale française était fondée, et Faidherbe pouvait désormais concenti^er son activité au développement des ressources de la colonie et à sa réorganisation administrative.
Le plus nécessaire était de créer un corps de troupes indigènes, destinées à combattre à côté de nos soldats réguliers, et à combler les vides ouverts dans nos rangs par la maladie ou le feu de l'ennemi. Ce furent les tirailleurs et les spahis sénégalais, qui nous ont depuis rendu bien des services. Une autre création, délaissée bien à tort, fut l'école des otages installée à Saint-Louis. Faidherbe avait demandé leurs fils aux principaux chefs africains, promettant de les instruire et espérant qu'ils deviendraient les partisans et tes propagateurs de la civilisation française. Aussi bien il était tellement persuadé de la nécessité d'étendre l'instruction, que, bien avant qu'on eût décrété eh France l'instruction gratuite et obligatoire, il en avait doté le Sénégal. C'est encore lui qui fonda à Saint-Louis une imprimerie et un journal, lui qui consacra ses rares moments de loisir à réunir les éléments d'ouvrages qui ont renouvelé l'histoire, la linguistique et l'économie politique de l'Afrique occidentale. Comme, chez lui, le théoricien ne passait pas avant l'administrateur, et qu'il ne négligeait pas pour autant les intérêts matériels, il s'appliqua à transformer Saint-Louis et à construire une ville à la place d'une agglomération de huttes de paille. 11 s'eflbrça de développer les cultures nouvelles: celle des arachides prit un développement considérable, et, à l'heure actuelle, le Sénégal est un des centres les plus importants de la production oléagineuse. Il se préoccupa encore de la question industrielle, et, par son ordre, les gisements aurifères du Bambouk furent recherchés avec soin. Le Sénégal renaissait sous cette impulsion vigoureuse, et peu à peu se créait une France nouvelle dans l'Afrique occidentale.
A partir de 1859, et tout étant relativement tranquille, Faidherbe résolut de reprendre l'œuvre ébauchée par André Brue, et envoya dans toutes les directions les plus vaillants et les plus dévoués de ses collaborateurs pour explorer les régions encore inconnues et compléter les notions peu étendues que nous possédions sur cette partie de l'Afrique. C'est alors que le capitaine Vincent visita l'Adrar, cette grande oasis jetée entre le
Sénégal et le Maroc; alors que Mage et Bourrel furent envoyés en mission chez les Maures Douaïchs et Braknas, et qu'un indigène, Bou-el-Moghdad, alla par terre de Saint-Louis à Mogador. Le capitaine Fulcrand étudia les parages du cap Blanc et de la baie d'Arguin ; le capitaine Azan explora le Oualo, et le lieutenant de vaisseau Mage les rivières de Sine et de Saloum. Faidherbe ne se contentait pas des pays directement soumis à l'influence française : toute la vallée du haut Sénégal, encore fermée à notre commerce et à nos armes ; le Fouta-Djallon, cette Suisse africaine d'où s'écoulent
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CARTE DU séifÉGÀL
tant de cours d'eau , et surtout le Niger, cette magniflque voie de pénétration dans l'Afrique centrale, telles étaient les régions où il aurait voulu que flottât le pavillon national. De là les missions du lieutenant Pascal dans le Bambuuk, du lieutenant Lambert dans le Fouta-Djallon, et surtout de Mage et Quintin auprès du successeur d'Omar, le nouveau sultan de Ségou, Ahmadou. C'étaient, pour ainsi dire, les pierres d'assise de notre domination prochaine; aussi bien, à l'écho de ces lointains succès, l'opinion publique en France se modifiait peu à peu. On commençait à se rendre compte des résultats acquis ; on ne marchandait plus au gouverneur les renforts et les subsides qu'il réclamait. De jour en jour se formait un courant favorable. Il n'y avait plus qu'à profiter de ces dispositions nouvelles, et le Sénégal allait prendre son essor.
Les successeurs de Faidherbe n'aTaicnt qu'à se conformera la politique de leur glorieux devancier; ils n'avaient surtout qu'à aimer le Sénégal. Malgré des fautes commises, malgré des défaillances momentanées, l'impulsion était si vigoureuse que les progrès continuèrent. Ils n'ont pas cessé à rheure actuelle. Les Maures ont été déGnitivement cantonnés sur la rive droite du fleuve, et les Maures Trarzas furent punis de leurs velléités de révolte par la privation de toutes leurs escales de commerce, à l'exception de Dagana (1880). Les tribus nègres résistèrent davantage, surtout dans le Cayoret le Fouta, mais ni Lat-Dior, ni Abdoul-Boubakar, ni Mahmadou-Lamine, ni aucun des agitateurs sénégalais ne réussirent, comme ils s'en étaient vantés, à nous rejeter aux J)ouches du fleuve. A l'heure actuelle, tous les États riverains du Sénégal sont directement administrés par nos agents ou soumis à notre influence. Nos gouverneurs ont également cherché à étendre les possessions françaises sur toutes les contrées baignées par les fleuves parallèles au, Sénégal qui s'étendent de Corée à Sierra Leone : c'est ainsi que les vallées de la Casamance, du Rio Nuiiez, du Rio Pongo, de la Mellacorée ont élé successivement ajoutées à notre domaine colonial. Ce sont de nouvelles contrées qui s'ouvrent aux ardentes investigations de nos soldats et de nos négociants. Il importe de ne pas omettre ces épisodes tout récents de notre histoire coloniale, car la portée économique et politique de ces annexions n'échappera à aucun de nos lecteurs.
Au sud de la Gambie et jusqu'à Sierra Leone le littoral africain, à l'exception des comptoirs portugais des Rios Cacheo, Grande et Geba, appartient à la France. Au nord de ces comptoirs nous sommes installés dans la vallée de Casamance, et au sud nous possédons les embouchures du Rio Nunez, du Rio Pongo, de la Brameya, delà Mellacorée, de la Manéa, de la Forebia et de la Forekaria. C'est ce qu'on appelle les Rivières du Sud, ou le Bas de Côte.
La Casamance ou maison (manse) du roi Cassa était déjà désignée sous ce nom, au milieu du xv' siècle, par le voyageur Ca daMosto. La tradition de l'ancienne puissance de ce potentat africain est restée vivante dans la région. On y conserve précieusement son sceptre d'or dans le village de Diogoun. Les Portugais s'établirent sur les rives du fleuve. Ils paraissent même s'être avancés assez profondément dans l'intérieur des terres, car un grand nombre de mots portugais, restés dans les dialectes locaux, témoignent de leur ancienne influence; mais, comme leurs comptoirs ne furent jamais que des marchés d'esclaves, ils ne tardèrent pas à faire le vide autour d'eux, et soulevèrent contre leur domination des haines inex-
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piables. Les Français ne s^étaUirent que tard dansia r^ion^ en 1837, à Sedhion^ mais leurs progrès furent rapides: une série d'expéditions conduites avec entrain contre les indigènes, Féloupes ou Balantas, ou de négociations habiles, nous a valu la suzeraineté ou la possession de presque tout le bassin de la Casamance.
Au sud des possessions portugaises s'étendent les rivières du Bas de
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Côte. On en compte sept principales : ce sont de larges estuaires, dans lesquels débouchent de nombreux torrents. Elles occupent environ 400 kilomètres de littoral, et forment comme la façade sur Tocéan du Fouta-Djallon. Les indigènes appartiennent à plusieurs races; sur le rivage on trouve les Bagas ou Vagres, les moins civilisés de tous, car ils ont été refoulés par les tribus de Tinté rieur, et c'est la nécessité seule qui les a acculés dans les marécages où ils végètent. Rien de plus étrange que leurs maisons. Elles sont bâties par les femmes, qui commencent
par façonner avec dft la paille et de la vase argileuse d'énormes jarres à ventre rebondi, de deux à trois mètres de hauteur. Ce sont les futurs réservoirs de riz pour la consommation annuelle de la famille. Quand le soleil a bien séché ces jarres, on dresse les grosses pièces de charpente qui les enfermeront, puis on les couvre de feuilles et de paille. Les Bagas s*occupent volontiers d'agriculture. Partisans déterminés de la paix, ils circulent sans armes, et leur pays est considéré comme lieu d'asile.
Viennent ensuite les Nalous, divisés en deux tribus, les Landoumans et les Mandi-Foré. Entourant et pressant de toutes parts Bagas ou Nalous, se mélangeant même à quelques-unes de leurs tribus, s'étend la grande nation des Sou-sous, nègres à demi civilisés, qui respectent les femmes, ne s'abordent qu'en échangeant des formules de politesse, se prétendent fidèles observateurs du Coran, et reconnaissent les avantages de la civilisation. Bien que voleurs déterminés et de mœurs plus que légères, les Sou-sous sont au nombre des peuples qui entreront un jour ou l'autre dans le courant des nations policées. Us ont de vraies maisons, avec chambres séparées, garnies de ventilateurs, de coffres et de meubles. Us ont même adopté en partie notre costume. Us savent déjà réparer les armes et les machines. Ce sont, en un mot, des hommes de progrès et d'avenir, les futurs dominateurs de toute la région.
L'histoire des Rivières du Sud n'est pas longue à raconter. Le gouvernement français, désirant augmenter ses possessions africaines et surtout étendre le cercle de ses relations commerciales, conclut avec les souverains indigènes une série de traités qui, peu à peu, placèrent la région entière sous notre protectorat. Les Africains se sont facilement habitués à ce protectorat, surtout lorsque furent créés les postes de Boké sur le Rio Nunez, de Boffo sur le Rio Pongo et de Benty sur la Mellacorée. Ces postes avaient été établis afin de ménager la santé de nos soldats, et aussi pour nous rapprocher des principaux marchés de l'intérieur. Sous la protection efficace de notre pavillon, les Rivières du Sud se sont rapidement développées. La France a donc acquis des droits sérieux sur cette région, qui semble appelée à un grand avenir. Elle regrettera d'autant moins d'avoir mis la main sur ce magnifique domaine d'exploitation, qu'il nous conduit directement à l'entrée d'un pays dont la possession consolidera notre puissance dans l'Afrique occidentale, au Fouta-Ujallon.
Le Fouta-Djallon est la vaste contrée où prennent leur source tous les grands fleuves de l'Afrique Occidentale : Niger, Sénégal, Gambie, Rio Nunez, Mellacorée, etc. On dirait un réservoir d'où s'épanchent vers les
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quatre aires de rhorizon les cours d'eau qui portent la vie et la fécondité dans cette partie du continent noir. On y trouve le climat favorable où les Européens peuvent vivre et créer un centre d'influence permanent. C*est, à vrai dire, la clef du Soudan, la vraie route par laquelle pénétrera la civilisation dans l'intérieur de l'Afrique sous ces latitudes. Des renseignements sérieux et préois sur leFouta-Djallon avaient déjà été fournis par Mollien et par Caillié qui, dans leurs voyages de 1818 et de 1826, donnèrent une description raisonnée de la région. Us avaient laissé entrevoir que sur ce sol granitique vivait la population la mieux douée de l'Afrique occidentale, et la moins réfraclaire à la civilisation. Us avaient avancé que c'était à travers les défilés du Fouta- Djallon que le commerce européen du littoral trouverait la roule la plus
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directe et la plus sûre pour atteindre les marchés du Haut Niger et du Soudan. Nos gouverneurs du Sénégal n'avaient jamais perdu de vue cette importante position stralégi^que et commerciale, mais l'exploration du pays ne fut entreprise qu'avec Faidherbe. En 1860, le capitaine Lambert, partant du Rio Nunez, arrivait jusqu'à Faucoumba et Timbo, les deux villes les plus importantes du Fouta-Djallon. U reçut partout un accueil empressé. Un simple particulier, Olivier de Sanderval, fut plus heureux encore. En 1880 il obtint l'autorisation de construire une voie ferrée qui, traversant le plateau du Fouta, atteindrait le Niger vers Tankissoet descendrait le grand fleuve au moins jusqu'à Sakhatou : mais ce ne ne fut pas sans avoir à triompher delà mauvaise volonté des grands qui, par instinct, se défient des Européens et préfèrent à toutes les séductions du monde civilisé leur sauvage indépendance. U eut encore à lutter contre la jalousie et les calomnies intéressées des Anglais. U devint même néces-
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^^ire de détruire par une déclaration catégorique le mauyais eSki de ces intrignes, et ce fut alors que le gouvernement français, sortant de sa longue indifférence, se décida à envoyer dans le Fouta une missiûn officielle, dont il confia le commandement an docteur Bayot (1881). La négociation fut vivement conduite et aboutit à Timportani traité dm 6 juillet 1881, en vertu duquel' le Fouta-Djallon était mis sous le protectorat français. Moyennant une redevance fixe, et après en avoir averti le chef de la province où il voudra se fixer, chaque Français pourra installer un comptoir dans l'intérieur dq pays. En outre nos possessions dans les Rivières du Sud étaient reconnues.
Le représentant de la France ne voulut pas quitter le pays sans étudier sa topographie, ses habitants et ses ressources. On sait aujourd'hui, grâce à lui, que le pays est montagneux, mais sillonné par de nombreux cours d'eau. Sur les plateaux pourraient très bien vivre et même s'acclimater des Européens. Les indigènes sont de belle race, grands et bien pris, mais un peu maigres. Leur couleur n'est pas noire, mais plutôt chocolat au lait. Les femmes sont gracieuses, et même belles, mais se fanent fHToraptement. Bien que musulmans, ils sont en matière religieuse d'une grande tolérance. Ils pratiquent même cette vertu, si rare dans le monde de llslam. Bayol étant un jour tombé malade, on pria chaque jour pour lui dans la mosquée. On planta même sur la place, en souvenir de son voyage, un oranger qui devait porter son nom. Ce sont là des délicatesses de sentiment qu'il n'était pas inutile de signaler au passage.
Les indigènes vivent de la vie de famille, commç au temps des patriarches. Le père est le maître absolu, mais il gouverne avec mansuétude son petit peuple de femmes, d'enfants et d'esclaves. Maîtres ou esclaves habitent des maisons propres, confortables, au milieu de jardins bien entretenus, que défendent des haies épaisses. Lenr industrie est toute, pastorale. Les caravanes qui partent chaque année du Fouta n'emportent en effet sur les marchés du Soudan que des cuirs préparés, du caoutchouc, de l'ivoire, de la cire, du beurre de karité, du café, et aussi des armes et des instruments fabriqués avec des minéraux qu'on trouve en abondance. Cette société un peu rude, mais policée, ne méconnaît pas la nécessité de la justice, ni celle de l'impôt : aussi aurions-nous grand tort de repousser ses avances, car le maître du Fouta sera quelque jour le maître du Soudan, et il est fort heureux que la France ait pris les devants et se soit attaché ce peuple énergique et vivace. A vrai dire, nous n'avons qu'à étendre la main, et l'Afrique occidentale est à nous. Elle se laisse pénétrer par la civilisation, et la France est le pionnier de cettecivilisa-
tion, non pas seulement parce qu'elle possède les embouchures des fleuves qui s'enfoncent dans l'intérieur du <5ontinent, ou parce qu'elle a soumis à son protectorat le plus important des peuples de la région, mais surtout parce qu'elle se présente à eux les mains pleines de promesses, et qu'elle s'efforce de réaliser ces promesses. Elle reste ainsi fidèle à ses traditions, à son esprit, à son rôle historique, et se ménage en Afrique un immense avenir.
Un des derniers, espaces blancs qui existaient encore sur la carte de l'Afrique, dans les pays au sud de la grande boucle du Niger, a été récemment comblé par un officier français. Le capitaine Binger, parti de Bamakou en septembre 1887, a successivement visité Sikasso, Tangréla, Niélé, Kong, Ouaghadougou, Salaga, Kintampo et Bondoukou. Bien accueilli partout, il a, sur son passage, négocié de futures annexions ou de prochains protectorats. C'est une région nouvelle qui s'ouvre à nous.
La France possède encore sur le golfe de Guinée, dans la région même où nos marins dieppois avaient fondé leurs comptoirs au xiv* siècle, quelques territoires qui pourraient devenir importants. Elle les a achetés pour mieux surveiller les foyers de l'esclavage, espérant qu'ils deviendraient pçu à peu des stations commerciales et qu'au marchandage de l'homme se substitueraient des relations plus morales et plus régulières. Sur la Côte des Dents nous possédons Assinie, Grand Bassam et Dabou, mais ces factoreries sont à peu près délaissées. A la Côte des Esclaves, grâce à l'initiative de quelques négociants marseillais, nous avons été plus heureux. Le royaume de Porto-Novo a, par des traités en règle, reconnu notre protectorat (1864). Celui de Dahomey nous a cédé Kotonou en 4868^ et, après quelques velléités de résistance, vient pour la seconde fois de reconnaître notre suprématie (1891). A Porto-Seguro, Petit-Poppo, Agoué, Abanenquem, Grand-Poppo, petites républiques indépendantes du pays des Minas, nos comptoirs non seulement se soutiennent, mais encore sont florissants. Le pays, malgré son triste nom, «Côte des Esclaves», est riche et fertile. La campagne est riante, arrosée par de nombreux ruisseaux. A travers les bosquets de bananiers et d'arbustes, on aperçoit des cases nombreuses. Si l'on s'avance dans l'intérieur du pays, on trouve sur les flancs des montagnes des forêts admirables, dont il serait facile d'exploiter les produits. Les métaux ne manquent pas. Les indigènes sont relativement doux et polis, mais fourbes. Ils comprennent les avantages de la civilisation. Ils achètent avec avidité nos produits. Peut-être avonsnous en ce moment entre les mains, sur les côtes de Guinée comme au Fouta-Djallon ou dans les Rivières du Sud, l'occasion de fonder un grand
établissement. Ce ne sera point une colonie européenne comme l'Algérie, mais un foyer d'influence, à l'exemple du Sénégal, d'où peut rayonner au loin et pénétrer notre domination, même dans l'Afrique centrale. Souvent, dans le cours de notre histoire nationale, se sont présentées de semblables occasions ; nous les avons presque toujours laissées s'échapper. L'expérience du passé nous apprendra-t-elle à ménager* l'avenir? Souhaitons-le, sans trop oser l'espérer I