‹ La conquête de l'AfriqueChapitre 55 sur 76 · ILOT MADAME A SAINTE-MARIE DE MADAGASCAR · texte numérisé non relu

ILOT MADAME A SAINTE-MARIE DE MADAGASCAR

peu à peu leur domination dans l'ile entière. La France pourtant ne renonce à aucun de ses droits, et les établissements de Madagascar ne cessent pas de figurer dans la liste officielle de nos colonies.

La seconde République transmet au second Empire ce triste héritage, et l'empereur Napoléon III, lié par des promesses antérieures, ou mal renseigné, ou bien encore cédant à des vues philanthropiques, commet l'insigne maladresse de renoncer aux droits séculaires de la France. Pourtant, à la mort de Ranavalo, son successeur Radama U, gagné à la cause française par deux de nos compatriotes, Lambert et Laborde, avait demandé notre protectorat. C'était une occasion inespérée pour regagner le terrain perdu. Napoléon El, pour ne pas mécontenter les Anglais, non seulement n'osa pas accepter cette offre, mais encore fut assez imprudent pour reconnaître au roi des Hovas le titre de roi de Madagascar, contre lequel avaient protesté tous les gouvernements anté-

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rieurs. II signa même avec lui un traité de paix et de commerce. Peu à peu, et par un accord tacite, la dénomination officielle de Madagascar et dépendances disparut des documents, des cartes et des rapports, pour faire place à celle de Mayotte et dépendances. Ce fut un malheur et une faute, maïs non pas irréparable.

A Radama II, assassiné par les partisans de Tancien règne, succédèrent les reines Rasoherina et Ranavalo H, sous le régime desquelles les Anglais acquirent une influence prépondérante à la cour d'Émyrne. Aussi les Hovas non seulement ne respectèrent pas le traité de 1868, qui accordait à nos nationaux de nombreuses prérogatives, mais encore finirent par le déclarer nul, et même par interdire aux Français de posséder des terres à Madagascar (1880). Celte spoliation déguisée cachait mal une arrièrepensée d'expulsion prochaine. Nos négociants et nos résidents protestèrent. Ils furent cette fois énergiquement souteniis. Le commandant Le Timbre fit abattre les pavillons hovas plantés sur le canal de Mozambique (1881); l'amiral Pierre bombarda Tamatave, Foulpointe et Ténérifie malgré les hautaines protestations de l'Angleterre (1883); l'amiral Galibert détruisit ou occupa Wohemar, Fort-Dauphin, Mourovondo (1884), et l'amiral Miot, formellement autorisé par un vote des Chambres, imposa au gouvernement hova, après une heureuse expédition, le traité du 15 décembre 1885, par lequel Madagascar était mis sous le protectorat français, et un résident français présidait aux relations extérieures. Les Hovas devaient en outre payer une indemnité de guerre de dix millions, et céder en toute propriété la baie de Diego-Suarez. S'ils avaient ainsi prolongé la résistance, c'est qu'ils comptaient sur la coopération armée de l'Angleterre; mais l'Angleterre s'est contentée de vagues protestations et de sourdes intrigues. Elle vient même, par une renonciation solennelle (1890), de reconnaître la légitimité de l'occupation française.

La France a donc réussi à faire valoir ses droits séculaires sur Madagascar.il ne lui reste qu'à prendre définitivement possession de cette belle et splendide colonie qui assurerait notre renaissance maritime et coloniale. Madagascar surveille les côtes orientales d'Afrique et commande l'océan Indien. Elle mesure 400 lieues du nord au sud et 110 de l'est à l'ouest. Sa superficie dépasse de 7 millions d'hectares celle de la France. Une population de 4 millions d'âmes, qui pourrait être décuplée, un sol fertile, des productions variées, des côtes sûres et bien dessinées, ne sont-ce pas là autant de sérieux avantages qui assureraient à cette île de magnifiques destinées, si elle était réellement occupée parla

France? En temps de guerre, comme elle commande le passage d'Europe en Asie par Suez et par le Cap, elle présente une admirable position militaire. En temps de paix, elle deviendrait vite le plus important des débouchés pour nos produits naturels et fabriqués. De grands marchés ' et des comptoirs s'établiraient sur le littoral, rivaux de ceux de THindoustan et de la Malaisie. Aussi bien, "â l'exception des contrées encore mystérieuses de l'Afrique centrale, il n'y a plus sur le globe d'autre terre vacante à occuper. Des ruines d'un passé glorieux et des irrésolutions de l'heure présente pourrait surgir un avenir prospère. La France, à vrai dire, ne sera jamais la maîtresse incontestée de ses provinces coloniales que lorsque Madagascar, ce trait d'union entre nos possessions asiatiques et africaines, sera décidément la France Orientale. Les conséquences de notre intervention à Madagascar seraient incalculables. Abolition du joug détesté des Hovas, accès désormais facile au commerce de toutes les nations, prodigieuse extension et renaissance politique. L'influence qui nous échappe en Europe, nous la retrouverions peut-être en Afrique, et, de la sorte, après avoir initié l'Europe à la liberté politique, nous aurions l'heureuse chance d'initier l'Afrique à la liberté sociale et de répandre sur elle tous les bienfaits de la civilisation.

Les deux peuples qui, à l'époque contemporaine, se sont posés comme les adversaires résolus de la France, les Allemands et les Italiens, ont si bien compris l'importance de nos récentes acquisitions dans l'Afrique orientale, qu'ils ont essayé à leur tour de fonder un empire colonial dans cette même partie du continent africain. l\ fut un temps où l'ex grand chancelier de l'empire d'Allemagne répétait à qui voulait l'entendre que la meilleure des colonies ne valait pas les os d'un seul grenadier poméranien.ll a depuis changé d'avis, et s'est appliqué à se tailler un beau domaine en Afrique. C'est seulement en 1880 que fut fondée, sous le patronage du gouvernement, l'Association allemande de l'Afrique Orientale. Poggee et Wissmann, membres de cetteassociation, partirent de Loanda en 1880, pénétrèrent dans les États de Monata- Yamvo, explorèrent le Kassaï, affluent du Congo, découvrirent sur la rivière Louloua le lac Monkamba et gagnèrent Nyangoué. Peggee revint I fonder la station de Monkendji , et Wissmann traversa le continent jusqu'à

Zanzibar. Ce hardi voyage peut être cité à côté de ceux de Livingstone,' de Cameron et de Serpa Pînto. Dès lors les voyages d'exploration devinrent nombreux, mais ce fut surtout dans la région comprise entre 1 les lacs Tanganyka à l'ouest et Ukérewé au nord, entre la Rovouma au

I sud et le littoral de l'océan Indien à l'est, que se concentrèrent les

efforts et l'activité allemande. Ce sont les provinces indigènes de l'Ounyamouési, de l'Ougogo, de l'Ousagara, de TOusango et du Mahengé. On connaît encore assez mal' l'histoire de ces annexions et de ces traités. C'est seulement le 27 févi'ier 1885 que le gouvernement impérial reconnut les traités signés par l'Association allemande avec les chefs indigènes de l'Ousagara, du Ngourou, de l'Ouzégouha et de l'Oukami. Le 1" novembre 1886, en vertu d'un arrangement avec l'Angleterre, l'Allemagne s'est adjugé « comme sphère d'influence » tout le pays qui s'étend de la mer au lac Tanganyka. C'est une contrée dont la superficie est à peu près le double de la France. Aujourd'hui l'Association a été reconstituée sous le nom de Compagnie de l'Afrique Orientale, et, après avoir été fermière générale de la partie sud de la zone littorale appartenant au sultan de Zanzibar, elle vient d'acheter et de payer quatre millions de marcs, en décembre 1890, le droit d'en être propriétaire.

L'Allemagne ne s'est pas contentée de ces faciles conquêtes. Elle a voulu entamer de tous les côtés à la fois le continent africain. Dès le 5 juillet 1884 elle arborait son pavillon dans le pays des Togos, sur la côle de Guinée, et quelques jours plus tard, le 14 juillet, au Cameroun, Elle manifestait en même temps des velléités d'annexion à la fois sur nos Rivières du Sud et sur les établissements anglais du Bas Niger. La France et l'Angleterre menacées, non pas précisément dans leurs possessions acquises, mais dans leurs possessions futures, voulurent régler les limites dans lesquelles se renfermerait l'action des puissances colonisatrices. De là le traité du 7 mai 1885 entre l'Angleterre et l'Allemagne, fixant une ligne de démarcation entre la colonie allemande du Cameroun et les comptoirs anglais du Niger. De là la convention du 24 décembre 1885, portant au Rio Campo la limite entre le Cameroun et le Congo Français. L'Allemagne renonçait à toutes prétentions dans les Rivières du Sud, et la France lui cédait Porto Seguro et Petit-Popo.

Dans le sud-ouest de l'Afrique, l'Allemagne essaya de se tailler un autre domaine. Dès 1883 elle avait fondé une forteresse à Angra Pequena, au nord du fleuve Orange. Le 7 avril 1884 elle y joignit un vaste territoire, le Luderitzland, et, quelques jours plus tard, le 8 octobre, étendit ce territoire du cap Frio jusqu'au fleuve Orange. Les Anglais opposèrent aussitôt une barrière à cette extension indéfinie, en annexant le Betchuanaland. Il n'en est pas moins vrai que les Allemands possèdent à l'heure actuelle, sur les côtes de Guinée, dans l'Afrique australe, et dans les régions des grands lacs, trois immenses

domaines, susceptibles d'agrandissement, et qui sont comme les pierres d'attente d'une future domination. L'Allemagne est entrée tardivement dans la voie des acquisitions coloniales, mais ses progrès ont été rapides et surprenants. Cette prompte réussite tient sans doute à ce qu'elle n'a agi qu'en vertu d'un plan raisonné, et que, au lieu de se conformer aux circonstances, elle les a fait naître. Elle est de la sorte toujoui^ restée maîtresse de ses actes, résolue quand elle le jugeait opportun, modérée quand elle le croyait nécessaire, aujourd'hui guerrière et demain pacifique, faisant succéder les négociations aux combats, et les menaces aux concessions. C'est ainsi qu'elle est arrivée non seulement à faire bonne figure dans une contrée où l'on connaissait à peine son nom il y a une dizaine d'années, mais encore à inspirer de la jalousie à ses voisins les Anglais, ce qui est la marque certaine de son succès.

Quant aux Italiens, ils se sont jetés dans la colonisation par dépit et par ambition. Les lauriers de la France dans l'Afrique septentrionale, surtout à Tunis, les empêchaient de dormir : ils ont voulu fonder à leur tour un empire africain, et secrètement encouragés par l'homme néfaste que l'on retrouve dans toutes les entreprises louches et véreuses de la seconde moitié du xix" siècle, ils se sont, bien à la légère, embarqués dans l'aventure de l'Erythrée. Tel est le nom, renouvelé de l'antique, qu'ils ont donné à leurs comptoirs de la mer Rouge, espérant sans doute qu'ils arriveront quelque jour à fonder un empire sur les bords de l'ancienne mer Erythrée ou mer Rouge. Ils n'ont jusqu'à présent récolté que des déboires, et l'aflaire menace de tourner à leur confusion.

Massaouah, sur la côte occidentale de la mer Rouge, est l'unique débouché de l'Abyssinie sur cette mer. En 1884, lorsque les Anglais expédièrent des troupes à Souakim pour mettre cette place à l'abri d'un coup de main des Mahdistes, ils se seraient également emparés de Massaouah, s'ils n'avaient voulu ménager les susceptibilités du maître de l'Abyssinie, qu'ils espéraient entraîner dans une alliance contre le Mahdi. Les Italiens n'eurent pas ces ménagements. En 1885, sous prétexte de protéger les Égyptiens contre les Mahdistes, ils envoyèrent une garnisan à Massaouah. Pendant quelque temps les deux drapeaux égyptien et italien flottèrent côte à côte, mais, à la fin de l'année, pour une raison ou pour une autre, le commandant italien fit embarquer gouverneur et soldats égyptiens, et Massaouah fut oificiellement proclamée colonie italienne. Ce fut à peu près le seul succès des Italiens. Toutes les fois qu'ils se risquèrent dans l'intérieur du pays, ils se heur-

tèrent à la résistance désespérée des indigènes. Refoulés par eux sur les côtes malsaines de la mer Rouge, les Italiens se sont pourtant obstinés dans leurs rêves de création d'un empire africain. Ils ont constitué officiellement rÉrythrée, qui comprend, outre Massaouah: la ville et le territoire d'Assab sur la côte des Danakils, au nord de notre colonie d'Obok; quelques cantons au nord de l'Abyssinie que vient de leur céder le roi Ménélik par le traité du 2 mai i889; le sultanat d'Opia, sur la côte des Somâlis; la côte des Somâlis jusqu'au cap Rédouin (1889), et le pays des Afar ou Danakils (6 décembre 1889) ; ils ont en outre acquis, par convention du 24 mars 1891 avec l'Angleterre, une zone d'influence très

MASSAOUAH

étendue en pays somâlis et galla. Mais ces possessions sont disséminées. Les indigènes, prétendus sujets de l'Italie, ne lui sont encore attachés par aucun lien de reconnaissance ou d'intérêt. A vrai dire, ce n'est là qu'une occupation temporaire. Elle a été en quelque sorte improvisée. Elle peut être détruite du jour au lendemain.

Ce sont les Anglais dont les progrès dans l'Afrique orientale ont été les plus marqués et les plus continus. Dans le partage de l'Afrique entre les puissances européennes, qui sera le fait dominant de la seconde moitié du xix* siècle, ils ont joué dans cette partie du continent le même rôle que les Français en Algérie, en Tunisie ou au Sénégal. Il importe donc, avant de terminer cetle rapide énumération des conquérants de l'Afrique, d'étudier l'histoire des entreprises anglaises dans l'Afrique australe et orientale.

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